Le Parc du Château d'Épinal, situé sur l'emplacement d'un ancien château dominant la ville, offre une immersion fascinante dans l'histoire. Cette magnifique propriété boisée, bien que principalement connue aujourd'hui pour ses attraits récréatifs et ses jardins, est le théâtre d'une riche histoire militaire et architecturale, mêlée à une évolution récente dans le domaine équestre. La ville d'Épinal elle-même a une histoire millénaire, marquée par la présence d'un château fort qui a joué un rôle stratégique majeur.
Des Origines Médiévales à la Renaissance : L'Ascension du Château d'Épinal
L'histoire du site remonte au Xe siècle. Vers 980, Thierry Ier de Hamelant, évêque de Metz, possédait un vaste domaine au sud de la Lotharingie, à Dogneville. Pour protéger ses terres et sa population des incursions bourguignonnes, il fit construire un premier château à Spinal, sur une éminence rocheuse. Cette structure, probablement une tour en bois nommée ultérieurement "tour du Voué", surveillait la Moselle et contrôlait les vallons environnants. Elle servait de résidence au représentant de l'évêque, puis plus tard au bailli du duc.
Au XIIIe siècle, un nouveau château fut édifié au sommet de l'épine rocheuse, dominant le premier. La construction de cette nouvelle fortification sur l'épine gréseuse, culminant à 387 mètres d'altitude, aurait débuté sous l'épiscopat de Conrad de Scharfeneck (1213-1224) et fut poursuivie par l'évêque Jacques de Lorraine. Épinal fut alors dotée d'une puissante muraille s'étendant jusqu'au château, complétée par des fossés. Typologiquement, le château d'Épinal s'inscrit dans la catégorie des enceintes polygonales à Bergfried, caractéristiques de l'ancienne Lotharingie et de l'Empire.
La période entre 1464 et 1500 fut marquée par d'importants travaux d'adaptation du château à l'artillerie. Les tours furent équipées de canonnières, et des arquebuses à crochets, bombardes et couleuvrines y furent installées. Ces aménagements visaient à faucher les assaillants à courte distance. Après 1495, le logis seigneurial, un bâtiment à colombages, fut démoli. Entre 1512 et 1513, la défense fut percée de canonnières. Un pont-levis fut construit entre 1515 et 1516, en avant d'un boulevard également doté de canonnières. De 1519 à 1520, trois piliers de pierre furent érigés pour soutenir un pont de bois, remplaçant un pont provisoire. Il est possible que la tour de Lespinoux ait été reconstruite à cette époque.

Le XVIIe Siècle : Changements et Destructions
En 1533, la toiture du donjon fut rehaussée, rendant la vue sur la ville impossible depuis la "chambre de waiste". Pour pallier ce manque, un "petit beffroi" ou tour de guet fut construit sur le donjon, sur ordre du duc Antoine de Lorraine.
Le début du XVIIe siècle vit des travaux d'entretien importants être réalisés, mais le bâtiment était dans un état général de délabrement. La tour du pont (tour de Lespinoux) menaçait ruine, et la plupart des couvertures et charpentes du château devaient être refaites. Le plan Bellot, réalisé en 1626, offre une vision complète du château avant les destructions successives. Le site s'étendait sur 380 mètres de long et 100 à 120 mètres de large, présentant une succession de trois enceintes flanquées de tours ouvertes à la gorge, souvent appelées "fausses tours". Le système de construction des murs et des tours reposait sur deux parements de pierres de taille et de moellons de grès rose, renfermant un massif de blocage.
Entre 1629 et 1630, le pont dormant fut refait. De 1631 à 1632, un four, un fournil et un corps de garde furent construits sous un même toit, dans l'angle formé par la courtine nord et le donjon. Les bâtiments existants, y compris le donjon, étaient signalés comme inhabitables et en ruine. En 1635, il fut envisagé de reconstruire une galerie de bois reliant la tour de l'Espinoux au donjon pour permettre les rondes. C'est probablement durant la seconde moitié du XVIIe siècle que l'escalier fut aménagé dans le logis du capitaine et que le mur protégeant les poternes de la courtine sud fut érigé. Le bastion quadrangulaire ouest fut également construit à cette période, en avant de la plateforme dominant la ville, afin de protéger les Spinaliens fidèles au duc Charles IV des tirs d'artillerie.
Les années 1637 à 1640 furent consacrées aux préparatifs de guerre. Les faubourgs furent rasés pour ériger des levées de terre, et des demi-lunes et redents furent construits au sud de la ville pour protéger les murailles des tirs d'artillerie. Les portes d'Ambrail et du Grand Moulin furent murées. En 1641, le duc de Lorraine remit la ville et le château en état de défense. La ville capitula face aux Français le 23 août 1641 après une intense canonnade. Le château, défendu par le baron d’Husbache, résista, mais une brèche fut ouverte dans la courtine nord par sape et mine, forçant les assiégés à se réfugier dans le donjon, où ils finirent par se rendre. En 1645, des palissades de bois furent établies sur la brèche. Entre 1649 et 1656, une levée de terre de quatre mètres de hauteur fut accumulée dans la cour.
Le 19 septembre 1670, les troupes françaises s'emparèrent de Nancy, et le duc Charles IV se retira à Épinal. Après 18 jours de siège, le maréchal de Créqui reprit la ville, et le château capitula le 28. Pour servir d'exemple, la ville fut condamnée à détruire ses fortifications et son château à ses frais. La ville perdit ainsi son statut de place forte stratégique, se francisa progressivement et resta ducale jusqu'au rattachement de la Lorraine à la France en 1766.

Du XVIIIe Siècle à Nos Jours : Transformation en Parc et Renaissance Équestre
En 1740, la caserne Saint-Éloi fut édifiée sur le Grand Gravot avec les pierres provenant des ruines du château. En 1791, le domaine du château fut vendu comme bien national et acheté par l'ancien maire royal d'Épinal. En 1804, Christophe Doublat, trésorier payeur-général des Vosges, racheta les ruines et acquit progressivement tout le site jusqu'en 1827. Il y fit aménager un vaste jardin paysager pré-romantique de plus de vingt hectares, où subsistaient les ruines du château. Entre 1827 et 1834, le fossé occidental fut mis en eau. Charles Pensée réalisa une série de sépias documentant ce "jardin de Monsieur Doublat", montrant que le site était clos de murs reprenant en partie ceux du châtelet.
En 1844, la propriété fut rachetée par Paul Brocart, qui en fit don à la ville à sa mort en 1857. Au cours du XXe siècle, le jardin et les ruines furent progressivement envahis par la végétation. En 1966, Othon Lehmann déplorait le manque de connaissance des Spinaliens sur l'histoire de leur château et proposait sa reconstitution pour en faire un centre de jeunesse.
En 1984, la population d'Épinal ignorait largement l'existence passée de son château. Le site, entièrement recouvert par les arbres et géré par l'ONF, fit l'objet d'une première campagne de fouilles archéologiques en juillet 1984, à la demande du maire Philippe Séguin. Ces fouilles, couplées à des visites organisées et à une médiatisation réussie, permirent aux Spinaliens de se réapproprier leur histoire et leur patrimoine.
En 1992, l'ensemble des bâtiments, incluant les vestiges du château, les constructions du XIXe siècle (pavillon chinois, chalet, fabriques, laiterie) et les façades et toitures de la ferme, fut classé monument historique. Le parc fut également inscrit au titre des monuments historiques à la même date.

L'architecte en chef des monuments historiques, Thierry Algrin, proposa en 1992 un projet de réhabilitation du site, visant une "restitution idéale du jardin de Monsieur Doublat". En 1993, il projeta de relever le donjon et de donner à l'ensemble un aspect ruiniforme dans l'esprit du jardin romantique, tout en créant un dépôt de fouilles dans le donjon et un théâtre de verdure dans la cour. Seul le donjon fut restauré à treize mètres de hauteur. L'année suivante, il proposa une passerelle d'inspiration "chinoise" sur les piles de l'ancien pont. De 2009 à 2011, la tour chinoise fut restaurée avec le soutien des collectivités locales.
Le Parc du Château d'Épinal Aujourd'hui : Un Espace Vert et Culturel
Aujourd'hui, le Parc du Château d'Épinal est une magnifique propriété boisée qui occupe le sommet d'une des collines dominant la ville. Il propose une découverte historique entre vestiges médiévaux et fabriques du XIXe siècle. Le domaine est marqué par des jardins médiévaux et des vignes vendangées en automne. Les visiteurs peuvent y découvrir un parc animalier, des jeux pour enfants et diverses promenades. La restructuration du parc est en cours, avec notamment la construction d'un nouveau parc animalier.
À l'occasion des Rendez-vous aux jardins, l'accent est mis sur l'éveil des sens des enfants à leur environnement.
L'Émergence d'un Parc Équestre Majeur : L'Exemple de Lamotte-Beuvron
Bien que le Parc du Château d'Épinal soit un lieu d'histoire et de promenade, il est intéressant de noter l'évolution récente d'autres sites en France vers des pôles équestres majeurs. L'édition 2024 du Generali Open de France, célébrant les trente ans du Parc équestre fédéral de Lamotte-Beuvron, met en lumière cette transformation.
Le site de Lamotte-Beuvron a une histoire complexe, ayant été une motte féodale, un logis Renaissance, un château du XVIIe siècle, un domaine impérial sous Napoléon III, puis une colonie pénitentiaire et un centre d'éducation surveillée pour mineurs délinquants. C'est en 1994 que le site s'est ouvert à l'équitation, sous l'impulsion de Serge Lecomte, alors président de la Fédération française d'équitation (FFE). L'objectif était de créer un lieu pérenne pour les championnats de France, une "maison de famille des cavaliers" où ils aimeraient se retrouver d'année en année.
La recherche d'un tel lieu a conduit à repérer le site de Saint-Maurice, alors en friche. La FFE a perçu le potentiel de ce lieu et, avec le soutien des autorités locales, a entrepris sa réhabilitation. Les débuts furent modestes, avec des installations temporaires. Cependant, au fil des ans, le Parc équestre fédéral s'est considérablement agrandi et développé, devenant l'un des plus grands au monde, accueillant des événements équestres internationaux et d'autres grands événements comme le Game Fair. En 2012, le Generali Open de France a été certifié par Guinness comme le plus grand rassemblement équestre au monde, avec plus de 13 800 participants.
Le développement de ce domaine solognot, bien que critiqué par le passé pour ses investissements, a contribué à la croissance et à la professionnalisation des activités équestres en France. La FFE y poursuit ses investissements pour en faire un outil indispensable pour les clubs, la promotion de l'équitation et l'accueil d'événements.
Bien que le Parc du Château d'Épinal ne soit pas un centre équestre fédéral, son histoire et son évolution témoignent de la richesse du patrimoine français, mêlant passé militaire, architectural et paysager. Il offre une expérience unique aux visiteurs, leur permettant de se connecter à l'histoire tout en profitant d'un cadre naturel exceptionnel. La cohabitation des vestiges médiévaux, des fabriques du XIXe siècle et des aménagements modernes, comme le nouveau parc animalier en cours de construction, en fait un lieu vivant et en constante évolution.