Le Pourcentage d'Avortements chez les Juments Pur-Sang Français : Causes, Diagnostic et Prévention

L'avortement chez les juments, particulièrement dans la filière des chevaux de course comme le pur-sang français, représente un échec majeur entraînant des pertes économiques significatives. La nature contagieuse de certains agents pathogènes peut potentiellement affecter l'ensemble de l'effectif de juments gestantes d'un haras. Il est donc primordial d'identifier rapidement la cause d'un avortement afin de mettre en œuvre des mesures de contrôle appropriées. Malgré les avancées scientifiques, une portion non négligeable des cas d'avortements infectieux, estimée entre 7 et 40% selon les régions du monde, demeure inexpliquée.

Jument pur-sang dans un pré

Épidémiologie des Avortements Équins en France : État des Lieux et Évolutions

Historiquement, en France, le Laboratoire de Santé Animale (LSAn) de l'Anses, site de Normandie, a mené des études approfondies sur les avortements équins. Une étude menée entre 1986 et 2009 sur 1 822 avortons autopsiés a révélé que la cause de l'avortement n'a pu être déterminée que dans 75% des cas. Parmi les cas où une cause a été identifiée, 48% étaient d'origine infectieuse, 27% d'origine non infectieuse, et 25% restaient indéterminés. Au sein des causes infectieuses, les bactéries dominaient largement (80%), suivies par les virus (15%) et les champignons (2%).

Une recherche antérieure, réalisée entre 2002 et 2006, a exploré 407 cas d'avortement, dont 53% étaient d'origine infectieuse. Dans cette étude, 17,5% des cas sont restés sans explication, et pour les 216 avortements infectieux, l'agent étiologique n'a été identifié que dans 48,6% des cas. Ce projet a contribué au développement d'outils de détection pour des agents tels que les herpès virus équins de type 1 et 4 (HVE-1 et 4), le virus de l'Artérite Virale Équine (AVE), ainsi que pour les leptospires. Ces avancées ont conduit à la création d'un sous-réseau dédié aux avortements au sein du Réseau d’Épidémiosurveillance en Pathologie Équine (RESPE) fin 2008.

Plus récemment, une étude menée entre 2010 et 2019 par l'Anses, portant sur 851 fœtus autopsiés dans le cadre du Réseau national de surveillance des causes de mortalité des équidés (Resumeq), a montré une amélioration du diagnostic. La cause de l'avortement a pu être déterminée dans 81% des cas. La répartition observée était la suivante : 56% de causes infectieuses, 25% de causes non infectieuses, et 19% de causes indéterminées. Bien que ces données offrent un aperçu des principales causes d'avortement chez les juments en France, il est important de noter que la majorité des fœtus autopsiés provenaient de Normandie, et que tous les cas d'avortement ne font pas l'objet d'une autopsie.

Carte de la France avec la région Normandie mise en évidence

Les Principales Causes Infectieuses d'Avortement

Les infections bactériennes constituent la cause prédominante d'avortements infectieux chez les juments, représentant environ 80% des cas identifiés dans les études françaises. Une placentite macroscopique est souvent observée dans un quart de ces cas. Près d'une quarantaine d'espèces bactériennes ont été isolées, seules ou en association. Ces bactéries, souvent commensales, fécales ou présentes dans l'environnement, peuvent agir comme pathogènes stricts ou opportunistes. Parmi elles, Streptococcus zooepidemicus est la bactérie la plus fréquemment isolée, responsable d'environ 20% des avortements d'origine bactérienne.

Les infections virales représentent environ 9% des causes infectieuses d'avortement. L'herpèsvirus équin de type 1 (HVE-1) est la cause virale la plus significative, responsable de la majorité des avortements d'origine virale. Dans une étude portant sur 124 cas d'avortements dus à l'HVE-1, 80% se sont produits entre le 8ème et le 10ème mois de gestation. Les lésions macroscopiques associées incluent un ictère généralisé, des pétéchies, des œdèmes, un hydropéritoine et un hydrothorax, ainsi que des foyers de nécrose hépatique et des pneumonies. L'HVE-4 est une cause beaucoup plus rare d'avortement (4 cas dans une étude). Le virus de l'artérite virale équine (AVE) a également été identifié, bien que de manière sporadique.

Les infections fongiques (mycoses) et les infections mixtes (bactériennes et fongiques) sont moins fréquentes, représentant respectivement environ 1,5% et 2,5% des cas. Ces infections sont presque systématiquement accompagnées d'une placentite chronique, souvent centrée sur l'étoile cervicale. Aspergillus sp., notamment Aspergillus fumigatus, est l'agent fongique le plus fréquemment identifié.

Diagnostic différentiel des avortements

Les Causes Non Infectieuses d'Avortement

Parmi les causes non infectieuses, les torsions du cordon ombilical sont l'étiologie la plus fréquente, représentant près de 60% de ces cas. Les torsions chroniques se manifestent par des zones de striction et/ou de dilatation, tandis que les torsions aiguës présentent un cordon excessivement vrillé et un œdème hémorragique. Un cordon ombilical anormalement long (supérieur à 90 cm) est un facteur de risque significatif. L'hypoplasie des villosités choriales est la deuxième cause la plus fréquente, entraînant une réduction des échanges fœto-maternels.

Les malformations congénitales sévères constituent environ 7% des avortements non infectieux. Les gestations gémellaires représentent une cause majeure d'avortement, particulièrement lorsque les deux fœtus persistent au-delà de 45 jours de gestation, entraînant environ 80% d'avortements vers le 9ème ou 10ème mois. Des études ont montré que les avortements liés aux jumeaux sont devenus plus précoces au fil du temps. Dans les haras de Pur-Sang à Newmarket, les jumeaux étaient la principale cause d'avortement dans les années 1970, représentant 29% des cas.

D'autres causes non infectieuses incluent l'hydropisie des enveloppes (accumulation de liquide dans le placenta et l'amnios), le décollement prématuré du placenta, et des maladies maternelles telles que la leptospirose ou la grippe. Il est important de noter que certains médicaments peuvent également induire l'avortement.

Schéma illustrant la placentite ascendante

Diagnostic et Prévention des Avortements

La détection précoce des anomalies est cruciale. L'examen quotidien des juments dans les deux derniers mois de gestation, incluant l'observation de la mamelle et de la vulve, est recommandé. Toute anomalie doit inciter à consulter un vétérinaire, qui pourra confirmer ou infirmer une suspicion de placentite par échographie placentaire et initier un traitement antibiotique si nécessaire. Un traitement précoce peut souvent prévenir l'avortement.

La prévention passe également par le maintien de conditions d'hygiène rigoureuses dans les boxes et les stabulations pour minimiser les risques de contamination microbienne. Les palpations vaginales chez les juments pleines doivent être évitées autant que possible.

La vaccination joue un rôle essentiel dans la prévention de certaines causes d'avortement, notamment contre la rhinopneumonie (HVE-1). Bien que les vaccins ne garantissent pas une protection totale, ils contribuent à réduire la circulation du virus et la ré-excrétion par les porteurs latents. La vaccination de l'ensemble de l'effectif de l'élevage est plus efficace que la vaccination des seuls animaux reproducteurs.

Des mesures spécifiques sont également nécessaires pour gérer les gestations gémellaires. Un diagnostic échographique précoce de gestation permet au vétérinaire de conseiller sur la meilleure approche, qui peut inclure une réduction manuelle des jumeaux dans certains cas.

Les Défis et les Perspectives Futures

Malgré les progrès réalisés, un pourcentage significatif d'avortements reste inexpliqué. Le développement de technologies innovantes, telles que le séquençage haut débit (NGS), offre de nouvelles perspectives pour l'exploration des étiologies non résolues et la confrontation avec les résultats des diagnostics ciblés. Les recherches en cours visent à optimiser la surveillance des avortements au niveau national et à améliorer la compréhension des agents pathogènes impliqués.

Il est également important de souligner les enjeux éthiques liés à la production d'hormones équines, telles que la gonadotrophine chorionique équine (eCG). Des enquêtes ont révélé des pratiques barbares dans certaines "fermes à sang" en Argentine et en Uruguay, où des juments gestantes sont exploitées pour leur sang, entraînant avortements forcés et souffrances extrêmes. Ces pratiques, bien que contraires aux standards de protection animale de l'UE, alimentent une industrie lucrative, soulevant des questions sur la responsabilité des industries pharmaceutiques et la nécessité d'une réglementation plus stricte et d'une vigilance accrue de la part des éleveurs et des consommateurs.

La lutte contre les avortements équins est un effort continu qui nécessite une collaboration étroite entre les éleveurs, les vétérinaires et les chercheurs, ainsi qu'une sensibilisation accrue à la gravité de ces événements et aux mesures préventives disponibles.

Jument et son poulain

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