L'Évolution Fascinante des Harnais en Bronze : Des Époques Gallo-Romaines à la Modernité

L'étude des anciens harnais en bronze nous ouvre une fenêtre captivante sur l'ingéniosité et les pratiques des civilisations passées, notamment dans le domaine de l'attelage des chevaux. Ces artefacts, souvent découverts lors de fouilles archéologiques, témoignent de l'importance cruciale du cheval dans le transport, la guerre et le travail, bien avant l'avènement des machines. Le bronze, matériau durable et malléable, a permis la création de pièces complexes et décoratives qui nous renseignent sur la technologie, l'art et le statut social de leurs propriétaires.

Harnais de cheval antique en bronze

Les Origines Gallo-Romaines : Premiers Indices d'un Savoir-Faire

Dans le contexte gallo-romain, la découverte d'objets en bronze suscite immédiatement l'intérêt des passionnés d'histoire et d'archéologie. Un objet en bronze, par son aspect et sa forme, peut évoquer l'idée d'un élément d'harnachement de cheval de cette période. Les discussions entre experts, comme celles relayées dans certains forums, suggèrent souvent qu'il pourrait s'agir d'un "pendant de harnais Gallo Romain". Cette hypothèse repose sur la familiarité avec les types d'équipements utilisés à cette époque, où le bronze était couramment employé pour fabriquer des pièces d'attelage.

Les représentations antiques, qu'il s'agisse de gravures, de sculptures ou de dessins, dépeignent fréquemment des biges et des quadriges, témoignant de l'ancienneté de l'attelage. Des découvertes archéologiques, comme les dessins de chars sahariens trouvés dans la grotte de Tamadjert, nous rappellent que les techniques d'attelage remontent à la nuit des temps.

Techniques d'Attelage Ancestrales : Le Joug, un Élément Clé

L'analyse des "Etudes expérimentales sur l'attelage" par J. Spruytte met en lumière deux techniques fondamentales basées sur l'utilisation du joug, communes à diverses civilisations :

  • L'attelage à joug d'encolure : Cette méthode, schématisée par J. Spruytte, implique un joug fixé à l'encolure des animaux. Des détails précis sur la fixation du joug aux fourchons d'encolure sont disponibles, et des découvertes comme un fourchon trouvé dans le tombeau de Toutânkhamon illustrent son application. Cet harnachement était, par exemple, utilisé dans l'attelage des chars égyptiens, soulignant son importance dans l'une des plus anciennes civilisations connues.

Schéma d'un attelage à joug d'encolure

  • L'attelage à joug dorsal : Dans cette technique, le joug est fixé au niveau dorsal. Elle était employée dans les chars de course grecs et romains. La représentation d'un bige ou d'un trige sur une céramique, ainsi qu'un bronze grec incrusté d'ivoire et un char romain, permettent de distinguer la cheville de fixation du joug, élément essentiel de ce système.

Ces techniques ancestrales, basées sur le joug, démontrent une compréhension approfondie de la biomécanique équine et une recherche constante d'efficacité dans le transfert de force.

L'Évolution Moderne : Diversité des Systèmes d'Attelage

L'attelage moderne, particulièrement aux XVIIIe et XIXe siècles, a vu l'émergence de diverses techniques, s'éloignant parfois des systèmes basés sur le joug mais conservant une ingéniosité remarquable.

  • L'attelage à l'échelle : Cette technique, encore pratiquée par quelques passionnés en Aquitaine, utilise un timon passant par une sorte de joug composé de deux barres de bois fixées aux colliers des animaux, souvent des mules.

  • L'attelage à barre de poitrail de type "cape harness" : Ici, le soutien de la voiture est assuré par une barre passant devant le poitrail, reliée par des sangles à un surcou renforcé. Ce système se retrouve dans les voitures de type "cape-cart" utilisées en Afrique du Sud, s'inspirant elles-mêmes de conceptions européennes, notamment hollandaises et allemandes. Une charette à deux roues tirée par deux chevaux avec un harnachement à bricole de type "Cape-harness" a été photographiée, illustrant cette adaptation.

Harnachement de type Cape-harness

  • L'attelage avec timon et brancards : Bien que moins documenté dans certaines sources, comme l'ouvrage "treatise of carriages" de Felton datant de 1894, ce système reste une méthode d'attelage fondamentale.

Le Harnais "à Pompe" : Une Innovation Réinventée

Le harnais "à pompe" représente une évolution significative, souvent considérée comme une réinvention du joug dorsal des chars romains, apparue à la fin du XVIIIe siècle. Jacques Robiquet note que "Primitivement, la barre était en effet une variante du joug. Elle se fixait directement au dit timon".

Un exemple rustique de ce système peut être observé sur une voiture de travail girondine. Bien que la sangle reliant le timon à la barre de pompe ne soit pas toujours visible, une courroie passant sous les chevaux et au-dessus du timon empêche celui-ci de remonter.

Cependant, le harnais "à pompe" a véritablement pris ses lettres de noblesse dans l'attelage des voitures de luxe. Un dessin de L. Caplain, datant de 1887, illustre son positionnement par rapport à la voiture. Le timon, parfois équipé d'un ressort pour atténuer les secousses lors du trot, est maintenu par une double courroie reliée à une tige d'acier transversale aux sellettes. Cette barre de poupée, également appelée pompe, pivote légèrement dans les anneaux des poupées fixées au centre des sellettes, permettant ainsi de compenser les mouvements latéraux des chevaux.

Les pompes à vide expliquées

Pour stabiliser la voiture, le harnais à pompe est complété par une sangle reliant les boucles extérieures des sellettes et passant au-dessus du timon pour l'empêcher de se soulever. Le principe de ce système est joliment dessiné par Jean Louis Libourel, basé sur le harnais du Carrick à pompe conservé au Haras de Saint-Lô. La photographie ci-dessous montre un exemple de bouclage de cette sangle sur un harnais à pompe contemporain.

Les sellettes, nécessairement renforcées, conféraient aux harnais, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, un aspect parfois qualifié de "massif". Cependant, ces harnais ont rapidement évolué. Les planches du "Régulateur du sellier" entre 1818 et 1821 (voir article : "Le régulateur du sellier") révèlent une évolution vers des formes plus affinées, apportant une grande élégance à l'attelage.

À la fin du XIXe siècle, les harnais atteignent une grande sobriété et beauté, comme en témoigne un modèle du sellier Léné datant de 1878. La description de ce modèle indique que les harnais à pompe pouvaient équiper divers types de voitures, ce qui est confirmé par des écrits plus anciens. Le "manuel complet du sellier bourrelier" de 1833 mentionne : "Mais il est des harnais de cabriolets, tilburys, carrick, qui sont cependant à deux chevaux, ce sont des harnais à pompe". Il est donc erroné de penser que ce terme désignait exclusivement les voitures de type "carrick".

Le Carrick à pompe est, en réalité, une voiture très spécifique qui mérite une présentation détaillée dans un article dédié. Il est plus juste de désigner les véhicules de formes et d'utilisations variées sous le terme générique de "voiture à pompe".

Le Contexte d'Apparition et de Développement des Voitures à Pompe

Ces types d'attelages se sont développés à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle en Angleterre, un creuset d'innovations dans le domaine hippomobile. Leur essor est lié à plusieurs facteurs :

  • La taxation des voitures : Les taxes sur les voitures à deux roues étaient nettement inférieures à celles des voitures à quatre roues, encourageant ainsi leur adoption.
  • L'attrait pour les sports : Le caractère délicat de la conduite de ces attelages demandait des chevaux d'un très haut niveau de dressage, ce qui plaisait aux sportsmen.
  • La mode des voitures extravagantes : Créées à l'époque de la mode des voitures extravagantes, elles ont concurrencé puis supplanté le "high-perch".

Le futur prince régent, à la fin du XVIIIe siècle, fut l'un des plus fervents promoteurs de ces attelages. Une gravure le représente menant un cabriolet, accompagné de ses grooms le suivant à cheval. L'ouvrage "collection meubles et objets de goût" de 1807 présente un autre exemple de cabriolet à pompe, sous le nom de "cabriolet à flèche".

Gravure d'un cabriolet à pompe du début du XIXe siècle

Au fil des ans, les types de carrosseries se sont diversifiés, comme en témoigne une "charrette" transportant Said Pacha en 1849, ou un "dog cart" de 1860 figurant dans un album de la maison "Holmes Maker".

Applications Diversifiées et Adaptations Militaires

Le système d'attelage avec un harnais à pompe a également été utilisé dans des voitures de service. On le retrouve sur des "cabs" en France, tels que "La Parisienne", un cab à pompe photographié à Paris en 1893 par Delton et primé au Concours Hippique. Des voitures comme certains "cocking carts" américains ont été conçues pour être attelées avec un harnais à pompe, que ce soit pour deux ou trois chevaux, comme l'illustrent des dessins et plans disponibles.

Ce système de harnais à pompe a même trouvé une application dans les armées en 1914. Une barre de pompe pouvait être rapidement adaptée sur les bâts, permettant ainsi d'atteler des mules bâtées sans avoir à les déharnacher complètement.

La Démocratisation et la Confusion Terminologique

Dans le dernier quart du XIXe siècle, la construction de ces voitures de luxe très onéreuses a fortement diminué. Des jeunes amateurs souhaitant atteler en paire à moindre coût ont alors modifié des véhicules à deux roues de toutes sortes. La description d'une modification d'une humble charrette en voiture à pompe, prescrite par M. Lagard et citée par C. de Comminges dans "Dressage et Menage" (1897, p. 153), illustre ce phénomène :

"A cet effet, on retire les brancards de limonière d’une charrette anglaise, par exemple ; on les remplace par de faux brancards se terminant, en avant du garde-crotte, par une gueule de loup destinée à recevoir les palonniers ; un collier et une douille de timon fixés sous la caisse reçoivent le timon. On voit que cette légère modification, appliquée à une voiture quelconque à deux roues, permet de mener un attelage à pompe sans entraîner de grands frais. La seule modification à apporter aux harnais est de faire visser dans les sellettes des tiges en acier nommées poupées, qui reçoivent la traverse en acier dite traverse de poupées. Mais ces modifications doivent être faites avec grand soin et par un très bon fournisseur, sous peine d'avoir des accessoires grossiers impratiques et de mauvais goût."

Cette mode a considérablement amplifié la confusion quant à l'authenticité de certains harnais et à la typologie des voitures. La terminologie de "voiture à pompe" pour désigner l'ensemble de ce parc de véhicules est donc amplement justifiée par leur conception et leur fonction.

L'Héritage d'un Modèle Exceptionnel : Le Carrick à Pompe

Malgré la diversité des applications, un modèle a particulièrement marqué l'histoire : le carrick à pompe. Réalisé par les plus grands carrossiers anglais et français, il représente une pièce d'exception. Le carrick à pompe, inscrit au patrimoine, est visible au Haras de Saint-Lô, constituant la seule voiture de ce type accessible au public en France.

L'usage du terme "curricle" en France pour désigner un carrick à pompe, un anglicisme provenant du latin "curriculum" (chars de course), a renforcé la confusion. En Angleterre, dès la fin du XVIIIe siècle, toutes les voitures à deux roues attelées à deux chevaux grâce à un harnais à pompe, y compris le carrick, étaient désignées sous le terme générique de "curricle".

L'étude des harnais en bronze, qu'ils soient gallo-romains ou issus d'époques plus récentes, révèle une continuité dans la recherche d'efficacité et d'élégance dans l'art de l'attelage. Ces objets, bien plus que de simples pièces de métal, sont des témoins précieux de l'ingéniosité humaine et de sa relation intime avec le cheval à travers les âges.

Sources :

  • Figoli
  • Archives ; D Gaiser, H. Baup, Figoli, photos de courtoisie
  • Libourel Jean Louis, voitures hippomobiles
  • Lebrun, Manuel complet du Bourrelier et du sellier, Riquet Paris, 1833
  • Spruytte J, Etudes expérimentales sur l'attelage
  • Walrond Sallie, Les voitures à chevaux
  • Felton, "treatise of carriages", 1894
  • Robiquet, Jacques
  • Ginzrot, revue Achenbach
  • Hofer, "Le régulateur du sellier", 1818-1821
  • Léné, sellier, 1878
  • C. de Comminges, "Dressage et Menage", 1897
  • Harvey, M., 1845
  • Delton, 1893

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