La protection de nos milieux aquatiques est un enjeu majeur, et l'image s'avère être un vecteur puissant de sensibilisation. Dans cette optique, plusieurs initiatives, comme le concours photo "Au Fil de l'Eau" organisé par France Nature Environnement Vaucluse, cherchent à allier art et engagement écologique. Cependant, au-delà de la noble cause, il est crucial d'examiner attentivement les règlements de ces concours, car des clauses abusives peuvent transformer une démarche louable en une cession non équitable des droits d'auteur.
La FRANE et la Durance : Deux Initiatives pour la Protection de l'Eau
La Fédération Région AuRA NAture Environnement (FRANE) est reconnue comme une union de protecteurs de l'environnement, de naturalistes, d'environnementalistes et de scientifiques qui étudient et protègent la nature en Auvergne-Rhône-Alpes et ses territoires limitrophes. La FRANE lance, pour la seconde fois, un concours photo qui, selon ses organisateurs, "ne devrait pas exister dans le monde écolo idéal". L'idée est de prendre une photo d'un déchet à proximité d'un milieu aquatique, que ce soit une rivière, un ruisseau, un fleuve, une mare, un lac, ou encore un étang. La photo peut être prise sur l'ensemble du bassin Allier Loire-amont, une zone dans laquelle les cours d'eau se jettent directement ou indirectement dans l'Allier ou dans la Loire.
Dans un autre registre, la Durance, fleuve emblématique de Provence, traverse des paysages riches de biodiversité. Pourtant, elle subit de plein fouet les pressions humaines, et en particulier la pollution plastique. Dans le cadre du projet "Zéro plastique en Durance", France Nature Environnement Vaucluse organise un concours photo grand public visant à sensibiliser à ces enjeux environnementaux tout en valorisant les beautés du vivant. Ce concours a pour objectifs d'amener un nouveau regard sur la pollution plastique, souvent invisible au cœur d'Avignon mais pourtant bien présente sur ses berges, en périphérie urbaine et dans de nombreuses rivières en Région PACA. Il vise également à sensibiliser à la beauté et à la fragilité des milieux aquatiques à travers une approche artistique et engagée, et à encourager l'expression citoyenne par l'image, pour renforcer le lien entre nature, art et action écologique.

Thématiques et Calendrier du Concours "Au Fil de l'Eau"
Le concours "Au Fil de l'Eau" propose deux thématiques pour s'exprimer. La première, "Déchets au fil de l'eau", invite à des témoignages photographiques sur la pollution visible dans ou autour des cours d'eau en PACA. La seconde, "Biodiversité de nos rivières", encourage des portraits de faune, flore ou paysages aquatiques naturels, en région PACA.
Le calendrier du concours est le suivant : l'ouverture des candidatures est prévue pour le 15 juillet 2025, et la clôture des candidatures est fixée au 30 septembre 2025 à 23h59. L'exposition des photos sélectionnées et la remise des prix auront lieu le 8 novembre 2025, sur l'une des places emblématiques à Avignon. L'annonce des lauréats se fera sur place et sur les réseaux sociaux le même jour.
Récompenses et Conditions de Participation
Pour chaque thème, trois prix seront attribués, soit un total de six lauréats. Ces prix seront sélectionnés par le vote du public le jour de l'exposition. Le premier prix consiste en un bon d'achat à Nature & découverte. Les deuxième et troisième prix comprennent un livre "Au bord de l'eau" (édité par La Salamandre) accompagné d'un kit anti-gaspi. De plus, 15 photos seront tirées et encadrées pour être exposées à Avignon. Les lauréats pourront récupérer leur tirage sur place ou sur rendez-vous.
Le concours est ouvert à toutes et tous, gratuitement. Les participants peuvent être photographes amateurs ou professionnels, de toute nationalité. La seule condition est que les photos doivent être prises en région PACA. Les mineurs peuvent participer avec autorisation parentale, conformément au règlement.
Concernant les conditions techniques, chaque participant peut soumettre jusqu'à 5 photos par thème, soit 10 au total. Les photos doivent être au format JPEG, avec une résolution de 300 dpi minimum et un poids maximum de 15 Mo par photo. Le nom du fichier doit respecter le format : NOM-Prénom-Rivière-Thème.jpg (par exemple : DUPONT-Marie-Calavon-Biodiversite.jpg). Les filigranes, logos et signatures sont interdits. Des retouches légères (contraste, lumière, noir et blanc) sont autorisées.
La participation en ligne s'effectue via un formulaire d'inscription où les candidats devront déposer leurs informations personnelles, leurs photos via un lien de téléchargement actif pendant au moins 10 jours, une courte description de chaque photo, et, si nécessaire, une autorisation parentale. Le règlement complet du concours est consultable et téléchargeable en format PDF.
Les Pièges des Règlements de Concours Photo : Un Regard Critique
L'expérience personnelle de certains photographes, comme celle d'avoir eu des photos primées à un concours organisé dans leur commune de Saint-Jean-de-Luz, met en lumière une réalité préoccupante : les organismes publics ne sont pas toujours exempts de proposer des règlements de concours photo potentiellement illégaux. Cela concerne les collectivités territoriales (région, département, commune), les offices du tourisme, les comités départementaux ou régionaux du tourisme, les parcs naturels, etc. On pourrait légitimement attendre de leur part une exemplarité et une bonne connaissance de la loi, mais ce n'est malheureusement pas toujours le cas. Il est donc primordial, même si le concours est organisé par un organisme public a priori digne de confiance, de lire attentivement le règlement avant toute participation.
Trop souvent, le simple fait de participer à un concours implique l'abandon total de tous les droits sur les photos présentées, et ce, sans aucune compensation financière, à l'exception des éventuels prix pour les seuls lauréats, qui ne peuvent être considérés comme une contrepartie de la cession des droits. Il n'est pas rare qu'un concours photo au règlement illégal n'autorise que les photographes amateurs à participer. Les organisateurs irrespectueux du droit pensent probablement qu'ils auront moins de chance d'être épinglés par des amateurs, moins au fait de leurs droits que les professionnels, et que ces derniers ne perdront pas leur temps à agir contre eux, sachant qu'ils ne sont même pas concernés par le concours.

Droit d'Auteur et Cession de Droits : Ce qu'il Faut Savoir
Il est essentiel de distinguer le "droit à l'image" du "droit d'auteur". Le droit à l'image concerne le droit des personnes photographiées ou celui des propriétaires d'un bien photographié. Le droit d'auteur, quant à lui, protège l'œuvre de l'esprit de l'auteur. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle d'une œuvre faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit est illicite. Les contrats de représentation, d'édition et de production audiovisuelle doivent être constatés par écrit.
En cas de cession de droits, même partielle, si celle-ci peut se faire à titre gratuit, un écrit est toutefois obligatoire. Le règlement du concours devra donc clairement préciser les termes de la cession de droits et notamment son étendue. Lors de l'utilisation d'une photo, le nom de l'auteur doit être précisé, habituellement à côté de la photo. En adressant sa production aux organisateurs dans le cadre d'un concours, le candidat reconnaît être l'unique détenteur des droits afférents. Il reconnaît également s'être assuré, le cas échéant, de l'autorisation des propriétaires des biens ou lieux photographiés.
Exemples de Clauses Abusives et Solutions
Un exemple typique de règlement problématique stipule que les lauréats cèdent aux organisateurs du concours leurs droits sur les photos primées, dans le cadre de la promotion du concours et de l'exposition qui suivra, pour une durée de deux ans. Toute autre utilisation fera l'objet d'un contrat de cession de droit et sera rémunérée proportionnellement à l'utilisation. Si cette clause semble plus équitable, d'autres sont beaucoup plus restrictives.
Un autre cas extrême, où l'organisateur continue à proposer le même règlement illégal d'année en année, autorise les organisateurs à utiliser le nom, prénom et les photos des participants, ainsi que leurs titres, pour tous types d'exploitation, tant actuels que futurs, sur tous supports, sans limitation d'espace et pour la durée de la propriété littéraire et artistique sur l'œuvre. Les utilisations que peuvent en faire les organisateurs ne pourront en aucun cas ouvrir droit à une quelconque rémunération ou autre prestation. Ce type de clause est inacceptable car il vise à obtenir une cession de droits quasi illimitée et gratuite, ce qui est contraire au droit d'auteur.
Épisode I : Le droit d’auteur et la photographie
Face à ces abus, des associations de photographes jouent un rôle crucial dans la défense des droits des auteurs. L'Union des Photographes Professionnels / Auteurs (UPP) a pour but de promouvoir la profession et de défendre les droits des photographes auteurs et des photojournalistes. L'UPP a créé une charte pour aider les organisateurs de concours photo à rédiger un règlement respectueux des photographes, tant au niveau légal que déontologique.
Dans le même esprit, la "Charte du concours équitable" a été rédigée par les journalistes des magazines "Chasseur d’Images" et "Nat’Images" pour tenter de limiter les abus constatés dans ce domaine. Une première version, présentée sur le forum Chassimages.com, a été modifiée pour tenir compte des avis et retours de photographes, d'organisateurs de festivals reconnus et de juristes. Si vous êtes organisateur, une approche responsable et éthique est non seulement dans l'intérêt des photographes, mais aussi dans celui du bon déroulement et du succès de votre concours. À l'ère des réseaux sociaux, une mauvaise publicité peut facilement démolir une réputation acquise au fil des années.
Face à des règlements de concours photo aux clauses abusives, la meilleure stratégie reste souvent de boycotter ces concours et de faire savoir que le règlement est illégal afin de minimiser le nombre de participants. L'idée est de sensibiliser autant les organisateurs que les photographes à l'importance du respect du droit d'auteur.