Le monde des courses hippiques, souvent perçu comme un univers d'élégance et de passion, cache parfois des réalités bien moins reluisantes. Une affaire récente, impliquant la famille Rossi et des pratiques de dopage et de tricherie, a jeté une ombre sur la crédibilité de cette discipline sportive, soulevant des questions cruciales sur l'éthique, la gouvernance et l'avenir des courses.
La descente policière et les révélations choquantes
Le mardi 7 décembre, les écuries situées au centre de Calas (Bouches-du-Rhône) ont été le théâtre d'une opération policière d'envergure. Suite à une longue enquête menée par le Service central des courses et des jeux, une quinzaine de personnes ont été interpellées, dont onze ont été placées en garde à vue, parmi lesquelles figuraient deux vétérinaires. Cette opération a mis en lumière une vaste affaire de dopage et de triche présumée, touchant de près les structures d'entraînement de plusieurs membres de la famille Rossi, ainsi que leurs employés.

Les enquêteurs ont saisi douze livrets de chevaux et une quantité impressionnante de produits figurant sur la liste des substances prohibées. Au-delà des médicaments couramment utilisés pour les soins aux animaux, la liste comprenait des anti-inflammatoires, des antidouleurs, des antibiotiques, des anti-stress, des hormones, et même des produits destinés aux bovins, suggérant une utilisation détournée et massive. Cette "pharmacie pour chevaux malades", comme l'a qualifiée un observateur, a soulevé de sérieuses inquiétudes quant à son utilisation dans le cadre de compétitions.
Des soupçons de dopage et de manipulations d'épreuves
Les succès rapides et spectaculaires des chevaux entraînés par les Rossi avaient déjà attiré l'attention et la suspicion ces dernières années. En septembre 2019, Kamel Chehboub, propriétaire et éleveur, avait évoqué publiquement les soupçons de dopage qui planaient sur certains de ses chevaux, entraînés par la famille Rossi. Cette déclaration, bien que visant à expliquer les succès, laissait présager des pratiques douteuses.
L'enquête a révélé non seulement une forte suspicion de dopage, mais aussi des "manipulations" d'épreuves commises dans le cadre d'une "action concertée sur une trentaine de courses". Les détails précis de ces arrangements restent encore à élucider, mais l'idée de courses truquées entre protagonistes a sidéré le monde hippique. Le jeudi 9 décembre, six personnes ont été mises en examen, et un jockey a été placé sous le statut de témoin assisté, attendant de répondre aux questions du juge.
Les chevaux Rossi : de l'ascension fulgurante à la suspicion
La famille Rossi, bien implantée dans le milieu hippique, a vu ses chevaux accumuler les victoires, attirant ainsi l'attention des instances organisatrices comme France Galop. Frédéric Rossi, entraîneur basé à Chantilly, avait déjà fait l'objet d'une suspension de licence avec sursis pour des problèmes administratifs, mais rien concernant le dopage à l'époque. Cependant, dans l'entourage professionnel, des professionnels sincères avaient alerté sur des "changements de morphologie des chevaux", laissant entendre que des artifices étaient utilisés.

Des chevaux comme Sealiway, considéré comme l'un des meilleurs pur-sangs français actuels, ont bénéficié de cette période faste. Bien que sorti indemne de l'affaire, son parcours fulgurant, avec des victoires prestigieuses en Groupe 1, a coïncidé avec la période des soupçons. D'autres chevaux, directement liés à l'affaire, ont vu leur valeur sur le marché des ventes exploser. Dream And Do, gagnante de la Poule d'essai des pouliches, Tiger Tanaka, vendue près de 527 000 euros, et Rougir, acquise pour 3 millions d'euros, illustrent cette tendance. Ces transactions soulèvent des questions sur la légitimité des sommes déboursées si les performances étaient artificiellement gonflées.
Les répercussions sur la crédibilité des courses hippiques
Cette affaire a des conséquences dévastatrices pour la crédibilité des courses hippiques. Les parieurs, les acheteurs potentiels et les propriétaires sont plongés dans le doute. Si les courses hippiques ne sont pas les seules à chercher à artificialiser la performance, l'absence de consentement animal dans ces pratiques est particulièrement préoccupante.
France Galop, qui s'efforce de s'adapter aux impératifs de bien-être animal, se retrouve dans une position délicate. L'affaire Rossi tombe mal, d'autant plus qu'une autre affaire avait déjà secoué la communauté hippique cette année, impliquant l'entraîneur italien Andrea Marcialis, frère de Jessica Rossi, pour des faits similaires d'entrave aux contrôles anti-dopage et utilisation d'ordonnances non conformes.
La gouvernance sous le feu des critiques
L'affaire Rossi met également en lumière les failles potentielles dans la gouvernance des courses hippiques. L'intervention de la police des courses et des jeux, plutôt que celle de France Galop, donne l'impression que l'instance organisatrice des courses et des contrôles anti-dopage a été prise de court, voire qu'elle n'a pas su anticiper le scandale. Si les contrôles s'avèrent insuffisants ou trop laxistes, cela pourrait laisser la porte ouverte à de telles pratiques.
La confiance des acteurs des courses envers leur gouvernance est entamée, et l'amateurisme de certains responsables d'écuries est pointé du doigt. La complexité des responsabilités au sein d'une écurie rend difficile le dénouement des fautes, les entraîneurs pouvant facilement rejeter la faute sur leur personnel ou des tiers. Le rôle de fournisseurs de médicaments, de vétérinaires complices, et d'entraîneurs organisateurs d'arrangements, crée un réseau d'intérêts liés où la culpabilité peut se diluer.
Les leçons à tirer et les pistes pour l'avenir
Plusieurs leçons peuvent d'ores et déjà être tirées de cette affaire. L'indépendance et la qualité des analyses du laboratoire antidoping des courses sont remises en question, d'autant que les produits saisis dans l'affaire Rossi ne sont pas indétectables. La formation et les diplômes des professionnels, ainsi que les moyens de dissuasion, doivent être renforcés.
Il est également crucial de mieux prendre en compte les informations émanant des acteurs du monde hippique et de protéger la parole de ceux qui signalent des anomalies. La gouvernance des courses, souvent assurée par des bénévoles impliqués dans le milieu, doit faire preuve de plus de transparence et d'indépendance. Rendre étanches les niveaux de responsabilités au sein des écuries pourrait permettre de mieux identifier les dérapages.
Frédéric Rossi, bien que mis en examen pour "escroquerie en bande organisée" et "interdiction d'administration ou d'application aux chevaux de substance ou procédé de nature à modifier artificiellement leurs capacités", nie les faits. Son avocate exprime son incompréhension face aux arbitrages des investigations. L'affaire Rossi, avec ses ramifications complexes, soulève des questions fondamentales sur l'intégrité des courses hippiques et la nécessité d'une réforme profonde pour restaurer la confiance et garantir un avenir sain à cette discipline.
L'analyse des performances dans les courses : un art subtil
Dans le cadre des courses hippiques, l'analyse des performances des chevaux est une étape cruciale pour les parieurs. Elle implique de décrypter une multitude de données, allant des performances passées aux conditions de course actuelles. Le poids porté par un cheval, par exemple, est un facteur déterminant. Il vise à égaliser les chances entre les concurrents, un cheval plus performant étant généralement lesté d'un poids plus important. Ainsi, un cheval "caché" sous un poids léger peut se retrouver avantagé dans une course ultérieure, potentiellement générant des gains importants sur le terrain et dans les paris.
Les parieurs consultent des publications spécialisées comme Paris Turf pour étudier la "petite musique", cette série de chiffres qui recense les performances passées des chevaux. Ils examinent attentivement les poids, jaugent la forme actuelle des animaux et tiennent compte de divers autres éléments.
Par exemple, un poulain de Jérôme Reynier, ayant remporté trois de ses quatre dernières courses et évoluant désormais avec une valeur de 43, pourrait bien performer dans une course donnée, surtout s'il est à l'aise sur la surface et sur sa distance de prédilection, avec un jockey expérimenté comme Anthony Crastus en selle.
Un cheval de 6 ans entraîné par Nicolas Perret, qui a accumulé les podiums dans les gros handicaps et a déjà brillé sur la surface, est également un concurrent sérieux. Encore compétitif avec une valeur de 41.5, il pourrait confirmer sa bonne rentrée dans le Prix du Languedoc, avec Aurélien Lemaitre déterminé à remporter la victoire.
Le pensionnaire de Ludovic Cadot, qui vient de décrocher la deuxième place dans le Prix de Cannes sur ce même parcours, dominant notamment Euskadi, est également à surveiller. Bien placé dans les stalles de départ et piloté par Jean-Bernard Eyquem, il a le potentiel de confirmer ses bonnes dispositions.
Un autre cheval, second atout de Jérôme Reynier dans la course, un hongre de 8 ans, vient d'échouer dans un selling sur ce parcours, et sa valeur a été revue à la baisse. Désormais estimé à 40.5, il revient dans les handicaps avec une réelle chance de podium. Son style de course, consistant à attendre pour placer sa pointe de vitesse dans la ligne droite finale, pourrait s'avérer payant.
Un ancien élève de Christophe Escuder, récemment acquis par Louis Bernhardt, a remporté un selling sur le mile. Bien qu'ayant déjà performé sur 2 000 mètres, il semble manquer de marge de manœuvre dans les handicaps avec une valeur de 39.5. Son nouvel entourage cherchera à mieux le juger dans cette catégorie.
Le protégé de Rémi Fradet, plus performant sur le gazon, reste néanmoins compétitif pour les places dans les gros handicaps avec une valeur de 38.5. Bien que mal placé dans les stalles de départ pour son retour sur le sable, il devrait subir la course avant de faire parler son courage dans le dernier kilomètre.
Le poulain de Maxime Cesandri, absent de la compétition depuis l'été, vient de faire sa rentrée le 30 décembre à Deauville. Bien que meilleur sur le gazon et valorisé à 38.5, il devrait montrer des progrès, même s'il pourrait manquer de rythme pour viser un podium.
Un autre concurrent, placé à deux reprises sur le sable de Pau, a ensuite confirmé en terminant fort à la cinquième place du Prix de Cannes sur ce parcours. Retrouvant Clément Lecoeuvre en selle, il pourrait se montrer plus offensif, et avec un parcours limpide, il a toutes les cartes en main pour décrocher la victoire.
Un hongre de 7 ans, troisième de cette épreuve l'an passé avec une valeur de 39.5, est désormais entraîné par Francisco Jimenez Alvarez. Après deux courses peu convaincantes en début de meeting, sa chance théorique reste indéniable avec une valeur abaissée à 38.
Un ancien élève d'Antoine Sanglard, ayant rejoint l'effectif de Mathieu Pitart, vient de réaliser une troisième place dans un selling à Deauville. Très endurci dans les handicaps, il n'a pas de marge de manœuvre en 38 de valeur et doit encore faire ses preuves chez son nouvel entraîneur.
Le pensionnaire d'Edouard Monfort, après un premier essai infructueux dans les handicaps sur gazon (valeur 39), devrait être mieux sur la distance et sur le sable, bénéficiant d'une baisse d'un kilo de la part du handicapeur. Piloté par Stéphane Pasquier, il pourrait surprendre et pimenter les rapports du Z5 Ordre.
Un autre concurrent, placé de gros handicaps à l'automne sur des distances plus courtes, reste sur deux échecs durant le meeting de Cagnes-sur-Mer. Allongé et muni d'œillères australiennes pour la première fois, il tentera de rassurer son entourage avec un changement de jockey.
Le second atout de la famille Prod'homme, un hongre de 6 ans, a mieux couru que ne l'indique son classement dans le Prix de Grasse, sur une piste trop profonde pour ses aptitudes. Estimé à 36 de valeur et de retour sur le sable, il semble en mesure de refaire parler de lui.
La jument de Mathieu Pitart, sixième de cette épreuve l'an passé avec une valeur de 34.5, vient de s'imposer dès sa course de rentrée sur ce parcours. Pénalisée, elle évolue désormais en 36 de valeur et bénéficiera de la monte de Cristian Demuro pour tenter de confirmer dans ce gros handicap.
Enfin, le protégé de Juan Miguel Osorio Bertran De Lis, vainqueur du Prix d'Ostende sur ce parcours sous 66.5 kilos, est pénalisé de 5 livres. Il affrontera des rivaux plus costauds, mais ne portera que 54.5 kilos ce mercredi, malgré un numéro de stalle de départ délicat. Augustin Madamet devra faire preuve de stratégie. Ce pensionnaire de Juan Miguel Osorio Bertran De Lis revient sur PSF après un échec sur gazon profond. Deuxième du Prix de la Croisette en janvier, il n'a rien à perdre dans ce gros handicap sous 52.5 kilos.