L'Élégance du Passé : La Calèche à la Découverte des Châteaux
En ce jeudi 14 juillet 2022, le château de Beaumesnil a inauguré une expérience inédite : des visites commentées en calèche. Organisées à l'initiative de l'office du tourisme de Bernay et du château de Beaumesnil, ces balades en calèche visaient à offrir une perspective nouvelle sur ce château du XVIIe siècle et son environnement. Les visiteurs, majoritairement des locaux, ont ainsi pu parcourir les allées du domaine, s'imprégnant de son histoire riche, depuis les anciennes écuries jusqu'au miroir d'eau, en passant par le lavoir.

La promenade s'est rapidement étendue à la forêt du château, un espace d'environ cinq hectares, offrant fraîcheur et sérénité. La guide de l'office du tourisme de Bernay, Catherine Nalée, a partagé de nombreuses anecdotes, rappelant notamment qu'aucun enfant n'a jamais profité de ces bois, car les quinze familles ayant résidé au château n'en ont jamais eu. Au milieu de cette forêt, un platane majestueux, datant du XVIIIe siècle, a attiré l'attention, témoignant de la longue histoire des lieux.
La visite s'est poursuivie, ponctuée d'autres récits fascinants. L'un d'eux évoque le duc Dimitri de Russie, ancien propriétaire du château il y a un siècle, qui aurait entretenu une relation intime avec Coco Chanel. Il est dit que les fioles des soldats russes auraient inspiré la forme iconique de son célèbre parfum numéro 5. En quittant le château, la calèche a longé l'église Saint-Nicolas et l'étape Louis XIII, un ancien presbytère du XVIIe siècle transformé en restaurant de prestige à Beaumesnil. Ces visites ont permis aux habitués, comme Marie-Laure, de "changer nos perspectives sur un lieu que l’on connaissait depuis toujours" et de "découvrir des choses que l’on ignorait".
Le Château de Robien : Héritage et Souvenirs d'une Autre Époque
À une autre échelle, le château de Robien conserve également des souvenirs vivaces de l'utilisation des calèches. Alain Foeillet, gardien du château, a récemment sorti la dernière calèche en service depuis le début du XXe siècle, ainsi qu'un "tape-cul" datant de 1870. "C'est avec cette voiture mal suspendue que les marquis de Robien allaient chercher le prêtre au presbytère du Foeil pour dire la messe dans la chapelle du château", explique Alain Foeillet. Il ajoute que, "il y a un peu plus de trente ans, Roman Polanski, qui tournait son film « Tess » au Leslay, avait voulu acheter l'ensemble pour 20.000 F!". La marquise, cependant, refusa au nom de son défunt mari.
Ces calèches, remisées dans les écuries, étaient tombées dans l'oubli depuis 1935. Leur réapparition fut une demande unique de Stéphane Pauvert, ancien président des Tisserands, qui souhaitait les voir dépoussiérées et sorties pour une occasion spéciale, possiblement en lien avec le défilé du 1er août.

Le passage de ces calèches était souvent accompagné d'autres cavaliers déguisés, de personnes en costumes d'époque et de reconstitutions de troupes militaires, évoquant des périodes telles que l'époque napoléonienne. Ces événements, parfois liés à des célébrations comme le 14 juillet ou le 1er août, animaient les rues, passant devant des lieux emblématiques comme la bibliothèque municipale ou des quartiers portant des noms historiques comme Allée Yorktown dans le quartier Rochambeau. La Garde Républicaine a également été aperçue, participant à des événements aux côtés de nombreux spectateurs, près de terrains d'exercices ou de gymnases.
À Thoré-la-Rochette, une calèche et deux cavaliers ont effectué le tour du château de Rochambeau, un édifice situé entre un saule pleureur et le Loir. Ces apparitions rappellent l'importance historique des calèches comme moyen de transport et comme élément de mise en scène lors d'événements commémoratifs ou festifs. La séquence de chevaux et de poulains dans une prairie à proximité ajoute à l'atmosphère bucolique et historique.
Devant l'église de l'Abbaye de la Trinité à Vendôme, des reconstitutions historiques ont eu lieu, impliquant des fusils, des badauds et des personnes en costume d'époque, y compris un homme déguisé montant la garde. La sortie de l'église d'un groupe de personnes en costume d'époque, s'alignant devant l'édifice, a marqué le début de départs de fausses troupes défilant, créant une atmosphère de retour dans le passé.
Senlis : Une Immersion Historique en Calèche
La ville de Senlis propose une expérience touristique unique : la découverte de son centre historique en calèche. Tirée par deux ou quatre chevaux, cette promenade hippomobile permet de s'installer confortablement à trois, quatre, voire six personnes sur les banquettes, et de s'engager dans un voyage à travers deux mille ans d'histoire. Le parcours débute sur le parvis de la cathédrale et serpente à travers un dédale de ruelles pavées, longeant les façades monumentales des hôtels particuliers, les musées, les remparts gallo-romains, offrant une vue imprenable sur le château royal et les frondaisons des boulevards.

Les commentaires avisés de Jean-Claude Brialy, devenu amoureux de Senlis grâce à de multiples tournages de films dans cette cité royale, enrichissent ce voyage dans le temps. Le cocher peut également guider le parcours ou s'arrêter devant des monuments chargés d'histoire à la demande des visiteurs.
Cependant, le passage des calèches sur le rempart qui surplombe la rivière Nonette et la perspective sud de Senlis est interdit depuis plusieurs années. Cet ouvrage médiéval présente des signes évidents de fragilité, avec des éboulis de moellons tombés sur les jardins en contrebas, dus aux infiltrations d'eau et aux racines d'arbres. Par mesure de précaution, la municipalité a interdit la circulation sur l'allée Saint-Vincent, qui chemine en haut du rempart. L'argument avancé, bien que peu crédible, est que le martèlement des sabots ferrés et les vibrations des roues des calèches auraient pu aggraver ces désordres sur l'ouvrage classé monument historique. Néanmoins, la visite en calèche, d'une durée de trente à quarante minutes, offre déjà une immersion riche, avec des commentaires disponibles en plusieurs langues.
Le Château d'Agel : Un Vestige Médiéval au Cœur du Minervois
Niché dans un petit village au pied de la Montagne Noire, le château d'Agel, situé au cœur du Minervois, fut un point stratégique lors de la croisade des Albigeois. Il faisait partie des châteaux forts qui prolongèrent la résistance des seigneurs vassaux du comte de Toulouse.
La CROISADE CONTRE les ALBIGEOIS (1209-1229) - Leçons d'Histoire #8
Vos hôtes, Martine Ecal-Besse et son mari Jean-Marie, accueillent les visiteurs dans ce cadre exceptionnel, où le caractère familial de la demeure a été préservé au fil des siècles. Le château d'Agel est un superbe château médiéval, dont la partie la plus ancienne date du XIIe siècle. Il se compose d'une bâtisse centrale, de quatre tours et d'un pigeonnier, et est situé au centre du village. Son parc en terrasses de deux hectares, ouvert sur la vallée de la Cesse et sur la montagne du Pech, invite à la promenade paisible ou à la détente dans la piscine.
Les témoignages des visiteurs soulignent l'authenticité et le charme du lieu. Isabelle décrit un "lieu magnifique" qui a "enchanté notre séjour", louant l'authenticité des lieux qui "côtoie naturellement la modernité fonctionnelle du quotidien". Michel parle d'une "belle expérience", mettant en avant les lieux "magnifiques et bien entretenus", le "beau mobilier XVIII-XIXème" qui crée une "impression hors du temps", et la gentillesse des propriétaires. Helen qualifie le château de "tout simplement magnifique avec de superbes hôtes dans un cadre spectaculaire", et recommande vivement les recommandations des hôtes pour les activités locales.
L'histoire du château d'Agel est intrinsèquement liée à celle du Languedoc. Au XIIe siècle, l'hérésie cathare se répandit, entraînant une répression féroce. Le document le plus ancien conservé indique qu'en 1100, le château appartenait à Bernarde, seigneur d'Agel, vassal du comte de Toulouse. Le château faisait partie des fortifications qui résistèrent pendant la croisade dirigée par Simon de Montfort. Celui-ci assiégea Minerve en 1210 et brûla le château d'Agel, car il commandait la vallée de la Cesse, une voie d'accès vers Minerve, un bastion cathare. Le traité de Paris en 1220 mit fin à ces luttes sanglantes, et le seigneur d'Agel, ayant échappé au massacre, restaura le château.
Au fil des siècles, le château d'Agel a subi de nombreuses transformations suite aux guerres et à l'incendie. Les sombres ouvertures du château fortifié du XIIe siècle ont laissé place aux fenêtres de la Renaissance, puis, au XVIIe siècle, aux larges baies à petits carreaux dans le style de Trianon sur la façade principale. Durant la première moitié du XXe siècle, le château fut négligé.
De 1200 à 1432, le château d'Agel appartint à différents seigneurs. En 1432, Gabriel de Versailles acquit le fief, suivi par Pierre et Simon de Beauxhostes en 1543. En 1764, il fut vendu à Jean d’Augier, et devint par succession la propriété de la famille Ecal, actuelle propriétaire. Le blason des Beauxhostes, deux mains entrelacées surmontées d'une couronne, fut donné par Philippe le Bel à Jean de Beauxhostes pour sa fidélité au service du roi de France.
Ces exemples illustrent la manière dont les calèches, autrefois moyens de transport luxueux ou fonctionnels, sont aujourd'hui des vecteurs d'histoire et de découverte, reliant les visiteurs aux patrimoines exceptionnels des châteaux français.