La presqu'île de Lège-Cap Ferret, joyau de la côte atlantique française, est une terre de contrastes et d'histoires, jalonnée par dix villages pittoresques, chacun possédant son âme et ses particularités. Parmi eux, la Pointe aux Chevaux, bien que géographiquement rattachée à Grand Piquey, révèle un accès privilégié depuis Petit Piquey, offrant une expérience unique aux visiteurs en quête de beauté naturelle et de récits d'antan. Cette plage, véritable trésor caché, dévoile une histoire fascinante liée aux chevaux et à l'île aux Oiseaux, ajoutant une couche de charme à la splendeur du Bassin d'Arcachon.
Un Accès Privilégié et des Panoramas Époustouflants
L'accès à la plage de la Pointe aux Chevaux est une invitation à la découverte. Il est vivement recommandé de débuter l'exploration par une agréable promenade le long de la plage, partant de l'extrémité de l'impasse de la source, au cœur de Petit Piquey. Lorsque la marée est haute, cette plage se métamorphose, révélant l'une des plus belles facettes de la presqu'île, avec ses eaux cristallines et ses panoramas à couper le souffle. Le cheminement est jalonné de somptueuses villas qui, progressivement, cèdent la place à de charmantes cabanes ostréicoles, le regard toujours porté vers la Pointe aux Chevaux s'avançant gracieusement dans le Bassin d'Arcachon.
Pour une perspective encore plus saisissante, un petit sentier discret, escaladant doucement la dune à proximité du quartier ostréicole du Grand Coin, mène à l'avenue de la Pointe aux Chevaux, quelques dizaines de mètres plus haut. Ce chemin est souvent considéré comme offrant la vue la plus spectaculaire sur le Bassin et l'Île aux Oiseaux, un spectacle naturel inoubliable. La plage de la Pointe aux Chevaux est un véritable havre de paix, un lieu propice à la détente, au ressourcement et à la contemplation de la splendeur naturelle du Bassin d'Arcachon. Que ce soit pour se prélasser au soleil, se baigner ou simplement flâner le long du rivage, cette plage séduit par sa quiétude et sa beauté.

L'Épopée des Chevaux et l'Île aux Oiseaux
L'histoire de la Pointe aux Chevaux est une saga qui prend racine au 19ème siècle, une époque où les troupeaux et les animaux jouaient un rôle central dans la vie quotidienne de la région. Le nom énigmatique de cette superbe plage trouve son origine dans une pratique ancestrale : les propriétaires de troupeaux de chevaux se rassemblaient régulièrement sur cette plage du Bassin d'Arcachon, particulièrement à marée basse. C'était un lieu de passage essentiel pour leurs animaux.
Guidés par des marins chevronnés à bord de leurs pinasses, les chevaux se lançaient alors dans une nage audacieuse en direction de l'Île aux Oiseaux. Une fois arrivés sur l'île, ces équidés trouvaient une récompense pastorale : une herbe salée réputée pour ses vertus toniques et bienfaitrices pour leur santé. L'Île aux Oiseaux devenait ainsi une destination prisée, offrant une pâture rare et précieuse.
Cependant, cette période de prospérité prit fin de manière tragique le 27 octobre 1882. Une violente tempête s'abattit sur la région, provoquant une montée des eaux qui submergea complètement l'Île aux Oiseaux, engloutissant ainsi la précieuse pâture. Ainsi se termine le chapitre de l'histoire qui a donné son nom à ce lieu emblématique. Désormais, chaque fois que l'on admire le panorama à couper le souffle de cet endroit magique, on se souvient que son nom est intimement lié à l'époque où les chevaux traversaient ces eaux pour atteindre l'Île aux Oiseaux et se délecter de son herbe salée.
Les Villages de la Presqu'île : Une Richesse d'Histoires et de Patrimoines
La presqu'île de Lège-Cap Ferret est un ensemble de dix villages, chacun racontant une histoire singulière, façonnée par le sable, la forêt, le bassin et l'océan.
Lège, capitale administrative, a connu trois déplacements sous les assauts du sable avant de trouver son implantation actuelle. Terre ancienne tournée vers l'agriculture, l'élevage, le gemmage et les industries forestières, elle arbore sur son blason une chèvre, rappelant la légende de la chèvre d'or. L'église Saint-Pierre et la cité ouvrière de Le Corbusier témoignent de son riche patrimoine. Le creusement d'un canal au milieu du 19ème siècle et l'arrivée du chemin de fer en 1884 ont marqué son développement, faisant d'elle la porte d'entrée de la presqu'île dans les années 1930 avec la construction de la route vers le Cap Ferret.
Claouey, dont le nom pourrait dériver d'un artisan cloutier, doit son peuplement aux Légeots qui y bâtirent villas et maisons de vacances au 19ème siècle. La station balnéaire prit son essor dans les années 1920-1930 avec la création de lotissements et l'édification d'équipements communaux. Ses rues tracées à l'Américaine, à angle droit, lui confèrent une physionomie particulière. Un ancien chemin de fer Decauville facilitait le transport de billes de bois. Claouey est aujourd'hui un port ostréicole et de plaisance dynamique.
Le Four, le plus petit des villages ostréicoles, doit son nom à un ancien four à goudron, sous-produit de la résine utilisée par les marins. Peuplé par des familles originaires d'Arès, il abrite le Môle du Four, construit à la fin des années 1950. Un ancien chai de 1889 rappelle les vignes jadis implantées par Léon Lesca.
Les Jacquets, ancien marais surnommé "Terre Blanque", tire son nom du mot gascon désignant la bécasse. Ce petit port ostréicole, niché dans une anse, abritait autrefois des réservoirs à poissons. C'est ici que vécut le peintre Émile Brunet, dont les œuvres immortalisèrent le Bassin et ce village.
Piquey se divise en Petit Piquey et Grand Piquey, évoquant respectivement une "petite dune" et une "grande dune" en gascon. Petit Piquey fut autrefois appelé Pauilhac, du nom de notables d'Arès. L'avenue du Truc Vert suit une ancienne piste forestière. Grand Piquey marquait la limite historique entre la Baronnie de Lège et le Captalat de Buch. Ces port et villages de pêcheurs sont inscrits à l'inventaire des sites pittoresques.

Piraillan se distingue par sa réserve naturelle "les réservoirs", un ancien réservoir à poissons réaménagé. Son marché couvert, à l'architecture originale imitant les ondulations de la mer, est un lieu de vie animé. Côté Bassin, Piraillan offre une conche abritant port et quartier de pêcheurs et ostréiculteurs, inscrit à l'inventaire des sites classés. Deux îlots artificiels y furent créés au début du 20ème siècle pour agrandir le nombre de concessions ostréicoles.
Le Canon, une baie ceinturée de dunes au milieu du 19ème siècle, vit les ostréiculteurs installer leurs cabanes vers le Bassin, agrandissant leur surface de travail par une digue asséchante. La route reliant les villages ostréicoles s'arrêtait ici dans les années 30, nécessitant le franchissement de la dune et la construction d'un mur de soutènement pour accueillir les premières villas. Le village doit son nom à un véritable canon, dont l'origine au 19ème siècle est sujette à débat : navire marchand, fort de défense ou navire de guerre capturé.
L'Herbe, deuxième village le plus peuplé avec Le Canon, accueillit d'abord des pêcheurs et ostréiculteurs venus périodiquement pour les grandes marées. Leurs habitations flottantes, appelées "pontons", devinrent peu à peu inutilisables, menant à leur installation définitive sur la berge et à la transformation des pontons en cabanes ostréicoles. Le puits artésien de L'Herbe, foré à plus de 150 mètres de profondeur, est toujours en fonction. La chapelle Sainte Marie du Cap, plus connue sous le nom de "Chapelle de L'Herbe", construite en 1885, témoigne de l'inspiration mauresque de son propriétaire, Léon Lesca.
La Vigne, aujourd'hui remarqué pour son port de plaisance construit en 1960, fut avant cela le site de réservoirs à poissons creusés par Léon Lesca. Les déblais permirent la culture de la vigne, qui connut une renommée certaine jusqu'en 1938. Un chemin de fer Decauville acheminait également les productions de la forêt vers le Bassin.
Le Cap Ferret, terre disputée pendant des siècles, fut officiellement rattaché à la commune de Lège le 21 juin 1976. Ses premiers habitants furent pêcheurs, ostréiculteurs, gardes et douaniers. Le phare du Cap Ferret, achevé en 1840, fut détruit en 1944 et reconstruit. Ses 258 marches offrent une vue panoramique imprenable. Dès la fin du 19ème siècle, des bateaux à vapeur reliaient Arcachon au phare, facilitant l'accès aux nombreux excursionnistes et le développement des infrastructures touristiques, comme les débarcadères et les différents tramways successifs.
L'ensemble de ces villages, avec leurs histoires riches et leurs patrimoines préservés, contribue à la singularité et à l'attrait de la presqu'île de Lège-Cap Ferret, un territoire où la nature et l'histoire s'entremêlent harmonieusement.