La myopathie à stockage des polysaccharides (PSSM) est une affection musculaire d'origine génétique qui touche de nombreux chevaux, souvent à l'insu de leur propriétaire. Caractérisée par une accumulation anormale de glycogène dans les fibres musculaires, cette maladie métabolique peut entraîner des douleurs musculaires, des crampes et une intolérance à l'effort. Comprendre ses manifestations, ses causes et les stratégies de gestion est essentiel pour le bien-être des chevaux affectés.
Comprendre la PSSM : Un Désordre Métabolique Musculaire
La PSSM, acronyme de Polysaccharide Storage Myopathy, est une forme de glycogénose, également appelée maladie de stockage du glycogène (GSD). Chez les chevaux atteints de PSSM, les cellules musculaires produisent trop de glycogène, la forme de stockage du glucose, mais ne parviennent pas à l'utiliser efficacement comme source d'énergie pendant l'effort physique. Ce métabolisme musculaire altéré conduit à des symptômes douloureux.
Historiquement, cette pathologie avait le surnom de « maladie du lundi » en raison de son apparition fréquente chez les chevaux de trait après un week-end de repos, lors de la reprise du travail. Dans le passé, elle était également appelée azoturie, en référence à la coloration foncée caractéristique de l'urine lors des épisodes de coup de sang.
En 1992, des chercheurs ont décrit pour la première fois une accumulation anormale de polysaccharides dans les muscles de Quarter Horses et races apparentées, suggérant un trouble métabolique non identifié. En 2008, une mutation génétique héréditaire du gène de la glycogène synthase 1 (GYS1) a été identifiée comme la cause sous-jacente de la PSSM de type 1 (PSSM1) chez un sous-groupe de chevaux. Cette mutation perturbe la fonction normale de l'enzyme glycogène synthase, augmentant son activité et entraînant une production constante de glycogène anormalement structuré dans les muscles. Chez les chevaux normaux, le glycogène stocké est dégradé en glucose pendant l'exercice pour fournir de l'énergie. Chez les chevaux atteints de PSSM1, cette dégradation est ralentie en raison de la structure anormale du glycogène.
La cause exacte de la PSSM de type 2 (PSSM2) n'est pas encore entièrement élucidée, mais une origine génétique est fortement suspectée, de manière similaire à la PSSM1. Des recherches sont en cours pour identifier d'autres gènes potentiellement impliqués dans différentes formes de PSSM ou des conditions similaires.

Les Différents Types de PSSM et Leurs Origines
Il existe principalement deux types de PSSM reconnus :
- PSSM1 : Causée par une mutation autosomique dominante du gène GYS1. Cette mutation entraîne une hyperactivité de l'enzyme glycogène synthase, produisant un glycogène anormal (peu ou pas ramifié) qui s'accumule dans les fibres musculaires. Les chevaux homozygotes pour cette mutation (deux copies du gène muté) présentent généralement des symptômes plus sévères que les hétérozygotes (une copie du gène muté).
- PSSM2 : Ce type englobe les cas de PSSM qui ne sont pas associés à la mutation GYS1. Bien que la composante génétique soit suspectée, les mutations spécifiques ne sont pas encore clairement identifiées. Il est possible que plusieurs gènes soient impliqués, conduisant à des mécanismes variés d'accumulation de glycogène. La myopathie myofibrillaire (MMF) est une autre affection qui peut ressembler à la PSSM2 lors d'une biopsie musculaire.
La mutation GYS1 responsable de la PSSM1 a été identifiée dans plus de 20 races de chevaux en Europe et en Amérique du Nord. Les Quarter Horses, les chevaux de trait et leurs races apparentées présentent une prévalence significativement plus élevée de PSSM que les races de chevaux légers. Les races de trait d'Europe continentale, comme les Trait Belge (Trekpaards), affichent la prévalence la plus élevée. Inversement, les races de trait originaires du Royaume-Uni, telles que les Shires et les Clydesdales, ont une prévalence plus faible. On estime qu'environ 6 à 10 % des Quarter Horses sont atteints de PSSM, et parmi eux, 72 % souffrent de PSSM1. Les races apparentées comme les Paint Horses et les Appaloosas présentent une prévalence similaire (6 à 8 %).
Manifestations Cliniques : Reconnaître les Symptômes de la PSSM
Les signes cliniques de la PSSM peuvent varier considérablement en gravité et en présentation, influencés par l'âge, l'alimentation, la gestion et le niveau d'exercice du cheval. Les symptômes sont souvent exacerbés chez les chevaux peu en forme ou au repos prolongé avant un effort.
Les épisodes aigus, souvent déclenchés par des exercices de courte durée (moins de 20 minutes) ou des changements brusques d'intensité, se manifestent par :
- Difficultés de déplacement : Raideur musculaire, crampes, spasmes, boiterie, tremblements musculaires. Les muscles de la croupe et de l'arrière des cuisses sont souvent particulièrement tendus et durs au toucher. Le cheval peut sembler "figé" ou devenir complètement immobile.
- Signes de douleur : Le cheval peut montrer des signes de souffrance intense.
- Transpiration excessive : Le cheval transpire abondamment, même par temps frais.
- Augmentation du rythme cardiaque et respiratoire : Tachycardie et tachypnée sont courantes.
- Myoglobinurie : Les urines peuvent devenir très foncées, voire noirâtres, en raison de la présence de myoglobine libérée par la destruction des fibres musculaires.
- Intolérance à l'effort : Fatigue prématurée, réticence à se déplacer ou à exécuter des tâches habituelles.
Ces symptômes, regroupés sous le terme de "coup de sang" ou rhabdomyolyse à l'exercice, peuvent persister jusqu'à 48 heures après l'effort. Dans les cas extrêmes, une crise sévère peut entraîner une insuffisance rénale et être fatale.
Les cas chroniques de PSSM présentent des symptômes moins spécifiques et plus insidieux, rendant le diagnostic plus difficile. Ils peuvent inclure une diminution des performances, une tendance à la raideur après le repos, ou une récupération plus lente après l'effort.

Diagnostic de la PSSM : De la Biopsie au Test Génétique
Le diagnostic de la PSSM repose sur une combinaison d'observations cliniques, de tests de laboratoire et de tests génétiques.
- Évaluation clinique : L'historique du cheval, les symptômes observés et l'examen physique par un vétérinaire sont la première étape.
- Tests sanguins : En cas de symptômes aigus, des analyses sanguines révèlent une augmentation significative des enzymes musculaires, telles que la créatine kinase (CK) et l'aspartate aminotransférase (ASAT). Un taux élevé de CK indique une lésion musculaire récente, tandis que l'ASAT augmente plus tardivement et reste élevé plus longtemps. Un test d'intolérance à l'effort peut également être réalisé pour évaluer la réponse musculaire.
- Biopsie musculaire : Bien que plus invasive, la biopsie musculaire permet d'examiner directement les fibres musculaires au microscope. Elle peut révéler des accumulations anormales de glycogène et des inclusions de polysaccharides, particulièrement colorées par le P.A.S. dans le cas de la PSSM1.
- Tests génétiques : Pour la PSSM1, un test génétique simple, réalisé à partir d'un prélèvement de crins ou d'une prise de sang, permet d'identifier la mutation du gène GYS1. Ce test est essentiel pour confirmer le diagnostic de PSSM1 et déterminer si le cheval est hétérozygote ou homozygote. Si un cheval présente des symptômes évocateurs de PSSM mais un test génétique négatif pour la PSSM1, une biopsie musculaire peut être envisagée pour rechercher la PSSM2 ou d'autres myopathies.
Stratégies de Gestion : Alimentation et Exercice, les Piliers du Traitement
Bien qu'il n'existe pas de traitement curatif pour la PSSM, une gestion attentive de l'alimentation et de l'exercice peut considérablement améliorer la qualité de vie des chevaux affectés et réduire la fréquence et la gravité des symptômes.
L'Alimentation : Réduire les Sucres et l'Amidon
L'un des piliers de la gestion de la PSSM est l'adaptation du régime alimentaire. L'objectif principal est de réduire l'apport en glucides non structuraux (GNS), c'est-à-dire l'amidon et les sucres, qui stimulent la sécrétion d'insuline et favorisent l'activité de la glycogène synthase.
- Base de fourrage : Le fourrage doit constituer la base de l'alimentation, distribué à raison d'au moins 1,5 à 2 % du poids corporel du cheval, voire jusqu'à 3 % pour un cheval au travail. Privilégier les foins pauvres en calories et en sucres simples (par exemple, foins de prairie mature). Le trempage du foin peut aider à réduire sa teneur en sucre.
- Limitation des concentrés : Éviter les aliments traditionnels riches en céréales (avoine, maïs, orge) qui sont une source importante d'amidon. Si des concentrés sont nécessaires, opter pour des formules pauvres en amidon et en sucre, riches en fibres.
- Apport de matières grasses : Les chevaux atteints de PSSM bénéficient de l'ajout de matières grasses à leur alimentation comme source d'énergie alternative. Les graisses ne stimulent pas la libération d'insuline et ne sont pas stockées sous forme de glycogène. Les huiles végétales (lin, colza, soja), le son de riz, ou les suppléments lipidiques enrichis en oméga-3 sont d'excellentes options. L'apport en gras ne devrait idéalement pas dépasser 10 % de l'apport calorique total. L'introduction de ces suppléments doit être progressive.
- Suppléments spécifiques : Des suppléments de vitamines et minéraux, comme l'AminoTrace+ de Mad Barn, peuvent être utiles pour couvrir les besoins nutritionnels. La vitamine E et le sélénium sont importants pour le soutien de la santé musculaire. L'acétyl-L-carnitine (ALCAR) peut également soutenir le métabolisme énergétique musculaire.
La formulation d'un plan alimentaire personnalisé par un nutritionniste équin est fortement recommandée.
L'Exercice : Régularité et Modération
L'exercice physique régulier est crucial pour les chevaux atteints de PSSM. Il aide à mobiliser le glycogène stocké dans les muscles et à maintenir une masse musculaire fonctionnelle.
- Exercice quotidien : Idéalement, les chevaux devraient bénéficier d'une activité quotidienne. Éviter les longues périodes de repos prolongé.
- Intensité modérée et progressive : Le travail doit être adapté à la condition du cheval. Les séances d'exercice doivent être de faible à modérée intensité, avec un échauffement adéquat avant et un retour au calme après. La reprise d'entraînement après un épisode aigu doit être très progressive, en accord avec le vétérinaire.
- Vie au paddock : Un accès libre et prolongé au paddock, permettant au cheval de se déplacer naturellement, est fortement bénéfique. Minimiser le temps passé au box (idéalement moins de 12 heures consécutives).
- Adaptation à l'effort : Il est important d'adapter la charge de travail aux capacités du cheval et d'éviter les changements brusques d'intensité ou de durée.
Des recherches montrent que la combinaison d'une gestion nutritionnelle appropriée et d'un programme d'exercice régulier peut entraîner une amélioration significative des symptômes chez 90 % des chevaux atteints de PSSM.

Reproduction et Gestion à Long Terme
Pour les chevaux atteints de PSSM1, dont l'origine génétique est prouvée, le dépistage des reproducteurs est une étape importante pour raisonner les accouplements. Le test génétique permet de connaître le génotype du cheval (GG, GA, ou AA pour le gène GYS1) et de prédire le risque de transmission de la mutation à la descendance.
Il est généralement déconseillé d'accoupler deux reproducteurs hétérozygotes (GA x GA) en raison du risque de produire des homozygotes (AA), plus sévèrement atteints. Un croisement raisonné entre un hétérozygote et un homozygote non porteur (GA x GG) peut être envisagé pour obtenir 50 % de poulains non porteurs tout en conservant les qualités des animaux porteurs. Il n'est pas recommandé d'éradiquer complètement la mutation GYS1, car elle est trop disséminée et pourrait être liée à d'autres caractéristiques souhaitables.
Le suivi vétérinaire régulier est essentiel pour surveiller l'évolution de la maladie, ajuster la gestion et intervenir rapidement en cas de crise. En adoptant une approche proactive axée sur l'alimentation, l'exercice et un suivi professionnel, il est possible d'offrir une vie confortable et performante aux chevaux atteints de PSSM.