Le Dysfonctionnement de la Pars Intermedia Pituitaire (DPIP), également connu sous le nom de syndrome de Cushing équin, est une maladie hormonale progressive et neurodégénérative qui affecte principalement les chevaux âgés. On estime qu'entre 20 et 30 % des chevaux et poneys développent cette affection avant l'âge de 20 ans. Bien qu'il n'existe aucun remède définitif, la gestion des symptômes et le ralentissement de la progression de la maladie sont possibles grâce à un traitement médicamenteux approprié, le pergolide étant la pierre angulaire de cette prise en charge.

Comprendre le Dysfonctionnement de la Pars Intermedia Pituitaire (DPIP)
Le DPIP survient en raison de la perte progressive de neurones dopaminergiques dans l'hypothalamus du cerveau, entraînant une diminution de la production de dopamine. La dopamine joue un rôle crucial dans le système nerveux central, notamment dans la régulation des niveaux hormonaux. Chez les chevaux atteints de DPIP, ce manque de dopamine perturbe la régulation de l'hormone adrénocorticotrope (ACTH) par le lobe intermédiaire de la glande pituitaire. Par conséquent, la glande pituitaire sécrète des quantités excessives d'ACTH, ce qui stimule les glandes surrénales à produire des quantités excessives de cortisol.
Les signes cliniques du DPIP peuvent varier, mais incluent fréquemment :
- Hypertrichose : Pousse d'un poil long, souvent inégal, qui ne mue pas normalement.
- Polyurie et polydipsie : Urination et soif excessives.
- Fonte musculaire : Perte de masse musculaire, donnant un aspect émacié.
- Distribution anormale de la masse graisseuse : Accumulation de graisse dans des zones inhabituelles.
- Infections chroniques : Augmentation de la susceptibilité aux infections.
- Fourbure (laminite) : Inflammation des lamelles du pied, une complication secondaire grave du DPIP.
- Sudation : Transpiration anormale.
La laminite, une affection douloureuse du pied, est une complication secondaire fréquente et potentiellement débilitante du DPIP.
Le Rôle du Pergolide dans le Traitement du DPIP
Le Prascend®, dont la substance active est le mésilate de pergolide, est le seul traitement approuvé par la FDA pour les chevaux atteints de DPIP. Il s'agit d'un dérivé synthétique de l'ergot de seigle, agissant comme un agoniste puissant et à longue durée d'action des récepteurs de la dopamine.
Mécanisme d'Action
Le pergolide imite les effets de la dopamine dans le cerveau. En se liant aux récepteurs dopaminergiques D2, il compense l'altération de la signalisation dopaminergique observée chez les chevaux atteints de DPIP. Cette activation des récepteurs dopaminergiques inhibe la libération excessive d'ACTH par la glande pituitaire. En supprimant cette libération d'ACTH, le pergolide contribue à rétablir une régulation hormonale normale, réduisant ainsi la production excessive de cortisol et atténuant les symptômes de la maladie.
Des études cliniques ont montré que le pergolide favorise une croissance normale du pelage, atténue l'atrophie musculaire, augmente les niveaux d'énergie et améliore l'état de chair des chevaux atteints de DPIP. Il a également été démontré qu'il ramène les concentrations d'ACTH à des niveaux normaux dans 28 à 74 % des cas, avec un taux de réussite clinique global rapporté à 76,1 %.

Composition et Forme Pharmaceutique
Chaque comprimé de Prascend® contient 1,0 mg de pergolide (équivalent à 1,31 mg de mésilate de pergolide) comme substance active. Les excipients comprennent la croscarmellose sodique, l'oxyde de fer rouge (E 172), le lactose monohydraté, le stéarate de magnésium et la povidone K 30. Les comprimés sont de couleur rose, rectangulaires, sécables et gravés avec le logo Boehringer Ingelheim et les lettres « PRD ».
Administration et Posologie
Le pergolide est administré par voie orale, généralement une fois par jour. Pour faciliter l'administration, la dose journalière peut être dissoute dans une petite quantité d'eau, éventuellement mélangée à de la mélasse ou à un autre produit sucré, et administrée à l'aide d'une seringue. Il est important d'administrer la quantité totale immédiatement après dissolution. Les comprimés ne doivent pas être écrasés.
La dose initiale recommandée est de 2 µg de pergolide par kilogramme de poids corporel (fourchette de dose : 1,3 à 2,4 µg/kg). Les études publiées mentionnent le plus fréquemment cette dose moyenne, avec des doses extrêmes allant de 0,6 à 10 µg de pergolide par kg. La dose initiale doit être ajustée en fonction de la réponse individuelle du cheval, déterminée par un suivi clinique et des tests endocriniens.
Doses initiales recommandées :
| Poids du cheval (kg) | Nombre de comprimés | Dose initiale (mg) | µg/kg |
|---|---|---|---|
| 200-400 | ½ | 0,5 | 1,3 - 2,5 |
| 401-600 | 1 | 1,0 | 1,7 - 2,5 |
| 601-850 | 1 ½ | 1,5 | 1,8 - 2,5 |
| 851-1 000 | 2 | 2,0 | 2,0 - 2,4 |
La majorité des chevaux répondent au traitement et sont stabilisés à la dose moyenne de 2 µg de pergolide par kg de poids corporel. L'amélioration clinique est généralement attendue dans un délai de 6 à 12 semaines. Certains chevaux peuvent nécessiter des doses plus élevées, allant jusqu'à 10 µg de pergolide par kg par jour, particulièrement dans les cas avancés.
La stratégie thérapeutique consiste à trouver individuellement la plus petite dose efficace pour l'animal, en se basant sur la réponse au traitement (efficacité ou signes d'intolérance). La dose journalière peut être augmentée par paliers de 0,5 mg toutes les 2 à 4 semaines si les signes cliniques ne sont pas maîtrisés de façon satisfaisante, à condition que la dose soit bien tolérée.
Après stabilisation, l'animal doit être réévalué cliniquement et par des tests diagnostiques tous les 6 mois pour contrôler le traitement et la dose.
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Effets Indésirables et Précautions d'Emploi
Le pergolide est généralement bien toléré par les chevaux, mais des effets indésirables peuvent survenir, notamment :
- Rares (1 à 10 animaux / 10 000 animaux traités) :
- Inappétence, anorexie transitoire.
- Léthargie transitoire.
- Troubles du système nerveux central légers (dépression, ataxie).
- Diarrhée, coliques.
- Très rares (< 1 animal / 10 000 animaux traités) :
- Sudation.
Si des signes d'intolérance apparaissent, le traitement doit être interrompu pendant 2 à 3 jours et réinstauré à demi-dose de la dose précédente. La dose journalière totale peut ensuite être ré-augmentée par paliers.
Précautions Particulières
- Manipulation par les humains : Le pergolide peut provoquer des vomissements, des étourdissements, une léthargie ou une baisse de la pression artérielle chez l'homme en cas d'ingestion. L'ingestion accidentelle peut être dangereuse, en particulier pour les enfants ou les personnes ayant des problèmes cardiaques préexistants. Il est impératif de :
- Conserver et manipuler ce médicament vétérinaire séparément des médicaments à usage humain.
- Manipuler avec le plus grand soin pour éviter l'ingestion accidentelle.
- Les comprimés préparés pour l'administration doivent être administrés immédiatement.
- En cas d'ingestion accidentelle, consulter immédiatement un médecin.
- Éviter de conduire ou d'utiliser des machines après ingestion.
- Les enfants ne doivent pas entrer en contact avec le médicament.
- Irritation locale : Le médicament peut causer une irritation oculaire, olfactive ou des maux de tête après division. Minimiser les risques d'exposition lors de la coupe des comprimés. Éviter tout contact avec les yeux et toute inhalation.
- Hypersensibilité : Les personnes présentant une hypersensibilité connue au pergolide ou à d'autres dérivés de l'ergot de seigle doivent éviter tout contact et ne pas administrer le médicament.
- Femmes enceintes ou allaitantes : Elles doivent porter des gants pour administrer le médicament.
- Contact cutané et oculaire : En cas de contact avec la peau, laver abondamment à l'eau. En cas de contact oculaire, rincer immédiatement à l'eau et consulter un médecin.
Utilisation en cas de gestation, de lactation ou de ponte
- Gestation : L'utilisation ne doit se faire qu'après évaluation du rapport bénéfice/risque par le vétérinaire responsable. L'innocuité chez les juments gestantes n'a pas été établie, bien que les études de laboratoire n'aient pas mis en évidence d'effets tératogènes. Une réduction de la fertilité a été observée chez les souris à des doses élevées.
- Lactation : L'utilisation n'est pas recommandée chez les juments en lactation, car l'innocuité n'a pas été démontrée.
Suivi à Long Terme et Études
Une étude prospective de Schott et al. (2025) a suivi 30 chevaux et poneys atteints de DPIH traités au pergolide pendant près de 15 ans. Bien que présentant des faiblesses méthodologiques (faible nombre d'animaux, absence de groupe placebo, biais de mémorisation), cette étude apporte des informations précieuses sur l'utilisation à long terme du pergolide.
Les propriétaires ont rapporté que 96 % des chevaux traités ont vu leur qualité de vie améliorée par le Prascend®, et 87 % se sont déclarés prêts à administrer ce traitement à un autre cheval atteint de DPIH. L'amélioration des signes cliniques était particulièrement satisfaisante pour le niveau d'énergie (77%), le pelage (71%) et la masse musculaire (61%). La majorité des propriétaires ont considéré que le traitement avait prolongé la durée de vie de leur cheval.
Selon les auteurs de cette étude, aucun problème de santé observé par les propriétaires ne pouvait être spécifiquement attribué au traitement, à l'exception d'une perte d'appétit de durée et de magnitude variables. Cependant, la notice du Prascend® mentionne la diarrhée et les coliques parmi les effets indésirables possibles.
Malgré ses limites, cette étude souligne que le pergolide est bien toléré sur le long terme, avec peu d'effets indésirables significatifs attribués au traitement.
Alternatives Thérapeutiques
Bien que le pergolide soit le traitement de référence, d'autres options peuvent être envisagées dans certains cas ou en combinaison :
- Chlorhydrate de cyproheptadine : Un agoniste de la sérotonine, considéré comme moins efficace que le pergolide pour le traitement du DPIP.
- Trilostane : Un stéroïde synthétique qui inhibe la production de cortisol. Il montre un potentiel pour la gestion de la résistance à l'insuline dans le cadre du DPIP.
- Bromocriptine : Un autre agoniste des récepteurs de la dopamine, similaire au pergolide mais moins pratique en raison de sa faible biodisponibilité orale et de la nécessité d'administrations fréquentes.
- Traitement combiné : Certains chevaux ne répondant pas bien au pergolide seul peuvent bénéficier d'une combinaison avec d'autres traitements, comme la cyproheptadine, en particulier dans les cas avancés.
- Gattilier (Vitex agnus-castus) : Un supplément à base de plantes utilisé dans les premiers stades du DPIP pour favoriser l'équilibre hormonal, mais il n'a pas la capacité de faire baisser les niveaux d'ACTH comme le fait le pergolide.
Il est crucial de noter que le gattilier et le pergolide ne doivent pas être administrés ensemble en raison du risque d'interférence avec l'action du pergolide.
Diagnostic et Suivi
Le diagnostic du DPIP repose généralement sur un examen physique et des tests diagnostiques spécifiques, tels que le test de réponse à la TRH (thyrolibérine) et la mesure de la concentration plasmatique basale d'ACTH. Ces tests évaluent les taux hormonaux et fournissent des informations précieuses. Les taux de cortisol plasmatique ne sont généralement pas utilisés pour le diagnostic direct en raison de leur variabilité.
Le suivi régulier par un vétérinaire est essentiel pour ajuster la posologie, surveiller l'efficacité du traitement et détecter d'éventuels effets indésirables. Les tests endocriniens répétés à intervalles de 4 à 6 semaines après le diagnostic initial permettent d'ajuster la dose jusqu'à stabilisation des signes cliniques et des paramètres hormonaux.
En conclusion, le pergolide (Prascend®) représente un traitement essentiel et efficace pour la gestion du Dysfonctionnement de la Pars Intermedia Pituitaire chez les chevaux. Son mécanisme d'action ciblé, sa bonne tolérance et les preuves de son efficacité à long terme en font un outil indispensable pour améliorer la qualité de vie et prolonger la longévité des chevaux atteints de cette maladie chronique. Un suivi vétérinaire attentif et une administration rigoureuse sont primordiaux pour optimiser les bénéfices de ce traitement.