L'Épopée Hippomobile : Un Voyage à Travers l'Histoire de la Voiture Ancienne

L'histoire de l'automobile est une saga fascinante, marquée par l'innovation, le design et l'ingéniosité humaine. Des premières machines rudimentaires aux véhicules sophistiqués d'aujourd'hui, chaque époque a laissé son empreinte. En Suisse, plusieurs institutions et collections privées témoignent de ce riche passé, offrant un aperçu précieux de l'évolution des transports terrestres. Cet article explore le monde des musées hippomobiles et des collections de voitures anciennes, en mettant en lumière des exemples notables et des aspects historiques pertinents.

La Fondation Gianadda : Vision et Préservation Archéologique

L'histoire de la Fondation Pierre Gianadda à Martigny est intimement liée à une vision prospective de l'aménagement du territoire. En 1973, lors de la conception du projet de l'immeuble-tour Belvédère, Léonard Gianadda a anticipé la construction d'un parking. Il a stratégiquement placé celui-ci au deuxième sous-sol d'un bâtiment édifié de l'autre côté de la route du Forum. Cette décision était motivée par une préoccupation majeure : « Le constructeur n’ignore pas que le terrain destiné à la réalisation de la tour peut être riche en vestiges. Il faut donc éviter de bouleverser cette zone archéologique par la construction de garages qui exigent une surface de terrain quatre fois supérieure à celle nécessaire au bâtiment. » Cette approche démontre une conscience précoce de l'importance de préserver le patrimoine archéologique tout en développant des infrastructures modernes.

La question de l'utilisation de l'espace s'est posée lorsque le projet initial de l'immeuble a été remplacé par la création d'une Fondation. C'est dans ce contexte qu'est né le musée, inauguré en juin 1981. La responsabilité de ce musée a été confiée à Fortunato Visentini, un mécanicien de Martigny dont la passion pour les voitures anciennes était bien connue. Son habileté exceptionnelle lui a permis de redonner vie à toutes les automobiles exposées.

Intérieur de la Fondation Gianadda avec des voitures anciennes

La collection du Musée s'est enrichie au fil des ans par l'acquisition de véhicules prestigieux. Les pièces les plus anciennes, une Benz d'origine allemande et une Jeanperrin française, datent de 1897. Actuellement, la collection compte plus de quarante automobiles, présentant des marques aussi renommées que Rolls-Royce, Bugatti, Mercedes-Benz, Alfa Romeo, Isotta-Fraschini ou encore Hispano-Suiza. Ces véhicules sont tous représentatifs de l'histoire de l'automobile avant la Première Guerre mondiale et de la « fabuleuse épopée de l’industrie automobile ». Chaque voiture a été expertisée et est en parfait état de marche, témoignant de l'engagement du musée envers la préservation et la présentation de ces trésors mécaniques.

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L'Art Mécanique Genevois : La Collection de Boîtes à Musique de Jacques-Antoine Horngacher

L'histoire de la musique mécanique est un autre domaine fascinant, étroitement lié à l'horlogerie et à l'ingénierie de précision. À Genève, la collection de boîtes à musique de Jacques-Antoine Horngacher offre un témoignage exceptionnel de cet art. Ce qui a commencé comme une passion d'enfant est devenu le fil conducteur d'une vie, aboutissant à une collection d'une ampleur et d'une diversité remarquables, offrant une vision complète de cet univers.

L'histoire de Jacques-Antoine Horngacher commence dans les rues de Genève, où il a trouvé une boîte à musique abandonnée aux puces. Intrigué par le mécanisme, le jeune Jacques-Antoine, déjà intéressé par les mécanismes, a trouvé un vieux mouvement de boîte à musique à Plainpalais, un lieu réputé pour son marché aux puces. En 1939, à l'âge de 10 ans, il a construit un carillon avec des sonnettes de vélo. À 12 ans, une tante attentionnée lui a offert sa première boîte à musique, un « déclencheur » selon Estelle Fallet, conservatrice au Musée d’Art et d’Histoire de Genève. Malheureusement, cet objet fut peu de temps après associé au décès de sa mère.

Doté d'une grande intelligence, Jacques-Antoine excellait en mathématiques et dans la résolution de jeux de mots. Sa compréhension de la mécanique et son doigté l'ont conduit à l'école d'horlogerie. Cependant, sa présentation d'une boîte à musique y fut refusée sous le prétexte qu'il ne s'agissait pas d'horlogerie. Toute sa vie, il a défendu l'appartenance de ces deux spécialités à un même art. Son combat a été légitimé en 2020, sept ans après son décès, lorsque les savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d'art ont été inscrits sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Une boîte à musique ancienne ouverte, montrant son mécanisme

La démarche de J.-A. Horngacher était à la fois passionnée et scientifique. Expert internationalement reconnu, il a réalisé une classification exhaustive des boîtes à musique, « depuis les tout premiers mouvements avec systèmes de lames empilées, puis les lames déployées en peigne plat, et enfin avec un volume amplifié par disque, jusqu’au papier perforé ». Il a organisé sa collection avec la rigueur d'un conservateur de musée, adoptant une démarche professionnelle. Bien que les principes de conservation et de restauration tels que nous les connaissons aujourd'hui n'étaient pas encore appliqués à l'époque, il adaptait ses méthodes pour faire fonctionner les boîtes.

Jacques-Antoine Horngacher a légué 135 boîtes à musique, exposées dans leur intégralité au Musée d’Art et d’Histoire de Genève jusqu'au 17 août 2025. Ces pièces sont complétées par des carillons de la Cathédrale Saint-Pierre, des pendules, une dizaine de boîtes à musique du musée et même un coucou, illustrant la richesse de la musique mécanique. Depuis son legs en 2013, un travail méticuleux de restauration a été entrepris.

La décision de confier cette collection au musée genevois, plutôt qu'au Musée d’automates et de boîtes à musique de Sainte-Croix, s'explique par plusieurs raisons. J.-A. Horngacher était genevois, et surtout, la boîte à musique est née à Genève. Le principe de la boîte à musique à peigne ou clavier a été inventé en 1795 par Antoine Favre, un horloger de la ville. Il a découvert, peut-être par hasard, la propriété sonore des lames vibrantes. Ce principe a d'abord été appliqué à de petits formats, puis développé pour des boîtes destinées aux lieux publics, où une pièce de monnaie permettait de profiter de la musique.

Le Musée Hippomobile de Bâle : Un Patrimoine Équestre Préservé

Dans un autre registre, le Musée historique de Bâle (HMB) a abrité une remarquable collection de carrosses et de traîneaux. Cette collection, qui a quitté son emplacement dans les jardins Merian à Brüglingen à partir du 31 janvier 2017, représente un pan important de l'histoire des transports hippomobiles. La Fondation Christoph Merian (CMS) a repris la grange qui abritait le Musée Hippomobile depuis 1981 pour son usage personnel dans le cadre de travaux d'aménagement.

Grâce à un partenariat avec le Google Cultural Institute, le musée et sa collection sont devenus accessibles en ligne dès octobre 2016, faisant du Musée Hippomobile le premier musée virtuel du HMB. Vers la fin du XIXe siècle, le Musée historique de Bâle avait reçu en don plusieurs vieux traîneaux datant des XVIIe et XVIIIe siècles. Après 1930, le nombre de carrosses s'est accru de manière significative. Depuis son ouverture en 1981, le bâtiment d'exposition aménagé dans l'ancienne étable des jardins Merian à Brüglingen a vu sa collection s'agrandir régulièrement. Sous un nouveau nom, le Musée hippomobile a attiré de nombreux visiteurs jusqu'à sa fermeture fin septembre 2016. Les véhicules sont actuellement conservés dans un dépôt.

Un carrosse ancien richement décoré

Un choix représentatif de carrosses et de traîneaux, ainsi qu'une documentation sur l'histoire du musée, ont été numérisés et sont donc consultables en ligne par le public. Les carrosses de la grande bourgeoisie bâloise du XIXe siècle constituent le point fort de la collection, complétée par des véhicules plus anciens et très rares. La sélection de traîneaux s'étend d'exemplaires abondamment décorés de l'époque baroque à des traîneaux utilitaires plus récents. Parmi les pièces maîtresses de la collection figurent le traîneau de Diane, de style baroque, provenant de la cour du Palatinat du Rhin, et la calèche Biedermeier. Les luges et traîneaux tirés ou poussés à la main servaient de voitures d'enfants en hiver, transportant les enfants des familles riches, enveloppés dans de la fourrure, à l'école par les serviteurs.

Le Musée de la Civilisation : Une Collection Privée Prend Vie

Le Musée de la Civilisation a également mis en lumière l'univers des voitures hippomobiles à travers une exposition intitulée « Tirée par les chevaux ». Cette exposition présentait 18 des 208 voitures des siècles passés, issues d'une collection privée donnée en 2011 par le collectionneur et homme d'affaires Paul Bienvenu. Faute d'espace dans les réserves du musée, les voitures étaient conservées chez le collectionneur à Bromont.

Pendant des siècles, les voitures tirées principalement par des chevaux, mais aussi par des ânes, des mulets ou des bœufs dans d'autres régions du monde, ont constitué le seul moyen de transport terrestre pour les marchandises et les personnes. Leurs formes et leurs caractéristiques, adaptées à leurs usages spécifiques, ont été d'une variété infinie. Il était donc naturel que des collections et des musées soient créés pour préserver les exemplaires subsistants. Beaucoup de pièces remarquables sont conservées dans des bâtiments, monuments ou musées non spécialisés.

Une collection variée de calèches et traîneaux

Dans un manège aménagé, diverses anciennes voitures reprennent vie. La collection compte désormais plus de 80 voitures datant de 1850 à 1940, ainsi qu'une trentaine de machines agricoles tirées par des chevaux (de 1900 à 1960). Une grande partie de ces véhicules a été restaurée ou est en bon état d'origine. Certaines pièces ont été entièrement rénovées, et même si certaines ne sont pas encore présentables, le modèle a été sauvé. La diversité des véhicules exposés est impressionnante, incluant des chaises, victorias, milords, Park drags, breaks, breaks de chasse, dog carts, cabriolets, omnibus privés, gigues, tilburys, traîneaux, corbillards, breaks de ville, wagonnettes, wagonnettes tonneau, sociables, coupés 3/4, phaétons, phaétons tabatière, wagonnettes tabatière, landaus, chaises de montagne, ducs de dame, ducs, Surrey, tapissières, bressettes, et bien d'autres encore. Les provenances de ces véhicules sont riches et variées, empreintes d'histoire et d'héritage, provenant de Suisse, de France, d'Allemagne, d'Angleterre, des Pays de l'Est, des États-Unis, de Russie, et d'ailleurs.

L'Importance de la Préservation et de la Diffusion du Patrimoine Hippomobile

Les collections de voitures anciennes, qu'elles soient exposées dans des musées spécialisés, des fondations ou des collections privées, jouent un rôle crucial dans la préservation de notre patrimoine culturel et technologique. Elles nous rappellent l'ingéniosité des générations passées et l'évolution spectaculaire des moyens de transport qui ont façonné notre monde. L'accessibilité de ces collections, que ce soit physiquement ou virtuellement, permet de sensibiliser le public à cette histoire fascinante et de susciter l'intérêt pour les générations futures. La numérisation des collections et la création de musées virtuels sont des outils précieux pour démocratiser l'accès à ce patrimoine, le rendant disponible à un public mondial, indépendamment des contraintes géographiques ou temporelles.

Le Musée Hippomobile, à travers ses différentes incarnations et ses efforts de préservation et de diffusion, incarne cette volonté de faire revivre l'âge d'or des transports hippomobiles. Les collections, qu'elles soient basées sur l'automobile ancienne, la musique mécanique ou les carrosses, sont des fenêtres ouvertes sur le passé, nous permettant de comprendre d'où nous venons et d'apprécier le chemin parcouru. L'héritage de pionniers comme Léonard Gianadda, Fortunato Visentini, Jacques-Antoine Horngacher et Paul Bienvenu, ainsi que le travail des conservateurs et des institutions culturelles, garantissent que ces histoires mécaniques continueront d'inspirer et d'éduquer.

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