La Musique que j'aime : Genèse d'un hymne rock blues de Johnny Hallyday

La chanson "La Musique que j'aime", pilier du répertoire de Johnny Hallyday, est bien plus qu'une simple composition musicale ; elle incarne la quintessence d'une collaboration artistique profonde et d'une amitié indéfectible entre le chanteur et son parolier, Michel Mallory. Ce titre, né d'une symbiose créative totale, représente l'aboutissement d'une complicité qui continue de résonner aujourd'hui, faisant de cette chanson un véritable "bâton de maréchal" dans leur parcours artistique commun.

Une genèse empreinte de douleur et d'espoir

L'automne 1972 marque un tournant personnel et artistique pour Johnny Hallyday. En rupture avec Sylvie Vartan, il cherche refuge à New York, fuyant le tumulte parisien. Pendant ce temps, Michel Mallory se trouve en Corse, dans sa maison d'enfance. Le retour de Hallyday à Paris à la mi-novembre est marqué par une conversation poignante avec Mallory dans la voiture de ce dernier. Le chanteur partage sa peine face à la douloureuse rupture, confiant ses tourments à son parolier. C'est dans ce contexte émotionnel que Hallyday, de retour des États-Unis avec une guitare, demande à Mallory de lui jouer les morceaux sur lesquels il a travaillé. Rien n'est encore abouti, mais Mallory se souvient d'une ébauche musicale improvisée en Corse et la joue pour Johnny en mi majeur. Il manque alors les paroles, et Hallyday lance à son ami un appel sincère : "Écris-moi quelque chose de fort, qui me ressemble".

Johnny Hallyday en studio d'enregistrement

L'enregistrement : une alchimie de talents

L'enregistrement de l'album "Insolitudes" débute en novembre 1972 aux Olympic Sound Studio de Londres. La majorité des titres sont enregistrés, mais Johnny Hallyday semble réticent à finaliser "La Musique que j'aime", ce qui intrigue Michel Mallory. Les bases rythmiques et les guitares sont déjà en place, Jean-Pierre Azoulay, le guitariste attitré, a même enregistré l'introduction. Il ne manque que la voix du chanteur. Mallory craint même que Hallyday n'enregistre finalement pas ce titre.

Un concours de circonstances favorable va enrichir la chanson. Un soir, alors que Johnny n'est pas au studio, l'équipe reçoit la visite des cuivres des Rolling Stones : Jim Horn, Jim Price et Bobby Keys. Ces musiciens, déjà familiers de Hallyday puisqu'ils avaient enregistré sur l'album "Flagrant délit" en 1971, travaillent dans un studio voisin. Chris Kimsey, leur producteur, leur fait écouter "La Musique que j'aime". Conquis, ils proposent d'ajouter leur touche pour "plus de force". Lee Hallyday, en charge des finances, donne son accord. Deux heures plus tard, la chanson acquiert sa "couleur blues" définitive grâce à leur intervention.

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Avant cela, Michel Mallory enregistre une voix témoin pour guider les instrumentistes. Le lendemain, Johnny Hallyday écoute le résultat et estime qu'il "manque quelque chose". Il évoque alors la nécessité d'un "dobro qui jouerait en slide". Chris Kimsey fait alors appel à l'instrumentiste B.J. Cole, qui utilise un dobro artisanal. Le son produit, évoquant une guitare hawaïenne, séduit. Une seule prise est réalisée. Cole, improvisant à la fin, termine la chanson seul, offrant un moment musical singulier.

De face B à hymne incontournable

Malgré le scepticisme initial de Jean Renard, directeur artistique de Johnny Hallyday, qui ne semblait guère convaincu par "La Musique que j'aime" ni par l'album "Insolitudes", le destin de la chanson prend une tournure inattendue. Renard propose d'ajouter "Comme un corbeau blanc" à l'album pour le "sauver". Ce titre, composé par Renard et enregistré précédemment par Hallyday, devient le onzième titre d' "Insolitudes" et la face A du premier single extrait du 33 tours. "La Musique que j'aime" n'est alors qu'une face B.

Cependant, très rapidement, la chanson s'impose dans les diffusions radios et conquiert le public. Son succès est tel qu'elle devient un moment fort des concerts de Johnny Hallyday. En 1976, enrichie d'une longue introduction à la guitare électrique de Jean-Pierre Azoulay, elle clôt le spectacle "Johnny Hallyday Story" au Palais des sports de Paris. En 1987, à Bercy, un Big band accompagne le chanteur, et en 1990, une chorale camerounaise précède l'interprétation de "La Musique que j'aime".

En janvier 1990, la sortie du single "Les vautours" est confrontée à la censure du clip vidéo, jugé trop violent. Pour soutenir le disque, une seconde édition est publiée, incluant une nouvelle version de "La Musique que j'aime". Cette réinterprétation témoigne de l'importance durable de ce titre dans la carrière de Johnny Hallyday, confirmant son statut d'hymne rock blues, profondément ancré dans l'identité artistique du chanteur et dans la mémoire collective de ses admirateurs.

Johnny Hallyday sur scène interprétant

L'héritage d'une collaboration artistique

La chanson "La Musique que j'aime" ne se résume pas à ses origines ou à son succès commercial. Elle est le symbole d'une relation artistique exceptionnelle, où la vulnérabilité de l'un a inspiré la créativité de l'autre. L'histoire de sa création, marquée par des moments de doute et de triomphe, illustre parfaitement la puissance de la collaboration et la capacité de la musique à transcender les épreuves personnelles. Pour Michel Mallory, elle reste "notre bâton de maréchal", une œuvre qui leur appartient désormais pleinement, témoignant de leur complicité artistique et de leur amitié indéfectible.

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