Le Frison : La Perle Noire aux Origines Nobles et Complexes

Le Frison, affectueusement surnommé « la perle noire », est une race de chevaux d'une élégance rare, originaire de la province de Frise, dans les Pays-Bas. Caractérisé par sa robe d'un noir profond et son modèle baroque, le Frison a traversé les siècles, évoluant de monture de guerre à cheval de spectacle, tout en conservant une identité forte. Son histoire, cependant, est plus complexe qu'il n'y paraît, entrelacée de mythes, de nationalismes et d'adaptations aux besoins changeants de l'homme.

Cheval Frison noir au galop

Des Origines Anciennes, une Race Moderne

L'histoire du Frison est souvent nimbée de légendes, certaines lui prêtant des origines remontant à l'Antiquité. Si la présence de chevaux en Frise est une certitude depuis des millénaires, comme en témoignent des peintures rupestres vieilles de plusieurs millénaires, l'idée d'une continuité directe avec le Frison moderne est sujette à débat. Le peuple germanique des Frisii, mentionné par Jules César pour ses "formidables chevaux de bataille", a effectivement foulé ces terres. Ces chevaux auraient même influencé certaines races anglaises comme les poneys Fell et Dales, ainsi que le Clydesdale. Cependant, l'historien romain Tacite les décrivait de manière moins flatteuse, les qualifiant d'"exceptionnellement laids". De plus, la dépopulation de la Frise au IVe siècle rend improbable la continuité d'une race de chevaux élevée localement sans interruption. L'archéologie ne démontre pas non plus de continuité directe entre les chevaux des Frisii et ceux de la Frise médiévale, la taille des chevaux antiques étant nettement inférieure à celle du Frison moderne.

Au Moyen Âge, les chevaux présents en Frise gagnent en taille, devenant plus grands que ceux des pays baltes, une particularité qui aurait été transmise aux chevaux frisons au fil des siècles. Dès le XIVe siècle, le cheval de type frison est bien connu en Europe, établi dans une région s'étendant le long de la côte de la mer du Nord. Les chevaux de Guillaume le Conquérant à la bataille d'Hastings présentent d'ailleurs certaines ressemblances avec le Frison. Au XIIIe siècle, les chevaux frisons deviennent célèbres et sont vendus dans toute l'Europe occidentale, notamment à Cologne, en Gueldre, dans les Flandres et en France. Ils sont cités dans la poésie médiévale et les romans de chevalerie, loués pour leurs qualités de destriers ou, au contraire, méprisés comme roncins. L'élevage dans les monastères de Frise aux XVe et XVIe siècles, à une époque où les monastères européens jouent un rôle économique important, confirme la place de la Frise comme lieu d'élevage équin majeur. Il est possible que des chevaux orientaux ramenés des croisades et de la Reconquista aient influencé le cheptel local, certains évoquant des croisements avec le Barbe et l'Arabe, ainsi qu'avec des chevaux tchèques et hongrois.

L'Âge d'Or et l'Influence Ibérique

Le XVIe et le XVIIe siècle marquent l'âge d'or du Frison. La noblesse et les haras européens en acquièrent massivement. Pendant l'invasion espagnole des Pays-Bas et l'annexion de la Frise par Charles Quint, le Frison reçoit l'influence de chevaux andalous et castillans. Ces apports lui confèrent un trot gracieux et un port d'encolure altier, ainsi que des allures hautes et légères, le rendant réputé pour la haute école et la traction des carrosses des nobles. Le modèle du cheval s'allège et s'affine, et c'est à partir de ce croisement que la race frisonne se constitue véritablement, devenant un cheval baroque associé à l'époque.

À partir de 1600, son élevage devient un élément important de l'économie néerlandaise, avec des exportations vers la Grande-Bretagne et la France. Les académies d'équitation de Paris et d'Espagne se remontent avec le Frison. Georges-Guillaume Ier de Brandebourg importe des étalons frisons en 1624. Le Frison arrive également à Manhattan avec le peuplement hollandais, bien que la population d'origine soit perdue après le peuplement anglais. La demande devient si importante que les officiers militaires pressent les États généraux néerlandais d'interdire leur exportation. Pour résoudre le problème de la baisse de qualité du cheptel due à une trop forte demande, une réglementation spécifique à la race est introduite, imposant l'approbation des étalons reproducteurs par un magistrat et un responsable.

L'écrivain italien Cesare Fiaschi, travaillant pour le duc de Ferrare, possède vers 1556 un cheval nommé Frisonzello (petit Frison), et le duc lui-même possédait un cheval originaire de Frise de robe pie, nommé Pia. Le Frison arrive en nombre à La Rochelle au début du XVIIe siècle pour les travaux d'assèchement du marais poitevin, et bon nombre de ces animaux restent sur place après les travaux. En 1562, le Frison est cité parmi les six races de chevaux majeures par l'Allemand Hans Kreutzberg.

Entre Éclipse et Renaissance : La Constitution du Registre Généalogique

Le Frison connaît une certaine éclipse culturelle au XVIIe siècle, avec peu de citations, hormis celle de Georg Simon Winter dans son Traité des haras. Le XVIIIe siècle voit une nouvelle éclipse de la race, et la réglementation de l'État vacille. Louis XIV, après avoir obtenu une partie des Pays-Bas méridionaux, promulgue une loi pour fournir les officiers de l'armée de ces chevaux et octroie des primes d'élevage aux meilleurs étalons reproducteurs, dans l'intérêt de la cavalerie militaire. Les officiers supérieurs de l'armée profitent de ses allures relevées, de son trot léger et rapide, et de son port d'encolure pour intimider l'ennemi au combat. Cependant, le rôle du cheval de cavalerie diminue continuellement au profit de celui du cheval d'artillerie. Gaspard de Saunier cite dans La Parfaite connaissance des chevaux les qualités du Frison pour la traction des carrosses. Sa description morphologique ressemble à celle de la race moderne. Dans les sources écrites, le Frison est clairement distingué du "Hollandais", notamment dans le Parfait Cocher de La Chesnaye des Bois, qui décrit la race comme idéale pour l'attelage.

Malgré sa renommée comme cheval d'attelage, au XIXe siècle, le Frison voit son aire d'élevage se réduire et se cantonner au Nord des Pays-Bas. Il forme un seul type avec l'Oldenbourg et, comme lui, est en déclin au début des années 1800, son élevage n'étant plus lucratif avec des prix de vente particulièrement bas. Les éleveurs de la Frise refusent d'utiliser les étalons d'État placés dans la région en croisement avec leur cheptel, particulièrement dans les régions où les courses au trot sont populaires. De plus, la Frise entre en récession économique. Le Frison est considéré comme trop lourd pour la cavalerie et est utilisé pour les travaux agricoles, ainsi que pour des courses de trot, des courses montées ou attelées à la chaîne frisonne (une voiture à deux roues de style rococo). Pour améliorer ses performances, les éleveurs n'hésitent pas à le croiser avec le Trotteur d'Orlov de Russie.

En 1829, la Frise publie un décret décrivant ce qu'est un cheval frison, ainsi que des réglementations visant à sauver la race et limiter les croisements. Cependant, le roi Guillaume Ier s'intéresse essentiellement au Pur-sang, plutôt qu'au Frison, et soutient à ce titre le haras de Borculo, dont les choix d'élevage renforcent l'hostilité des éleveurs de la Frise envers le pouvoir central. L'élevage et le commerce s'étant améliorés, le décret de protection du Frison est révoqué en 1854. La modernisation de l'agriculture met aussi la race en péril. En 1865, la loi hollandaise visant à protéger l'élevage local est abrogée et les importations de chevaux lourds, plus aptes à tracter les machines agricoles, sont permises. Le cheval frison est peu à peu remplacé par l'Oldenbourg, plus rentable. Une importance croissante est accordée aux registres généalogiques du cheval d'attelage.

C'est en 1879 que le registre généalogique du cheval Frison est ouvert, peu après celui de la race bovine frisonne. Il est placé sous la responsabilité du Het Friesch Paarden-Stamboek, dans un contexte où "les responsables de la race ont lié cette prédilection pour l'élevage au nationalisme culturel frison, en plaçant la race au cœur de l'histoire et de l'identité culturelle régionales". Le type de cheval recherché correspond aux modèles antérieurs à 1815. Au moment de la création du stud-book du Frison, ce type dit "pur" a pratiquement disparu. Cette redéfinition exclut les chevaux des régions voisines jadis décrits et vendus comme frisons et impose le noir comme seule couleur de robe acceptée. La sélection reprend sur la base de deux étalons nommés Paulus et Prins, et s'associe à la classe aisée de la paysannerie, sous l'impulsion de deux aristocrates locaux, Cornelis van Eysinga et Arent Johan Vegelin van Claerbergen. Le choix du noir comme seule couleur de robe autorisée résulterait de la perception des chevaux du Groningue et des Pays-Bas, souvent bais, comme étant "impurs". L'ouverture d'un registre entraîne aussi l'exclusion progressive des chevaux qui ne correspondent pas aux critères de la race nouvellement définis.

Évolution de 4 RACES DE CHIENS sur 100 ANS

Le Frison Aujourd'hui : Entre Tradition et Modernité

Le Frison a quasiment disparu au début du XXe siècle, devenant moins utilisé dans le nord des Pays-Bas face au cheval de travail dit Bovenlander. En 1908, il ne reste plus que dix étalons. En 1910, ils ne sont plus que quatre et en 1913, seuls subsistent Prins 109 P, Alva 113 P et Friso 117 P, ainsi qu'une centaine de juments. Les croisements étrangers sont toujours interdits. Cornelis van Eysinga réunit les membres du stud-book le 19 décembre 1913 à Leevwarden, pour réorganiser l'élevage et empêcher l'extinction du Frison de "pure race". Cela motive une sélection sur un modèle de cheval de travail de la terre, plus trapu, éloigné du cheval baroque, et permettant une remontée des effectifs.

La Première Guerre mondiale met un terme temporaire aux importations de chevaux étrangers. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le Frison est utilisé à la traction et au labour en raison des pénuries de véhicules motorisés et de carburant. Il révèle ses meilleures aptitudes au labour sur des terrains argileux et sableux, effectuant aussi la fenaison, le hersage et le sardage. Il reste quelques milliers de chevaux à la fin des années 1940. La motorisation de l'agriculture fait perdre au Frison son principal débouché économique, les agriculteurs néerlandais n'ayant plus les moyens de garder et d'entretenir un cheval pour leur seul plaisir. Malgré cette crise, le stud-book Frison conserve une aura de prestige. En 1954, la Société d'élevage du Frison est élevée au rang de Société royale par la reine Juliana. Au milieu des années 1960, il ne reste plus qu'environ 500 juments enregistrées. Le Frison est alors menacé en raison d'un engouement immodéré pour le Pur-sang.

Tableau comparatif des types Frison Baroque et Sport

Aujourd'hui, le Frison est principalement utilisé à l'attelage et sous la selle, notamment en dressage. Il est très apprécié pour le spectacle et le cinéma grâce à sa grande élégance, sa robe unie et son port de tête relevé. Deux types de Frisons coexistent de nos jours, sans être officiellement reconnus dans le Stud-book de la race : le type "baroque" (ancien), bien proportionné, robuste et élégant, comme un cheval "carrossier" ; et le type "sport" (moderne), plus adapté aux concours (de dressage principalement), moins lourd, avec une arrière main plus puissante, lui permettant de développer des allures plus relevées.

Le Frison est un cheval au tempérament équilibré, doux, attentif et généreux, réputé pour être proche de l'Homme et apte à l'apprentissage. Sa taille varie généralement de 1,55m à 1,75m au garrot, et il pèse entre 600 et 800kg. Sa robe est d'un noir uni, bien que certaines marques blanches en tête et quelques poils gris au niveau des lèvres soient parfois tolérés. Il a généralement une belle crinière ondulée, une queue fournie et des fanons abondants. Sa morphologie particulière, avec un port d'encolure vertical, arqué et fort, surmonté d'une tête expressive aux petites oreilles attentives, le rend unique. Ses épaules sont longues et inclinées, attachées à un poitrail puissant. Ses côtes sont longues et cintrées, son dos assez long et robuste, tout comme la croupe. Ses membres sont solides, avec de bons aplombs. L'espérance de vie d'un Frison est estimée entre 20 et 30 ans, et son alimentation est commune à celle des autres chevaux, nécessitant un apport quotidien de fourrage de bonne qualité.

Le nom du Frison en frison occidental est Frysk Hynder et en néerlandais Fries paard, le nom en anglais étant Friesian. Il ne doit pas être confondu avec le Frison oriental, race distincte, raison pour laquelle il est nommé "Frison occidental" par certaines sources pour faciliter cette distinction. Son nom provient de sa région d'origine, la Frise, qui se distingue du reste du pays, les Pays-Bas, par "une certaine réserve".

Le Frison et la Robe Pie : Une Distinction Importante

Il est crucial de noter que le Frison, par définition, porte une robe noire unie. La mention de "cheval pie frison" dans certaines recherches peut prêter à confusion. La robe pie, caractérisée par des taches irrégulières de blanc et de couleur, n'est pas une caractéristique du Frison pur. En revanche, il existe des croisements qui intègrent le Frison et donnent naissance à des chevaux aux robes pies. Par exemple, le Pinto baroque est un croisement entre un Frison et un cheval de sport pie de type KWPN ou Trakehner. Ce type de cheval combine la prestance d'un Frison avec une robe pie, souvent noire. Ses caractéristiques principales sont l'originalité, le souffle, l'endurance et une bonne faculté d'apprentissage, avec des allures puissantes et légères. De même, l'Arabo-Frison est un croisement entre un Frison et un cheval arabe, créé pour les compétitions sportives, et le pourcentage de sang arabe ne doit pas dépasser 25% afin de conserver les qualités du Frison.

La robe pie, quant à elle, a ses propres origines et caractéristiques. Les motifs pie remontent à des milliers d'années, et des chevaux aux robes tachetées ont été retrouvés dans des peintures rupestres. Aux États-Unis, le Paint Horse est une race spécifique reconnue pour sa robe pie, tandis que le Pinto n'est pas une race mais un type de robe. Les chevaux pie se distinguent par leurs larges taches blanches et colorées, avec des variations comme le tobiano (taches traversant le dos), l'overo (taches ne traversant pas le dos) et le tovero (combinaison des deux). Sous les taches blanches, la peau est souvent rose, la rendant plus sensible aux brûlures solaires, tandis que la peau sous les zones colorées est plus foncée. Les yeux peuvent être de différentes couleurs, y compris bleus, ajoutant à leur allure mystérieuse.

Schéma des différents types de robes pies (Tobiano, Overo, Tovero)

Ainsi, si le Frison en tant que race est indissociable de sa robe noire, l'influence de cette magnifique race a contribué à la création d'autres types de chevaux, y compris ceux arborant la spectaculaire robe pie. Le Frison demeure une "perle noire" unique, tout en ayant un impact notable sur le paysage équestre mondial.

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