La Maison Devoucoux, établie depuis 1985 dans le paysage enchanteur du Pays Basque, incarne une tradition séculaire d'excellence dans la sellerie de luxe. Plus qu'un simple sellier, Devoucoux est un symbole de savoir-faire, d'innovation et d'une connexion profonde avec le monde équestre, une philosophie qui a guidé son parcours depuis ses débuts à Sare jusqu'à son implantation actuelle à Bidart.
Des Origines Basque à la Reconnaissance Internationale
Fondée par Jean-Michel Devoucoux en 1985, la Maison a vu le jour avec une ambition claire : répondre aux besoins spécifiques des cavaliers de trois disciplines équestres majeures - le saut d'obstacles, le dressage et le cross. Les premiers ateliers, nichés au cœur du Pays Basque à Sare, ont rapidement vu naître la "Biarritz O", la première selle emblématique de la marque, marquant le début d'une histoire vouée à l'excellence.

L'année 1992 a été un tournant décisif avec le déménagement de la Maison à Biarritz, un hommage à sa première création phare. Parallèlement, Devoucoux a élargi sa gamme avec le lancement de selles de dressage, la Makila et la Milady, conçues pour sublimer la pratique et satisfaire les cavaliers les plus exigeants. Peu de temps après, la collection s'est enrichie de la selle Chiberta, spécifiquement pensée pour la discipline du cross, confirmant la volonté de la marque d'offrir des équipements sur mesure pour chaque discipline.
L'évolution constante de la Maison s'est traduite par une présence en ligne accrue, avec la mise à disposition d'un site internet regroupant l'ensemble de ses créations. Pour offrir un environnement de travail toujours plus adapté à sa croissance et à ses équipes, Devoucoux a franchi une nouvelle étape en déménageant son atelier à Bidart, à quelques pas de Biarritz. Ce choix stratégique renforce sa présence internationale, notamment auprès d'une clientèle établie au Royaume-Uni, et témoigne de son ancrage profond au sein du somptueux Pays Basque.
L'Exigence du "B to C" : Le Sur-Mesure comme Philosophie
Le modèle économique de Devoucoux repose sur une approche résolument "B to C" (Business to Customers), comme le souligne Stéphane Vassaux, secrétaire général du groupe LIM, dont Devoucoux fait partie depuis deux ans. Cette stratégie se traduit par un travail sur mesure, en lien direct et constant avec le client. Le recours à l'anglais dans la communication n'est pas une simple coquetterie, mais révèle la portée internationale du marché de la marque.

L'équipe de Devoucoux emploie des "représentants" dont la mission principale est d'être au contact des clients, passant leur temps dans les écuries. Ces professionnels agissent comme des tailleurs d'exception, prenant des mesures précises pour créer chaque selle en fonction de la morphologie du futur propriétaire, de sa discipline de prédilection et de sa monte. Ce souci du détail et cette personnalisation poussent le prix de chaque selle au minimum de 3 600 euros, attirant ainsi les cavaliers les plus exigeants, parmi lesquels figurent de nombreux sportifs de haut niveau et même des personnalités de renommée mondiale. L'exemple le plus éloquent est celui de Zara Phillips, petite-fille de la reine d'Angleterre, une cliente fidèle qui témoigne de l'excellence et du prestige de la marque.
La Matière Première d'Exception : Le Cuir, Cœur Battant de la Selle
La production de Devoucoux, qui avoisine les 4 000 selles par an, se concentre principalement à Bidart. Cependant, une étape cruciale se déroule dans les champs du Périgord : l'approvisionnement en cuir. L'entreprise a établi des partenariats solides avec 28 éleveurs bovins, formalisés par des conventions dans le cadre d'un pôle d'excellence soutenu par la Région Aquitaine.
Cette démarche vise à garantir un approvisionnement régulier en matière première de qualité, face à la concurrence accrue de la haute maroquinerie qui exerce une pression constante sur le marché du cuir. Stéphane Vassaux explique : "On est en face de Chanel, Vuitton, Hermès. Eux ont des marges énormes, ils peuvent préempter les peaux. Ils rachètent même des élevages pour maîtriser la filière."
Devoucoux a donc choisi de racheter les peaux de vaches à viande périgourdines, ce "cinquième quart" traditionnellement destiné à être gâché. En contrepartie, les producteurs s'engagent à respecter un cahier des charges strict, incluant des mesures telles que l'évitement des barbelés pour prévenir les blessures du bétail, préférant l'utilisation de palissades, et le traitement contre la teigne. Stéphane Vassaux illustre l'importance de ce cahier des charges en montrant une peau de "nubuck Havane" marquée par les griffures d'un parasite : "Voyez, ça fait des accrocs comme ça. Il y a des griffures parfois. On peut lire la vie de la bête."

Le Savoir-Faire Artisanal : De la Peau Brute à la Selle Parfaite
L'artisan Jean Berho joue un rôle essentiel dans la transformation de ces peaux, souvent marquées par le vécu des animaux. Son expertise consiste à tirer le meilleur parti de chaque pièce, en "tapant entre les défauts" pour maximiser l'utilisation du cuir. Sa tâche, penchée sur un vaste plan, requiert un "œil" averti pour découper les éléments de la future selle. "C'est une grande responsabilité," souligne son patron, "la découpe influence fortement la productivité de l'entreprise." Le coût du cuir représente en effet 50% du prix de revient d'une selle, et chaque unité nécessite l'équivalent d'une vache et demie. "Quand j'ai fini de couper, il ne reste presque plus rien," constate Jean Berho.
Dans la vaste salle de production, imprégnée de l'odeur de colle, Louisette Lafitte manie sa "refendeuse" pour ajuster l'épaisseur de certaines pièces. "Je réduis l’épaisseur de certaines pièces. Ça facilite l’assemblage, derrière. Si le cuir est trop épais, ça oblige à forcer, on risque de casser." Son travail précis, mesuré au dixième de millimètre, est crucial pour l'assemblage.
Parallèlement, dans une salle annexe, Paul Bonavero travaille sur les châssis, la structure même de la selle. Sur ces éléments standards, il tend des sangles de nylon avec une tension calculée. "Cette tension détermine les sensations du cavalier," explique-t-il. C'est à ce stade que se décide si l'assise sera plus souple ou plus résistante, selon les préférences de chacun.
Agathe Poutrel, couturière méticuleuse, assemble des cuirs de différentes épaisseurs. Son expérience, acquise dans la décoration de spectacle puis dans le travail de la nacre pour le luxe, lui permet de maîtriser la tension du cuir et son élasticité variable. Formée par Devoucoux à ce nouveau métier d'art, elle s'apprête à signer son contrat à durée indéterminée (CDI), marquant son intégration durable au sein de la Maison.
La dernière étape avant l'huilage des selles finies est le montage de toutes les pièces. Mathieu Devoucoux, fils du fondateur, allie force et dextérité pour cet assemblage définitif. "Il en monte quatre par jour," précise Stéphane Vassaux, soulignant la nature haut de gamme et la production à petite échelle de ces opérations hautement techniques, loin des méthodes de l'industrie automobile.
Cuir d’exception, savoir-faire : dans cet atelier se fabrique une selle d’équitation unique au monde
Une Histoire d'Innovation et de Transmission
L'histoire de Devoucoux est jalonnée d'innovations qui ont marqué le secteur de la sellerie. En 2013, la marque a rejoint le groupe LIM (Leather In Motion), une intégration qui a ouvert de nouvelles perspectives de développement. L'année suivante, Devoucoux a dévoilé un cuir d'exception tanné à partir de tannins végétaux naturels et biodégradables, affirmant ainsi son engagement envers l'environnement.
L'innovation s'est poursuivie avec l'intégration de la technologie Dynamick®, un arçon en fibre de verre et Kevlar qui repousse les limites de la performance, notamment dans la selle Chiberta Lab. Cette technologie a également été appliquée à la gamme de dressage Makila avec la Makila Harmonie, libérant les mouvements du cheval.
Face à la demande croissante du marché de l'endurance, Devoucoux a lancé la Korrika Lab, une selle innovante intégrant un arçon fendu, une première sur le marché. Plus récemment, la Chiberta Enara et la Biarritz Enara ont vu le jour, repoussant encore les limites de l'innovation et du confort.
En 2022, Devoucoux a opéré un renouveau de son identité visuelle, avec un logo et une charte graphique modernisés, tout en préservant son âme et son ancrage au Pays Basque. L'année 2024 voit l'arrivée des modèles Chiberta Evo et Biarritz Enara, témoignant d'une évolution constante pour répondre aux exigences croissantes des cavaliers.
L'Héritage Familial et l'Avenir de la Sellerie
La passion du cuir se transmet au sein de la famille Devoucoux depuis trois générations. Damien Devoucoux, co-gérant aux côtés de son père et de son frère jumeau Mathieu, incarne cette transmission. Initialement ingénieur, Damien a rejoint l'entreprise familiale après un stage, découvrant et adoptant la passion de son père.

Après avoir travaillé pour le groupe LIM jusqu'en 2018, les jumeaux ont créé leur propre atelier, Façon Cuir, dans le but de partager leur savoir-faire et leurs valeurs. Cette entreprise, qui emploie 23 salariés, travaille en sous-traitance pour de grandes marques de maroquinerie de luxe parisiennes et de sellerie internationales. "La sellerie est un métier complexe et vivant," souligne Damien, observant les fortes évolutions du secteur en termes de machinerie, de modes de production et d'organisation.
En parallèle de leur activité de selliers, les frères Devoucoux se sont lancés dans la maroquinerie en autodidactes, appliquant la même exigence à ce domaine, malgré des codes et des finitions différents. Le lancement de la marque Erro, dont la première boutique a ouvert avenue du Prince de Galles, symbolise cette diversification. "Erro signifie racine, origine, en langue basque," explique Damien, "c'est un terme qui nous correspond assez bien, car notre passion et nos savoir-faire sont des héritages de notre famille."
L'ouverture de cette nouvelle boutique et le lancement de la marque Erro permettent de mettre en avant les compétences des salariés et le travail artisanal du cuir, notamment à travers des ateliers ouverts au public pour créer sa propre pièce de maroquinerie.
L'histoire de Devoucoux est celle d'un engagement indéfectible envers l'excellence, l'innovation et la transmission, ancrée dans le terroir basque et tournée vers l'avenir du monde équestre.