Les Poneys du Parc Micaud : Une Institution Bisontine Face à l'Oubli et à la Tragédie

Les poneys du Parc Micaud à Besançon n'étaient pas de simples animaux de loisir ; ils étaient une véritable institution, ayant le bonheur de plusieurs générations d'enfants pendant plus de cinquante ans. Leur présence joyeuse dans le paysage bisontin a marqué l'imaginaire collectif, faisant des promenades à poney une tradition chère au cœur de nombreux habitants. Pourtant, cette histoire empreinte de souvenirs s'est achevée dans une noirceur inimaginable, révélant une réalité crue de négligence et de souffrance animale, orchestrée par un désintérêt coupable et une misère sociale profonde. La disparition de ces poneys, constatée en 2023, a d'abord suscité une vague d'inquiétude, rapidement transformée en indignation collective au printemps dernier, lorsque la SPA et les gendarmes ont découvert l'effroyable vérité dans une étable à Ouvans.

Poneys dans un pré verdoyant

Une Découverte Macabre à Ouvans

Le 16 mars 2024, suite à un signalement de la maire d'Ouvans concernant des chiens errants en piteux état, une équipe de la SPA de Besançon, accompagnée de la gendarmerie, s'est rendue sur une propriété isolée. Ce qui devait être une intervention pour des animaux en divagation s'est rapidement transformé en une descente aux enfers. Dès l'arrivée, une odeur nauséabonde de décomposition a frappé les enquêteurs. Dans le jardin, des crânes d'animaux et des ossements jonchaient le sol, témoignage silencieux d'une tragédie. L'horreur a pris une dimension encore plus glaçante lorsqu'en ouvrant une porte, les enquêteurs ont découvert deux chiens affamés dévorant le cadavre en décomposition d'un poney.

La découverte ne s'arrêtait pas là. Dans une stabulation insalubre, quatre autres poneys ont été trouvés entassés dans un espace exigu, pataugeant dans leurs propres excréments et dans la boue. Ils étaient "à l'article de la mort", selon les termes du ministère public, dans un état de dénutrition avancé et de faiblesse extrême, incapables de bouger. Trois autres équidés n'avaient malheureusement pas survécu, leurs ossements disséminés sur le terrain par les chiens, eux-mêmes affamés, ajoutant une couche supplémentaire à l'horreur.

Étable insalubre avec des animaux

Les Racines d'une Tragédie : Négligence et Misère

L'enquête a révélé que ces poneys, autrefois symboles de joie et de légèreté au Parc Micaud, étaient victimes d'un abandon progressif, alimenté par une combinaison tragique de misère sociale, financière et familiale, et d'un coupable désintérêt pour le bien-être animal. La propriétaire des poneys, une mère de trois enfants vivant du RSA, avait souhaité reprendre la gestion de la mini-ferme "Élites" suite à son ex-belle-mère. Cette transition s'est avérée catastrophique, notamment suite à sa séparation d'avec son conjoint, la forçant à trouver un nouveau lieu pour ses animaux.

Face à des difficultés financières insurmontables et à l'impossibilité de trouver un terrain adéquat, elle a fini par confier une partie des équidés à un ami, un technicien de maintenance de 40 ans, sans contrepartie financière. "J'ai été idiote de lui faire confiance", a-t-elle déclaré au tribunal, reconnaissant avoir été dépassée par la situation. Le président d'audience s'est étonné qu'elle n'ait jamais pris la peine de rendre visite à son ami pour s'assurer des conditions de vie de ses animaux, malgré les signaux d'alerte. Elle a plaidé son manque de moyens, notamment l'absence de voiture et ses obligations familiales, pour expliquer son incapacité à se rendre sur place.

De son côté, l'ami en charge des poneys a admis avoir été dépassé par la situation, reconnaissant passer "donner à manger, mais pas suffisamment apparemment." Son avocat a affirmé que son client s'était "fait complètement avoir" par la propriétaire, suggérant une possible manipulation ou une tromperie. L'indifférence des mis en cause face à la dégradation des conditions de vie des animaux a marqué profondément les cinq associations de protection animale constituées parties civiles, ainsi que le ministère public.

Les sénateurs et la cause animale

La Longue Agonie des Poneys de Micaud

L'histoire des poneys du Parc Micaud est aussi celle de plusieurs années d'alertes restées lettre morte. Françoise Cantin, l'ancienne propriétaire des animaux jusqu'en 2016, a exprimé sa colère et son désarroi. Après avoir pris sa retraite, elle avait vendu son affaire, incluant les animaux, les terrains et les équipements, à son ex-belle-fille, qui travaillait à ses côtés depuis deux ans. Elle pensait avoir confié ses animaux à une personne de confiance.

Cependant, au fil des mois et des années, Françoise Cantin, dont l'habitation surplombait l'exploitation, a constaté une dégradation progressive des conditions de vie de tous les animaux. N'ayant plus d'autorité juridique sur la mini-ferme, elle a multiplié les alertes auprès des autorités compétentes, y compris la mairie et les services vétérinaires de la préfecture, sans aucun résultat concret. Des constats d'huissier, étayés de photos, ont documenté la décrépitude des animaux et des installations, notamment en mars 2022 et mars 2023, peu avant la disparition soudaine de son ex-belle-fille et des poneys.

"Je n'arrête pas d'alerter tous les services possibles depuis 2019 et rien ne bouge, on attend un drame pour s'en étonner", a-t-elle déclaré, visiblement affectée. Elle a également souligné le lien fort qui unissait les poneys, leur soin méticuleux lorsqu'ils étaient sous sa responsabilité, contrastant violemment avec leur sort actuel. Le dévouement qu'elle et son équipe portaient aux animaux, les toiletant, soignant leurs pieds et leurs crinières, rendait la situation actuelle encore plus insupportable. "C'était notre outil de travail, et puis ils nous le rendaient tellement bien, ces poneys, c'était la prunelle de nos yeux !" s'est-elle exclamée, la voix empreinte d'émotion.

Carte du Doubs avec la localisation d'Ouvans

Un Avenir Incertain pour les Survivants

Face à cette catastrophe, quatre poneys ont été sauvés et confiés aux bons soins de l'association Canima. Grâce à la rapidité et au professionnalisme des équipes de sauvetage, ces survivants ont été transférés dans l'heure qui a suivi leur découverte. L'association Canima, basée à Avilley, a pris en charge ces animaux dans un état de santé critique. Après plusieurs semaines de soins intensifs, comprenant une cachexie sévère, un catabolisme musculaire avancé, une perte de motricité et des plaies surinfectées, les quatre poneys ont finalement retrouvé des signes de rétablissement et sont désormais en meilleure forme.

La SPA a déposé plainte pour sévices graves, mauvais traitements et abandon volontaire envers des animaux domestiques. Les deux prévenus, le propriétaire des lieux et la propriétaire des poneys, ont comparu devant le tribunal de Besançon le 29 novembre, répondant du délit de détention illicite de cadavre d'animal et de multiples contraventions liées au mauvais traitement des bêtes. Le jugement a été mis en délibéré et rendu le 20 décembre 2024. Les prévenus ont été condamnés à verser des dommages et intérêts aux associations parties civiles, notamment à la SPA de Besançon, à la Fondation Brigitte Bardot, à 30 Millions d'Amis, à l'association Stéphane Lamard et à l'association Canima, qui a déboursé près de 30 000 euros pour remettre les poneys sur pied.

Cependant, pour beaucoup, les amendes prononcées restent trop légères au regard de la gravité des faits. Les associations de protection animale expriment leur inquiétude quant à la répétition de tels drames, soulignant que la maltraitance et la cruauté envers les animaux sont malheureusement de plus en plus fréquentes et touchent toutes les couches de la société. L'histoire des poneys du Parc Micaud est un sombre rappel que derrière une institution appréciée, des souffrances indicibles peuvent se cacher, nécessitant une vigilance constante et une réponse ferme face à la négligence et à la cruauté. Les quatre poneys rescapés, symboles de résilience, portent en eux le témoignage silencieux d'une tragédie qui ne doit pas être oubliée.

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