Ils courent à toute allure sous les projecteurs, adulés des turfistes, soignés avec rigueur… jusqu’au jour où leur carrière prend fin. Trop lents, blessés ou tout simplement âgés, les chevaux de course sont nombreux à quitter la scène chaque année. Mais leur histoire ne s’arrête pas là. Que deviennent ces animaux une fois retirés des pistes ? Trouvent-ils tous une seconde vie ? Sont-ils protégés ou mis en danger ? Derrière l’image glamour des courses hippiques se cache une réalité plus complexe.
Des Athlètes aux Multiples Talents : Le Profil des Chevaux Réformés
À la fin de leur carrière, les chevaux de course peuvent suivre plusieurs voies. Les plus chanceux sont ceux qui bénéficient d’une reconversion bien encadrée. Une partie d’entre eux est dirigée vers des filières de reconversion, notamment pour des activités de loisir (équitation, randonnée, concours de saut d’obstacles) ou pour devenir chevaux d’instruction dans des centres équestres. Les entités comme Au-Delà des Pistes, soutenues par France Galop, accompagnent activement cette transition. Elles assurent un suivi vétérinaire, une évaluation comportementale et une remise en condition des chevaux avant leur adoption. Mais tous ne sont pas aussi bien encadrés. Faute de structures suffisantes ou de moyens financiers, certains chevaux peuvent finir dans des circuits opaques.
Les galopeurs sont majoritairement de la race des pur-sang anglais, Formule 1 du monde des courses. Il existe aussi les AQPS (Autre Que Pur Sang), généralement des anglo-arabe ou selle français, qui ont des aptitudes particulières pour les épreuves d’obstacle. Toutes sont des montures sensibles et vives en raison de leur influx naturel. Mais leur polyvalence et leur gentillesse en font d’excellents chevaux de selle pour leur famille d’adoption.
Les chevaux réformés sont assez jeunes. En effet, en fonction de leur croissance, ils débutent leur carrière sportive à partir de 2, 3 ou 4 ans. Celle-ci se termine à moins de 10 ans. Ils ont donc encore de belles années d’activité devant eux.

Les Raisons de la Fin de Carrière et les Nouveaux Horizons
Plusieurs raisons justifient une fin de carrière sportive dans le monde des courses. Il y a d’abord les résultats en demi-teinte. Ce sont en général de jeunes qui n’ont, finalement, pas les capacités pour réussir. Ensuite, il y a les blessures et autres problèmes de santé qui sont incompatibles avec la compétition. Enfin, la « retraite » liée à l’âge. Puisque, comme nous le disions ci-dessus, il est rare de voir des chevaux de plus de 10 ans en piste. La plupart des femelles entrent au haras pour la reproduction.
La fin de carrière des galopeurs ne signe pas forcément l’arrivée d’une retraite pure et simple. Ces jeunes athlètes de nature généreuse ont encore beaucoup à donner. En fonction du profil, ils feront d’excellents chevaux de famille, pour du loisir. Mais, ils pourront aussi poursuivre d’autres activités physiques en s’essayant aux disciplines olympiques (CCE, CSO, dressage), au horse-ball ou même au polo.
Il existe bel et bien de nouveaux horizons pour ces athlètes. En passant par une phase d’apprentissage, ils sont capables de beaucoup de choses et de pratiquer toutes les disciplines. Complet, obstacle, dressage, horse-ball… Très souvent aux côtés de cavaliers amateurs pour du loisir ou du sport. Mais le haut niveau s’intéresse aussi à eux.
{A SAVOIR } Les disciplines équestres
Réussir la Reconversion : Un Processus Patient et Personnalisé
Réussir la reconversion d’un cheval de course demande du temps. S’il est blessé ou a des problèmes de santé, il faut respecter la période de convalescence. Mais, dans tous les cas, lui offrir une phase d’adaptation est sans doute la première fondation du succès de la réorientation. N’oublions pas que les chevaux sont des animaux d’habitudes.
Ils vont devoir apprendre de nouveaux codes de communication. Par exemple, la tension sur les rênes signifie pour eux une prise de vitesse. En équitation classique, c’est une invitation à activer la ligne du dos. La relation à la jambe n’est également pas la même. Tout ce processus peut débuter par un travail « à pied », qui se poursuivra par un débourrage aux activités équestres plus communes. Au-delà de ceci, le rythme d’entraînement intense qu’ils ont vécu jusque-là n’est plus d’actualité. Leur régime alimentaire doit donc être modifié. Avec, pourquoi pas, une mise au pré en troupeau pour associer cette pause à une vie proche de leurs besoins fondamentaux.
La rééducation du cheval réformé des courses demande aussi de prendre le temps. La première phase dure plusieurs mois. Elle est plus ou moins longue en fonction du profil et du passé de chaque cheval. Dans leur ancien métier, ils ont développé des aptitudes spéciales en rapport avec ce qui leur était demandé. Désormais, ils sont destinés le plus souvent à des cavaliers amateurs qui auront besoin d’autres qualités. Ce changement passe par un travail de reconversion, qui a pour objectif d’obtenir un comportement plus calme. En bref, un cheval bien dans son corps et dans sa tête. Le secret est de décomposer les mouvements pour lui offrir un apprentissage serein. Le cheval de course a un équilibre plutôt longitudinal, vers l’avant. L’objectif est donc d’améliorer le latéral grâce à des cercles, des transitions et des barres au sol. L’idée est de favoriser la poussée des postérieurs pour obtenir l’abaissement de l’arrière-main.
"Une bonne reconversion avec un cheval de course est tout d’abord de prendre le temps de voir à quel moment le cheval est heureux. En fonction des réponses apportées par le cheval, la patience est le maître-mot durant toute la période de ce changement de vie." Tous les chevaux ont bien sûr droit à une belle vie. Mais ceux-là un peu plus ! Le cheval réformé des courses doit cependant, apprendre les codes du « cheval de selle ». En effet, le travail de reconversion de celui-ci sera long et chargé en informations.
L'Importance des Structures Spécialisées et du Suivi
La rééducation d’un cheval réformé n’est pas à mettre entre toutes les mains. Cela nécessite un minimum de connaissances équestres de bases, mais aussi dans le fonctionnement de l’apprentissage de tels animaux. Pour des raisons de sécurité, se lancer dans l’aventure seul ne semble pas une bonne idée. Se faire accompagner par des professionnels est essentiel.
Il existe des écuries spécialisées. L’association Au-Delà Des Pistes a d’ailleurs développé un réseau solide de structures expertes en reconversion de galopeurs. Ces professionnels qui auront passé beaucoup de temps avec l’individu seront les mieux placés pour faire le choix de la nouvelle famille. La transition par ce système paraît être un élément précieux de la réussite du futur couple cavalier-cheval.
En plus, ces structures accompagnent les acquéreurs au niveau administratif. Il faudra retirer l’animal du registre des chevaux à l’entraînement et acter le transfert de propriété auprès du système d’information relatif aux équidés (SIRE).

Vie au Pré et Adaptation : Les Clés d'une Retraite Paisible
Au terme d’une saison de concours ou à l’orée de la belle période interviennent les mises à la retraite des chevaux. Mais qui dit retraite du cheval, dit aussi vie au pré et en troupeau. C’est en tout cas la formule la plus adaptée aux chevaux âgés. Chez vous, ou en pension chez un professionnel, optez pour un espace suffisamment grand, bien clôturé (évitez les fils de fers barbelés !), doté de points d’eau propre et d’un abri. Très important : ne négligez pas non plus son moral. Nous vous conseillons de ne pas arrêter l’activité physique de votre monture du jour au lendemain, sauf contre-indications. Même lors de la retraite du cheval, continuez de vous occuper régulièrement de votre cheval pour lui garder un « bon pied, bon œil ». Vous entretiendrez ainsi son moral et pourquoi pas sa musculature si vous pouvez encore le monter, car pour certains chevaux, la mise à la retraite peut être une période délicate.
Pour un cheval habitué à vivre en box, la mise au pré n’est pas une transition simple : les codes de la vie en troupeau sont différents. Au fur et à mesure, votre compagnon s’acclimatera à sa nouvelle vie. Le premier hiver, il vous faudra certainement l’équiper d’une couverture chaude. De même, il vous sera peut-être nécessaire de complémenter son alimentation pour stimuler ses défenses naturelles, l’aider à garder de l’état pendant les périodes hivernales ou pour diminuer les douleurs articulaires, si votre cheval est atteint d’arthrose. La mise au pré avec d’autres animaux nécessite de prendre certaines précautions. Par exemple, il est d’usage de déferrer au moins les postérieurs ce qui limitera les blessures en cas de coup de sabot. Ne vous inquiétez pas, votre compagnon et ses sabots s’habitueront rapidement à l’absence de fers, même si le démarrage peut être parfois délicat. Par ailleurs, vérifiez bien qu’il soit régulièrement vacciné et vermifugé. Paré pour sa nouvelle vie, il ne vous restera plus qu’à accompagner quotidiennement ce néo-retraité. Point d’honneur à sa carrière sportive, la mise à la retraite du cheval ne signifie pas pour autant la fin de sa vie. Il s’agirait même d’une seconde jeunesse. Votre rôle sera donc de l’accompagner dans cette transition.

Les Chevaux Réformés : Une Réalité aux Destins Divers
Le propriétaire et entraîneurs ont à cœur de placer les équidés dont ils doivent se séparer dans la bonne famille. France Galop vous explique aujourd’hui comment réussir une reconversion de cheval de course.
Il y a ensuite les différentes voies que peuvent emprunter les chevaux réformés. Certains sont confiés à des éleveurs ou utilisés pour la reproduction, notamment s’ils ont un bon pedigree. D'autres, une fois retirés de leur activité principale, entament souvent une nouvelle vie. Ils sont réorientés vers des établissements ou des associations spécialisées dans la reconversion des chevaux de courses afin de les aider à trouver leur nouvelle maison. L’association Passerelle, créée en 2020, est l’une des associations officielles pour la reconversion des chevaux de courses de Trot en France. Le bien-être équin est au cœur des préoccupations de la FNCH (Fédération Nationale des Courses Hippiques). C’est pourquoi, ils ont mis en place un dispositif appelé Race and Care visant à défendre le bien-être équin dans la filière hippique. En 2023, c’était 76 journées dédiées à ce programme inédit.
Malheureusement, de nombreux chevaux de course sont voués à un avenir moins glorieux. Leur transfert vers un abattoir est en effet la solution pour laquelle certains propriétaires peu respectueux optent sans aucune vergogne. De nombreuses associations se mobilisent contre cette cruauté afin de sauver des abattoirs ces chevaux réformés. Du coup, cette tendance commence à diminuer mais on est encore loin de sauver tous les chevaux de course des abattoirs. Trop vieux pour participer aux courses, manque de performance sur les pistes, inaptitude physique, propriétaire qui ne dispose plus de ressources financières suffisantes - un cheval de course qui ne donne pas entière satisfaction peut donc encore aujourd’hui subir un bien triste sort malgré les fonds de reconversion récoltés grâce à la mobilisation de certaines associations permettant de mieux prendre en charge les équidés réformés. Au-delà de la piste, il existe différentes solutions pour permettre aux ex-chevaux de course d’être heureux et de commencer une nouvelle vie, si tant est que l’on veuille bien leur accorder une seconde chance.
Témoignages et Exemples de Réussites
Il existe de nombreux exemples de chevaux de course ayant réussi leur reconversion. Wont Wait, un hongre pur-sang réformé, a remporté la médaille de bronze au CCI 4* (Concours complet international) de Pau en 2018 sous la selle de Clara Loiseau. Voilà un changement de vie réussi ! Julie, cavalière passionnée, a trouvé en Feu Francis, un AQPS né en 2015, le partenaire idéal. Après une période d'adaptation et un travail progressif, le duo évolue aujourd'hui avec succès en Amateur 3 en CCE et sur des épreuves à 115/120 cm en CSO. "Il n’y aura pas d’autre cheval après Francis", confie Julie, soulignant la profonde connexion établie avec son cheval réformé.
Piaf de B’Neville a eu droit à son jubilé en 2018 à Pau. Champion olympique par équipe de Rio en 2016 sous la selle d’Astier Nicolas, le bai a reçu une ovation du public lors d'une cérémonie émouvante. Après avoir dessellé son compagnon de toujours, Astier a symboliquement remis les « rênes » de Piaf à sa groom historique, Julie Lemarinel, qui l'a accueilli chez elle pour une retraite paisible.
De nombreux cavaliers gardent près d’eux leurs chevaux de cœur. Jean-Lou Bigot a ainsi gardé près de lui son crack Twist la Beige. Le champion d’Europe de concours complet 1993 a ainsi coulé des jours heureux au pré au milieu des jeunes chevaux chez son cavalier-propriétaire.
Les Défis de la Retraite Équine : Âge, Santé et Activité
Il n’y a pas d’âge légal pour la retraite d’un cheval. Qu’il s’agisse d’un cheval de club ou de sport, la retraite se décide au cas par cas selon l’état de santé physique et mental du cheval. Il faut ainsi être attentif aux signes avant-coureurs que l’équidé peut montrer afin de respecter son bien-être. Certaines étapes sont cependant à respecter avant l’arrêt total d’activité pour le cheval. La carrière d’un cheval de sport ou d’école peut être plus ou moins longue. Mais en règle générale, elle s’arrête en moyenne vers l’âge de 17/18 ans pour les chevaux de haut niveau, parfois jusqu’à un peu plus de 20 ans pour les chevaux d’instruction. Avec l’âge, le cheval montre des signes de vieillissement aussi bien physiquement que moralement. C’est sa façon à lui de nous dire qu’il nous a assez donné.
L’arrêt progressif est une étape cruciale. Lorsque l’on choisit de mettre un cheval à la retraite, cette décision ne se prend pas du jour au lendemain. Elle s’anticipe car l’arrêt brutal de toute activité pourrait nuire à la santé physique et morale de son compagnon. Le travail sera donc réduit peu à peu. La transition doit se faire progressivement. Si à terme les chevaux coulent des jours heureux au pré avec leurs congénères, il est important de leur laisser le temps de s’acclimater à ce mode de vie s’il n’est pas habituel. Les chevaux qui ont toujours vécu en box doivent apprendre à appréhender leur nouvel environnement, aussi bien le pré que la vie au contact des autres chevaux.
Concernant l'activité physique, même à la retraite, il est conseillé de ne pas arrêter brutalement. Continuer une activité modérée permet de maintenir le moral et la condition physique. Pour les chevaux de club, le travail est réduit progressivement. Pour les chevaux de haut niveau, la retraite de la compétition peut être consécutive à une baisse des résultats ou à une diminution du plaisir ressenti par le cheval. Dans ce cas, il est bon de déclasser son partenaire qui peut se transformer quelques temps en maître d’école, transmettant ainsi son savoir à de jeunes cavaliers.

Prévenir les Abus et Assurer le Bien-être
Il est important de noter que certains chevaux, malgré leur gentillesse et leur désir de plaire, peuvent être surmenés. Une réflexion est menée quant à la possibilité d’instaurer des restrictions, comme un nombre maximum de tours par engagement pour les chevaux âgés de plus de 20 ans, afin d’éviter les abus. Il est essentiel que les propriétaires soient conscients des limites de leur monture et agissent en toute transparence, sans faire souffrir l'animal.
Un certificat médical renouvelé annuellement, comme pour les cavaliers, pourrait être une piste pour assurer un suivi vétérinaire plus strict et garantir la santé des chevaux de compétition, qu'ils soient jeunes ou plus âgés. La prévention, l'entraînement sur des terrains de qualité, le renforcement musculaire harmonieux et des périodes de repos adéquates sont indispensables pour préserver la santé des chevaux sur le long terme.
L'aspect psychologique est également primordial. Un cheval est naturellement fait pour manger de l'herbe toute la journée avec ses congénères. Le priver d'extérieur et l'isoler peut entraîner des troubles comme le stress ou la fatigue mentale et physique. Finalement, pour préserver son cheval sur le long terme, il suffit que les propriétaires, les cavaliers et les soigneurs soient attentifs à ses besoins.
En conclusion, la reconversion des chevaux de course est un enjeu majeur qui requiert une attention particulière. Si de nombreuses initiatives visent à leur offrir une seconde vie épanouie, il reste des défis à relever pour garantir le bien-être de tous ces athlètes après leur carrière sur les pistes.