Comprendre le Poney : Décryptage des "Horsenalities" selon Parelli

Le monde équestre est un univers complexe où la compréhension du comportement de nos compagnons à quatre pattes est primordiale pour une relation harmonieuse et efficace. Parmi les outils d'analyse du caractère équin, le concept de "horsenalities" développé par Pat Parelli offre une grille de lecture précieuse. Il ne s'agit pas de enfermer un cheval dans une case rigide, mais plutôt de disposer d'une boussole pour mieux appréhender ses réactions, ses besoins et, ainsi, adapter notre approche éducative et de travail. Chaque cheval possède une personnalité unique, façonnée par une multitude de facteurs, mais les "horsenalities" nous invitent à reconnaître des tendances générales, des archétypes comportementaux qui, une fois compris, peuvent grandement faciliter la communication et le partenariat entre le cavalier et sa monture. Cette approche suggère que, comme les humains, les chevaux peuvent être globalement classifiés selon des combinaisons de traits introvertis/extravertis et de dominance du cerveau gauche/droit, offrant ainsi un cadre pour décrypter leurs réactions face aux sollicitations.

Les Quatre Piliers des "Horsenalities" : Un Spectre Comportemental

Le modèle des "horsenalities" propose une classification en quatre grands types, issus de la combinaison de deux axes : introverti/extraverti et cerveau gauche/cerveau droit. Pour déterminer la tendance principale d'un cheval, il est conseillé d'observer la fréquence de certains comportements et de les positionner sur un diagramme. Les zones bleues représentent des comportements peu présents, les vertes des comportements moyennement présents, et les oranges ceux qui sont très présents. La "horsenality" dominante émerge là où la fréquence des comportements est la plus élevée, sachant qu'un cheval peut tout à fait présenter des tendances marquées dans deux catégories.

Diagramme des Horsenalities Parelli

Le Left Brain Extrovert (LBE) : L'Énergique et le Curieux

Le cheval "Left Brain Extrovert", ou cerveau gauche extraverti, se distingue par une personnalité espiègle, énergique et volontaire. Ces chevaux sont souvent décrits comme dominants, n'hésitant pas à prendre les choses en bouche pour les mâchouiller. Leur apprentissage est rapide, à condition qu'il soit stimulant. L'ennui est leur pire ennemi, car il peut rapidement les rendre irrespectueux et désobéissants.

Ces chevaux ne craignent généralement pas l'homme et font preuve d'une grande confiance en eux. Courageux et relativement peu sensibles, ils sont très joueurs et exubérants. Dans le meilleur des cas, ils peuvent se montrer intempestifs et indisciplinés. Dans le pire, leur nature dominante peut basculer vers l'agressivité s'ils ne font pas confiance ou ne respectent pas leur partenaire humain. Il est crucial de se souvenir qu'un LBE peut devenir dangereux s'il ne perçoit pas un cadre clair et un respect mutuel.

Pour canaliser leur énergie débordante et leur tendance à se lasser vite, les chevaux LBE ont besoin de diversité dans leurs activités. La répétition d'exercices monotones les exaspère. Un cavalier réactif et capable de proposer des défis variés est idéal pour ces chevaux. La diversification des exercices permet de casser leurs schémas comportementaux, de canaliser leur énergie et de favoriser leur concentration. Un exemple typique de ce profil pourrait être un cheval décrit comme "pas toujours facile", mais dont l'énergie et la vivacité sont indéniables.

Apprendre à avoir un cheval respectueux - Equidia Life

Le Left Brain Introvert (LBI) : L'Obstiné et le Blasé

Le cheval "Left Brain Introvert", ou cerveau gauche introverti, présente des traits tels que la lenteur, le blasé, le désintérêt, la démotivation et l'obstination. Parfois, il peut manifester des comportements de refus passifs, attendant que le cavalier abandonne. Comme le LBE, le LBI ne craint pas l'homme et possède une grande confiance en lui. Il est joueur, prend les choses en bouche, est exubérant et dominant. Cependant, son mode d'expression de cette dominance diffère.

Alors que le LBE utilise son énergie pour s'affirmer, le LBI utilise son caractère introverti pour refuser de collaborer, un peu comme un adolescent qui prétend ne pas entendre. Contrairement au Right Brain Introvert (RBI) qui est enfermé dans son monde intérieur, le LBI utilise son caractère pour se soustraire aux demandes. Les chevaux introvertis donnent souvent l'impression d'être lents, et il est conseillé d'aborder le travail avec eux dans la douceur et la lenteur. Jugés à tort comme têtus ou bêtes, leur réticence à coopérer est une stratégie.

Pour gagner la confiance d'un LBI, il est parfois nécessaire de simplement ne rien faire, de leur laisser le temps de devenir curieux et d'agir par eux-mêmes. L'approche doit être patiente, sans forcer. Ces chevaux, bien que moins explosifs que les LBE, demandent une approche réfléchie pour débloquer leur potentiel de collaboration.

Le Right Brain Extrovert (RBE) : L'Impulsif et le Peureux

Le cheval "Right Brain Extrovert", ou cerveau droit extraverti, agit souvent de manière non réfléchie. Il est caractérisé par la peur, une tendance à se cabrer et à partir au galop. Ces chevaux sont souvent montés de manière très "courte", ou avec des enrênements mécaniques tels que martingales ou rênes allemandes, dans une tentative de contrôle. Ils agissent instinctivement, comme des proies dans la nature, préférant la fuite à la réflexion.

Dans le meilleur des cas, un RBE peut avoir peu de confiance en lui, mais dans le pire, il peut se comporter de manière totalement imprévisible et dangereuse. Monter un RBE ou le mettre dans des situations inconnues est risqué. Ils sont craintifs, constamment sur le qui-vive, évitent les passages étroits et réagissent de manière exagérée. Hyper sensibles et émotionnels, ils s'adaptent difficilement au changement. Un cheval "cerveau droit" n'est pas jugé sûr car il peine à se contrôler et à apprendre dans un état de peur constante.

Les chevaux RBE ont besoin d'être mis en confiance, privilégiant l'approche douce et progressive plutôt que la contrainte. De nombreuses répétitions sont nécessaires lors de l'apprentissage pour éviter qu'ils ne prennent peur. Une fois la confiance établie, leur capacité d'apprentissage s'améliore considérablement car leur cerveau n'est plus en alerte constante face au danger. Les chevaux extravertis, qu'ils soient RBE ou LBE, ont une énergie qui exige un cavalier réactif. Des exercices diversifiés sont essentiels pour casser leurs schémas comportementaux et canaliser leur énergie, leur permettant ainsi de se calmer et de mieux se concentrer.

Le Right Brain Introvert (RBI) : Le Tendu et l'Imprévisible

Le cheval "Right Brain Introvert", ou cerveau droit introverti, se caractérise par une attitude tendue, timide, imprévisible et une tendance à la "figé" avant une explosion soudaine. Le cavalier d'un RBI essaie souvent de le forcer, ce qui le déstabilise et le fait hésiter ou refuser. Comme les RBE, les chevaux RBI agissent instinctivement, tels des proies, privilégiant la fuite.

Leur manque de confiance peut les rendre dangereux, surtout dans des situations inconnues. Ils sont craintifs, sur l'œil, évitent les passages étroits, réagissent de manière exagérée et sont hyper sensibles. L'adaptation au changement est difficile pour eux. Un cheval "cerveau droit" est jugé peu fiable car il se contrôle mal et a du mal à apprendre.

Les RBI ont besoin de confiance et d'une approche "approche et retrait", plutôt que d'être forcés. Les répétitions sont cruciales pour qu'ils ne prennent pas peur. Une fois en confiance, ils apprennent plus facilement, leur cerveau n'étant plus sous tension permanente d'évaluation du danger. Les chevaux introvertis, qu'ils soient RBI ou LBI, restent en retrait et peuvent donner l'impression d'être lents. Le travail avec eux doit se faire dans la douceur.

Le RBI est enfermé dans son monde intérieur. Les gens le jugent souvent comme têtu ou bête, ce qui est rarement le cas. Il est essentiel de comprendre que le RBI, tout comme le LBI, utilise son caractère pour ne pas collaborer, le premier étant plus réactif et le second plus passif dans son refus. L'approche de ce type de cheval demande de la patience, de ne rien faire parfois, pour qu'il gagne en confiance ou devienne suffisamment curieux pour agir de lui-même.

La Nuance et l'Adaptation : L'Art de Gérer les "Horsenalities"

Il est crucial de comprendre que ces classifications ne sont pas des carcans. Un cheval peut présenter des tendances issues de plusieurs "horsenalities" et varier d'une catégorie à l'autre en fonction des circonstances, à l'image des humains. L'objectif principal des "horsenalities" est de fournir une direction générale pour adapter son approche.

Cavalier interagissant avec son cheval

La description des profils peut parfois sembler pessimiste, soulignant les aspects potentiellement difficiles. Cependant, il est important de nuancer. Chaque cheval LBE n'est pas intrinsèquement dangereux, pas plus qu'un RBI ne s'enfuit au moindre bruit. Ces descriptions visent à informer le cavalier sur les réactions possibles pour mieux s'y préparer.

L'éducation et le dressage jouent un rôle fondamental dans l'évolution d'un cheval. Un cheval introverti, s'il est travaillé de manière éthologique, peut développer une réflexion et une capacité à se poser. Aucun cheval n'est totalement figé dans une seule catégorie ; ils oscillent constamment. L'intérêt de connaître les "horsenalities" réside dans la capacité à réagir de manière appropriée à un instant T. La question fondamentale à se poser est : de quoi mon cheval a-t-il besoin maintenant ? De confiance ou d'obéissance ?

La Confiance et le Respect : Les Fondations d'un Partenariat Équitable

Au-delà des "horsenalities", la notion de confiance et de respect mutuel est le pilier de toute relation équestre réussie. Le respect est un concept fondamental dans le monde équin, ancré dans la hiérarchie naturelle des troupeaux. Sans respect réciproque, aucun travail véritable ne peut être accompli, et la sécurité du cavalier peut être compromise.

Chevaux en groupe dans un pré

Un cheval qui ne respecte pas son cavalier peut manifester des comportements dangereux : refus de bouger, menaces, voire agressions. Ces comportements découlent souvent d'une perte progressive d'autorité, où le cheval prend le dessus. Il est essentiel de comprendre que la perte de respect n'est pas soudaine mais résulte d'une accumulation de petits incidents ignorés.

La "bulle" de l'espace personnel est un concept clé. Un cheval qui pénètre dans la bulle du cavalier sans y être invité se positionne comme dominant. Le cavalier doit être capable de définir et de faire respecter son espace. Le passage en premier lors d'une sortie de paddock, ou le fait de bousculer, sont des signes de manque de respect.

Il est important de distinguer le mordillement affectueux du cheval, qui est un signe d'affection dans la nature, de la vraie morsure agressive. La première ne doit pas être punie, tandis que la seconde nécessite une correction immédiate et calme. La violence n'est jamais la solution. L'autorité s'établit par la fermeté, le calme et la constance, et non par la force brute.

Le travail à pied, notamment des exercices comme le "stick to me" (où le cheval doit rester à une distance définie et suivre le cavalier), est un excellent moyen de réaffirmer sa place de dominant. Il s'agit de contrôler la direction, l'allure et l'impulsion du cheval, lui montrant ainsi qui mène la danse. De même, apprendre au cheval à reculer à la demande, ou à répondre à un appel vocal, renforce l'écoute et le respect.

Des techniques comme le rappel, où le cheval apprend à revenir vers le cavalier, ou le "join-up" (une méthode plus complexe visant à soumettre le cheval par l'épuisement, à utiliser avec extrême prudence et par des professionnels), peuvent être utilisées pour établir une connexion plus profonde. Cependant, il est primordial de rappeler que le respect est un exercice qui se cultive quotidiennement.

Les Émotions Équines : Un Facteur Clé du Comportement

La compréhension des émotions du cheval est également essentielle pour une gestion et un entraînement efficaces. Les émotions, qu'elles soient positives ou négatives, influencent le comportement, la physiologie et la cognition du cheval. La peur, par exemple, entraîne une réaction de fuite et une augmentation du rythme cardiaque. Le plaisir, ressenti lors d'un grattage, induit des comportements caractéristiques de détente.

Cheval au repos dans un pré

Les émotions négatives, comme le stress, peuvent se manifester par une hyperréactivité, une diminution du repos et de l'alimentation, ou au contraire par une posture figée et une indifférence apparente. Le stress chronique peut avoir des conséquences néfastes sur le bien-être du cheval. L'inconfort ou la douleur se traduisent souvent par des changements comportementaux subtils ou marqués, tels que l'agitation, l'anxiété, l'isolement, ou des postures inhabituelles.

Les indicateurs comportementaux, tels que la position des oreilles, les vocalisations (souffles, hennissements), ou les comportements sociaux, sont autant de signaux permettant d'évaluer l'état émotionnel d'un cheval. Le jeu, les interactions sociales positives, et les situations familières et prévisibles sont autant de facteurs favorisant les émotions positives.

L'apprentissage basé sur le renforcement positif, la prévisibilité, la familiarité et le contrôle de la situation par le cheval contribue à créer des expériences émotionnelles majoritairement positives. Cela favorise non seulement le bien-être du cheval, mais aussi sa capacité d'apprentissage et la sécurité du cavalier. En fin de compte, une approche basée sur la compréhension des "horsenalities", le respect mutuel et la prise en compte des émotions permet de bâtir une relation de confiance et de partenariat durable avec son cheval.

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