L'image des calèches, ou "Fiaker", sillonnant les rues pavées de Vienne est indissociable de l'identité de la capitale autrichienne. Ces élégants attelages, tirés par deux chevaux robustes, ne sont pas seulement un moyen de transport pittoresque pour les nombreux touristes, mais représentent une tradition profondément ancrée dans l'histoire et la culture de la ville. Une balade dans l'une de ces voitures fait partie des moments forts de l'expérience viennoise pour beaucoup.

L'histoire des fiacres à Vienne remonte à environ 300 ans, faisant d'eux un élément aussi typique que la cathédrale Saint-Étienne ou la Grande Roue du Prater. Ils sont à Vienne ce que les gondoles sont à Venise, un symbole culturel et touristique fort. Le terme "fiacre" lui-même a une origine française, lié à la Rue de Saint-Fiacre à Paris, où l'on pouvait autrefois louer ces types de voitures.
L'Origine du Nom et l'Essor des Fiacres
Le terme allemand "Fiaker" est dérivé du français et fait référence à la Rue de Saint-Fiacre à Paris, un lieu où l'on pouvait historiquement louer ces calèches. L'usage de ces véhicules s'est répandu, et il est attesté que des commerçants les utilisaient dès 1662. L'origine du nom est souvent attribuée à un moine irlandais nommé Fiacrius, dont l'image se trouvait sur le mur extérieur d'une auberge locale. Saint Fiacrius, vénéré pour ses vertus et son lien avec la guérison, aurait donné son nom à l'établissement, puis par extension à ce mode de transport. Il reçut le patronage céleste de cette nouvelle profession, apportant une dimension sacrée à ce métier.
À Vienne, les calèches, connues jusqu'alors sous le nom de "voitures de Janschky", furent renommées "Fiaker" en 1720 et immatriculées. Cette dénomination marqua le début d'une expansion significative. Entre 1860 et 1900, plus de 1 000 fiacres étaient en circulation dans la ville, témoignant de leur popularité croissante. La première licence de fiacre à Vienne fut délivrée environ 30 ans après l'adoption du terme.
Le Fiaker Viennois : Une Institution à Trois Composantes
Un fiacre viennois est fondamentalement composé de trois éléments essentiels : les chevaux, la calèche elle-même, et le cocher. Cette combinaison crée une expérience unique, mêlant la puissance animale, l'élégance de l'attelage et le savoir-faire humain.
Les chevaux utilisés pour les fiacres sont généralement des races robustes et calmes, habituées au trafic urbain et capables de tirer des charges significatives sur de longues périodes. L'élevage et le soin de ces chevaux sont d'une importance capitale, et comme le soulignent plusieurs témoignages, des normes de bien-être très élevées sont appliquées à Vienne. Les chevaux bénéficient de soins attentifs, de périodes de repos, et sont mis à la retraite à un âge respectable, garantissant leur qualité de vie.
La calèche, ou "Fiaker", est souvent une œuvre d'art en soi. Beaucoup de ces attelages ont plus de 100 ans, témoignant d'un artisanat traditionnel préservé. Elles sont conçues pour le confort des passagers, tout en conservant une esthétique classique qui s'intègre parfaitement au paysage urbain historique de Vienne.
Le cocher, ou "Fiaker-Kutscher", joue un rôle central. Historiquement, les cochers étaient souvent des personnages excentriques et connus, parfois même des chanteurs. Au-delà de leur compétence à diriger les chevaux, une qualité particulièrement appréciée était leur discrétion, essentielle pour les messieurs en vue qui souhaitaient passer du temps en "charmante compagnie". Le cocher le plus célèbre fut sans doute Josef Bratfisch, le cocher du prince héritier Rodolphe. C'est lui qui, en 1889, conduisit Mary Vetsera à Mayerling, un trajet qui précéda la tragique fin des deux jeunes gens.
L'Évolution et la Réglementation des Fiacres
Depuis la Première Guerre mondiale, les fiacres à Vienne sont principalement loués pour des tours de ville, des visites du Prater, et des occasions spéciales comme les mariages. L'apparition des premières femmes cochers en 1984 a marqué une évolution dans cette profession traditionnellement masculine.
Aujourd'hui, le métier de cocher est strictement réglementé. Les prix des circuits sont fixés par la ville de Vienne, et l'habillement traditionnel des cochers est également régi par la loi, assurant une uniformité visuelle et un respect du patrimoine. Depuis 1998, il est obligatoire de passer un examen de conduite spécifique pour pouvoir exercer en tant que cocher de fiacre à Vienne, garantissant ainsi la sécurité et la compétence des conducteurs.
Actuellement, environ 40 compagnies de calèches Fiaker opèrent à Vienne, disposant de 200 calèches. Ces chiffres témoignent de la pérennité de cette tradition malgré les avancées technologiques et l'évolution des modes de transport.
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Les Circuits Touristiques en Fiacre
Les arrêts de calèches sont disséminés dans plusieurs endroits du centre-ville, notamment à Stephansplatz, Michaelerplatz, Albertinaplatz, Petersplatz et Burgtheater/Volksgarten. Divers circuits sont proposés pour satisfaire les envies des visiteurs :
- Circuit dans le centre historique : Un petit circuit d'environ 20 minutes coûte 60 €, tandis qu'un grand circuit d'environ 40 minutes, incluant le Ring et le centre historique, coûte 105 €.
- Circuit au Cimetière Central : Il est également possible de faire des tours en calèche dans le Cimetière Central, une expérience unique pour découvrir les tombeaux de personnalités célèbres comme Mozart, Beethoven, ou encore Falco, tout en admirant la beauté naturelle du lieu. Les circuits durent 30 minutes (65 €) ou 60 minutes (110 €) par fiacre. Ces promenades ont lieu de mi-mars à début novembre.
- Circuit au Schlosspark de Schönbrunn : Des promenades sont également organisées dans le magnifique parc du château de Schönbrunn, d'une durée d'environ 30 minutes pour 95 €. Le départ se fait devant le château.
Expériences Exclusives et Immersion dans la Fiakerei
Pour une immersion plus profonde, des expériences exclusives sont proposées :
- Tour "Secrets de Calèche" : Cette visite commence par une exploration des écuries à la périphérie de Vienne, permettant de découvrir les coulisses des entreprises familiales de Fiaker. Ensuite, place à la promenade en calèche vers le centre-ville.
- Riding Dinner : Il s'agit de promenades culinaires exclusives en calèche, où les mets et boissons proviennent de cafés et restaurants viennois traditionnels, offrant une expérience gastronomique unique tout en découvrant la ville.
- Fiakerride avec effets spéciaux : Une expérience plus moderne combine la balade en calèche avec des effets laser et de la cartographie 3D, offrant des vues fantastiques sur des sites emblématiques comme la Hofburg, la cathédrale Saint-Étienne, le château de Schönbrunn et le Prater.
Ces expériences visent à dévoiler les mystères entourant les fiacres, leur histoire, la vie des cochers, et le fonctionnement des entreprises familiales traditionnelles. Elles incluent souvent une visite des écuries, une explication sur le soin apporté aux chevaux, et une balade à travers des quartiers emblématiques comme St. Marx ou la célèbre Ringstraße.

Le Fiaker dans la Culture Viennoise
Le fiacre a transcendé son rôle de simple moyen de transport pour s'immiscer profondément dans la culture viennoise.
- Gastronomie : Il existe même un "Fiakerkaffee", une boisson composée de café noir et de crème fouettée, agrémentée de rhum. Le "Fiakergulasch" est également un plat viennois très apprécié.
- Musique et Art : Le fiacre a été chanté dans de nombreuses chansons viennoises, témoignant de son importance dans le paysage culturel.
Vienne : Un Cadre Historique et Culturel
La ville de Vienne offre un cadre exceptionnel pour l'expérience du fiacre. En 1900, elle était la cinquième plus grande ville du monde, centre culturel et politique de l'Europe, résidence impériale. Son architecture, marquée par la Ringstrasse, le baroque et l'Art nouveau, ainsi que des monuments comme la Hofburg, témoignent de cette grandeur passée. La ville est également inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO pour son centre historique et le château de Schönbrunn.
Vienne est mondialement associée à la musique classique, abritant l'Opéra d'État, l'un des plus importants au monde. C'est aussi une ville verte, avec près de 50% de sa superficie consacrée à des espaces verts, dont le Prater, le poumon vert de la ville. Ces éléments contribuent à faire de Vienne une ville où la qualité de vie est constamment classée parmi les meilleures au monde.
Le parcours touristique à travers Vienne, que ce soit à pied ou en fiacre, permet de découvrir des trésors architecturaux et historiques :
- Concordiaplatz et Maria am Gestade : Une belle vue sur l'Église Notre Dame du Rivage, dont le clocher servait de repère aux marins du Danube.
- Hoher Markt et le Carillon Anker : Une horloge astronomique conçue par Franz Matsh en 1914.
- La Brasserie Lugeck et la statue de Gutenberg : Un quartier animé avec des options culinaires comme le restaurant "Figlmüller" pour déguster une Wiener Schnitzel.
- Sonnenfelsgasse et Schönlaterngasse : Des rues médiévales pittoresques, dont Schönlaterngasse est considérée comme la plus belle de Vienne, abritant le Heiligenkreuzerhof, le plus ancien immeuble d'appartements de la ville.
- L'Église des Jésuites et la vieille Université de Vienne : Des exemples d'architecture baroque et un centre d'enseignement historique.
- L'Église des Dominicains : Une église baroque richement décorée, construite après la destruction de l'édifice précédent pendant le siège turc.
- La fresque médiévale de la rue Backerstrasse : Une représentation symbolique de la lutte entre catholicisme et protestantisme.
- La Cathédrale Saint-Étienne (Stephansdom) : Un monument gothique majeur, dont la construction s'étend sur plusieurs siècles, marqué par des incendies, des bombardements et des reconstructions. La cloche Pummerin, la plus grosse d'Autriche, y réside. Le Haas Haus offre une vue imprenable sur la cathédrale.
- La Maison de Mozart : Bien que certains la jugent sans grand intérêt, elle fait partie du patrimoine musical de la ville.
- Le Mémorial contre la guerre et le fascisme sur Albertinaplatz : Un lieu de mémoire poignant, situé à l'emplacement de l'ancien immeuble Philipphof.
- L'Albertina : Un musée abritant une collection d'arts graphiques parmi les plus riches du monde, installé dans un ancien palais des Habsbourg.
- Le Bitzinger Wurstelstand Albertina : Un kiosque à saucisses emblématique pour une pause gourmande.
- Josefsplatz et la Bibliothèque Nationale Autrichienne : Un espace imposant dominé par la statue équestre de Joseph II et abritant une bibliothèque somptueuse.
- L'École d'Équitation Espagnole de Vienne (Spanische Hofreitschule Wien) : La plus ancienne école d'équitation du monde, mondialement reconnue pour le dressage des étalons Lipizzans.
- Michaelerplatz et le Palais de la Hofburg : Une place baroque majestueuse offrant une vue sur une aile de l'immense palais impérial des Habsbourg.
- L'Église Saint-Michel : Un des rares édifices d'art roman à Vienne, abritant le plus grand orgue de la ville et une crypte historique.
Le Secteur Équestre en Autriche : Au-delà du Fiaker
Bien que les fiacres viennois soient une attraction majeure, le secteur équestre autrichien englobe bien plus. L'équitation de loisir constitue la pratique dominante, reflétant un intérêt généralisé pour le monde équin. Depuis 2004, le ministère autrichien de l'agriculture soutient ce secteur via le site web "Pferd Austria", qui a mis en lumière l'importance économique du cheval.
En 2011, le secteur économique lié au cheval représentait 23 000 emplois et pesait 2,1 milliards d'euros. La fédération des éleveurs de chevaux, Pferdezucht Austria, regroupe vingt-quatre associations. En 2014, environ 120 000 chevaux étaient recensés en Autriche, constituant un facteur économique significatif. Environ 75% de ces chevaux étaient détenus dans des exploitations agricoles, nécessitant environ 100 000 hectares de terres pour leur entretien. Leur alimentation annuelle comprenait 160 000 tonnes de grain et 180 000 tonnes de fourrage. Parmi les quelque 25 000 lieux détenant des chevaux, la moitié étaient des élevages, comptant 17 000 juments et 1 800 étalons reproducteurs.
Plusieurs races de chevaux sont particulièrement notables en Autriche :
- Le Lipizzan : Indissociable de l'École espagnole d'équitation de Vienne, cette race est mondialement célèbre pour son élégance et ses performances en haute école. L'impératrice Élisabeth de Wittelsbach, elle-même cavalière émérite, fut une fervente protectrice de cette école.
- Le Haflinger : Originaire du Tyrol, cette race connaît un grand succès international, diffusée dans dix-neuf pays.
- Le Noriker : Cette race de chevaux de trait porte différents noms régionaux, comme "Pinzgauer" dans le Tyrol ou "Abtenauer" pour une variété plus petite dans la région d'Abtenau.
L'Autriche compte également un nombre assez faible de chevaux arabes, qui bénéficient de mesures de protection spécifiques.
L'histoire équestre de l'Autriche est également marquée par ses haras militaires. En 1829, ils comptaient 5 828 chevaux, un chiffre qui est passé à 6 303 en 1847, l'Empire autrichien ayant augmenté sa cavalerie après 1845.
En 2000, le recensement faisait état de 81 864 chevaux en Autriche, soit un taux de 10 chevaux pour 1 000 habitants, soulignant la place importante du cheval dans la vie autrichienne, que ce soit pour des raisons historiques, culturelles, touristiques ou de loisir. L'ensemble de ces éléments, des calèches emblématiques aux races locales en passant par l'importance économique du secteur, dessine le portrait d'une Autriche profondément liée au monde équin.
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