L'Association Générale des Étudiants de Caen (AGEC), affectueusement surnommée "l'A", a marqué de son empreinte l'histoire de la vie étudiante caennaise depuis sa fondation le 15 février 1884. Née de l'initiative d'un étudiant en Lettres, Haumant, l'association s'est rapidement imposée comme un cercle essentiel, à l'image de ses homologues parisiennes et nancéiennes, devenant ainsi la quatrième association générale des étudiants (AGE) à voir le jour en France. Initialement nommée « Association Générale des Étudiants des facultés et de l'école de médecine et de pharmacie de Caen », elle adopte son nom définitif en 1894. Son engagement et son rayonnement dépassent les frontières locales, comme en témoigne sa participation au congrès international des associations étudiantes à Paris en 1900, et son adhésion précoce à l'Union Nationale des Étudiants de France (UNEF) en 1907, dont le premier secrétaire, Gosselin, était d'ailleurs originaire de Caen. L'histoire de l'AGEC est également jalonnée d'événements marquants, tels que la création de "l'A'", une association d'étudiantes fondée en 1918 et qui fusionnera avec l'AGEC en 1931, ou encore sa reconnaissance d'utilité publique par décret le 2 juillet 1921. Le cinquantenaire de l'association, célébré au début de juin 1934, fut l'occasion de la création d'une amicale des anciens, renforçant les liens intergénérationnels.

L'AGEC Face aux Épreuves : Guerre et Reconstruction
La Seconde Guerre mondiale a mis à l'épreuve la résilience de l'AGEC et de ses membres. Dès juin 1940, l'arrivée des troupes allemandes entraîne la réquisition de la maison des étudiants et du siège de l'association, contraignant les étudiants à se replier dans un petit local dans la cour de la Monnaie. Malgré ces difficultés, l'engagement étudiant ne faiblit pas. Les membres de l'AGEC s'investissent dans le secours aux populations sinistrées par les bombardements de 1944, les internes en médecine et leurs professeurs apportant les premiers secours. L'association met en place un service d'entraide pour retrouver les étudiants dispersés. Après la guerre, le journal de l'association, "Can-Caen", devient une tribune pour les opposants à la guerre, accueillant notamment des articles anonymes de Pierre Vidal-Naquet, alors enseignant à l'université de Caen. L'AGEC prend également position en faveur de la paix en Algérie, organisant une première manifestation le 27 octobre 1960, marquant ainsi son engagement dans les débats sociétaux de l'époque.

Les Années 60 : Mutations et Engagements Sociaux
L'après-guerre d'Algérie voit une évolution des dynamiques étudiantes, avec une perte de vitesse de l'UNEF et de l'AGEC dans un premier temps. Au milieu des années 1960, l'UNEF est traversée par des courants idéologiques distincts : les "statutaires", axés sur les problèmes matériels et le statut des étudiants, et les "structuristes", prônant une refonte radicale de l'enseignement supérieur et de la société. À Caen, la tendance "structuriste" devient majoritaire au sein de l'AGEC. Cette période est également marquée par des influences politiques fortes au sein de l'association, notamment l'Union des Étudiants Communistes (UEC), influente jusqu'en 1966, dont des scissions mènent à la création de la JCR.
Le 18 janvier 1968, la visite du nouveau ministre de l'Éducation, Alain Peyrefitte, à Caen pour inaugurer le nouveau bâtiment des Lettres, déclenche une mobilisation de l'AGEC. Les étudiants réclament la non-sélection à l'entrée de l'université et l'allocation d'études. Près de 1 500 personnes se rassemblent, mais le ministre opte pour une entrée discrète. La manifestation qui s'ensuit, initiée par les dirigeants de l'AGEC pour canaliser la foule, dégénère en affrontements avec les forces de l'ordre sur le campus, actes auxquels l'AGEC se désolidarise publiquement dans les jours qui suivent.
La solidarité étudiante s'exprime également lors de la grève à la Saviem à Blainville-sur-Orne en janvier 1968. Les étudiants de l'AGEC se joignent à une manifestation intersyndicale de 7 000 personnes, où des incidents éclatent avec les forces de l'ordre, qualifiés d'"émeutes" par la presse locale. Face à d'autres conflits sociaux dans l'agglomération, l'AGEC organise des quêtes pour soutenir les ouvriers.
Mai 68 : tour du monde des principales révoltes étudiantes
Le printemps 1968 marque un tournant. Le 3 mai, l'AGEC publie un communiqué de soutien aux étudiants de Nanterre évacués par les forces de l'ordre et organise un rassemblement le 6 mai. Parallèlement, le département de sociologie se met en grève. Le 6 mai, 500 étudiants se rassemblent pour soutenir leurs homologues parisiens et défilent en ville. L'appel à la grève de l'AGEC le 7 mai prend de l'ampleur. Le 10 mai, un meeting rassemble 1 200 étudiants, suivi d'une manifestation de 2 000 personnes. Suite à la nuit des barricades, une assemblée générale décide de l'occupation du bâtiment Lettres. L'AGEC collabore avec les syndicats pour une journée de grève et de manifestation le 13 mai. Le 15 mai, une assemblée générale propose et obtient la dissolution du conseil de la faculté. Le 16 mai, l'assemblée générale proclame l'"université populaire et autonome", marquant un effacement de l'AGEC au profit des comités d'action, jugés "trop mous" par ces derniers.
Les Réformes et les Divisions Internes
Après les événements de mai-juin, la loi Faure réforme l'enseignement supérieur. L'AGEC réagit négativement, la qualifiant de "réforme Fouchet améliorée". Cependant, les divergences d'opinions au sein de l'AGEC s'intensifient, ravivant les querelles entre les différentes tendances. Le 18 septembre 1968, la Fédération Intercorporative Des Étudiants de Caen (FIDEC) est fondée, se revendiquant d'un syndicalisme apolitique axé sur le domaine universitaire.
L'assemblée générale de l'AGEC du 12 décembre 1968 est décisive pour sa survie. Face à 500 personnes, une dizaine de courants s'affrontent pour le contrôle du syndicat. Finalement, le bureau sortant est désavoué et un nouveau bureau est élu, mais il démissionne dès le 9 janvier 1969. Lors des élections des représentants étudiants dans les UER, l'AGEC ne donne pas de consigne de vote, contrairement à l'UNEF qui appelle au boycott. Des divergences apparaissent : les membres de l'AGEC en Sciences appellent à la non-participation, tandis que les militants communistes, regroupés dans un "comité UNEF Renouveau", appellent à participer pour ne pas "faire le jeu de la droite".
En janvier 1971, l'UNEF nationale se déchire entre différentes factions politiques. À Caen, un bureau de l'AGEC de tendance communiste est élu sous l'étiquette "UNEF-Renouveau", mais il est immédiatement contesté par l'ancien bureau de tendance "unité syndicale", rassemblant étudiants de l'ESU et trotskistes.

Les Infrastructures et les Activités de l'AGEC
L'AGEC a joué un rôle crucial dans le développement des infrastructures étudiantes à Caen. La maison des étudiants, située avenue Albert Sorel, fut construite à la demande de l'association par la ville de Caen et le conseil général du Calvados. Elle comprenait un restaurant et un hôtel de 124 chambres, équipées d'eau courante, de sanitaires et de téléphone, et fut inaugurée par le président du conseil Raymond Poincaré le 28 octobre 1928.
L'association a également animé la vie étudiante par de nombreuses activités. Dès sa création, elle organise les fêtes universitaires de Caen pour son dixième anniversaire en juin 1894, incluant un congrès des associations d'étudiants. Pendant des années, elle a été à l'origine des "Mazagrans-Concerts", du bal de "l'A" (à partir de 1921) et des monômes. Les bals de l'A sont devenus des événements majeurs de la ville, se tenant après la guerre dans les salons de l'hôtel de préfecture du Calvados, puis à l'hôtel Malherbe jusqu'en 1954.

L'AGEC a également eu une activité éditoriale soutenue. Entre 1891 et 1897, elle publie le bulletin de l'Association, devenu l'Annuaire de l'Association de 1898 à 1925. Parallèlement, dès 1906, elle édite le journal "Caen-Caen", qui, après une interruption pendant la Première Guerre mondiale, reparaît sous le nom de "Can-Can" en mars 1918 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, il prend le nom de "Caen-Can", devient le "Can-Can" de janvier 1954 à novembre 1956, puis "Can-Caen" à partir de janvier 1957. En 1959, elle lance le bulletin hebdomadaire "l'AG informe".
Les monômes, organisés dès la création de l'association dans les rues de Caen, servaient parfois de moyen de revendication, comme en 1922 pour obtenir des réductions au théâtre de Caen. Après la Seconde Guerre mondiale, les monômes reprennent avec des thèmes variés, allant de la "recloutation de la place Fontette" en 1946 à la "réouverture des maisons closes" en 1949.
Le Sport Universitaire : Une Vocation Ancienne
L'engagement de l'AGEC dans le sport est également une composante importante de son histoire. Une première association sportive, l'"Union Sportive des Étudiants de Caen", est créée le 15 décembre 1892. Son objectif était de promouvoir la pratique d'une large gamme d'exercices physiques, y compris l'équitation, l'escrime, le football et la natation. Les couleurs de cette union étaient le violet et le noir, et son équipe de football a remporté le championnat de Basse-Normandie en 1901, 1902 et 1904. L'union fusionne en février 1911 avec le Club Malherbe caennais. Le 31 mars 1922, l'A fonde le Caen Étudiant Club pour permettre aux étudiants de pratiquer diverses disciplines sportives.
En 1966, l'AGEC s'oppose fermement au plan Fouchet, qui visait à supprimer la première année de propédeutique au profit de formations spécialisées. Une manifestation rassemblant une centaine d'étudiants est organisée le 17 mars 1966 dans la cour d'honneur de l'université pour protester contre ce projet.
L'Équitation et l'AGEC : Un Lien Indirect mais Présent
Bien que l'équitation ne soit pas le cœur de métier historique de l'AGEC, elle figure parmi les disciplines sportives mentionnées dans les statuts de l'Union Sportive des Étudiants de Caen dès 1892. L'inclusion de l'équitation dans cette liste témoigne de la volonté de promouvoir un large éventail d'activités physiques et sportives au sein du monde universitaire dès les débuts de l'association.
Plus récemment, des informations relatives à des centres équestres normands mettent en lumière l'importance de l'équitation dans la région. Le centre équestre "La Cravache d'Argentan", basé à Sévigny dans l'Orne, s'est distingué aux championnats de France poney de saut d'obstacles en 2022, se classant cinquième sur 83 centres et premier club normand. Ce succès, récompensé par la municipalité de Sévigny, souligne l'excellence de la formation équestre en Normandie. Parmi les lauréats, on trouve des noms comme Noa Louvet, médaillée d'or individuelle, Nicolas Dollion, Ninon Lebarbier, Ambre Leblond et Olena Royer, médaillés par équipe, ainsi que Charlie Guyard, Hubert Lecanu, Olivia Petinatot et Lucas Portal, médaillés par équipe en shetland. Des cavaliers comme Flavie Durand, Ilona Bernard, Melaissa Cousset, Astrid Foucher, Camille Nell, Emmy Besnier, Olympe Le Canu et Khloé Perreault ont également obtenu des places d'honneur dans diverses épreuves. Ces performances, bien que distinctes de l'AGEC, illustrent la vitalité du sport équestre en Normandie et l'existence de structures dédiées à sa pratique et à son développement, rappelant ainsi la mention originelle de l'équitation dans les activités sportives étudiantes promues par l'AGEC.

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