Cette année, le prestigieux concours national de Prim'Holstein, rendez-vous incontournable pour les éleveurs de cette race de vache laitière renommée, a été annulé à la dernière minute. Initialement prévu à Alençon, dans l'Orne, l'événement a succombé à la menace de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie qui a contraint le ministère de l'Agriculture à prendre une décision drastique. Cette annulation représente un coup dur financier et moral pour les organisateurs et les éleveurs qui avaient préparé cet événement avec passion et engagement.
La DNC, un Invité Indésirable aux Conséquences Dévastatrices
Le 17 octobre, à quelques jours de l'ouverture du salon Tous Paysans à Alençon, l'annonce est tombée comme un couperet : le grand concours national de Prim'Holstein était annulé. La raison invoquée par le ministère de l'Agriculture est la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse dans les cheptels ovins, caprins et bovins sur le territoire français. Cette épizootie, bien que ne présentant pas de risque direct pour l'homme, a des conséquences désastreuses pour le monde de l'élevage.
L'association pour la promotion de la Prim'Holstein, maître d'œuvre de l'événement, se retrouve dans une situation financière délicate. Un budget de 203 000 euros avait été engagé pour assurer la tenue de ce rendez-vous d'élevage. L'annulation prive l'association de recettes attendues, notamment celles provenant des 10 000 visiteurs escomptés, et laisse un déficit de 30 à 50 000 euros à combler dans un délai de trois mois. Thierry Chanu, président de l'association, exprime son inquiétude et sollicite une aide du ministère de l'Agriculture, à l'origine de la décision, ainsi que des collectivités locales, le Département et la Région. Une démarche a également été entreprise auprès de la députée de sa circonscription, Élisabeth Borne, mais aucune réponse n'a encore été reçue.

"On n'a pas de budget, mais jusqu'à présent, on n'a jamais perdu d'argent", précise Thierry Chanu, soulignant le modèle d'autofinancement de la manifestation grâce à la vente des places. Ce concours national était bien plus qu'une simple compétition ; c'était un "rassemblement de passionnés, un moment de plaisir et de convivialité où des bêtes peuvent aussi changer de main", ajoute-t-il.
L'Écho de l'Annulation dans les Régions : Moselle et Auvergne Partagent la Déception
La nouvelle de l'annulation des concours bovins du Salon de l'Agriculture 2026, également due à la dermatose nodulaire contagieuse, résonne avec force dans les régions. En Moselle, où plusieurs éleveurs se sont distingués par le passé en races Blanc Bleu, Prim'Holstein et Rouge des Prés, la déception est palpable. Cette année, seul un élevage d'Hattigny était pressenti pour participer, mais a préféré renoncer avant même l'annonce officielle.
Murielle Desfrères, éleveuse à Hattigny, explique ce retrait par plusieurs facteurs. L'obligation de vaccination contre la fièvre catarrhale ovine (FCO), qui coûte mille euros pour 25 bêtes et implique trois vaccins différents, a été un frein majeur, d'autant que sa famille ne vaccine pas ses animaux. L'arrivée de la dermatose bovine a renforcé leur décision. "On avait un peu peur : un rassemblement d'animaux venant de toute la France, c'est un nid, pour la DNC", confie-t-elle. La crainte d'un abattage de tout le troupeau en cas de réaction d'une vache, même vaccinée, et la perte de génétique accumulée sur plusieurs générations sont des préoccupations majeures. Au-delà du risque sanitaire, Murielle Desfrères souligne l'importance économique du Salon de l'Agriculture comme vitrine pour faire connaître leur exploitation et vendre des reproducteurs, attirant même des bouchers qui ne se déplacent pas habituellement dans leur région.

Dans la région Auvergne, la situation est similaire. Xavier Lerond, président d'InterBev Grand Est et éleveur en Moselle, qualifie la décision d'annulation de "sage", tout en reconnaissant la "crève-cœur" pour les éleveurs qui préparent leurs animaux toute leur vie pour ces concours. Il insiste sur le fait que le "sanitaire est le plus important". Bien que l'ambiance et le commerce puissent être freinés, il anticipe des solutions innovantes comme la vente en visio pour maintenir l'activité économique des éleveurs. Il souligne également l'importance de la présence des délégations étrangères pour valoriser "la qualité de nos élevages, l'excellence de nos filières".
Des Annulations en Cascade : Le Sommet de l'Élevage et le Salon de l'Agriculture Privés de Leurs Stars
L'annulation du concours national de Prim'Holstein n'est qu'un exemple parmi une longue liste d'événements annulés ou impactés par la situation sanitaire. Le Sommet de l'Élevage, qui devait se tenir à Clermont-Ferrand, a vu une cascade d'annulations dans les concours de races laitières et allaitantes. Les races Simmental, Abondance, Villard de Lans, Hérens, Brune, Normande, France Pie Rouge, Blanc Bleu, Salers, Limousine, Aubrac et Charolaise ont toutes renoncé à participer, privant l'événement de ses têtes d'affiche. Seuls les chevaux et les caprins devraient être présents.
Le Salon de l'Agriculture à Paris, événement phare de la filière, sera également marqué par l'absence des bovins. Cette décision, prise par les organismes de sélection des différentes races, vise à limiter le risque de contagion. Pour les éleveurs, au-delà de la déception sportive, c'est une occasion manquée de promotion et de commerce.
La Dermatose Nodulaire Contagieuse : Un Fléau aux Mécanismes de Propagation Complexes
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est une maladie virale qui affecte les bovins, les ovins et les caprins. Les symptômes incluent l'apparition de nodules cutanés, de fièvre et d'une baisse de la production laitière chez les vaches. La transmission se fait principalement par contact direct avec des animaux infectés, mais aussi par l'intermédiaire d'insectes vecteurs tels que les mouches et les moustiques. La transmission à longue distance est souvent liée aux transports routiers de bovins infectés, qui introduisent le virus dans de nouvelles zones où ils sont ensuite piqués par les insectes locaux.

Au 19 septembre 2025, 79 foyers de DNC avaient été détectés en France, concentrés dans les départements de la Savoie, de la Haute-Savoie, de l'Ain et du Rhône, touchant 47 élevages. La rapidité de propagation du virus et la sévérité des mesures sanitaires, qui peuvent aller jusqu'à l'abattage de troupeaux entiers, justifient la prudence extrême des autorités et des organisateurs d'événements.
L'Écurie des Pommiers : Un Exemple de Résilience et d'Adaptation dans le Monde Équestre
Si le monde de l'élevage bovin est durement touché par les annulations dues aux maladies, le secteur équestre connaît également ses propres défis sanitaires. La rhinopneumonie, par exemple, a conduit à l'annulation de nombreux concours nationaux et internationaux jusqu'au 28 mars. Alain Hinard, directeur du pôle équestre d'Auvers, exprime sa lassitude face à ces annulations répétées, qui représentent une difficulté financière supplémentaire après la crise de la Covid-19.
Cependant, même dans ce contexte, des structures comme l'Écurie des Pommiers, située à Landes-sur-Ajon, continuent d'offrir une expérience équestre complète. Labellisée "Écurie de compétition", elle propose des infrastructures haut de gamme et un enseignement de qualité, de l'initiation à la haute performance. Le centre d'équitation accueille cavaliers de tous âges et niveaux, offrant des cours, des stages et des activités diversifiées dans un cadre naturel propice à la détente et à la compétition. L'Écurie des Pommiers met en avant son dispositif sport-étude, permettant aux jeunes talents d'allier scolarité et pratique intensive de l'équitation, témoignant d'une volonté de maintenir une offre de qualité malgré les aléas.
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La FCO, un Autre Spectre pour les Éleveurs Ovins
En parallèle de la DNC, la fièvre catarrhale ovine (FCO) continue de poser des problèmes aux éleveurs. La Manche, notamment, a enregistré une augmentation significative des cas et des suspicions, entraînant l'annulation de nombreux comices agricoles et concours. Les organisateurs sont dans l'attente de l'évolution de la maladie, qui affecte aussi bien les ovins que les bovins. La race Cotentine, qui devait célébrer son centenaire, voit ses événements annulés, tout comme le concours spécial de la Foire de Lessay, dont la décision reste en suspens.
Malgré les difficultés, la préservation du patrimoine génétique et culturel des races ovines à effectifs réduits reste une priorité. La vente de béliers Roussins de la Hague à Jobourg, par exemple, a été maintenue, considérée comme un "acte de diffusion génétique raisonné et sécurisé". L'appel à la vaccination est également lancé, bien que la FCO ne présente pas de risque pour l'homme, elle a des conséquences économiques importantes pour les éleveurs.
L'ensemble de ces annulations, qu'elles soient dues à la DNC ou à la FCO, souligne la fragilité du monde de l'élevage face aux maladies animales. La nécessité d'une vigilance sanitaire constante, d'une adaptation des pratiques et d'un soutien accru aux éleveurs est plus que jamais d'actualité pour assurer la pérennité de ces filières essentielles.