Au cœur du prestigieux haras des Elfs, niché à Auffargis, près de Rambouillet, une jeune femme à la silhouette élancée, Mathilde Pinault, déploie une grâce singulière. Sa présence discrète contraste avec la puissance brute et la musculature imposante de son partenaire équin. Avec une assiette d'une perfection rare et une aisance manifeste, elle maîtrise la fougue de sa monture avant de la propulser avec détermination à l'assaut des obstacles. En selle, elle semble défier toute appréhension, qu'il s'agisse de la fougue de l'animal ou de la menace d'une chute. « Dans la vie, je suis très anxieuse », avoue-t-elle, un aveu qui surprend au vu de son assurance sur le terrain de compétition. « Mais, dès que je mets le pied à l’étrier, je suis sûre de moi. » Son regard bleu-vert, ses traits fins et son allure rappelant celle d'une top model, associés à une voix claire, rendent difficile l'imagination d'une jeune femme sujette au doute. Pourtant, elle l'explique sans détour : « L’équitation a pour moi une dimension thérapeutique. Je suis dans une bulle. Je fais abstraction de tout. »

L'histoire de Mathilde avec les chevaux débute modestement. À l'âge de trois ans, lors de vacances à l'île d'Yeu, en Vendée, sa mère la place pour la première fois sur un poney. « Je n’aimais pas tant monter au début », reconnaît-elle avec franchise. « Je voulais brosser les poneys, passer du temps avec eux. J’avais l’impression qu’ils me comprenaient, que nous nous faisions confiance. » C'est à travers ces interactions privilégiées que les chevaux vont jouer un rôle déterminant dans le développement de cette enfant initialement effacée et peu volubile, l'aidant à surmonter sa timidité et sa peur du monde. « Avec un cheval, vous devez être à l’écoute, le toucher, ressentir une connexion qui se passe de mots. Les chevaux n’ont pas besoin de savoir qui vous êtes. Ils sont à l’aise avec moi. Et je suis bien avec eux. » Cette connexion profonde, cette compréhension mutuelle, sont au cœur de sa relation avec l'équitation.
Son premier poney, baptisé Un Prince, marque le début de son parcours en compétition. C'est lors d'une de ces épreuves que Virginie Coupérie-Eiffel, fondatrice du Longines Paris Eiffel Jumping, remarque ses qualités d'écuyère. Séduite par son potentiel, elle lui propose de venir s'entraîner à son centre équestre, le Château Bacon, situé en Gironde. « C’est elle qui m’a mise à cheval », confie la jeune cavalière, soulignant l'importance de cette rencontre déterminante. Aujourd'hui, à 20 ans, Mathilde jongle avec succès entre ses études de finance et management et sa passion dévorante pour l'équitation. Elle se lève dès 6h30 pour avoir le temps de se rendre au haras des Elfs, où ses six chevaux sont pensionnaires, avant de rejoindre les bancs de l'université. La jeune femme, autrefois une "mordue du poney club", a bien grandi : elle fait désormais partie de l'équipe de France, a participé à deux Coupes des nations - en remportant une à l'âge de 18 ans - et aurait dû prendre part pour la quatrième fois au Longines Paris Eiffel Jumping, si son étalon noir, Dali, ne s'était pas blessé, la contraignant au rôle de spectatrice. Elle exprime cependant son enthousiasme, sans aucune amertume : « Ce jumping au pied de la tour Eiffel est magnifique et j’apprends beaucoup à observer les athlètes de haut niveau. »

La famille Pinault, dont la fortune est estimée à plusieurs milliards d'euros, est traditionnellement associée à des passions telles que le vin, l'art contemporain et le football. François Pinault, le grand-père de Mathilde, est reconnu mondialement comme l'un des plus grands collectionneurs d'art contemporain. Il est également propriétaire du club de football du Stade Rennais. Mathilde, tout en appréciant le bon vin "de temps en temps", a été initiée à l'art par son grand-père. « Au début, j’essayais de comprendre pourquoi il choisissait un artiste plutôt qu’un autre. Cela m’intriguait. » Le football, quant à lui, est un domaine qu'elle laisse volontiers à son grand-père, à son père, François-Henri, et à son frère aîné, François. Bien qu'elle assiste parfois aux matchs du club breton avec eux, elle est plus sensible à l'ambiance et à la ferveur des stades, ainsi qu'aux parcours inspirants des sportifs issus de tous horizons. Le football, sport populaire et vecteur d'ascension sociale, contraste fortement avec l'équitation. « Ma discipline coûte cher et n’est pas accessible au plus grand nombre », reconnaît Mathilde avec lucidité. « J’ai la chance d’avoir une famille qui est mon premier supporteur et mon premier sponsor. J’en fais bon usage. »
Malgré son appartenance à un univers où le luxe et la haute couture sont omniprésents - elle s'habille "maison", en Saint Laurent ou en Balenciaga, et assiste aux défilés haute couture aux côtés de personnalités comme Kanye West - Mathilde cultive une forme de simplicité et une capacité à naviguer entre différents mondes. Elle peut croiser Anna Wintour lors d'un défilé et, quelques heures plus tard, retrouver ses amis dans un café. « Je ne veux pas m’habituer à ce genre d’événements. Je passe d’un monde à l’autre », assure-t-elle, témoignant d'une volonté de garder les pieds sur terre. Les valeurs de simplicité, d'écoute et de curiosité, transmises par sa famille, sont au cœur de son épanouissement. Elle trouve dans la motivation et la "niaque" de son grand-père une source d'inspiration constante. « Mon grand-père me ressource par sa motivation et sa niaque », confie-t-elle. « Il est toujours dans l’action et n’a que peu de temps pour lui. Il a une manière de penser fraîche, jeune, ouverte. » Son père, François-Henri, lui a inculqué l'importance des liens familiaux.
La vie familiale de Mathilde est marquée par une structure recomposée. Son père, François-Henri Pinault, après son premier mariage avec Dorothée Lepère (la mère de François et Mathilde), a eu un fils, Augustin, avec le mannequin Linda Evangelista. Plus tard, il a épousé l'actrice Salma Hayek, avec qui il a eu une fille, Valentina. Mathilde décrit son père comme un être complexe dont la vie est exigeante, mais qui, dans l'intimité, se révèle accessible et particulièrement drôle. « Mon père est un être complexe et sa vie est épuisante mais, dans les moments intimes, il est très accessible et surtout très drôle. Son humour me détend. » Elle lui attribue même une ressemblance avec Daniel Craig, l'acteur incarnant James Bond.
La jeune amazone, malgré son jeune âge, démontre une audace remarquable en selle, capable de sauter des obstacles de 1,60 mètre en tenant les rênes d'une seule main, comme elle l'a fait sur son étalon Tabasco au haras des Elfs. Le dimanche 22 mai, elle a accompagné son père à Cannes pour la remise du prix Women in Motion, une récompense décernée par Kering qui célèbre les carrières et les engagements de femmes emblématiques du monde du cinéma. Cette année-là, le prix a été attribué à l'actrice afro-américaine Viola Davis. Lors du dîner, Mathilde portait une robe noire fendue, une création Saint Laurent d'Anthony Vaccarello. « J’aime être sexy », affirme-t-elle sans détour. Sa beauté lui ouvre également les portes du mannequinat, qu'elle aborde comme une activité complémentaire. « Je n’en fais pas un métier. C’est juste un petit job en cohérence avec les marques du groupe Kering. J’aime être la vitrine de ces créations qui ont demandé énormément de travail et de savoir-faire. »
Dans la sphère familiale Pinault, les femmes jouent un rôle inspirant. Sa mère, Dorothée Lepère, discrète mais influente, lui a enseigné la méthode de la "plume de canard" : une approche visant à laisser glisser les contrariétés sans se laisser atteindre par le jugement extérieur. « J’étais en sixième, se souvient Mathilde, on m’avait malmenée à l’école et je n’étais pas bien. Je nous revois encore, toutes les deux dans sa chambre. Elle m’a dit: “Tu sais qui tu es. Tu sais ce que tu fais et dans quel cadre. Ne te laisse pas entamer par ce que les gens pensent de toi.” » Sa belle-mère, l'actrice Salma Hayek, est comparée à une "bougie" par Mathilde, une présence apaisante qui l'aide au quotidien et lui apprend à maintenir le sens des priorités. Mathilde a eu l'occasion de l'accompagner sur des tournages, observant de près sa gestion de l'emploi du temps et sa discipline d'apprentissage des textes.

Au début de l'année, un souci de santé a contraint Mathilde à une période de quatre mois sans pouvoir monter à cheval. Cette épreuve, bien que difficile, lui a permis de réfléchir en profondeur à ses aspirations. « J’ai pris un petit coup au moral. » Elle s'est alors posé des questions cruciales : « Qu’est-ce qui me manquait? L’équitation ou la compétition? Qu’allais-je faire de ma vie? » Parlant anglais depuis l'âge de 11 ans grâce à sa belle-mère et sa demi-sœur Valentina, et ayant même passé une année scolaire à Londres, elle avait envisagé de poursuivre ses études aux États-Unis. Cependant, l'impossibilité d'emmener ses chevaux avec elle l'a amenée à reconsidérer ses plans. Elle a réalisé l'importance cruciale de l'équitation pour son équilibre, au même titre que ses études. « J’ai compris que j’avais besoin de mes études et de l’équitation pour mon équilibre. » Aujourd'hui, sa décision est claire : elle souhaite rester en France et se consacrer pleinement à sa carrière de sportive de haut niveau. Elle se fixe deux ans pour progresser significativement, avec l'ambition de participer à la Coupe du monde à Aix-la-Chapelle en 2024.
Le monde des courses hippiques voit également l'émergence de nouveaux propriétaires issus de familles fortunées. François Pinault, le patriarche, déjà un acteur majeur dans le domaine de l'art contemporain et actionnaire du Stade Rennais FC, a récemment franchi le pas en tant que propriétaire de chevaux de course. Sa casaque, rouge et noire, a fait son apparition sur l'hippodrome de La Teste-de-Buch, en Gironde, avec le premier partant de son écurie, une pouliche nommée Fifth Element. Pour cette nouvelle aventure, François Pinault a fait confiance à Jean-Claude Rouget, un entraîneur réputé dans les courses de plat. Bien que le nombre de chevaux soit encore anecdotique, le potentiel des jeunes galopeurs, compte tenu de leurs origines, laisse entrevoir des espoirs de succès. La question se pose : cette nouvelle discipline lui offrira-t-elle un titre avant le Stade Rennais ?
Ce lien familial fort entre Mathilde et son père, François-Henri Pinault, président du groupe Kering, est palpable. Leur complicité a été remarquée lors de défilés de mode, où ils partagent des moments privilégiés. Mathilde, qui est également ambassadrice de la marque de chaussures Olgana, navigue entre sa carrière sportive, ses études et son rôle dans l'univers de la mode. La présence de Salma Hayek, compagne de François-Henri, aux côtés du père et de la fille lors de ces événements, souligne la dynamique familiale. L'actrice et productrice mexicaine, épouse de François-Henri depuis 2009, semble jouer un rôle de pilier au sein de cette famille aux multiples facettes.
Mathilde Pinault, à 21 ans, est une cavalière prometteuse, mais elle reconnaît les défis inhérents à sa discipline. « Quand j’étais petite, j’étais très timide, la compétition me faisait un peu peur. J’ai fait des bonnes rencontres qui m’ont permis de me lancer », confie-t-elle. Elle jongle actuellement entre la compétition et ses études, mais anticipe un moment où un choix plus définitif devra être fait si elle aspire à atteindre les sommets. « Je pense, qu’à un moment, je vais devoir faire un choix si je veux vraiment être dans les meilleurs. » Édouard Mathé, son ancien entraîneur, salue sa détermination et sa capacité de travail : « Sa dernière année est extraordinaire, elle travaille beaucoup et accepte toutes les séances pour s’améliorer. Elle a vraiment la mentalité et l’endurance au travail pour devenir une grande cavalière. » Son parcours, marqué par une combinaison unique de talent, de soutien familial et d'une connexion profonde avec le monde équestre, dessine les contours d'une carrière potentiellement brillante, tant sur la scène sportive que dans l'univers familial qui la façonne. Le haras des Elfs à Auffargis est devenu le théâtre de cette ascension, où chaque foulée de ses chevaux la rapproche un peu plus de ses objectifs.
