L'hippodrome Henry-Milliard est sur le point de vibrer au rythme de l'une des compétitions les plus prestigieuses du territoire : la Casinos Coupe Clarke. Cet événement, qui clôture une journée hippique des plus attendues, représente bien plus qu'une simple course ; c'est une véritable institution ancrée dans le paysage hippique calédonien depuis 92 ans. La passion pour ce "graal" pour tous propriétaires est née en 1926, lancée par l'Australien Clarke, un passionné de chevaux et producteur de farine. L'engouement fut immédiat, et malgré une pause durant la Seconde Guerre mondiale, l'histoire de la Coupe Clarke a rapidement pris une ampleur démesurée, attirant chaque année plus de 3 000 personnes.

Une Tradition Ancrée et une Histoire Riche
La Casinos Coupe Clarke est la grande course hippique du territoire où tous les meilleurs chevaux locaux sont représentés. Elle rythme le monde hippique calédonien depuis plus de neuf décennies. La première édition, lancée en 1926, a rapidement captivé l'imagination, devenant un rendez-vous incontournable. L'engouement suscité par cette compétition s'est maintenu à travers les générations, témoignant de son importance culturelle et sportive. L'événement rassemble non seulement les propriétaires et les autorités, mais aussi les grandes familles d'influence du pays, soulignant son rôle central dans la vie sociale calédonienne.
La Quête du Graal : Trois Victoires Consécutives
Pour remporter la prestigieuse Coupe Clarke, un propriétaire doit faire preuve d'une domination exceptionnelle, en remportant la course trois fois consécutivement. Cette règle confère à la compétition une dimension stratégique et de long terme, poussant les propriétaires à investir dans la constance et l'excellence de leurs écuries. L'année précédente, Pacifique du Cap, un cheval appartenant à Christian Dolbeau, avait triomphé, ajoutant une ligne mémorable à l'histoire de la course. Malheureusement, cet athlète émérite n'est plus, mais l'écurie Dolbeau, forte de cette expérience, a inscrit deux nouveaux chevaux cette année, dans l'espoir de renouveler l'exploit et de se rapprocher de cette distinction ultime. La liste définitive des participants et le tirage au sort des cordes, éléments cruciaux qui peuvent influencer l'issue de la course, seront dévoilés peu avant l'événement.
La Vitrine de l'Élevage Calédonien
Au-delà de la compétition, la Casinos Coupe Clarke est une vitrine essentielle pour l'élevage local. La règle stipulant que seuls les chevaux nés et élevés en Nouvelle-Calédonie peuvent participer à cette course est un pilier fondamental. Cette exigence vise à encourager et à valoriser l'élevage calédonien, faisant de cette course le summum pour les chevaux du terroir. Des écuries renommées comme Domaine de Sarraméa, Dolbeau, et Gossoin, pour n'en citer que quelques-unes, inscrivent chaque année leurs meilleurs éléments.
La Calamity Jane de la Ouaménie
Préparation et Stratégie : Les Clés du Succès
L'organisation d'un événement d'une telle envergure demande une préparation méticuleuse, s'étalant sur six mois. Cependant, la liste définitive des chevaux concourant pour le précieux trophée n'est connue que quelques jours avant la course, ajoutant une dose de suspense. Les mois précédant la compétition sont rythmés par diverses réunions hippiques sur la Grande Terre, permettant d'identifier les potentiels favoris. Les entraîneurs, tels qu'Éric Sauvan, président de la Société sportive de Nouvelle-Calédonie, mettent un point d'honneur à sélectionner et à travailler les jeunes chevaux dès le début de la saison, afin qu'ils soient au sommet de leur forme pour le jour J. L'enthousiasme est palpable lorsqu'il décrit comment les chevaux sont préparés pour être "au top pour le 5 août".
Une Distance Particulière et le Rôle du Hasard
La Casinos Coupe Clarke est techniquement la course la plus difficile du programme, avec une distance de 1600 mètres. Cette distance se situe entre le sprint et les courses de fond, exigeant un équilibre parfait entre vitesse et endurance. Le placement de la corde, déterminé par un tirage au sort, joue un rôle crucial, pouvant faire basculer l'issue de la course. Éric Sauvan rappelle l'anecdote de Sweet'As, hyper favori l'année précédente, qui n'a terminé que deuxième. Il souligne également le rôle de la pluie, qui avait favorisé Pacifique du Cap, un cheval habitué aux pelouses humides. Cependant, le hasard, bien qu'important, ne fait pas tout. Les qualités intrinsèques du cheval restent primordiales. La maturité idéale se situe entre quatre et cinq ans, et le poids est un critère déterminant. Un cheval doit être capable de maintenir une allure soutenue sur la distance sans s'essouffler prématurément, incarnant la sagesse du dicton : "Qui veut aller loin ménage sa monture".
Le Métier de Jockey : Un Mariage de Talents
Le monde des courses hippiques ne serait rien sans ses jockeys, véritables maîtres de la monte. Des figures locales comme Gil Gonzalez et Christian Dolbeau ont marqué l'histoire de ce sport. Cependant, si les chevaux sont toujours "des gars bien de chez nous", leurs cavaliers ne le sont pas systématiquement. Ce mélange de nationalités, avec des jockeys venus de France, de l'Île Maurice, d'Australie ou de Nouvelle-Zélande, ajoute une dimension internationale et réserve souvent de belles surprises. L'absence de manifestations hippiques suffisantes sur le territoire limite les opportunités pour les jockeys locaux de vivre pleinement de leur métier, tout comme les contraintes physiques importantes qu'il impose. Ces jockeys internationaux se déplacent spécifiquement pour l'épreuve, disposant parfois de peu de temps pour s'acclimater au cheval. L'écurie Dolbeau, déjà victorieuse l'année précédente avec le jockey australien Craig Luttrel, vise encore deux victoires pour remporter la coupe en or, consciente que chaque édition de la Casinos Coupe Clarke est imprévisible.
Le Programme de la Journée
La journée hippique débutera à 10h30 avec neuf courses au programme, s'étalant jusqu'à 16h. Le traditionnel concours de chapeaux aura lieu en début d'après-midi. La société hippique réserve des animations surprises pour le public calédonien. À 15h, les jockeys concourant pour la Casinos Coupe Clarke seront présentés, et une demi-heure plus tard, tous les regards seront braqués sur les douze prétendants au titre, prêts à en découdre pour franchir la ligne d'arrivée en premier.
L'Héritage des Pelat : Une Dynastie Hippique
L'histoire des courses hippiques est jalonnée de grandes familles qui ont marqué le sport de leur empreinte. La dynastie Pelat en est un exemple frappant, une saga familiale, historique et sociologique qui a traversé tout le 20ème siècle, englobant l'âge d'or des courses.
Monsieur Georges Pelat, l'aîné, et son frère cadet Noël Pelat, disparu récemment, incarnent cette lignée. Noël, entré dans la vie professionnelle dès 11 ans comme apprenti-typographe, a débarqué à Paris en 1929 pour devenir élève-apprenti. Son frère Georges l'a rapidement pris sous son aile, devenant son maître d'apprentissage.
Noël Pelat a fait ses premières montes à Maisons-Laffitte en 1931 et a rapidement démontré son talent. Il a remporté son premier gagnant parisien en plat en 1932 avec "Tout Paris", et son premier gagnant en obstacles en 1936 avec "Marsac". Sa carrière a été couronnée de succès, notamment avec une victoire dans le Grand Steeple-Chase de Paris en 1936 avec "Potentate", devenant l'un des plus jeunes jockeys à remporter cette épreuve mythique à 19 ans. Il récidivera en 1941 avec "Kerfany".

Sa maîtrise des obstacles lui a valu la Cravache d'Or en 1940 et 1941. Au total, Noël Pelat a remporté 76 courses en plat et près de 250 en obstacles. En 1938, il épouse Lucie Bariller, fille de l'entraîneur Charles Bariller, une figure marquante du monde hippique. Après une grave chute en 1942, Noël a pris la relève de son beau-père à l'âge de 25 ans, devenant entraîneur pendant plus de 50 ans.
En tant qu'entraîneur, il a mené de nombreux chevaux à la victoire, parmi lesquels "Prince Bio" en plat, et en obstacles, des chevaux comme "Wild Risk", vainqueur à deux reprises de la Grande Course de Haies d'Auteuil, et "Nagara", qui a remporté le Grand Steeple-Chase de Paris en 1951. Il a également eu un regret, celui de ne pas avoir vu "Mi Carina" triompher dans le Prix de l'Arc de Triomphe en 1959.
Noël Pelat a également été un éleveur passionné. Après la guerre, il a développé son élevage, achetant notamment le Haras des Chaumes puis le Haras de la Croix Sonnet. Ses chevaux, issus de croisements réfléchis, ont marqué les courses, notamment avec "Tip Moss", père de plusieurs vainqueurs, et son fils "Mansonnien", qui a connu un grand succès en tant que père de vainqueurs en obstacles. Sa fille, Noëlle, et son petit-fils, Hubert, ont repris le flambeau, perpétuant l'héritage familial dans l'élevage.
La famille Pelat a également été impliquée dans la vie associative du monde hippique, avec Georges Pelat président de la Société d'Encouragement de 1986 à 1991 et propriétaire de chevaux de renom.
Au-delà des courses, Noël Pelat était passionné par le football, participant même à un match de charité opposant des vedettes du sport et du cinéma à une sélection de jockeys. Sa vie fut une ode à la passion des chevaux, de l'élevage, mais aussi un engagement envers sa famille et ses autres centres d'intérêt comme la corrida et le rugby.
L'Héritage de Christian Dolbeau dans les Courses Calédoniennes
Christian Dolbeau est une figure marquante du paysage hippique calédonien, dont le nom est étroitement lié à la réussite de son écurie. Sa passion pour les courses se manifeste par un engagement constant et une quête de performance. L'année où son cheval Pacifique du Cap a remporté la mythique Casinos Coupe Clarke témoigne de son savoir-faire en tant que propriétaire et éleveur.

Bien que Pacifique du Cap ne soit plus de ce monde, l'écurie Dolbeau continue de concourir avec détermination. L'inscription de deux chevaux pour tenter de renouveler l'exploit à la Coupe Clarke souligne cette ambition. Christian Dolbeau est également un entraîneur reconnu. On le retrouve ainsi derrière la victoire de "Dancer du Cap" de l'écurie Magenta dans le Trophée N° 1, une performance saluée par ses propres mots : "On croyait tous à cette victoire dans la famille." Cette déclaration met en lumière la dimension familiale et collective de son engagement dans le monde des courses.
Un autre exemple de son implication se trouve dans les résultats de la Casinos Coupe Clarke du 5 août 2018, où "Crouma du Cap", de l'écurie Dolbeau, a été déclarée vainqueur après une enquête de vérification. Cet épisode illustre la tension et la rigueur qui entourent ces compétitions, où chaque détail compte. L'écoute de Christian Dolbeau à ce sujet révèle sa perspective sur les événements.
Le nom de Dolbeau apparaît également dans des courses locales, comme le duel attendu entre "Nymphe de Perron" drivée par Christian Dolbeau et "Uhlan des Alizés" mené par Gilles Herry dans le Grand Prix de l'Anse-Vata. Ces affrontements sur l'hippodrome Henry-Milliard confirment son rôle actif et sa présence régulière dans les événements hippiques calédoniens.
L'héritage de Christian Dolbeau dans les courses calédoniennes est donc celui d'un passionné, d'un compétiteur acharné et d'un acteur clé qui contribue à la richesse et à la dynamique de ce sport sur le territoire. Son écurie est synonyme de persévérance et de quête de succès, marquant durablement l'histoire de l'hippisme en Nouvelle-Calédonie.