Depuis toujours, les chevaux noirs ont incarné la force, le courage et un profond mystère. Dans l'imaginaire collectif, ils sont souvent dépeints comme des guerriers magnifiques et puissants, peuplant les mythes et les légendes. Qu'ils effraient ou qu'ils fascinent, les chevaux noirs sont invariablement des figures héroïques qui ne manquent jamais d'attirer l'attention, que ce soit dans les compétitions équestres ou au sein des clubs hippiques. Leur présence est toujours remarquée, leur allure imposante et leur robe sombre évoquant une noblesse intemporelle.

Caractéristiques Physiques des Chevaux Noirs
Les chevaux noirs se distinguent par des caractéristiques physiques bien définies. Leur robe est d'un noir profond, et leurs crins partagent cette teinte sombre. La peau sous leur poil est également noire, tout comme leurs yeux, souvent bordés d'un contour également noir, ajoutant à leur regard intense. Bien que leur robe soit majoritairement noire, des marques blanches peuvent apparaître. De manière générale, leurs sabots arborent une couleur noire.
Certains chevaux noirs sont qualifiés de "zains", ce qui signifie que leur robe est entièrement dépourvue de poils blancs. Cependant, l'exposition prolongée au soleil peut entraîner une décoloration superficielle de leur robe noire, lui donnant des reflets roux. Cette nuance est à distinguer de la robe "noir pangaré", qui se caractérise par la présence de marques marron à l'intérieur des cuisses, sur le ventre, au bout du nez ou autour des yeux, sur une base de robe noire.
Il est intéressant de noter que les poulains naissent souvent avec une robe noire, grise ou brune, recouverts d'une bourre qui disparaît après le sevrage. La robe noire est plus fréquemment rencontrée dans les lignées issues de chevaux de Pure Race Espagnole ou de chevaux de trait. Elle est également la couleur dominante chez les poneys Dales et Fell, originaires des îles britanniques. Le cheval Murgese, par exemple, est presque toujours d'un noir zain.
Races et la Sélection de la Robe Noire
Plusieurs races de chevaux ont une prédilection marquée pour la robe noire, allant jusqu'à l'inscrire comme critère de sélection exclusif dans leurs stud-books. C'est le cas du Mérens, du Minorquin et du Frison. Le Frison, d'ailleurs, est affectueusement surnommé "la perle noire" en raison de sa robe d'un noir profond et de son allure élégante. Chez le cheval de Mérens, la robe est invariablement noir zain.
Pour la grande majorité des races de chevaux, le stud-book accepte une diversité de robes, y compris la robe noire. Néanmoins, cette dernière y est souvent moins répandue que les robes baie ou alezane. Certaines races comptent un nombre limité de chevaux noirs, tandis que d'autres, par définition, n'en possèdent pas du tout, leur standard se concentrant sur d'autres couleurs. Un exemple frappant est le cheval Haflinger, qui est toujours alezan, allant du plus clair à l'alezan brûlé, avec des crins "lavés". Le poney Fjord, quant à lui, admet cinq robes différentes, caractérisées par une crinière bicolore.
Le Mérens : Un Joyau Noir des Pyrénées Ariégeoises
Le cheval de Mérens, également connu sous les noms de Mérengais ou Ariégeois, est une race française de petits chevaux de selle et de trait léger, réputée pour sa rusticité et sa robe noire. Originaire des Pyrénées ariégeoises, il a longtemps servi d'animal de travail aux paysans de la région, notamment dans la région de Foix. Son histoire est marquée par une période de déclin au milieu du XXe siècle, causée par la motorisation des transports et de l'agriculture.
Heureusement, le Mérens fut sauvé de l'extinction par des passionnés, dont Lucien Lafont de Sentenac, et par des communautés cherchant un retour à la nature. L'engouement pour le poney et les loisirs équestres dans les années 1970 a également contribué à relancer son élevage. Aujourd'hui, le Mérens est apprécié comme cheval d'équitation de loisir, d'attelage et de voltige. Sa rusticité et son pied sûr en font également un excellent partenaire pour l'entretien écologique des régions montagneuses.
Au sein de la race, deux types d'élevage tendent à se distinguer : l'un, plus traditionnel, concerne le petit cheval massif et rustique élevé en semi-liberté dans les montagnes pyrénéennes ; l'autre, plus moderne et léger, est issu d'une sélection initiée dans les années 1980 et se veut plus sportif.
Le nom officiel de la race, "cheval de Mérens", adopté en 1998, est lié au village ariégeois de Mérens-les-Vals. Ce nom pourrait provenir de la tenue d'un marché aux chevaux dans ce village. La première mention officielle du nom "Mérens" pour désigner ce cheval remonte à 1866. Un synonyme, "Ariégeois", est également utilisé, notamment dans les encyclopédies anglophones, et semble avoir été employé anciennement, provenant de la rivière Ariège. Par le passé, le cheval a porté d'autres noms, tels que "Trait ariégeois" entre 1947 et 1975, un nom abandonné pour favoriser le tourisme et les loisirs.
L'origine exacte du cheval de Mérens a fait l'objet de nombreuses hypothèses. Si l'origine préhistorique de tous les chevaux domestiques est établie dans la steppe pontique vers 2000 ans av. J.-C., des débats persistent quant à une origine plus ancienne pour le Mérens. Des ressemblances sont évoquées avec les chevaux magdaléniens représentés dans la grotte de Niaux, datant de plus de 13 000 ans. Le professeur Jesús Ignacio Fernández Domingo rattache le Mérens au tronc des races de chevaux Cantabriques-pyrénéennes, le rapprochant ainsi du Garrano, de l'Asturcón, de la Jaca Navarra et du Pottok. Ses caractéristiques physiques, comme ses crins ondulés et sa queue attachée bas, suggèrent une origine ibérique. Il présente également des similitudes avec le Dole Gudbrandsdal norvégien, ainsi qu'avec les Fell et Dales britanniques.
Une autre hypothèse, avancée par Naudy et Hendricks, suggère que le Mérens descendrait des montures de peuplades orientales, de type arabe, en raison de son profil concave ou rectiligne, différent de celui des chevaux ibériques du sud. CAB International décrit le Mérens comme un poney celtique local influencé par l'Arabe. La morphologie du Mérens est le résultat de son adaptation à l'environnement montagnard rude, où l'isolement a limité les influences extérieures, hormis peut-être celles des chevaux de bât lourds traversant les Pyrénées et des chevaux orientaux.
Des récits évoquent l'utilisation potentielle du Mérens par les Romains comme animal de bât. Au Moyen Âge, des traces de Tencendur, le cheval de Charlemagne, sont connues dans les environs de Bouan, et une statuette carolingienne montre Charlemagne sur une petite monture proche du Mérens. Les Cathares, établis dans la région, accordaient une place importante aux chevaux, croyant en la transmigration des âmes.
Les chevaux ariégeois ont été réquisitionnés pour la Grande Armée de Napoléon Ier lors de la campagne de Russie, principalement pour tirer les canons. Ils étaient vendus sur la foire de Tarascon-sur-Ariège, où ils étaient recherchés par des marchands de toutes les grandes villes environnantes. À cette époque, le cheval était fréquemment nommé "Tarasconnais", réputé pour la bonne qualité de ses jambes et son aptitude à se contenter d'une nourriture pauvre. La description faite par un auteur en 1872 souligne le type très marqué du cheval de montagne pyrénéen, doté d'une grande agilité, d'une merveilleuse sûreté dans la pose du pied, d'un tempérament robuste et d'une ardeur infatigable, bénéfices d'une existence indépendante et sauvage.

L'Évolution et la Sauvegarde du Mérens
Le premier concours de race du Mérens fut organisé en 1872 à Ax-les-Thermes. Dès la fin du XIXe siècle, la race a failli disparaître en raison de croisements incontrôlés avec des chevaux de trait comme le Percheron et le Breton, dans le but d'obtenir des chevaux de traction agricole plus lourds. Quelques éleveurs des villages de L'Hospitalet-près-l'Andorre et Mérens-les-Vals ont lutté contre ces croisements, préservant les poulains et pouliches dont la conformation restait la plus proche de l'ancienne race.
La sélection du Mérens a débuté en 1908 avec la mise en place d'un contrôle des élevages. Un premier concours a eu lieu la même année à Ax-les-Thermes. En 1933, le syndicat d'élevage du Mérens a été créé. La race a connu une courte période de prospérité à la Libération, en raison de la demande militaire pour des chevaux de grand format. Son registre généalogique a été créé en 1947, confié au Syndicat hippique des éleveurs de la race pyrénéenne ariégeoise (SHERPA), sous le contrôle des Haras nationaux.
Cependant, en 1946, l'armée a cessé définitivement d'utiliser le Mérens comme cheval d'artillerie en montagne, marquant le début du déclin de la race. La population a chuté drastiquement durant la seconde moitié du XXe siècle avec la modernisation. En 1964, seulement une vingtaine de naissances ont été enregistrées. Alors que la fermeture du registre généalogique était prévue, l'achat d'un couple de ces chevaux par Georges Buttet a sauvé la race de la "mort génétique" en l'associant au concept de "retour à la nature".
Au début des années 1970, le Mérens était au bord de l'extinction. Il a été sauvé par des communautés utopistes croyant en un mode de vie écologique. En plein mouvement hippie, des populations "marginales" se sont installées dans les villages de l'Ariège, relançant l'économie locale, notamment en reprenant l'élevage du Mérens. Parallèlement, le Mérens a été sauvegardé grâce au développement de l'équitation de loisir, sous l'impulsion de Michel Vidal Saint-André, président du SHERPA. Le cheval de Mérens a été renommé "poney" pour des raisons commerciales et administratives, devenant la première race française volontairement sélectionnée pour ce marché.
Cette sauvegarde a entraîné son lot de polémiques, mais grâce à une bonne gestion des effectifs et de la communication, la population s'est reconstituée. Entre 1975 et 1985, le nombre de chevaux de Mérens a doublé, passant de 2 000 à 4 000 individus.
Le cheval de Mérens
Des Chevaux Noirs Célèbres à Travers l'Histoire
L'histoire est parsemée d'exploits réalisés par des chevaux noirs, dont certains sont devenus de véritables légendes. Parmi eux, Totilas, un étalon KWPN exceptionnel, a marqué le monde du dressage. Mesurant 1,75 m au garrot, il a accompli des performances remarquables sous la selle du cavalier néerlandais Edward Gal. Le couple a remporté le championnat d'Europe de dressage à Windsor en 2009 avec une note record dépassant les 90 %, puis trois médailles d'or à la coupe du monde de dressage de Lexington en 2010. Après des blessures répétées, Totilas a pris sa retraite en 2015, continuant sa carrière d'étalon.
Jappeloup de Luze est un autre cheval noir de légende. Avec son cavalier Pierre Durand, il a remporté le championnat de France en 1982, une médaille d'or aux championnats d'Europe en 1987, et une médaille d'or aux Jeux olympiques de Séoul en 1988. Il s'est également classé 2e à la finale de la coupe du monde de saut d'obstacles en 1988 à Göteborg. Durant sa carrière, Jappeloup était le rival du tout aussi célèbre cheval gris Milton.
Zingaro, le somptueux Frison de Bartabas, est un autre cheval noir mondialement connu. Zingaro a participé à de nombreux spectacles, toujours monté en liberté, sa magnifique crinière noire flottant au vent. Intelligent et joueur, il interagissait avec Bartabas lors des représentations, captivant le public par sa présence majestueuse.
La Diversité des Chevaux Noirs : Au-delà de la Couleur
Si la robe noire confère une aura particulière, il est important de reconnaître la diversité des races qui la portent et les spécificités qui en découlent. Le Pottok, originaire du Pays Basque français et espagnol, est un poney rustique dont la robe noire est fréquente. Le Percheron, l'un des chevaux de trait français les plus célèbres, peut arborer une robe noire. Le Shire, l'une des plus anciennes races de chevaux de trait reconnues, peut également être noir.
Le Pure Race Espagnole, originaire d'Andalousie, est un cheval de selle élégant qui se présente souvent en noir. Le cheval Breton, cheval de trait originaire de Bretagne, peut également être noir. Le Mustang, cheval sauvage des grandes plaines d'Amérique du Nord, inclut des individus à la robe noire. Le Barbe, race ancienne originaire du Maghreb, est aussi présent en noir. Le Trait du Nord, grand cheval de trait, peut être de robe noire. L'Arabo-Frison, race récente, se distingue par sa grande taille, sa robe noire ébène et son élégance. Le cheval Minorquin, ou Pure race Minorquine, est une race très ancienne qui se présente souvent en noir.
Le Brumby, animal emblématique d'Australie au même titre que le koala et le kangourou, peut également être de robe noire. Le Kladruber, l'une des plus anciennes races d'Europe, aujourd'hui menacée d'extinction, peut être noir.
La robe noire, par sa symbolique et sa beauté, a traversé les âges et les cultures, incarnant la puissance, la noblesse et une certaine mystique. Des Pyrénées aux plaines d'Amérique, des champs de bataille aux pistes de dressage, le cheval noir continue de fasciner et d'inspirer, témoignant de la richesse et de la diversité du monde équin.
