Le Comportement Équin : Comprendre les Causes et les Manifestations des Difficultés Montoir et de la Monte à Cru

L'équitation, bien que passionnante, est une discipline qui comporte des risques inhérents. L'imprévisibilité de l'animal, combinée à la hauteur et à la puissance du cheval, peut susciter l'inquiétude, voire la peur, chez de nombreux cavaliers. Cette peur, qu'elle soit soudaine ou qu'elle découle d'un événement traumatisant, peut entraîner des réactions inappropriées et dangereuses, amplifiant le problème initial. Il est donc primordial de comprendre les origines de ces comportements et d'explorer les différentes facettes de la relation homme-cheval.

L'Instinct de Proie et la Réaction aux Prédateurs

Le cheval, en tant qu'animal proie, possède des instincts et des réflexes forgés par des millénaires d'évolution pour assurer sa survie. Sa perception de l'environnement est particulièrement aiguisée, notamment en ce qui concerne les menaces potentielles. Une présence arrivant par derrière, ou sur son dos, représente une situation potentiellement dangereuse pour lui. Cette sensibilité explique en partie pourquoi certains chevaux peuvent réagir de manière vive, voire paniquer, face à des stimuli inattendus ou perçus comme menaçants.

Cheval en fuite

Il est intéressant de noter que cette peur instinctive ne se limite pas aux prédateurs naturels. Les chiens, descendants lointains des loups, peuvent parfois susciter une réaction chez les chevaux, même si cette peur n'est pas toujours "panique". En réalité, les ancêtres des chiens étaient des prédateurs naturels des chevaux, et bien que la domestication ait modifié leurs comportements, des résidus de cette dynamique ancestrale peuvent subsister. Cependant, attribuer toute réaction de peur du cheval aux chiens uniquement à cette lignée prédatrice serait une simplification excessive. Le problème de fond réside dans la perception du cheval d'une menace potentielle, qu'elle soit réelle ou perçue.

Les Manifestations Comportementales : Escalade et Défiance

Certains chevaux présentent des comportements qui peuvent déconcerter, voire effrayer, leurs propriétaires. Parmi ceux-ci, la tentative de "monter" sur les autres chevaux est particulièrement notable. Ce comportement peut se manifester de différentes manières : il peut s'agir d'une tentative de saillie simulée ou réelle, ou simplement d'une démonstration de dominance ou de jeu.

Un cheval magnifique, récemment arrivé dans une écurie, a montré des signes de "chauffe" et a tenté de grimper sur les autres. La question se pose alors : qu'est-ce qui dérange dans ce comportement ? Est-ce une tentative de saillie, ou une autre forme de manifestation ? Si le cheval essaie de monter les autres pendant les reprises, cela pose un problème de sécurité et de respect de l'espace des autres chevaux et des cavaliers. Dans ce cas, confier le cheval à des cavaliers plus expérimentés est une mesure judicieuse. Si ce comportement survient au pré, cela peut être considéré comme plus acceptable, mais il est essentiel de comprendre la cause sous-jacente.

Deux chevaux en interaction au pré

Le fait qu'un cheval essaie de monter les autres en reprise indique un manque de respect pour les autres chevaux, le piéton, et le cavalier. Ces comportements indésirables peuvent rendre la relation propriétaire-cheval compliquée, surtout si la propriétaire éprouve de la peur. Il est souvent suggéré que le cavalier n'a pas le niveau requis pour gérer un tel cheval. L'idée est que si la propriétaire veut progresser, elle doit elle-même s'améliorer (par des cours), que le cheval gagne en dressage (monté par un cavalier plus expérimenté), et qu'elle bénéficie d'un encadrement optimal (cours particuliers, stages). Il est peu probable que le comportement du cheval change "par magie" sans une intervention ciblée.

L'Importance du Travail à la Base et de la Communication Gestuelle

Face à des comportements problématiques, la solution réside souvent dans un retour aux bases. Travailler le cheval en liberté dans un rond de longe, le reconsidérer comme un poulain au débourrage, et tout reprendre à zéro, en commençant par établir les bases de la communication gestuelle jusqu'à ce qu'il y réponde parfaitement, peut s'avérer très efficace. Le risque, sinon, est de déplacer une défense vers une autre, et que le cheval épuise la propriétaire.

Un exemple concret illustre cette problématique. Un jeune cheval entier de 3 ans avait l'habitude de jouer à grimper sur son copain de pré. Malgré la castration, il a continué ce comportement sur d'autres chevaux, monté ou en main. La solution a impliqué plusieurs approches : une attention accrue aux distances avec un petit stick, la mise au paddock avec un vieux hongre dominant pour lui apprendre les bonnes manières, et des sorties avec des compagnons choisis pour leur mauvais caractère afin de le dissuader. La différence ici est que le poulain faisait cela par ignorance, sans intention de mal.

La Monte à Cru : Naturelle, Exigeante et Risquée

La monte à cru, c'est-à-dire monter sur le dos d'un animal sans selle, est une pratique qui remonte à l'histoire de l'équitation. Elle est souvent associée aux enfants sur des poneys ou des ânes, mais également à des disciplines plus exigeantes comme le rodéo. Cette forme d'équitation requiert des compétences, un équilibre et une coordination remarquables de la part du cavalier, qui ne dispose d'aucun équipement pour compenser ses déséquilibres.

Les partisans de la monte à cru avancent qu'elle est naturelle, permet une meilleure communication avec le cheval, et améliore l'équilibre du cavalier. Cependant, les inconvénients ne sont pas négligeables : un risque plus élevé de blessure en raison d'une chute plus probable, une mauvaise position potentielle, et une gêne considérable pour le cheval comme pour le cavalier due à l'absence d'un arçon rigide et de tout rembourrage. À long terme, elle peut être plus fatigante pour les deux.

Cavalier en monte à cru

Dans certaines situations, la monte à cru est appropriée. Elle permet de gagner du temps, notamment lors du déplacement d'un cheval d'une pâture à une autre, où le cavalier peut se contenter d'un filet. Il est également recommandé de laisser le harnachement en cuir lors de traversées de rivières ou de lacs pour éviter tout dommage. Pour une monte à cru efficace, les cavaliers se positionnent légèrement plus en avant, leurs jambes reposant plus en avant le long des muscles de l'épaule pour une position stable, sans trop de préhension. Il est crucial de garder les talons plus bas que les orteils, la cheville fléchie, comme s'il y avait des étriers. Il est impératif de ne pas serrer les jambes sur le cheval lors des ralentissements ou des arrêts, et de ne pas utiliser les rênes pour s'accrocher, afin de ne pas envoyer de signaux contradictoires au cheval. En cas de perte d'équilibre, saisir la crinière peut éviter des secousses dans la bouche du cheval.

Bien que certaines personnes commencent la monte à cru avant d'apprendre avec une selle, il est généralement conseillé d'apprendre d'abord en selle et sans étriers. Cela permet au cavalier d'être soutenu par le pommeau et le troussequin pour une position correcte, sans pouvoir utiliser les étriers comme béquille. La monte à cru est possible dans toutes les disciplines équestres, et des disciplines spécifiques lui sont même réservées, comme certaines épreuves de rodéo. Le Palio de Sienne est également une course qui se pratique à cru.

Le "saddle bronc and bareback riding" en rodéo est une épreuve particulièrement populaire et risquée. Le cow-boy doit monter le bronco en se tenant d'une seule main, sans toucher quoi que ce soit de l'autre. Il utilise un petit harnachement en cuir avec une poignée. Pour rendre l'épreuve plus difficile, il doit se pencher en arrière et se mouvoir d'une manière stylisée. Les éperons doivent atteindre le garrot au premier saut et toucher le cheval à chaque saut pendant les 8 secondes réglementaires. Une fois le temps écoulé, le cow-boy peut tenir le harnachement des deux mains jusqu'à ce que les assistants l'aident à descendre. Les cow-boys sont jugés sur leur technique et leur contrôle, tandis que les chevaux sont évalués sur leur puissance, leur vitesse et leur agilité.

Le Langage Corporel Équin : Une Communication Essentielle

Les chevaux ne parlent pas, mais leur corps exprime une multitude d'émotions et d'intentions. Comprendre leur langage corporel est fondamental pour établir une relation de confiance et assurer la sécurité.

Signes de Détente et de Bien-être :

  • Tête légèrement baissée, dos droit, muscles détendus, queue pendante.
  • Paupières affaissées ou fermées, lèvre inférieure relâchée.
  • Oreilles tombant sur le côté.
  • Repose sur un pied arrière lorsqu'immobile.

Signes d'Alerte et de Vigilance :

  • Oreilles vers l'avant, tête relevée.
  • Queue portée assez haut.
  • Concentration sur quelque chose au loin, évaluation de la situation (fuir, enquêter, ignorer).

Signes d'Anxiété et de Stress :

  • Tête levée en l'air, tension visible dans les muscles du cou.
  • Yeux grands ouverts, narines évasées, reniflements.
  • Oreilles en arrière ou oscillant d'avant en arrière.
  • Queue rentrée dans l'arrière-train.
  • Tremblements, tension musculaire.

Signes d'Agressivité et de Frustration :

  • Oreilles plaquées en arrière.
  • Queue battant d'un côté à l'autre, ou mouvement rapide d'agitation.
  • Accélération des mouvements, tentative de mordre ou de donner des coups de pied.
  • Abaisser légèrement la tête et agiter le cou d'un côté à l'autre.

[ APPRENDRE ] Le langage corporel

Il est crucial d'observer attentivement les postures, les expressions, et les mouvements du cheval pour interpréter ses intentions. Une oreille baissée, un sabot relevé, ou un mouvement de tête peuvent avoir des significations claires. La capacité à lire et à répondre à ce langage corporel non verbal améliorera considérablement vos compétences équestres et renforcera le lien avec votre cheval. Par exemple, des oreilles pointées vers l'arrière sans être plaquées sur la tête indiquent que le cheval écoute quelque chose derrière lui. Des oreilles abaissées près du cou peuvent signifier qu'il est en colère, sur le point de mordre ou de donner des coups de pied.

L'Influence de l'État d'Esprit du Cavalier sur le Comportement du Cheval

Il est indéniable que l'état d'esprit et l'attitude du cavalier influencent grandement le comportement du cheval, même à pied. Les chevaux sont souvent décrits comme des "éponges émotionnelles", ressentant et réagissant aux émotions de leur cavalier.

Une personne nerveuse ou stressée peut involontairement transmettre cette tension à son cheval, qui peut alors devenir agité, réactif, voire "électrique". À l'inverse, un cavalier calme et confiant peut apaiser un cheval craintif ou anxieux. Un exemple frappant est celui d'une jument qui, avec une cavalière nerveuse, devient une "pile" ou se montre difficile à gérer. Mais avec une personne calme et autoritaire, elle se montre respectueuse et coopérative.

De même, un cavalier qui manque de confiance en lui peut avoir du mal à faire avancer un cheval mou, ou au contraire, peut stresser un cheval déjà chaud, créant un cercle vicieux. Les chevaux sont sensibles à la fermeté, à l'anticipation, et à la cohérence des signaux envoyés par leur cavalier. Si un cavalier est trop passif, les chevaux "speed" peuvent se détendre, tandis que les chevaux "mous" peuvent devenir encore plus lents.

Il est donc essentiel pour le cavalier de travailler sur sa propre gestion émotionnelle et sa confiance en soi. Comprendre que le cheval est un reflet de son cavalier permet d'aborder les problèmes comportementaux sous un nouvel angle : celui de l'introspection et de l'amélioration personnelle. En gérant ses propres émotions et en adoptant une approche ferme mais juste, le cavalier peut influencer positivement le comportement de son cheval et construire une relation plus harmonieuse et sécurisée.

La Progression Personnelle : L'Objectif Principal

Dans le parcours équestre, il est facile de se laisser distraire par les performances des autres, les compétitions, ou les objectifs extérieurs. Cependant, il est primordial de se rappeler que la progression doit être personnelle. L'objectif n'est pas de surpasser les autres, mais de se dépasser soi-même, avec son cheval.

Se concentrer sur sa propre progression, reconnaître ses acquis, et apprécier chaque étape franchie, qu'il s'agisse de passer un niveau, de maîtriser un exercice, ou simplement de renforcer la complicité avec son cheval, est la clé d'une expérience équestre épanouissante et durable. L'équitation est un voyage, et chaque cavalier, avec son partenaire équin, trace son propre chemin.

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