
Le monde du sport, souvent synonyme de dépassement de soi et de valeurs nobles, n'est malheureusement pas exempt de zones d'ombre. Récemment, le milieu du patinage a été secoué par des révélations glaçantes d'anciennes patineuses concernant des agressions sexuelles subies durant leur minorité. Dans ce sillage, la parole se libère également dans d'autres disciplines, mettant en lumière des réalités longtemps tus. Amélie Quéguiner, ancienne cavalière professionnelle de saut d'obstacles (CSO), a choisi de témoigner, dénonçant une série de viols qu'elle aurait subis durant son adolescence de la part de trois de ses encadrants. Ce témoignage, relayé par franceinfo le 7 février 2020, interpelle directement la Fédération Française d'Équitation (FFE), qui a, de son côté, apporté une réponse.
Un témoignage accablant : Des faits remontant aux années 1980
Amélie Quéguiner, aujourd'hui âgée de 50 ans et propriétaire des Écuries de Liam en Dordogne, raconte avoir été victime de son moniteur pendant une période de dix ans, débutant alors qu'elle avait 13 ans. Les faits se seraient déroulés dans les années 1980, alors qu'elle pratiquait l'équitation dans un centre équestre de Nouvelle-Aquitaine. "J'étais pratiquante dans l'équitation et sur la fin de mon année de 13 ans, j'ai été victime de mon moniteur, qui m'a violée et agressée pendant dix ans", déclare-t-elle.
Mais les agressions ne se seraient pas limitées à cette seule personne. Amélie Quéguiner affirme avoir également été abusée par un Conseiller Technique Régional (CTR), intervenant pour des journées de formation et de détection de jeunes talents pour le haut niveau. "Lors de plusieurs rendez-vous, cette personne-là m'a donc violée", dénonce-t-elle. Un troisième coach, gravitant dans le milieu et entraînant d'autres jeunes filles, aurait également commis des actes de violence lors d'un stage de détection avant les championnats de France.

La justice et les limites de la prescription
Deux ans avant son témoignage public, Amélie Quéguiner avait porté plainte contre le premier et principal agresseur présumé, qui exerçait dans un club du Béarn. L'enquête avait été confiée au parquet de Pau. Cependant, elle regrette que "les faits étaient prescrits", ce qui a conduit à un classement sans suite de l'affaire après un an et demi d'enquête. Elle précise ne pas avoir signalé ces faits à la Fédération d'équitation à l'époque.
Ce manque de suite judiciaire, bien que compréhensible au regard de la loi sur la prescription, soulève néanmoins des questions sur la protection des victimes et la capacité du système judiciaire à traiter des affaires anciennes, où la mémoire et les preuves peuvent s'altérer.
La réponse de la Fédération et du Ministère des Sports
Contacté par franceinfo, le ministère des Sports a affirmé avoir pris connaissance de l'affaire et être en lien avec la cavalière ainsi qu'avec la FFE. Le président de la FFE, Serge Lecomte, a réagi par un communiqué, exprimant son soutien et sa solidarité aux victimes, et condamnant "sans réserve et avec la plus grande fermeté tous les abus". Il a précisé que la fédération saisissait "les services de l'État compétents" et les instances juridiques et disciplinaires dès qu'elle était informée de faits de "violence, déviance ou abus sexuels". "Tous les faits ont systématiquement, et sans délais, donné lieu à la mise en place de mesures conservatoires", assure-t-il.
Cependant, Serge Lecomte reconnaît que "malgré les mesures existantes, les témoignages récents mettent en lumière le besoin de redoubler de vigilance et de prévention". En réponse, la FFE annonce le déploiement d'un "plan d'actions pour renforcer la sensibilisation des dirigeants, enseignants, organisateurs de concours et officiels de compétition".
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L'inquiétude face à la persistance des agresseurs présumés
Un des aspects les plus préoccupants du témoignage d'Amélie Quéguiner réside dans la révélation que les trois hommes mis en cause, bien qu'à la retraite pour certains, continueraient d'exercer dans le milieu équestre. "Ce charmant monsieur est effectivement à la retraite mais continue de prodiguer son savoir lors de stages en centre équestre et traîne toujours sur les paddocks et terrains de CSO", écrit-elle à propos de son premier agresseur.
Elle alerte sur le fait qu'il "n'est pas rare qu'on fasse appel à eux, que des vieilles gloires donnent encore des stages ou des formations dans des centres équestres, y compris au niveau des comités régionaux, départementaux". "Je sais que ces trois personnes font encore ce genre de choses. Donc ce sont encore des personnes qui ont accès à la jeunesse", s'inquiète l'ancienne cavalière. Cette situation soulève la question cruciale de la vérification des antécédents des intervenants et de la mise en place de mécanismes de contrôle plus stricts pour prévenir toute récidive ou exploitation de jeunes vulnérables.
Vers une culture de la prévention et de la confiance
L'affaire Amélie Quéguiner, comme d'autres témoignages qui émergent dans le sport, souligne l'importance vitale de créer un environnement sportif sûr et respectueux pour tous, en particulier pour les mineurs. La parole qui se libère est une première étape essentielle, mais elle doit être accompagnée de mesures concrètes et efficaces.
La FFE, en annonçant un plan d'actions, semble prendre la mesure de l'enjeu. Il sera crucial d'évaluer l'efficacité de ce plan et de s'assurer qu'il va au-delà de la simple sensibilisation, en incluant des formations obligatoires, des procédures de signalement claires et accessibles, et des sanctions dissuasives pour les personnes reconnues coupables d'abus.

La confiance doit être rétablie entre les pratiquants, leurs familles et les institutions sportives. Pour cela, il est indispensable que chaque témoignage soit pris au sérieux, que les victimes soient accompagnées et soutenues, et que les responsables agissent avec diligence et transparence. La libération de la parole est un pas vers la guérison et la prévention, mais elle ne doit pas rester un cri dans le vide. L'équitation, comme tout sport, doit pouvoir offrir un espace de développement personnel et d'épanouissement, loin de toute forme de violence et d'abus. La mise en place d'une cellule d'écoute des victimes, comme mentionné dans les suites possibles de ces affaires, pourrait être une mesure déterminante pour encourager la parole et offrir un soutien adapté.
L'histoire d'Amélie Quéguiner est un rappel poignant que la vigilance doit être constante et que la protection des plus jeunes doit demeurer une priorité absolue, tant pour les fédérations sportives que pour l'ensemble de la société. Il est impératif que les structures sportives deviennent des sanctuaires où le respect, l'intégrité et la sécurité priment sur toute autre considération.
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