L'Avenue de l'Hippodrome à Saint-Laurent-Blangy, bien que son nom évoque une connexion avec l'ancien hippodrome de Boitsfort, est une artère dont l'histoire est intimement liée à l'évolution du paysage urbain et naturel de la région, particulièrement autour de la ville d'Arras. Son tracé, ses aménagements et le bâti qui la borde témoignent d'une histoire riche, marquée par des décisions urbanistiques, des transformations paysagères et les cicatrices des conflits mondiaux.
Genèse et Aménagement d'une Voie Stratégique
Le tracé de l'Avenue de l'Hippodrome trouve ses origines dans un plan d'expropriation par zones datant du 22 août 1873. Ce plan visait l'aménagement des abords des étangs et l'ouverture de nouvelles rues menant à des points névralgiques tels que l'avenue Louise, la chaussée de Boondael, la place Sainte-Croix et l'ancienne abbaye de la Cambre. Les architectes derrière ce projet étaient l'inspecteur voyer des faubourgs de Bruxelles, Victor Besme, et le directeur des Travaux publics d'Ixelles, Louis Coenraets. L'objectif était de structurer le développement urbain autour de ces zones aquatiques et de connecter de manière plus fluide les différentes parties de la ville.
La Société de l'Avenue Louise a joué un rôle crucial dans la réalisation des travaux de voirie et d'appropriation des étangs. Propriétaire des terrains en contrebas du rond-point de l'avenue Louise, elle a conclu une convention avec la Ville de Bruxelles et la commune d'Ixelles, cette dernière détenant l'essentiel des terrains depuis 1871. Cette collaboration a permis de concrétiser le projet d'aménagement.
Un ajustement notable fut apporté par un arrêté royal du 17 juin 1910, qui réduisit le pan coupé à l'angle de l'avenue des Klauwaerts. Cette modification visait à élargir l'emprise de la voirie, témoignant d'une adaptation aux besoins évolutifs de la circulation et de l'urbanisme.
Des Sentiers Anciens aux Artères Modernes
Le parcours de l'Avenue de l'Hippodrome n'est pas entièrement une création ex nihilo. La partie de l'avenue située entre l'étang et la rue du Bourgmestre reprend le tracé d'un ancien sentier connu sous le nom d'Elsenblok. Cette réutilisation d'anciennes voies témoigne d'une continuité historique et d'une intégration progressive du développement urbain dans le tissu existant. L'autre section, s'étendant jusqu'au boulevard Général Jacques, correspondait à la Brusselstraet, une voie plus ancienne qui se prolongeait vers Boondael.
L'Avenue de l'Hippodrome s'inscrit dans une séquence d'artères importantes, dont la dernière, l'avenue Franklin Roosevelt, mène à la chaussée de La Hulpe, face à l'entrée de l'Hippodrome de Boitsfort. C'est cette dernière infrastructure, inaugurée en 1875, qui a donné sa dénomination à l'avenue, soulignant ainsi son lien historique avec le monde des courses hippiques, même si l'hippodrome en question se trouvait à Boitsfort.

Un Cadre Paysager et Architectural Remarquable
Le premier tronçon de l'avenue, faisant face aux Étangs d'Ixelles, présente une caractéristique paysagère significative : une servitude de non-bâtisse de huit mètres. Cette zone réservée à l'aménagement de jardinet participe à la conception paysagère et pittoresque des étangs, comme en témoigne la convention de 1873 entre la commune d'Ixelles et la Société de l'Avenue Louise. Cette disposition a contribué à créer une harmonie visuelle entre l'urbanisme et l'environnement naturel.
Les façades construites à partir de la fin des années 1870 dans cette partie de l'avenue sont remarquables par leur homogénéité architecturale. De style éclectique et de caractère bourgeois, elles forment un ensemble cohérent. Cependant, cette unité est ponctuée par la présence de quelques immeubles à appartements, construits plus tardivement, qui ont remplacé le bâti ancien, apportant une touche de modernité et parfois rompant légèrement la symphonie architecturale.
Le bâti du reste de l'avenue présente une plus grande hétérogénéité. Les constructions datent généralement des environs de 1900 et se composent de maisons bourgeoises et d'immeubles de rapport. Ces édifices adoptent majoritairement le style éclectique, avec des inspirations néoclassiques. Un exemple notable est le numéro 51, un immeuble de rapport dont les tympans et allèges sont ornés de sgraffites Art nouveau géométrique de Cauchie, datant de 1907. Certains de ces immeubles ont subi des modifications, notamment l'aménagement de devantures commerciales au rez-de-chaussée, signe de l'évolution de la fonction de certains bâtiments.
L'Institut Saint-André et la Mémoire Ouvrière
L'Avenue de l'Hippodrome est également marquée par la présence de l'Institut Saint-André, situé au numéro 180. Cet établissement occupe un vaste terrain s'étendant entre la chaussée de Boondael et l'avenue elle-même, jouxtant le dépôt de trams de la S.T.I.B. L'Institut Saint-André, par sa stature et son implantation, représente un élément important du paysage bâti de l'avenue.
Au-delà de son aspect architectural, l'histoire des noms de rues et des activités qui s'y déroulaient est riche d'enseignements sur le passé. L'évocation des noms comme Béguines, Coclipas, Cronerie, Rosati, Filatiers, ou encore Foulons, renvoie à des métiers anciens, à des usages oubliés, et parfois à des légendes locales. La rue des Filatiers, par exemple, ou celle du Marché au Filé, témoignent des anciens commerces de fil. Les rues des "Petits et des Grands Vieziers" rappellent les fripiers qui vendaient des "viez" (vieux) habits. La rue aux Foulons et celle des "Trois Filloires" évoquent le métier des artisans du textile, dans une ville comme Arras, autrefois fameuse pour ses "arrazzi" (tapisseries d'Arras). La rue du Petit Feutre abritait les "feutriers", ouvriers spécialisés dans l'agglutination de poils ou de fibres. La rue de la Taillerie, quant à elle, commémore la Halle aux draps où l'on vérifiait la "taille", c'est-à-dire l'aune des pièces fabriquées.
Certains noms de rues peuvent sembler étranges ou violents. La "rue Coclipas", par exemple, près de la "Place de l'Ancien Rivage", a fait l'objet de diverses interprétations. Les érudits d'antan suggéraient qu'il s'agissait d'une expression oubliée, évoquant une action violente, telle que "Coupe-lui les pas !". Ce quartier, autrefois bourbeux, aurait été propice aux agressions commises par des "tire-laines", des rôdeurs qui détroussaient les passants riches. La dénomination de la "rue de la Cronerie" proviendrait du mot picard "cron" (ou "cran"), signifiant débris ou déchets.
D'autres noms de rues célèbres, à tort ou à raison, proviennent des enseignes d'auberges d'autrefois, comme la "rue des Trois Visages", nommée d'après trois mascarons sculptés sur une façade. Cette rue a été récemment écourtée et renommée "rue Eugène Vidocq", en l'honneur d'un Arrageois célèbre, truand devenu espion et policier, dont la vie mouvementée a inspiré de nombreuses œuvres. Les noms de poètes et dramaturges comme Jehan Bodel et Adam de la Halle, figures importantes de la langue picarde médiévale, sont également honorés par des rues portant leurs patronymes. Le cas de Robespierre a longtemps fait débat, mais il a également sa rue, à proximité de la "Petite rue des Rapporteurs". Cette dernière ne fait pas référence à des délateurs, mais aux anciens magistrats instructeurs aux États d'Artois.

Saint-Laurent-Blangy : Un Patrimoine Historique et Naturel
L'histoire de Saint-Laurent-Blangy est jalonnée d'événements marquants, marqués par la présence de la Scarpe, une rivière qui a joué un rôle central dans son développement. Dès l'Âge de fer, le site était déjà habité, comme en témoignent les découvertes archéologiques, notamment des vases en terre cuite. De vastes domaines agricoles ont dominé la région jusqu'à la fin du IVe siècle. Saint-Laurent et Blangy, initialement communes distinctes, ont souvent été sur le passage des envahisseurs, ce qui a marqué leur histoire.
Le domaine de Vaudry-Fontaine à Saint-Laurent-Blangy entre réellement dans l'histoire après 1640. Durant la guerre de Trente Ans, en 1640, peu avant le siège d'Arras par les troupes françaises, la 1re prévoté Saint-Michel, située en zone militaire rue des Rosati à Blangy, fut rasée avec l'ensemble des faubourgs de la ville d'Arras. L'abbaye Saint-Vaast, propriétaire des lieux, décida alors de reconstruire la prévoté Saint-Michel en dehors de cette zone militaire, choisissant Vaudry-Fontaine pour ses atouts, notamment sa fontaine à Mouscrons, entourée de viviers et de bois, le tout en bordure de la Scarpe.
La construction de la nouvelle Prévôté, de style Louis XIII, débuta en 1684 avec les deux bâtiments principaux, une chapelle et le colombier, achevés en 1685. Une seconde chapelle fut terminée en 1691. C'est en 1692 que le religieux dom Hadulphe de Lôs fit aménager la fontaine aux Mouscrons, aujourd'hui classée parmi les six grandes fontaines de l'Artois. Cette fontaine, déjà connue sous cette dénomination au XIVe siècle, présente la particularité d'avoir des fonds d'une remarquable beauté aux reflets bleu vert.
À cette époque, le domaine subit d'importants changements, avec des démolitions, réorganisations et réaménagements. Il existait alors deux châteaux : celui de Saint-Michel et le Vaudriet, une demeure plus modeste assimilée à un manoir. En 1874, Mme de Bonnival fit construire une troisième demeure sur la partie nord du domaine.
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Les Affres de la Guerre et la Reconstruction
La Première Guerre mondiale allait bouleverser le paysage de Saint-Laurent-Blangy et du domaine de Vaudry-Fontaine. Fin octobre 1914, les trois châteaux, situés en première ligne allemande, furent anéantis. La fontaine, utilisée par les troupes allemandes, subit de nombreux bombardements qui réduisirent à néant sa belle maçonnerie en pierres calcaires. Les arbres du parc furent en grande partie détruits, et le mur de clôture sud ne résista pas aux trois années de combats.
L'événement le plus tragique pour les civils du domaine se déroula le 7 novembre 1914. Les Allemands avaient regroupé Mme de Bonnival, Mlle Le Gentil et le régisseur du domaine, M. Mayet, dans les caves du château Saint-Michel. Un obus français perça la voûte et explosa dans la cave, tuant Mlle Le Gentil et M. Mayet, et blessant grièvement Mme de Bonnival, qui décéda quinze jours plus tard. Ce drame est à l'origine de l'édification de la chapelle Saint-Michel.
Après l'armistice du 8 mai 1945, la levée de la réquisition en octobre 1945 permit à Gaston Richebé, nouveau propriétaire du domaine (Mlle de Bonnival étant décédée en 1940), de remettre en état Vaudry-Fontaine, notamment la fontaine monumentale, achevée en 1956. En 1963, le domaine fut classé "Site pittoresque". Claude Richebé, fils de Gaston, hérita du domaine en 1963 et le vendit en 1999 au Conseil Général du Pas-de-Calais et à la Commune de Saint-Laurent-Blangy.
Saint-Laurent-Blangy, dont le nom de la commune durant la Révolution française était Imercourt, est une commune française du département du Pas-de-Calais, en région Hauts-de-France. Sa population était de 6 459 habitants au recensement de 2023. Suite aux destructions de la Première Guerre mondiale, elle fut décorée de la croix de guerre 1914-1918.
La Scarpe : Un Épine Dorsale Écologique et Récréative
La Scarpe, traversant Saint-Laurent-Blangy, a été un acteur majeur de son développement économique, industriel, culturel, associatif et sportif. Si une grande partie de la Scarpe a été artificialisée et polluée dès le début de la Révolution industrielle, la rivière a fait l'objet d'améliorations significatives depuis les années 1990 grâce à des stations d'épuration.
Le chemin de halage de Saint-Laurent-Blangy, longeant la Scarpe entre Arras et Rœux, est aujourd'hui un espace apprécié pour les promenades à pied ou à vélo. Entre bois, bassins, rigoles, et une faune diversifiée, ce parcours offre une expérience bucolique. La Scarpe "navigable" prend sa source à Arras et serpente via Douai jusqu'à Saint-Amand-les-Eaux, pour se jeter dans l'Escaut. Sur ce parcours, 19 écluses répartissent un dénivelé d'une quarantaine de mètres sur 66 km.
Ce secteur, autrefois industriel et abandonné, a été progressivement reconquis par la nature. La ville d'Arras a notamment créé le centre d'exposition scientifique "Cité Nature", et la nature a repris ses droits autour de bassins aménagés pour des promenades qui se prolongent sur les chemins de halage vers Saint-Laurent-Blangy. La communauté urbaine d'Arras a rénové le chemin de halage entre Arras et Saint-Laurent-Blangy, créant une voie verte de près de 3 kilomètres, idéale pour les familles et les sportifs du dimanche.
Ce chemin de halage, doté d'un revêtement en dolomie, est praticable par tous types de vélos et éclairé sur une partie de son parcours à Saint-Laurent-Blangy. Il fait partie de la "Trame verte et bleue" de l'Arrageois, une coulée verte urbaine très appréciée. Le chemin longe plusieurs parcs, tels que le parc Jean-Pierre Deleury, le parc d'Immercourt, le parc du Chevalier et les prairies d'Hervin.
Le canal de la Scarpe est doublé par des canaux qui drainent la plaine, ponctuée de zones marécageuses utilisées pour le pâturage, l'élevage, le rouissage du lin, la pêche et la chasse au gibier d'eau. La vallée de la Scarpe est un refuge pour une grande diversité d'oiseaux, et des panneaux explicatifs sur la faune et la flore sont installés le long du sentier. L'aménagement de ce chemin avait également pour objectif de créer un corridor écologique et paysager visant à améliorer la biodiversité.

Un Centre d'Activités Nautiques Dynamique
À Saint-Laurent-Blangy se trouve un "stade d'eaux vives artificielles" sur un bras détourné de la Scarpe. Cet espace permet à des personnes de tous âges de pratiquer le canoë et le kayak, que ce soit pour le loisir ou la compétition. Le site offre un dénivelé d'environ 2,5 mètres depuis l'écluse et une pente de 300 mètres sur le parcours.
Après ou avant une promenade, il est possible de s'adonner à de nombreuses activités nautiques : parcours d'obstacles, rafting, hydrospeed, canoë, standup paddle. D'autres activités comme le VTT, le tir à l'arc, le golf et la trottinette sont également proposées. Le Stade d'eaux vives Robert Pecqueur, situé rue Laurent Gers, est un pôle d'attraction pour les amateurs de sports et de loisirs en plein air.
En termes de climat, Saint-Laurent-Blangy est exposé à un climat océanique dégradé des plaines du Centre et du Nord, caractérisé par un ensoleillement médiocre, une pluviométrie moyenne régulièrement répartie et un hiver froid. La température annuelle moyenne est d'environ 10,4 °C pour la période 1971-2000, avec un cumul annuel moyen de précipitations de 707 mm.
Le territoire communal comprend des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF), telles que les marais de Biache-St-Vaast à Saint-Laurent-Blangy et la vallée de la Scarpe entre Arras et Vitry-en-Artois. Ces zones constituent une base essentielle pour la trame verte et bleue de la région.
L'occupation des sols de la commune est marquée par une forte proportion de territoires artificialisés (53,5 % en 2018), notamment des zones industrielles, commerciales et des réseaux de communication. Les terres arables représentent 43,7 % de la surface.
L'histoire de Saint-Laurent-Blangy est aussi marquée par la présence de nombreux logements. En 2021, la commune comptait 3 318 logements, dont 92,9 % étaient des résidences principales.
Le cimetière militaire allemand, le Deutscher Soldatenfriedhof de Saint-Laurent-Blangy, abrite les tombes de 31 339 soldats allemands de la Première Guerre mondiale. Ce site commémoratif est un lieu de mémoire important, rappelant le lourd tribut payé par les hommes durant ce conflit.
L'Avenue de l'Hippodrome, ainsi que la commune de Saint-Laurent-Blangy dans son ensemble, représentent un lieu où l'histoire, la nature et le développement urbain se sont entremêlés, créant un paysage riche et multifacette, témoin des transformations passées et des dynamiques actuelles.