Le printemps est la saison idéale pour s'évader en Andalousie, une région espagnole où l'héritage culturel se mêle à une tradition équestre d'une richesse incomparable. Ce voyage itinérant, rythmé par des découvertes gastronomiques et la contemplation d'un patrimoine extraordinaire, promet une expérience dépaysante et ressourçante. Les mois de mars, avril et mai offrent un cadre parfait pour explorer les routes andalouses, avec Séville comme point de départ incontournable.
Séville : Porte d'Entrée d'un Monde Équestre
Capitale andalouse, Séville n'est pas seulement un joyau historique, mais aussi le point névralgique d'une route fascinante dédiée au cheval. De cette ville, trois destinations phares se déploient : El Rocío au sud-ouest, Jerez de la Frontera au sud-est, et Cordoue au nord. Ces villes offrent une immersion profonde dans l'univers du cheval andalou et de l'art équestre local.

Cordoue : La Cathédrale des Chevaux et l'Origine du PRE
Cordoue, ancienne cité romaine, est mondialement célèbre pour sa mosquée monumentale, "La Mezquita", datant de l'an 784. Cependant, elle est également renommée pour ses Écuries Royales (Caballerizas Reales de Córdoba), situées à proximité de l'Alcazar des Rois chrétiens. Fondées en 1570 par décret royal de Philippe II, passionné de chevaux, ces écuries ont abrité un troupeau royal d'exception, composé des meilleures juments et étalons des environs du fleuve Guadalquivir. C'est de ce troupeau qu'est issue la lignée du cheval de "Pure Race Espagnole" (PRE).
Comparées par le poète Federico García Lorca à une "cathédrale des chevaux", les Écuries Royales, déclarées Monument Historique National en 1929, sont un ensemble architectural remarquable. Elles comprennent un bâtiment rectangulaire aux spacieuses salles voûtées, l'écurie principale, le manège, la tour de la muraille et des jardins. Ces lieux historiques abritent aujourd'hui quinze calèches du XIXe siècle, témoins d'une époque révolue. En 2002, elles ont servi de décor au film "Carmen" du réalisateur Vicente Aranda.
Jerez de la Frontera : Berceau de l'Art Équestre et du Vin de Xérès
À une heure de route de Séville, Jerez de la Frontera est une ville qui résonne avec l'art équestre et la production du vin de Xérès. Après avoir exploré les célèbres "bodegas", les visiteurs peuvent s'immerger dans l'univers équestre à travers les fêtes du cheval andalou et la visite de la prestigieuse École Royale Andalouse d'Art Équestre.
Cette institution se consacre à la formation des professionnels du monde équestre, à la sélection des chevaux de Pure Race Espagnole pour la reproduction et la préservation de l'espèce, et à la promotion de l'art équestre. Le point d'orgue de cette promotion est un spectacle équestre captivant, présenté chaque mardi et jeudi à midi. Il est conseillé de retirer les billets au guichet le jour même, avant 11h.
La Race Équine Andalouse : Un Héritage Millénaire
La race équine andalouse, communément appelée "Pure Race Espagnole" (PRE), est l'une des plus anciennes au monde, avec une histoire remontant à plus de 20 000 ans. Sa domestication et son utilisation par les guerriers et les tribus nomades remontent à la fin du Néolithique. L'appellation "Pure Race Espagnole" est justifiée par l'absence de croisements autorisés depuis le XIIe siècle, garantissant la pureté de la lignée. Les chevaux PRE sont reconnus pour leur agilité, leur élégance, leur puissance et leur équilibre. Leur taille est généralement moyenne, oscillant entre 1,50 m et plus de 1,70 m au garrot.
L'origine et l'impact du cheval dans l'histoire de l'humanité. Ludovic Orlando ( 14 mai 2019)
El Rocío : Un Village aux Ruelles de Sable et au Charme Western
Situé au sud de la province de Huelva, à 64 km de Séville, El Rocío est un village singulier aux rues de sable et de terre battue. Ses maisons, dotées de vérandas et de poteaux pour attacher les chevaux, évoquent l'imagerie de l'Ouest américain à la fin du XIXe siècle. Ce village unique est bordé par le Parc National de Doñana, un écosystème exceptionnel.

Le Parc National de Doñana : Un Sanctuaire Naturel et Équestre
Le Parc National de Doñana, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO comme réserve de biosphère depuis 1985, est un vaste espace naturel de plus de 100 000 hectares, le plus grand d'Espagne. Ses marais abritent une faune diversifiée, dont des flamants roses, et ses paysages variés - forêts de pins, dunes, plages de sable blanc s'étendant sur plus de 25 kilomètres - en font un paradis pour les cavaliers. Les falaises qui bordent les plages offrent un abri à des milliers d'oiseaux, faisant de ce parc un véritable balcon sur l'Atlantique.
L'histoire d'El Rocío est intimement liée à une légende du XIIIe siècle, celle de la découverte d'une statue de la Vierge Marie cachée dans un arbre par un chasseur. Cet événement a donné naissance au culte de la "Virgen del Rocío". Le village conserve une atmosphère particulière, renforcée par la présence de nombreuses "hermandades" (confréries), environ 130, venues de toute l'Espagne.
La "Saca de las Yeguas", une tradition ancestrale de 520 ans (depuis 1504) organisée chaque année le 26 juin par la ville d'Almonte dont dépend El Rocío, consiste à rassembler les juments sauvages des marais pour les amener au village avant de les relâcher.
Malaga : Entre Tradition des Calèches et Préoccupations Éthiques
Malaga, l'une des villes les plus visitées d'Andalousie, propose une manière alternative et pittoresque de découvrir ses charmes : la promenade en calèche. Ces attelages, tirés par des chevaux, offrent une perspective différente de la ville, une expérience qui donne l'impression de remonter le temps. Les itinéraires traversent des lieux emblématiques tels que le Paseo de la Farola, le Paseo del Parque, la Plaza Torrijos et la promenade Ciudad de Melilla. Une balade en calèche à Malaga coûte généralement entre 40 et 43 € pour une durée d'environ 45 minutes, avec une capacité maximale de 5 personnes par calèche.

Cependant, la pratique des calèches touristiques à Malaga, comme dans d'autres villes du monde, a suscité des débats importants concernant le bien-être animal. Face aux températures extrêmes en été, pouvant atteindre 40 à 45 degrés dans le sud de l'Espagne, et aux incidents répétés de malaises et de décès de chevaux déshydratés, la municipalité de Malaga a pris la décision d'interdire progressivement cette activité. Initialement prévue pour 2035, cette interdiction a été accélérée.
La décision s'inscrit également dans une volonté de réaménagement de l'espace public, visant à réduire la place des véhicules et à privilégier les piétons, à l'instar d'autres grandes villes européennes. Bien que les 25 licences de calèches encore en vigueur soient en cours de retrait, certaines d'entre elles continueront de faire des apparitions ponctuelles lors des fêtes traditionnelles de la ville, comme le Carnaval ou la Semaine Sainte, marquant ainsi une transition vers un tourisme plus respectueux des animaux.
Les défenseurs des animaux, tels que Concordia Márquez, fondatrice du refuge "Tous les chevaux du monde", soulignent les conditions difficiles imposées aux chevaux, les trajets longs et les températures élevées. La mairie de Malaga, par la voix de María Trinidad Hernández, conseillère chargée de la mobilité, a confirmé que l'objectif était le bien-être des animaux, mais aussi de s'adapter à l'évolution de l'espace urbain. Des négociations sont en cours avec les propriétaires des dernières licences pour trouver un accord.
Alors que Malaga opte pour une transition, d'autres villes andalouses, comme Séville, continuent de maintenir la tradition des calèches, arguant d'une "tradition plus ancrée et profonde". Cette divergence d'approches reflète un enjeu sociétal croissant : concilier le patrimoine touristique et culturel avec les impératifs éthiques et environnementaux.
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