Le monde des courses hippiques est exigeant, et les Pur-sang, athlètes par excellence, nécessitent une attention particulière, surtout une fois leur carrière sportive terminée. Leur transition vers une vie plus calme de cheval réformé soulève des questions fondamentales concernant leur alimentation. Il est souvent déconcertant de constater que des chevaux, ingérant des quantités journalières de nourriture apparemment différentes, maintiennent une corpulence similaire. Cette observation soulève la nécessité d'une compréhension approfondie des besoins nutritionnels spécifiques de ces animaux, en tenant compte de leur passé athlétique et de leur nouvelle vie.
Comprendre les Besoins Nutritionnels du Pur-Sang
Le Pur-sang, de par sa race, possède un métabolisme naturellement plus rapide et une constitution athlétique. Après l'arrêt des courses, ses besoins énergétiques diminuent, mais sa sensibilité digestive et sa tendance à perdre de l'état corporel demeurent. Il est crucial de comprendre que la simple quantité de nourriture ingérée ne reflète pas nécessairement l'efficacité de son assimilation.

L'alimentation d'un cheval est avant tout basée sur les fourrages. Le fourrage frais et/ou conservé (herbe, foin, enrubanné) doit toujours constituer la base de la ration journalière. Les fibres (cellulose brute) doivent représenter 15 à 18 % de la ration. Il est recommandé d’apporter un équivalent en quantité à 1,5 à 2 % du poids vif de l’équidé en fourrages par jour. En-dessous de ce seuil, des perturbations digestives graves peuvent se produire. Le fourrage garantit un transit sain. Le temps passé à l’ingérer lentement prévient l’ennui, en limitant le développement de tics comportementaux lorsque le cheval est confiné au box. Il est indispensable de pratiquer des analyses des valeurs nutritives des fourrages pour établir une ration équilibrée. Les graminées sont les espèces végétales préférées des équidés lorsqu’ils ont le choix. Les légumineuses, tels que le trèfle ou la luzerne, sont aussi bien consommées par les équidés et ont l’avantage de contenir des teneurs en protéines et en calcium élevées. La qualité sanitaire des fourrages doit être satisfaisante afin de garantir son appétence et pour limiter le développement de pathologies.
Les concentrés, tels que les céréales (orge, avoine), les protéagineux, ou les aliments composés du commerce, sont utilisés pour compléter les apports nutritifs des fourrages. Ils sont riches en énergie, protéines, minéraux et vitamines. Cependant, leur utilisation doit être modérée. Des excès peuvent provoquer des perturbations digestives graves comme des ulcères de l’estomac, une acidose dans le gros intestin, des colites, des coliques et des fourbures. Le choix de l'aliment concentré dépend du stade physiologique, de l'état corporel et de l'activité de l'équidé.
L'eau est un nutriment essentiel. Un cheval adulte boit jusqu'à 60 litres par jour, davantage s'il mange des aliments secs et en cas d'effort ou de fortes chaleurs. La privation d'eau ne doit jamais dépasser 4 heures d'affilée, surtout avant un effort physique. L'apport de sel (chlorure de sodium) est vital, et une pierre à sel en libre-service est indispensable.
L'Importance de la Composition des Aliments
L'exemple que "2L d'aliments énergétiquement concentrés peuvent correspondre à 15L d'aliments faiblement énergétiques" illustre parfaitement la différence de densité nutritionnelle entre les aliments. Il est donc primordial de se renseigner sur la composition des aliments disponibles dans le commerce. Une alimentation incluant du maïs ou de la luzerne, par exemple, aura une valeur énergétique et protéique différente d'un mélange à base d'avoine ou d'orge seule.
Pour un Pur-sang de 3 ans destiné à l'automne et à l'hiver, une ration de 6 litres mélangée de 4 litres d'orge, 1 litre de luzerne et 1 litre de floconnés, avec une couverture par temps froid, semble adaptée. Au printemps et en été, cette ration peut être réduite à 4 litres d'orge, surtout s'il n'y a pas d'activité particulière.
Cependant, le cas d'une jument Pur-sang américain mangeant 4 litres d'orge/avoine matin et soir, et 4 litres de granulés dont la composition est inconnue à midi, tout en perdant de l'état, souligne les limites d'une alimentation dont on ignore la qualité. L'ajout de 2 à 3 litres de floconnés et une cure de "Bionutron Sport" peuvent pallier temporairement cette carence, mais la racine du problème réside dans la composition des aliments de base et le refus du dirigeant d'écurie de passer à une alimentation plus adaptée, par souci d'économies.
Le mélange orge/avoine peut ne pas convenir à tous les chevaux, surtout s'ils ont des besoins spécifiques ou une sensibilité digestive. L'absence d'informations sur la composition des granulés est un point critique. Il est possible que ces granulés ne fournissent pas les nutriments nécessaires, ou qu'ils soient trop riches en amidon, favorisant les troubles digestifs.
Stratégies Alimentaires pour un Pur-Sang Retraité
Pour un cheval qui perd de l'état, plusieurs stratégies peuvent être envisagées. L'ajout de compléments alimentaires, comme ceux proposés par Bionutron, peut être bénéfique, notamment des compléments de calcium si un déséquilibre est suspecté. L'achat d'aliments de qualité supérieure, même s'il représente un coût initial, peut s'avérer plus économique à long terme en prévenant les problèmes de santé. Des marques comme Cavalor proposent des aliments tels que "Tradition" ou "Performix" qui peuvent maintenir un bon état corporel, même pour des chevaux travaillant régulièrement.

Si le club ne souhaite pas investir dans une alimentation plus coûteuse, il est parfois nécessaire pour le propriétaire d'acquérir soi-même les compléments ou aliments adéquats. L'idée d'acheter des compléments à côté, dont les prix restent raisonnables, peut être une alternative viable pour éviter que la jument ne maigrisse.
Il est également important de considérer d'autres facteurs qui influencent l'état corporel d'un cheval :
- Le Travail : Un cheval qui ne travaille pas a des besoins énergétiques moindres qu'un cheval de course. Cependant, un Pur-sang, même au repos, peut avoir besoin d'un apport suffisant pour maintenir sa masse musculaire et éviter de perdre de l'état, surtout s'il est naturellement "sec".
- L'Environnement : Le froid polaire augmente les besoins énergétiques du cheval pour maintenir sa température corporelle. Un Pur-sang au repos mais sortant dans le froid sans couverture adéquate perdra plus facilement de l'état.
- La Santé : Un bilan vétérinaire est essentiel. Il faut vérifier le statut vermifuge, l'état dentaire, l'absence de douleurs, et l'état psychologique du cheval. Un cheval déprimé ou stressé peut avoir des problèmes d'assimilation. Les ulcères gastriques sont une préoccupation majeure chez les Pur-sang, et une alimentation inadaptée ou des repas trop espacés peuvent les favoriser.
- L'Historique : Un poulain sevré au biberon a pu avoir un développement différent. Un cheval acheté très maigre nécessite une attention particulière pour reconstituer son état corporel en toute sécurité.
La Notion d'État Corporel Idéal chez le Pur-Sang
Il existe une idée reçue selon laquelle un cheval en bonne santé doit être "rond". Or, pour les Pur-sang, une constitution athlétique et une certaine finesse sont naturelles et même souhaitables. Un Pur-sang "gros" peut être un signe de mauvaise santé, d'un excès d'engraissement qui nuit à ses articulations, son dos et son système locomoteur. Karakol, sur une photo, peut paraître plus gros parce qu'il est musclé. Si un cheval ne travaille pas, il n'a pas besoin d'un apport alimentaire excessif pour maintenir une masse musculaire qui n'est pas sollicitée.

Il est crucial de distinguer la masse musculaire d'un excès de graisse. Un cheval peut être musclé tout en ayant les côtes apparentes, ce qui est souvent le signe d'une bonne forme athlétique plutôt que d'une maigreur. Le but n'est pas d'engraisser le cheval de manière excessive, mais de lui fournir les nutriments nécessaires pour qu'il soit en bonne santé, alerte et capable de maintenir une condition physique adéquate, même au repos.
Le fait de "nourrir l'herbe au lieu de profiter" peut signifier que le cheval passe son temps à manger de l'herbe de faible qualité nutritive, sans pour autant assimiler suffisamment de nutriments. Une herbe de bonne qualité, idéalement complétée par du foin, est préférable.
Dans un club où la majorité des chevaux sont des poneys rustiques, le dirigeant peut privilégier des solutions économiques qui ne sont pas forcément adaptées aux besoins spécifiques des Pur-sang. La transition vers une alimentation plus adaptée, comme des granulés de qualité ou des aliments spécifiques, doit se faire sur une période de 7 à 10 jours minimum pour permettre à la flore digestive de s'adapter.
L'idée de donner du tourteau de soja pour "engraisser" sans donner d'énergie peut être une option, mais il faut toujours veiller à l'équilibre global de la ration.
L'Importance du Fractionnement des Repas et de la Qualité du Foin
Pour les Pur-sang, surtout lorsqu'ils sont au repos et que les repas sont rationnés, le fractionnement en plusieurs petites distributions par jour est essentiel. Les repas doivent être distribués à horaires fixes et idéalement fractionnés en 2 à 4 petits repas (< 4 litres/repas). La quantité apportée plus importante le soir est logique, car le cheval mange pendant la nuit. Il faut éviter tout jeûne (en fourrages) de plus de 4 heures pour ne pas favoriser l’apparition d’ulcères et de stéréotypies.
La qualité du foin est primordiale. Un foin de bonne qualité, riche en fibres digestibles, est la base d'une alimentation saine. Si le foin est de moindre qualité, il faudra compenser avec des aliments plus concentrés, mais toujours avec prudence. Donner du foin à volonté, surtout en hiver, aide énormément à maintenir le cheval en état.
Un fourrage de bonne qualité pour les chevaux
Conclusion Préliminaire : Une Approche Individualisée
Nourrir un Pur-sang réformé des courses est un art qui demande une observation attentive, une connaissance des aliments et une adaptation aux besoins spécifiques de chaque individu. Il ne s'agit pas seulement de remplir un abreuvoir et une mangeoire, mais de construire une ration équilibrée qui soutient la santé, le bien-être et une condition corporelle optimale, loin des excès qui peuvent nuire à cet athlète délicat. L'éducation du propriétaire, la collaboration avec des professionnels (vétérinaires, nutritionnistes équins) et la remise en question des pratiques généralistes sont les clés d'une transition réussie vers une vie paisible et saine pour ces chevaux exceptionnels. Il est essentiel de se rappeler que la quantité ne fait pas tout ; la qualité, la composition, le fractionnement et l'adéquation avec les besoins physiologiques du cheval sont les véritables piliers d'une alimentation réussie.