Le dentiste équin, une profession souvent méconnue du grand public, joue un rôle crucial dans la santé et le bien-être des chevaux. Loin des images stéréotypées des dentistes humains, ce professionnel se consacre à l'entretien et à la correction des anomalies dentaires chez les équidés. Guy Lecapelain, dentiste équin installé à Nogent-le-Bernard dans la Sarthe, partage son expérience et éclaire sur les spécificités de ce métier exigeant mais gratifiant.
Qu'est-ce que la dentisterie équine ?
Contrairement à ce que le terme "dentiste" pourrait suggérer, la pratique équine ne s'apparente pas à la pose de plombages, de couronnes ou à la gestion de caries au sens humain du terme. Il s'agit avant tout d'une question de confort et de fonctionnalité pour le cheval. L'intervention principale consiste en un nivelage des dents.

Les dents des chevaux, particulièrement les molaires, s'usent de manière irrégulière en raison de la nature de leur alimentation et de leur mode de mastication. Cette usure inégale peut entraîner des blessures lors de la mastication, des difficultés à supporter le mors, et à terme, des problèmes de santé plus graves. Le dentiste équin intervient pour corriger ces anomalies, assurant ainsi un bien-être optimal à l'animal.
Un rôle dans le bien-être, pas dans le vital
Il est essentiel de comprendre que la dentisterie équine n'est pas une question de vie ou de mort. Elle n'est pas "vitale" au sens strict. Cependant, elle contribue de manière significative au bien-être du cheval. En assurant une bonne mastication, elle permet à l'animal de mieux s'alimenter, d'assimiler plus efficacement les nutriments, et de supporter plus confortablement le mors lors du travail. Des difficultés de mastication peuvent indirectement entraîner des coliques ou un amaigrissement du cheval, soulignant l'importance d'une intervention préventive.
Les techniques et outils du dentiste équin
L'intervention du dentiste équin nécessite un équipement spécifique et une grande dextérité. Guy Lecapelain utilise un petit moteur électroportatif sur lequel il fixe différentes limes et molettes. Ces outils permettent de remodeler les trente-six dents de la jument (les mâles possédant quatre canines supplémentaires, appelées crochets). Le processus peut dégager de la fumée et produire une odeur âcre, et le bruit de l'appareil peut être stressant pour le cheval.

Pour atteindre les molaires situées au fond de la bouche, le professionnel n'a pas de visibilité directe et doit donc travailler "à l'aveugle", se fiant à son toucher et à son expérience. La tête du cheval bouge constamment pendant l'intervention, ce qui peut rendre le travail du dentiste difficile et parfois même le "malmener". Une relation de confiance entre le professionnel et l'animal est donc primordiale. Le soin se termine souvent par l'utilisation d'une râpe pour bien arrondir les surdents traitées et s'assurer que les dents les plus lointaines sont correctement adressées.
L'importance de la confiance et de l'expérience
Après vingt-quatre ans d'exercice, Guy Lecapelain a développé une expertise précieuse. Il a appris son métier en travaillant aux côtés de deux dentistes expérimentés, l'un dans l'Est de la France et l'autre au Canada. Il souligne que l'apprentissage en France pouvait être freiné par la peur de perdre sa clientèle. L'intervention, qui dure généralement une demi-heure, demande au professionnel de rassurer constamment l'animal, comme il le fait avec "Louloute", sa patiente du jour, par des caresses et des paroles apaisantes. Malgré cela, les chevaux ne s'habituent jamais complètement à la procédure. Il faut une confiance absolue pour qu'ils se laissent faire. La plaisanterie de Guy Lecapelain sur la nécessité d'avoir un bon ostéopathe témoigne des contorsions et de la position parfois inconfortable que le travail impose au professionnel.
La dent de loup et la dent de cochon
Au-delà du nivelage, une autre mission importante des dentistes équins est l'arrachage des "dents de loup" et des "dents de cochon". Ces petites dents surnuméraires, souvent situées à l'avant de la mâchoire, peuvent gêner la pose et le bon ajustement du mors, provoquant ainsi des douleurs et des réactions négatives chez le cheval lors de l'équitation. Leur extraction est donc fondamentale pour le confort du cheval et la communication avec le cavalier.
Dentisterie 6-La dent de loup
Une profession en pleine évolution
La profession de dentiste équin a considérablement évolué au fil des années. En 1993, lors des débuts de Guy Lecapelain, ils n'étaient qu'une trentaine en France. Aujourd'hui, leur nombre dépasse les 250 praticiens. Cette croissance est en partie due à la reconnaissance officielle de la profession. En 2001, une loi a été votée pour lutter contre la pratique illégale, suivie d'un amendement autorisant les dentistes équins à exercer sous certaines conditions. Ces conditions incluent l'obligation de passer une validation des acquis de l'expérience (VAE), supervisée par le Ministère de l'agriculture et l'Ordre des vétérinaires.
La surveillance de la dentition équine
La dentition du cheval présente des caractéristiques spécifiques qui nécessitent une surveillance régulière. Les dents sont "éruptives", c'est-à-dire qu'elles poussent continuellement tout au long de la vie du cheval, à un rythme d'environ 3 à 4 millimètres par an. Contrairement aux humains, leurs dents ne se renouvellent pas. C'est pourquoi il est crucial d'intervenir avant l'apparition de symptômes évidents de douleur ou d'inconfort. Idéalement, une visite chez le dentiste équin devrait avoir lieu chaque année, et il est recommandé de commencer ces soins dès le "débourrage" du jeune cheval.
Les bénéfices économiques et logistiques
L'intervention d'un dentiste équin est généralement facturée aux alentours de 40 euros HT, auxquels s'ajoutent les frais de déplacement. Pour optimiser ces déplacements, il est plus avantageux pour le professionnel et pour les propriétaires d'intervenir sur plusieurs animaux au même endroit. Guy Lecapelain divise sa clientèle en trois tiers : les chevaux d'entraînement ou de loisir, les trotteurs, et les galopeurs.
Autrefois, il parcourait de très longues distances, allant jusqu'au sud de la France, ce qui rendait son rythme de vie très contraignant. Aujourd'hui, il concentre ses interventions sur les régions de Basse-Normandie, des Pays-de-la-Loire et du Poitou-Charentes. Ce recentrage géographique lui permet d'offrir un service plus régulier et de maintenir une meilleure qualité de vie. Pour vivre de ce métier, il est estimé qu'un dentiste équin doit soigner environ 2 000 chevaux par an.
Quand consulter un dentiste équin ?
Il est important pour les propriétaires de chevaux d'être attentifs aux signes qui pourraient indiquer une pathologie bucco-dentaire chez leur animal. Ces signes peuvent inclure :
- Difficultés à s'alimenter ou perte d'appétit.
- Amaigrissement malgré une alimentation adéquate.
- Refus du mors ou réactions vives lors de sa pose.
- Production excessive de salive.
- Mauvaise haleine.
- Présence de résidus alimentaires non mâchés dans les crottins.
- Tête tenue en biais lors de la mastication.
- Baisse de performance lors du travail.
Si un ou plusieurs de ces symptômes sont observés, il est fortement recommandé de faire appel à un dentiste équin pour un diagnostic et une intervention si nécessaire.

La reconnaissance légale et l'avenir de la profession
La profession, autrefois exercée dans une certaine zone grise, est désormais encadrée légalement. Cette reconnaissance apporte une sécurité tant pour les praticiens que pour les propriétaires de chevaux, qui peuvent faire appel à des professionnels qualifiés et reconnus. L'existence d'une formation et d'une validation des acquis garantit un certain niveau de compétence et de savoir-faire, contribuant ainsi à l'amélioration constante des soins apportés aux équidés. Le développement de cette profession témoigne d'une prise de conscience accrue de l'importance de la santé dentaire pour le bien-être général et la performance des chevaux.