La question du consentement aux actes médicaux concernant un enfant mineur est un domaine complexe du droit de la santé, particulièrement lorsqu'il s'agit de déterminer la portée de l'autorité parentale. La distinction entre les actes dits "usuels" et "non usuels" est fondamentale, mais elle se heurte parfois à la nature même de certains actes médicaux, rendant leur classification délicate. La vaccination, en particulier, illustre cette complexité, comme en témoigne une affaire ayant mené à une décision significative de la chambre disciplinaire nationale de l'Ordre des médecins.
Le Cadre Juridique : Autorité Parentale et Actes Usuels
L'article 372-2 du Code civil dispose qu'« À l'égard des tiers de bonne foi, chacun des parents est réputé agir avec l'accord de l'autre, quand il fait seul un acte usuel de l'autorité parentale relativement à la personne de l'enfant ». Cette disposition implique que, pour les actes usuels, l'accord d'un seul des deux parents exerçant conjointement l'autorité parentale est suffisant, l'autre étant présumé avoir donné son consentement. En revanche, les actes non usuels requièrent l'autorisation des deux parents.
Cependant, la notion d'acte usuel n'est pas explicitement définie dans le Code civil, ce qui conduit à s'appuyer sur la jurisprudence pour en appréhender la signification. Les tribunaux ont cherché à cerner cette notion par des définitions jurisprudentielles. La cour d’appel d’Aix-en-Provence a ainsi défini les actes usuels comme étant des « actes de la vie quotidienne, sans gravité, qui n’engagent pas l’avenir de l’enfant, qui ne donnent pas lieu à une appréciation de principe essentielle et ne présentent aucun risque grave apparent pour l’enfant, ou encore, même s’ils revêtent un caractère important, des actes s’inscrivant dans une pratique antérieure non contestée ». Il s'agit donc d'un acte ponctuel et de portée limitée. À l'inverse, la cour d’appel de Paris a considéré que les actes non usuels engagent l'avenir de l'enfant et rompent avec le passé.

Dans le domaine médical, le critère déterminant pour qualifier un acte d'usuel ou non usuel repose généralement sur les risques médicaux associés au traitement. Par exemple, le Conseil d'État a jugé qu'un psychiatre avait commis une faute en prescrivant du Prozac à une patiente mineure sans avoir préalablement recherché le consentement du père, qui exerçait conjointement l'autorité parentale, et en l'absence d'urgence caractérisée. Dans cette affaire, l'acte médical n'était pas considéré comme usuel, compte tenu des circonstances, et devait donc, en principe, être autorisé par les deux parents.
L'Application au Cas de la Vaccination : Une Qualification Nuancée
L'affaire ayant conduit à la décision de la chambre disciplinaire nationale de l'Ordre des médecins met en lumière la difficulté de qualifier certains actes de vaccination comme étant usuels ou non usuels. Une pédiatre a administré un vaccin contre le papillomavirus humain à deux jeunes filles mineures, âgées de 12 et 13 ans, amenées en consultation par leur mère. Le père, opposé à cette vaccination et reprochant à la pédiatre de ne pas avoir sollicité son accord, a déposé plainte.
La chambre disciplinaire nationale a assimilé la vaccination en cause, qui n'était pas obligatoire, à un acte non usuel. Cette qualification contraste avec la perception des vaccinations obligatoires, généralement considérées comme des actes usuels en raison de leur caractère impératif qui limite la marge d'appréciation des parents.
Cependant, la décision de la chambre disciplinaire nationale souligne une nuance importante : une vaccination non obligatoire n'est pas systématiquement, par opposition, un acte non usuel. Le Conseil d'État a précisé, dans un arrêt du 4 octobre 2019, les critères permettant de déterminer le caractère usuel ou non usuel d'un acte médical. Pour qualifier cet acte, le professionnel de santé doit s'attacher, « eu égard à la nature de cet acte, aux caractéristiques du patient, en particulier à son âge et compte tenu de l’ensemble des circonstances » dont le médecin a connaissance.

Le Conseil d'État a, dans cette affaire, cassé une décision de chambre régionale pour erreur de droit. La chambre régionale avait déduit le caractère non usuel de l'acte du seul fait que la vaccination en cause (contre le papillomavirus humain) n'était pas obligatoire. Le Conseil d'État a ainsi réaffirmé que le caractère obligatoire ou non de la vaccination ne doit pas être le seul critère de qualification.
Les Critères Déterminants pour Qualifier un Acte Médical
Pour une qualification juste et appropriée d'un acte médical, notamment d'une vaccination, le professionnel de santé doit adopter une approche multidimensionnelle. Au-delà de la seule obligation ou non de l'acte, plusieurs facteurs doivent être pris en compte :
La nature de l'acte médical : Il s'agit d'évaluer si l'acte est indispensable, s'il s'inscrit dans une pratique courante et acceptée, ou s'il présente des spécificités qui le distinguent d'une intervention de routine. Par exemple, une vaccination visant à prévenir une maladie grave et répandue pourrait être considérée différemment d'une vaccination contre une affection rare.
Les caractéristiques du patient : L'âge du patient est un élément crucial, comme souligné par le Conseil d'État. Au-delà de l'âge, il faut considérer les antécédents médicaux du mineur, sa vulnérabilité éventuelle (par exemple, en cas de maladie chronique) et son état de santé général.
L'ensemble des circonstances médicales et factuelles : Le médecin doit tenir compte de toutes les informations dont il dispose au moment de l'acte. Cela inclut les risques encourus par le patient, les effets indésirables connus ou potentiels du traitement ou du vaccin, ainsi que les recommandations des autorités sanitaires et des sociétés savantes. L'absence d'urgence caractérisée est également un élément à considérer.
SOS - Parents en détresse : La vaccination
Ces nuances permettent de prendre en compte la singularité de chaque situation, évitant ainsi un raisonnement binaire trop simpliste entre "obligatoire/non obligatoire" et "usuel/non usuel". L'objectif est de garantir que la décision médicale soit prise dans l'intérêt supérieur de l'enfant, en respectant les droits et responsabilités des deux parents.
Évolutions Législatives et Pratiques : Le Cas de la Vaccination contre la Covid-19
Les évolutions récentes, notamment celles liées à la pandémie de Covid-19, ont également eu un impact sur la gestion du consentement parental pour la vaccination des mineurs. La loi du 30 juillet 2022 a supprimé la disposition permettant de vacciner un mineur avec l'autorisation d'un seul parent dans certains cas spécifiques liés à la Covid-19, revenant ainsi à une règle générale nécessitant l'accord des deux parents, sauf exception.
Toutefois, des précisions ont été apportées pour faciliter la vaccination. Le communiqué DGS-urgent n° 2022-73 du ministère de la Santé et de la Prévention, daté du 6 septembre 2022, a indiqué qu'en cas d'impossibilité pour l'un des deux parents de recueillir l'accord de l'autre, la vaccination pouvait néanmoins être pratiquée. Cette impossibilité peut être avérée, par exemple, lorsque l'autre parent réside dans une autre ville, voire à l'étranger, et ne donne pas suite, dans un délai raisonnable, à la demande du premier parent sollicitant son accord.
Par ailleurs, il a été précisé qu'afin de simplifier l'accès à la vaccination, il est possible pour un tiers d'accompagner le mineur à son rendez-vous de vaccination.
Il est important de noter que les règles ont évolué au fil du temps concernant la vaccination contre la Covid-19 des mineurs. Initialement, la présence de l'un des parents, muni d'une attestation d'autorisation parentale signée par les deux parents, était requise. Par la suite, la présence des parents est devenue "conseillée" plutôt qu'indispensable. Le mineur devait alors présenter la carte vitale de l'un des parents, une attestation de droit, ainsi que l'attestation d'autorisation parentale signée des deux parents.
La loi du 22 janvier 2022 a également modifié le code de la santé publique, rendant l'autorisation d'un seul des deux parents nécessaire pour la vaccination contre le Covid-19 des enfants de 5 à 11 ans. Un nouveau formulaire, désormais unique pour tous les enfants de 5 à 15 ans inclus, a été mis à disposition. De plus, il n'est plus nécessaire que l'enfant soit accompagné par un de ses parents pour se faire vacciner.
Ces évolutions législatives et réglementaires témoignent d'une volonté d'adapter les procédures de consentement parental aux impératifs sanitaires tout en cherchant à simplifier l'accès aux actes de prévention, tout en maintenant un cadre protecteur pour le mineur et en assurant une information claire et adaptée à son âge sur le vaccin. L'information sur le vaccin, tel que le Pfizer-BioNTech, est transmise de manière "claire et adaptée à votre âge".
La complexité de la qualification des actes médicaux, qu'ils soient usuels ou non, dans le cadre de l'autorité parentale, impose une analyse au cas par cas, intégrant la nature de l'acte, les caractéristiques du patient et l'ensemble des circonstances médicales et factuelles. Cette approche garantit une prise de décision éclairée et respectueuse des droits de chacun.
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