L'Hippodrome de Feurs : Entre Héritage Centenaire et Dynamisme Moderne

Vue aérienne de l'hippodrome de Feurs

Le 15 octobre 2025, l'Hippodrome de Feurs s'apprête à écrire une nouvelle page de son histoire en accueillant pour la troisième fois une étape du prestigieux Grand National du Trot (GNT). Cet événement, qui représente la 11e étape de ce circuit hippique de renom, revêt une importance particulière cette année. Il marque non seulement un moment décisif dans la course à la victoire finale du GNT, à quelques semaines de la grande finale à Vincennes, mais célèbre également le centenaire de l'hippodrome. Ce dernier, devenu un site incontournable du trot en France, démontre une vitalité populaire remarquable, consolidant sa place dans le paysage sportif et culturel régional.

Le Grand National du Trot : Un Tremplin pour les Hippodromes Régionaux

Créé en 1982, le GNT s'est donné pour mission de valoriser les hippodromes régionaux à travers un circuit de 14 étapes. Cette approche permet de dynamiser l'ensemble du territoire hippique français et de mettre en lumière le savoir-faire de chaque site. À Feurs, cette 11e étape prendra une dimension stratégique cruciale pour les prétendants au classement général. Chaque point remporté sera déterminant dans la course à la victoire finale, intensifiant la compétition entre drivers, entraîneurs et chevaux qui rivaliseront de stratégie et de performance sur cette piste technique et exigeante. La présence des meilleurs spécialistes du trot est une garantie de spectacle et de démonstration de haut niveau. Au-delà de la compétition sportive, le GNT incarne un formidable vecteur de partage et d'émotions, unissant le sport, le patrimoine et la convivialité régionale.

Feurs, Capitale du Trot Forézien : Un Siècle d'Évolution

L'histoire de l'hippodrome de Feurs est intimement liée au développement de l'élevage et des courses de chevaux dans la région. Les origines remontent à septembre 1857, lorsque le Marquis Emmanuel de Poncins et Francisque Balaÿ fondent la « Société d’encouragement pour la production et l’élevage des chevaux dans le département de la Loire ». À une époque où le ministère de l’Agriculture préconisait l'organisation de concours, ces passionnés visaient plus loin, rêvant de courses hippiques.

Le choix d'un emplacement central et accessible dans le département s'est porté sur Civens. Quelques hectares des propriétés de Stéphanie de Boubée, la marquise de Vivens, sont loués à cet effet. Une piste en gazon de 1 800 mètres est rapidement aménagée, donnant naissance à l'hippodrome de Civens. La première réunion de courses a lieu le 13 septembre 1858, avant même l'inauguration officielle du 30 août 1860. Ces premières courses apportent un dynamisme nouveau, avec 70 concurrents prenant part à des épreuves et des concours, dont un Prix des Dames financé par souscription. L'activité se développe, avec l'organisation d'un premier steeple-chase en 1863 et la séparation des concours et des courses en deux journées consécutives.

La guerre de 1870 interrompt temporairement les courses, qui reprennent le 1er octobre 1871 avec un programme réduit. La défaite française entraîne une diminution des subventions publiques et une réduction du nombre de cotisants à la Société Hippique. Cependant, le cheval est alors considéré comme une arme de guerre, et son élevage est encouragé, les courses jouant un rôle de sélection des meilleurs étalons et poulinières. Malheureusement, la Première Guerre mondiale met un frein à cet élan.

Malgré ces périodes difficiles, la passion pour le cheval perdure. En septembre 1925, un nouvel hippodrome, le « Chantilly du Forez », est inauguré à Feurs, sur des terres également léguées par la marquise de Vivens. Cet emplacement, plus adapté, marque le début d'une nouvelle ère. Au fil des décennies, l'hippodrome évolue : modernisation des pistes, des tribunes, du système de pari… Mais l'ambiance, elle, reste empreinte de la même ferveur.

Photo d'archives de l'hippodrome de Feurs dans les années 1950

L'Hippodrome de Feurs Aujourd'hui : Un Pôle d'Attractivité Économique et Familiale

L'hippodrome de Feurs n'est pas seulement un lieu de compétition sportive ; il est devenu un pôle économique et social majeur pour la région. Les 24 millions d'euros d'enjeux annuels génèrent des retombées économiques significatives, se traduisant par une redevance reversée à la Ville de Feurs et à la communauté de communes Forez-Est, renforçant ainsi le tissu économique local.

La Société Hippique de la Loire, forte de 250 sociétaires, d'une centaine de partenaires économiques et de 30 bénévoles engagés, joue un rôle actif dans l'animation associative et la vie locale. Des initiatives telles que des visites des coulisses de l'hippodrome, organisées en lien avec l'Office de Tourisme, visent à faire découvrir l'univers des courses au plus grand nombre et à démocratiser l'accès à ce sport.

L'hippodrome mise sur une programmation à double vocation : économique en semaine, familiale et festive le week-end. Cette stratégie d'ouverture se manifeste par des initiatives innovantes, comme l'organisation de journées mêlant courses et concerts. Trois dates sont ainsi prévues à l'été 2025 : le 4 juillet avec Classic Béton, le 18 juillet avec le Skokiaan Brass Band et le 7 septembre avec les Po’ Boys. Ces événements ont pour objectif de capter un nouveau public, plus familial, en offrant une expérience immersive qui combine la proximité avec la course, les chevaux et la musique.

Cette nouvelle stratégie semble porter ses fruits. En 2024, plus de 20 000 personnes ont assisté aux courses, témoignant de l'attractivité renouvelée du site. La Société Hippique de la Loire, l'une des plus anciennes du Centre-Est, continue de moderniser ses infrastructures. En 1989, un nouveau bâtiment regroupant tribunes, restaurant panoramique, balances et vestiaires a été inauguré. En 1998, la piste en herbe a laissé place à une nouvelle piste de trot. L'hippodrome a été classé en 1ère catégorie en 2001, suite à la construction de nouveaux boxes et stalles.

Aujourd'hui, l'hippodrome organise exclusivement des courses de trot, sur une piste en sable de 1 300 mètres, corde à gauche, large de 20 mètres, capable d'accueillir 18 chevaux par épreuve. Ce parcours est réputé pour sa qualité et sa régularité, permettant des courses disputées et spectaculaires. La saison de courses débute généralement en mars et se clôture en octobre, avec neuf réunions annuelles : six en "premium" (pari à distance) et trois en PMH (pari mutuel sur place). Chaque réunion comprend huit courses, soit un total de 72 courses par an. Des sessions de qualification et des entraînements sont également organisés régulièrement.

L'HISTOIRE DES COURSES HIPPIQUE, comment est on arrivé la ???

Un Centenaire sous le Signe de la Fête et de l'Innovation

Le centenaire de l'hippodrome, célébré en 2025, sera marqué par une grande fête le samedi 21 juin. Cet anniversaire est une occasion unique de célébrer l'héritage de ce lieu emblématique tout en se projetant vers l'avenir. Les organisateurs misent sur l'innovation pour rester attractifs face à un nouveau public, sans pour autant renier l'âme et l'ambiance qui font le charme de l'hippodrome depuis des décennies.

Parmi les fidèles, Pierre Voute, bénévole infatigable, assiste aux courses foréziennes depuis plus de 70 ans. À 87 ans, il se souvient de l'ambiance des années 1950 avec une vivacité remarquable : « Il y a toujours cette excitation dans l’air au moment du départ, ce silence, puis la clameur qui monte. C’est un frisson qu’on n’oublie pas ». Cette ferveur populaire, cette atmosphère unique, constituent le cœur de l'identité de l'hippodrome.

La pandémie de Covid-19 a marqué un coup d'arrêt temporaire, avec des réunions à huis clos ou limitées en jauge. Cependant, la résilience de la Société hippique, saluée par les élus locaux et régionaux, a permis de surmonter ces épreuves. Le président Gérard Vacher et son équipe ont pu compter sur le soutien des bénévoles, des partenaires et des collectivités, notamment grâce au "Plan cheval" de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a financé des travaux d'envergure.

L'innovation se traduit aussi par la promotion de plateformes de paris en ligne comme Smarturf, qui améliorent le confort des parieurs. L'objectif est clair : faire des jours de courses un spectacle vivant pour les familles, une expérience mémorable qui combine sport, convivialité et divertissement.

Infographie présentant les retombées économiques de l'hippodrome

L'Héritage des Pionniers et la Vision de l'Avenir

L'histoire des courses hippiques en France est riche et remonte à la fin de l'Ancien Régime, avec une arrivée progressive des courses venues d'Angleterre. L'élevage de chevaux y trouve un essor, notamment dans les haras nationaux. Les courses, qu'elles soient au galop, au trot, avec ou sans obstacles, deviennent un spectacle prisé de la société. Les premières courses officielles de trot voient le jour sur les plages de la Manche en 1936.

À Feurs, avant 1857, la région était peu propice à l'élevage de chevaux. C'est la détermination de Francisque Belaÿ et du jeune marquis de Poncins qui change la donne. Des travaux d'irrigation, d'assainissement des terres et l'aménagement d'un réseau de fossés transforment le paysage. Le goût des chevaux gagne les agriculteurs, menant à la création de la Société d’Encouragement pour la Production et l’Elève des Chevaux dans le Département de la Loire.

L'hippodrome de Feurs, surnommé le « Chantilly du Forez », est le fruit d'une vision audacieuse et d'un engagement constant. Aujourd'hui, sous la direction de Gérard Vacher, Daniel Duverger et Jean-Marc Richard, il s'affirme comme un site d'envergure nationale, reconnu pour la qualité de ses infrastructures et la ferveur de son public. Le Forez est désormais la 2ème région d'élevage de trotteurs en France, un succès prodigieux qui témoigne de la pertinence de cette aventure hippique débutée il y a plus de 160 ans.

Le centenaire de l'hippodrome de Feurs est donc bien plus qu'une simple commémoration ; c'est une célébration de l'héritage, de la résilience et de la capacité d'adaptation d'une institution qui a su traverser les époques en conservant son âme tout en se réinventant. L'accueil du Grand National du Trot en 2025 n'est qu'une illustration de cette vitalité, un jalon important sur la voie d'un avenir prometteur pour le hippodrome et pour le trot en région.

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