L'histoire de l'ambulance, qu'elle soit hippomobile ou motorisée, est intimement liée à celle des conflits armés et à l'évolution de la médecine de guerre. En France, le développement de ces structures dédiées au secours et au transport des blessés a connu une trajectoire longue et complexe, marquée par des innovations audacieuses et une adaptation constante aux réalités du champ de bataille.
Des Origines Antiques à la Structuration Romaine
Dès l'Antiquité, la prise en charge des blessés sur les champs de bataille est une préoccupation, bien que les méthodes soient rudimentaires. Pour nombre de peuples anciens, l'exécution des blessés était chose courante. Cependant, la représentation d'Achille pansant Patrocle témoigne, outre la solidarité des combattants, de leur capacité technique à prodiguer les premiers soins. Les textes sur la "Retraite des Dix Mille" illustrent l'attention que les Grecs portaient aux blessés. Au fil des siècles, les Romains, quant à eux, structurèrent une véritable organisation des services médicaux. Elle intégrait une véritable hiérarchie avec des médecins-chefs au niveau des légions, « medicus legionis », qui commandaient aux médecins des 10 cohortes, « medicus ordinarius ». Cette organisation intégrait des auxiliaires qui ne prenaient pas part aux combats. Ils ne s’occupaient que du transport et des soins aux blessés. Ces blessés étaient hébergés chez les habitants mais, dès la fin du Ier siècle, on trouve des infirmeries dans la construction des camps romains. Cette organisation semble avoir disparu avec la chute de l'Empire romain.

Le Moyen Âge et la Renaissance : Une Période de Stagnation Relative
Si l'on attribue à Isabelle la Catholique la création d’un premier hôpital militaire, le Moyen Âge ne semble pas avoir fait grand cas des soins aux blessés, hormis la présence de médecins auprès des rois et princes. L’exécution pure et simple des blessés était courante. des hôpitaux sédentaires où les victimes étaient soignées après les combats. Cette organisation des soins aux blessés et malades sera renforcée, en 1627, par Richelieu qui créera le service de l’intendance "chargé de la direction et de l’inspection du service des hôpitaux". À la veille de la Révolution, la France comptait soixante-dix hôpitaux militaires fixes, dont 60 financés par le Roi, et des hôpitaux ambulatoires (1 pour 20 000 hommes) adjoints aux hôpitaux sédentaires. En 1788, pour une armée de 200 à 300 000 hommes, il y avait comme personnel 510 chirurgiens et 130 apothicaires. Cependant, les pertes en hommes étaient importantes et relevaient moins de la bataille que de la piètre qualité des soins apportés aux blessés; gangrène, fièvres, épidémies comme le typhus…
La Révolution et l'Empire : L'Avènement des Ambulances Volantes
L'organisation du traitement des blessés sur les lieux de combat et leur évacuation vont véritablement se structurer lors des guerres de la Révolution et de l'Empire. Sous la Première République, le chirurgien en chef des armées de Moselle, François Percy, expérimenta un corps ambulant de chirurgiens militaires pour soigner les blessés sous le feu de l'ennemi. Il les fit accompagner de soldats d'élite chargés de relever les blessés et d'aider aux soins. "En 1807, à Eylau, la détresse des blessés est incommensurable. Un premier "bataillon de soldats d'ambulance" verra le jour en Espagne, en 1808. Cinq compagnies seront levées à Vienne, en septembre 1809, deux en Italie et trois en Espagne. En 1813, ce corps d'infirmiers militaires est complété par un corps de brancardiers d'ambulance, les fameux despotats de Percy. Ces soldats, par groupe de 2, portent les éléments d'un brancard démonté. Cette voiture d’intervention rapide, attelée à quatre ou six chevaux, était précédée par le chirurgien major qui décidait du lieu d’intervention. Le caisson, nommé Wurtz, renfermant les appareils et instruments chirurgicaux était conduit par deux postillons. "La Wurtz de Percy est surtout un moyen rapide d'amener du personnel sanitaire en un point du champ de bataille pour commencer à panser les blessés avant de les évacuer vers l'ambulance (nom de l'hôpital de campagne). C'est vers 1799, à l'armée du Rhin, que Percy utilise le Wurtz (saucisse en allemand). Il s'agit d'un petit caisson allongé, utilisé par l'artillerie pour le transport des munitions ; le dessus de celui-ci est couvert de cuir arrondi pour servir de siège aux aides majors et aux infirmiers à l'aller et aux blessés au retour. Cette ambulance, nécessitant beaucoup de chevaux, peu confortable pour le personnel sanitaire ou les blessés légers, ne permettra pas d'évacuer les blessés graves.
En 1792, à la bataille de Spire, un jeune chirurgien dénommé Larrey, qui attendait la fin des combats pour pouvoir intervenir, observait à la lorgnette la rapidité d’intervention des équipages d’artillerie au cœur des combats. Cela lui donna l’idée de créer les ambulances volantes qui permettraient d’amener les secours au cœur des combats et de rapatrier les blessés. Il lui faudra attendre 1797 et sa participation avec Bonaparte à la bataille d’Italie pour voir son projet se réaliser. Il en sera félicité par Bonaparte « votre œuvre est une des plus hautes conceptions de notre siècle et suffira à elle seule à votre réputation. ». Cependant, face aux réticences des ordonnateurs et commissaires de guerre, ce premier service d’ambulance ne se développera que très progressivement. La première transporte deux blessés couchés. Sur le plancher de la voiture se trouve un "matelas" rembourré de crins et monté sur rail, sur lequel le chirurgien peut panser le blessé. La deuxième, montée sur un train à quatre roues, a une capacité de quatre blessés couchés sur deux niveaux ; elle est munie de portes coulissantes sur les côtés permettant de rentrer ou sortir facilement les blessés. Pendant la campagne d’Égypte, Larrey avait également développé un autre système d’évacuation des blessés en adoptant le système du cacolet aux chameaux.
Le XIXe Siècle : Vers une Organisation Humanitaire et Civile
Cette situation va perdurer pendant les guerres du XIXe siècle et va interpeller, de plus en plus, l'opinion publique. Elle est à l'initiative, le 22 août 1864, de la signature, par 12 États, de la Convention de Genève, point de départ fulgurant du droit humanitaire international. Un des éléments de ce droit est la protection des blessés et des lieux, personnel, véhicules,… participant aux soins à ces blessés. La question de l'évacuation et du transport des blessés devient un point central. Les plans et descriptions proviennent du fascicule "Équipages militaires". Les blessés n'étaient pas toujours accessibles directement par les ambulances. Ils étaient alors transportés à l'aide de brancards qui pouvaient être installés sur des brouettes pour les longues distances.

Les modalités d'attelage de ces véhicules dépendaient de leur utilisation. Ambulances des armées belges, françaises, britanniques… Pour l'évacuation des blessés des hôpitaux de campagne vers les lignes arrières, elles étaient menées en guides et attelées à un ou deux chevaux. Les modes d'évacuation vont évoluer pendant la guerre 1914-1918 et privilégier d'autres moyens de transport plus confortables et rapides comme nous pouvons le voir dans cette gravure du Larousse de 1920. Nous y trouvons différents types de brancards ; pliant, ordinaire, brouette,… Cette modernisation des ambulances s'intégrera dans une réorganisation des soins. L'utilisation d'un véhicule militaire à traction animale, spécialisé dans les secours aux blessés, aura donc tout au plus duré une centaine d'années. Les carrossiers inventeront de nombreux modèles, comme la maison Grill à Poitiers qui proposait ce modèle de seulement 140 kg attelé à un cheval. En Angleterre et aux États-Unis, les ambulances civiles furent utilisées plus précocement, souvent en adaptant des voitures classiques comme des omnibus et, ici, un coupé.
L'évolution des ambulances en France est un voyage qui plonge ses racines dans l'Antiquité, un parcours marqué par l'innovation, impulsée par le courage et l'ingéniosité des médecins, des soldats et des citoyens. L’histoire des ambulances illustre la manière dont la médecine et l’assistance ont cherché à répondre aux urgences avec une efficacité et une humanité croissantes. Au XVIe siècle, pendant les guerres de religion sous le règne d’Henri IV, les ambulances commencèrent à prendre forme. Les caisses d’artillerie, habituellement destinées au transport des munitions, furent adaptées pour le transport des blessés. La véritable révolution survint cependant lors de la Révolution française, avec le chirurgien militaire Dominique Larrey, qui introduisit les fameuses « ambulances volantes » en 1794. Ces véhicules étaient conçus pour transporter rapidement les blessés directement du champ de bataille vers les hôpitaux de campagne. Pouvant accueillir jusqu’à quatre soldats blessés, ces ambulances étaient tirées par des chevaux et permettaient une prise en charge plus rapide. Peu après, un autre chirurgien militaire, Pierre-François Percy, développa le concept d’ambulance médicalisée en créant une unité de « chirurgie mobile ». Les caisses d’artillerie du modèle « Wurst » furent converties en ambulances, transportant chirurgiens, infirmiers et matériel de premiers secours jusqu’aux blessés. En 1813, Larrey et Percy furent les pionniers de la création des brancardiers militaires, en utilisant des brancards démontables fabriqués à partir de lances militaires. Au XIXe siècle, une prise de conscience croissante des conditions sanitaires des civils mena à l’adoption du concept d’ambulance pour un usage civil. En 1830, le docteur Hyppolite Larrey (fils de Dominique) mit en place les premières ambulances destinées au transport des blessés en milieu urbain. Puis, en 1881, sous l’impulsion du Dr Henri Nachtel et de Victor Hugo, Paris introduisit un service d’ambulances hippomobiles pour le transport des malades et des blessés, notamment des victimes de la variole.
Le service public des « ambulances urbaines » de Paris, inspiré du dispositif en vigueur depuis déjà 20 ans à New York, est inauguré le 1er juin 1888. Un service complet de secours, avec brancardiers, voitures attelées en permanence et internes, basé à l’hôpital Saint-Louis, peut être prévenu par téléphone. Les voitures de l’œuvre, de simples petits omnibus analogues à ceux dans lesquels se font les livraisons des magasins de nouveautés, spécialement aménagés pour ce service, sont munies d’une clochette. À la fin des années 1880, la ville de Paris crée deux stations d’ambulances municipales. C’est au docteur Nachtel, un français (qui leur fit également adopter, selon le modèle parisien, le service médical de nuit) que les Américains doivent le développement, à partir de 1860, du service des ambulances urbaines qui servira de modèle à la France… vingt ans plus tard. En 1900, ce sont au total sept stations qui sont en fonctionnement. De profondes réorganisations transforment alors le « service des ambulances de la ville de Paris » en « service des ambulances des hôpitaux de Paris » dont l’organisation est confiée à l’Assistance publique, qui fournit le matériel médical et le personnel.

Le XXe Siècle et l'Ère Moderne : De la Traction Animale à la Médicalisation
L'acte de naissance du concept d’urgence médicale date de 1740. En France, les transports sanitaires d’urgence, assurés par les Unités Mobiles Hospitalières des SMUR et les Ambulances de Réanimation de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris et du Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille, sont précoces, rapides, confortables et médicalisés. Ces caractéristiques sans lesquelles l’évacuation n’est plus qu’un simple transport, parfois même une véritable blessure supplémentaire, sont le fruit d’une évolution qui est indissociable des progrès réalisés à l’occasion de chaque conflit armé. Déjà dans l’Antiquité existait au VIe siècle un corps de cavaliers romains chargés d’évacuer les blessés lors des combats contre les barbares. Les guerres de religion virent la création d’ambulances militaires au rôle identique. Mais il faut attendre deux siècles encore pour voir apparaître la première prise en charge médicalisée sur le champ de bataille lors des guerres napoléoniennes. Si la campagne d’Égypte vit des blessés transportés à dos de chameaux dans des nacelles individuelles, l’ "Ambulance volante", créée par Larrey en 1797 dans l’armée d’Italie, disposait de voitures à chevaux transportant de deux à quatre blessés tandis que le "Wurst", créé par Percy en 1799, était un caisson d’artillerie capable d’amener rapidement le chirurgien et ses aides. Percy imagina également un brancard démontable dont chaque élément était constitué de la lance d’un brancardier.
Au début du conflit, chaque unité disposait de véhicules hippomobiles destinés à évacuer les blessés sur les ambulances divisionnaires où était pratiqué le classement des blessés (on ne parlait pas encore de triage) avant leur évacuation par voie ferrée sur les hôpitaux de l’arrière. Le combat devenant fixe, le problème majeur devint celui du ramassage des blessés entre les lignes par les brancardiers. Les blessés étaient ensuite transportés du poste de secours jusqu’à de véritables formations de traitement de l’avant, installées hors de portée de l’artillerie. Ces formations devinrent mobiles en 1916, s’implantant selon les circonstances puis automobiles en 1917. C’est l’expérience de la Grande Guerre qui permit en 1924, grâce au médecin commandant Cot, de voir le Régiment de Sapeurs-Pompiers de Paris se doter du premier service médical d’urgence au profit des brûlés mais aussi des nombreux intoxiqués à l’oxyde de carbone du Paris insalubre d’après-guerre. Cette période vit également le début de l’aviation sanitaire en liaison avec le service de santé de l’armée de l’air en Afrique du Nord et au Proche-Orient. Au début de la guerre, il existait encore de nombreux véhicules sanitaires hippomobiles et les évacuations sur l’arrière reposaient sur les trains sanitaires. Plus tard, à partir de 1943, l’équipement en matériel américain de la 1ère Armée Française répondit avec une grande richesse à la nécessité d’adapter le Service de santé aux impératifs d’une guerre moderne. Les évacuations se firent essentiellement par voie routière dans cette armée entièrement motorisée, même si le recours aux cacolets à dos de mulet fut cependant utile en Italie. La campagne de Tunisie vit l’utilisation d’avions sanitaires Goéland, remplacés plus tard en Italie et en France par des DC3, capables de transporter 20 blessés couchés, utilisés enfin pour le rapatriement des déportés.
Cependant, la voie aérienne qui se développa le plus avec l’apparition du ramassage héliporté dès 1950, tout d’abord à l’aide du Hiller 360, petit biplace transportant deux blessés dans des nacelles extérieures, remplacé plus tard par les Sikorsky S 51 et S 55 à quatre blessés couchés dans la carlingue. Avant leur introduction en Indochine, le Morane MS 500, qui transportait deux blessés couchés dans l’habitacle, était le seul moyen d’évacuation primaire. Les évacuations secondaires, assurées au début par de vieux Junkers 52 à 8 blessés couchés furent assurées par la suite par les DC3, en particulier lors de la bataille de Diên Biên Phu en 1954. La guerre d’Algérie fournit l’occasion de profiter largement de l’expérience acquise en matière d’EVASAN en Indochine et en Corée. Chaque fois que possible, en effet, l’hélicoptère (Bell H19, Alouette II, Sikorsky H 34) ou l’avion léger Broussard permirent des transports rapides quand les conditions météo le permettaient.
Si le décret portant la nécessité de doter les centres hospitaliers de moyens mobiles de secours ne date que du 2 décembre 1965, il faut attendre 1967 pour voir apparaître le premier Service d’Aide Médicale Urgente à Toulouse (Pr Lareng), officialisé en 1968. Le 15 septembre 1916, en présence d’une assistance nombreuse, parmi laquelle figure le président de la République française, Raymond Poincaré, un pope (prêtre chrétien orthodoxe) procède à une cérémonie de bénédiction des ambulances offertes par un comité franco-roumain. Pendant la Première Guerre mondiale, une ambulance est un poste de secours avancé au plus près du front, chargé d’accueillir les soldats blessés et de leur donner les premiers soins. Ils sont ensuite évacués vers un hôpital militaire de campagne. Par extension, on appelle aussi ambulance l’attelage qui transporte les blessés du poste de secours vers l’arrière. En 1914, on compte essentiellement des ambulances hippomobiles, y compris dans la cour d’honneur des Invalides.

En France, les premières ambulances avec médecin à bord, répondant à un numéro de téléphone dédié, ne virent le jour qu’à la fin des années 1960. Le 1er mai 1967 eut lieu, pour la première fois en France, une opération de sauvetage « médicalisée » répondant à un appel reçu sur un numéro de téléphone spécifiquement dédié. Cette grande avancée, consistant à « rapprocher l’hôpital du patient », allait révolutionner les services de secours en fournissant les meilleurs soins au bon endroit au bon moment. Une révolution qui s’avéra fondamentale, notamment en raison d’une véritable « épidémie » qui frappait la France : celle des accidents de la route. Le taux élevé de mortalité était le résultat d’une combinaison de facteurs : la conception peu sécurisée des voitures de l’époque, l’absence de ceintures de sécurité et l’absence de toute limite de vitesse. Toutefois, un rôle déterminant était joué par l’inadéquation des secours. Pour les blessés qui survivaient à l’accident, le transport constituait une épreuve supplémentaire. Avant le passage du simple secours à des soins sur place, les patients étaient chargés dans des fourgons adaptés de façon sommaire, souvent initialement destinés aux agriculteurs ou artisans, et transportés sans aucun traitement, si ce n’est quelques bandages d’urgence. Arrivés à l’hôpital, ils étaient allongés sur une civière et pris en charge par un infirmier ou un stagiaire, qui les examinait avant de contacter le médecin de garde.
Le XXe siècle vit la structuration progressive du métier d’ambulancier. En 1941, la création du Service des Ambulances des Hôpitaux de Paris marqua une étape clé. Dès la guerre de 1870, la Croix-Rouge française joua un rôle fondamental dans la formation des secouristes. Aujourd’hui, les services d’ambulance en France sont gérés à la fois par des organismes publics et par des entreprises privées. Le SAMU (Service d’Aide Médicale Urgente), géré par l’État, représente le système principal pour la gestion des urgences, avec des véhicules équipés d’équipes médicales spécialisées intervenant dans des situations critiques. À l’avenir, les ambulances s’intégreront davantage aux systèmes hospitaliers et technologiques, devenant de véritables centres de soins mobiles à la pointe de l’innovation.
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