Le Haras National des Bréviaires : Un Patrimoine Équin à la Croisée des Chemins

Le Haras National des Bréviaires, niché en bordure de la majestueuse forêt de Rambouillet, représente un site d'une importance capitale pour le patrimoine équin de l'Île-de-France. S'étendant sur une superficie considérable de 40 à 54 hectares de prairies boisées, ce domaine unique, le seul Haras national de la région, se trouve aujourd'hui au cœur d'un processus complexe de cession et de reprise de gestion, oscillant entre des ambitions de développement ambitieuses et une situation administrative stagnante.

Vue aérienne du Haras National des Bréviaires

Genèse et Acquisition : Un Investissement pour l'Avenir Équin

L'histoire de l'acquisition du Haras des Bréviaires est intrinsèquement liée à une vision stratégique de développement régional. Au début des années 1970, le département des Yvelines a procédé à l'achat du site, mobilisant pour ce faire des fonds provenant du ministère de l'Agriculture. Cette acquisition s'inscrivait dans une démarche plus large de régionalisation des administrations de l'État, initiée par le général de Gaulle, visant à doter la région Île-de-France de ses propres infrastructures équestres. Le président du Conseil du cheval a d'ailleurs souligné l'importance de cette décision, rappelant la nécessité pour la région de posséder son propre haras national.

La Réforme de 2010 et ses Conséquences

La réforme de 2010, qui a conduit à la création de l'Institut Français du Cheval et de l'Équitation (IFCE) par la fusion des Haras Nationaux et du Cadre Noir de Saumur, a marqué un tournant pour de nombreux sites équestres, y compris les Bréviaires. Si l'IFCE est devenu le principal gestionnaire du site, assurant des missions régaliennes de contrôle sur la filière équestre, d'aide à la filière et de formation, son rôle dans l'accueil du public a évolué. Depuis deux ans, l'Institut n'assume plus directement cette mission, bien qu'il permette à des centres équestres d'organiser des compétitions et des stages sur le domaine.

Un Appel à Projets et des Offres de Rachat

Face à des contraintes financières et à la volonté de redynamiser le site, le département des Yvelines, propriétaire du domaine, a annoncé sa mise en vente en juillet 2014. Estimant ne plus disposer des moyens financiers nécessaires pour assurer la gestion du site, le département a lancé un appel à projets pour sa cession ou sa reprise de gestion. Depuis 2014, le département des Yvelines a ainsi lancé un appel à projets pour la "reprise de gestion" du site.

L'une des premières offres notables est venue du Comité Régional d'Équitation d'Île-de-France (CREIF). Ce dernier a manifesté une ambition forte de faire du Haras des Bréviaires « la » maison régionale du cheval, un lieu emblématique regroupant un musée, des animations, et diverses activités liées au monde équin. Le CREIF s'est déclaré prêt à investir 2,43 millions d'euros, une somme correspondant à l'estimation réalisée par le service des Domaines, pour concrétiser ce projet. Le CREIF rêve de faire des Yvelines une vitrine du sport équestre en France, soulignant que l'équitation, troisième sport français, ne dispose pas encore de son "Roland-Garros" et que les Yvelines, avec ses 159 centres équestres et ses 20 000 licenciés, constituent le premier département en matière de pratique équestre. Le projet du CREIF inclut le développement du tourisme équestre, la création d'un musée du cheval, la mise en place d'une école des métiers (maréchal-ferrant, sellier, etc.), et le renforcement de l'école d'attelage. Le CREIF envisagerait également d'y déménager son siège.

Cependant, la situation s'est complexifiée. Pierre Bédier, président du conseil départemental depuis 2005, avait initialement accepté l'offre de rachat du CREIF, avant de se rétracter et d'annuler la vente en novembre 2017. Depuis cette date, la situation est restée au point mort, créant une période d'incertitude pour l'avenir du site.

Plan du Haras National des Bréviaires et de ses environs

Des Acteurs Engagés et des Projets Alternatifs

Malgré les blocages administratifs, certains acteurs n'ont pas abandonné la bataille pour l'avenir des Bréviaires. François Lucas, président du CREIF, a rallié à sa cause de nombreux acteurs de la filière équine. Son engagement est tel qu'il a rencontré la présidente de la région, Valérie Pécresse, lui demandant expressément de nommer un médiateur pour débloquer le dossier. Cette démarche a conduit Gaël Barbotin, conseiller régional d'Île-de-France, à reprendre le dossier. Il reconnaît la nécessité d'un lieu emblématique en Île-de-France pour rassembler les acteurs de la filière cheval, et voit dans le site des Bréviaires un potentiel considérable. Il est actuellement en phase de collecte d'informations pour évaluer les possibilités.

Le projet du CREIF a également reçu le soutien d'autres personnalités et entités. Christian Chatillon, ancien pentathlète de haut niveau, aurait exprimé son souhait d'y installer un centre d'entraînement en vue des Jeux Olympiques de Paris 2024. De nombreux élus régionaux, tels que Valérie Pécresse et Patrick Karam, soutiennent le projet du CREIF. Rambouillet Territoires, la communauté d'agglomération de Rambouillet, appuie également le projet et a créé un GIP (Groupement d'Intérêt Public) pour le consolider, constatant que le projet correspond aux attentes des élus locaux.

Parallèlement, une autre entité a manifesté son intérêt pour le site : la Fédération des Chasseurs d'Île-de-France (FICIF). Cette association, issue de la fusion de sept départements franciliens, cherche depuis plusieurs années un nouveau site pour ses services. Arnaud Steil, directeur de la FICIF, a exprimé sa volonté de faire de ce site historique non seulement le siège de sa fédération, mais aussi une véritable "maison de la ruralité" ouverte à divers publics. L'accord avec la FICIF semble avoir progressé, avec la constatation qu'après une décennie de tentatives infructueuses, le Haras des Bréviaires trouve preneur. Une petite partie du site devrait cependant rester sous la propriété du conseil départemental pendant quelques mois.

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Le Site Actuellement et son Potentiel Touristique

Le Haras National des Bréviaires, bien que fermé à la visite dans le cadre de sa cession, a par le passé offert une expérience immersive dans le monde équin. Les visiteurs pouvaient découvrir cet écrin de verdure lors d'après-midis visite-spectacle. Dans une ambiance conviviale, ils assistaient à la présentation des étalons, avec des numéros originaux se succédant en musique dans le grand manège. La visite se poursuivait par des ateliers pédagogiques, permettant une découverte de l'univers du cheval à travers des thématiques telles que le jeu des 5 sens, la maréchalerie, l'alimentation et la reproduction. La présentation des écuries et de la sellerie d'honneur offrait un aperçu de l'univers des Haras Nationaux. Enfin, une promenade dans le parc du haras permettait d'observer juments et poulains. En 2013, les visites étaient organisées le premier samedi de chaque mois de mars à novembre, et tous les mercredis du 17 avril au 10 juillet, avec des horaires élargis certains soirs de la semaine.

Le potentiel du site est indéniable. Les lieux hébergent actuellement la délégation régionale de l'Institut Français du Cheval et de l'Équitation, la coopérative Coopélia pour l'activité reproduction, et un poste à cheval de la Gendarmerie Nationale (Garde Républicaine). Le CREIF, s'il parvenait à concrétiser son projet, déménagerait son siège aux Bréviaires, renforçant ainsi la présence de la filière équestre sur ce site historique.

Un Avenir Incertain mais Plein de Promesses

La situation actuelle du Haras National des Bréviaires est donc marquée par une période de transition complexe. Les pourparlers sont en cours, et la décision du conseil départemental est attendue depuis de longs mois par le CREIF, qui a fourni tous les documents exigés et vu sa capacité financière confirmée. La collectivité avait donné 90 jours au comité fin 2016 pour justifier sa capacité financière, et les éléments justificatifs ont été apportés en janvier.

Entre le projet ambitieux du CREIF de faire des Bréviaires la "maison régionale du cheval" et l'intérêt de la Fédération des Chasseurs d'Île-de-France pour y installer son siège et une "maison de la ruralité", le destin du site semble se jouer entre ces deux visions. L'implication de personnalités politiques régionales et locales, ainsi que le soutien d'acteurs majeurs de la filière équine, témoignent de l'importance accordée à ce patrimoine. L'avenir du Haras National des Bréviaires dépendra des décisions qui seront prises dans les jours et mois à venir, mais il est clair que le potentiel de ce site pour devenir un pôle d'excellence équestre et un lieu de vie pour la ruralité reste immense. La question demeure : lequel de ces projets, ou quelle synergie entre eux, verra le jour pour redonner vie à ce domaine d'exception ?

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