Guipavas : Des Écuries Anciennes à l'Histoire Riche d'un Chef-Lieu de Canton

Guipavas, chef-lieu de canton, se situe à proximité immédiate de Brest, englobant jadis les territoires de Lambézellec et de Gouesnou. Son histoire, souvent confondue avec celle de Ploubavas, remonte au VIe siècle. Au cœur de cette histoire se trouve un patrimoine bâti ancien, dont les écuries, bien que parfois transformées, témoignent d'une activité rurale et seigneuriale passée. L'étude de ces édifices, mêlée à celle des familles nobles et des structures paroissiales, révèle la complexité et la richesse de l'histoire de Guipavas.

Des Origines Lointaines et des Noms Évolutifs

Les premières mentions écrites de Guipavas, sous des formes telles que Ploebenez, Ploebeuez, Poebenez, ou Ploebevez en 1282, Guic Bavoez vers 1330, Ploeavaz en 1336, et Ploebavas en 1394, témoignent d'une ancienneté remarquable. Le nom "Guipavas" lui-même est d'origine bretonne, dérivé de "gwik" signifiant "bourg" (emprunté au latin "vicus") et d'un anthroponyme, Bevoez ou Bavoez. En breton, la commune est appelée Gwipavaz. La présence ancienne de "haliers" (probablement des halles ou des marchés couverts) et la mention de "chauffagii de foresta apud Ploevavaz" (chauffage de forêt près de Guipavas) dès le Moyen Âge soulignent une activité économique et une gestion du territoire bien établies.

Carte de la région de Brest et Guipavas

L'Écho des Seigneuries et des Métairies

L'histoire de Guipavas est intimement liée à celle de ses nombreuses seigneuries et métairies. Les documents d'archives révèlent une multitude de transactions, de baux et de droits liés à ces domaines. En 1734, Alain Pavees de Plounéour Trez, par exemple, est cité dans un contexte de transactions foncières. Les registres paroissiaux et les actes notariés mentionnent fréquemment des figures comme Laurens Beavas de Ploumoguer, ou des familles comme les de Coataudon, dont Jean-Baptiste de Coataudon fut conseiller au Parlement de Bretagne et décéda à Guipavas en 1825.

La structure économique de la paroisse reposait en grande partie sur l'exploitation agricole des métairies. Les fermages, versés annuellement, constituent une source d'information précieuse sur la valeur des terres et l'activité agricole. On trouve ainsi des mentions de métairies affermées pour des sommes variables, comme celle du Chefduboys-Keranguiriec de Landerneau, affermée à Jacques Kerian pour 210 livres par an, ou celle de Keravelec, affermée pour 75 livres. Ces chiffres, bien que reflétant des valeurs d'une époque révolue, donnent une idée de la richesse agricole de la région. Les fermages pouvaient également inclure des denrées, telles que des saumons, des chapons, des poulets, ou du blé noir, soulignant l'importance de ces produits dans l'économie locale.

Parmi les domaines cités, le manoir de Coataudon, bien que touché par un incendie durant la Révolution française, appartenait à une vieille famille noble de Bretagne. Le manoir du Vizac, quant à lui, était une propriété boisée et bien entretenue, mentionnée dès le XVe siècle. Le manoir du Froutven, également daté du XVe siècle, fut la propriété de diverses familles avant de passer aux Coataudon. Le manoir de Keraudry, appartenant au seigneur du Curru en 1674, était composé d'une maison, d'une chapelle, d'un verger, d'un bois et d'une métairie.

Ces domaines seigneuriaux, souvent dotés de leurs propres chapelles, reflètent le pouvoir et l'influence des familles nobles qui marquaient l'histoire de Guipavas. La présence de "traces de mottes féodales" dans certains lieux suggère même des fortifications plus anciennes, vestiges d'une occupation antérieure.

L'Édifice Religieux : Cœur de la Vie Paroissiale

L'église paroissiale de Guipavas, placée sous le patronage de saint Pierre et de saint Paul, est un élément central de l'histoire de la commune. Sa construction et ses transformations témoignent de l'évolution architecturale et des événements marquants. Le porche nord, daté de 1563, et un bénitier portant la date de 1565, sont des vestiges de l'édifice ancien. L'église fut agrandie en 1618 et en 1761, notamment le chœur. La description de l'église mentionne des éléments architecturaux tels que des lucarnes de pierre, des meurtrières obliques, et des fenêtres à croisillons caractéristiques de l'architecture locale.

Photographie de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Guipavas

La Révolution française marqua profondément la vie religieuse, entraînant la destruction de nombreux éléments de l'église, dont la tribune et les orgues. Une description datant de 1855 indique qu'il faudrait 10 000 livres pour la remettre en état, mais la description des prééminences qui s'y trouvaient a été conservée. L'église actuelle, consacrée le 6 février 1955, a été reconstruite après les destructions de la Seconde Guerre mondiale, les vitraux datant de 1990.

La vie paroissiale était animée par de nombreux prêtres et vicaires, dont les noms sont consignés dans les registres. Des figures éminentes, comme des docteurs en théologie tels que Paul Kerjean, Jean Le Gall, Allain Le Gall, ou encore des recteurs et chapelains, ont marqué l'histoire religieuse de Guipavas. La liste des prêtres et vicaires, s'étendant du XVIe au XXe siècle, offre un aperçu de la continuité et des changements au sein du clergé local.

La Vie Quotidienne et les Défis Sociaux

Les documents révèlent également les conditions de vie des habitants de Guipavas, marquées par des défis sociaux importants. Une lettre de M. le Recteur à Mgr le Contrôleur Général, datée d'une période de crise, décrit une situation de précarité pour une partie de la population : "J'ai environ 270 personnes à la charité, dont environ 260 mendiants […] et 400 qui approchent de la pauvreté et vivotent. Le reste de la paroisse est à son aise sans être riche. La cherté du blé, du bois et des fermes est une cause d'indigence." Cette lettre souligne l'impact des fluctuations économiques sur la vie des plus vulnérables, ainsi que les conséquences de la mortalité et du grand nombre d'orphelins.

La charité et l'assistance aux pauvres étaient organisées, notamment par le biais d'écoles et de distributions annuelles. Les registres mentionnent des fondations pour l'éducation des enfants, avec des écoles pour garçons et filles, ainsi que le financement d'une sage-femme pour les pauvres. Ces initiatives, bien que limitées, témoignent d'une volonté d'aider les plus démunis.

L'histoire de Guipavas est également ponctuée d'événements plus spécifiques, comme les combats durant les guerres de la Ligue en 1591-1592, opposant les partisans du duc de Mercœur aux troupes de Sourdéac. Ces affrontements violents, dont la violence est décrite par des "flots de sang coulaient jusqu'à l'église Saint-Pierre", ont laissé des traces dans la mémoire collective.

L'Héritage des Anciennes Écuries et des Domaines Agricoles

Bien que le terme "anciennes écuries" puisse faire référence à des structures spécifiques, il symbolise également l'ensemble des dépendances agricoles et des bâtiments liés à l'exploitation des métairies et des manoirs. Ces structures, souvent intégrées aux domaines seigneuriaux, étaient essentielles à l'économie rurale. Elles abritaient non seulement les chevaux et le bétail, mais aussi les outils agricoles et les récoltes.

Illustration d'une ferme bretonne traditionnelle

L'évolution du paysage agricole, avec la modernisation des techniques et la transformation des exploitations, a conduit à la disparition ou à la réaffectation de nombreuses de ces anciennes écuries. Certaines ont été transformées en logements, d'autres ont été intégrées à de nouvelles constructions, et certaines, malheureusement, sont tombées en ruine. Cependant, leur existence passée est un rappel de l'importance de l'agriculture dans l'histoire de Guipavas.

Des récits plus récents, comme celui de l'exposition "L'Atelier de Kerancroc'h" à Logonna-Quimerc'h, où une ancienne écurie a été rénovée pour accueillir des œuvres d'art, montrent comment ces espaces peuvent être réinvestis et réinterprétés. Cette transformation d'un lieu dédié à l'élevage en un espace culturel illustre la capacité d'adaptation du patrimoine bâti aux nouvelles réalités.

La Mémoire Vive : Motocross, Expositions et Patrimoine

L'histoire de Guipavas ne se limite pas aux périodes anciennes. Des événements plus récents ont également marqué la mémoire collective. Les courses de motocross qui se déroulaient dans les années 70 et 80, filmées par des passionnés comme Jean-Pierre Morvan, témoignent d'une époque révolue où les champs servaient de pistes. Ces événements, souvent accompagnés de défilés, rappellent une vitalité associative et sportive.

Motocross (1959)

Des expositions, comme celle organisée en partenariat avec l'Association Guipavas identité patrimoine (Agip), ont permis de replonger dans le passé de la commune, mettant en lumière la ruralité, les scènes de vie, les tenues traditionnelles, et l'évolution du bourg. Ces initiatives visent à préserver et à transmettre la mémoire d'une époque où la vie quotidienne était profondément marquée par les traditions.

Le parcours pédestre de valorisation du patrimoine, jalonné de panneaux explicatifs, permet de découvrir à son rythme les richesses historiques et architecturales de Guipavas. Des stations comme celle évoquant la fontaine druidique, où Saint-Thudon aurait bâti le premier oratoire, ou celles décrivant la construction de la chapelle au XVe siècle, contribuent à faire revivre l'histoire de la commune.

En somme, Guipavas, au-delà de son statut de chef-lieu de canton, est une commune dont l'histoire est tissée de fils multiples : ceux des seigneuries et de leurs dépendances, dont les anciennes écuries sont un symbole, ceux de la vie paroissiale et des hommes d'église, et ceux des défis sociaux et des événements marquants. L'étude de ces différentes facettes permet de comprendre la richesse et la complexité de son patrimoine.

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