L'Art Délicat de la Connexion avec le Cheval : Maîtriser les Rênes et Comprendre le Comportement Équin

La relation entre un cavalier et son cheval est une danse complexe, un dialogue silencieux où chaque geste, chaque tension, chaque relâchement a une signification profonde. Au cœur de cette communication se trouvent les rênes, ces liens qui unissent le cavalier à la bouche du cheval. Pourtant, leur utilisation est souvent sujette à débat et à incompréhension, menant à des comportements indésirables comme l'arrachage des rênes ou une dépendance excessive à leur tension. Cet article explore les différentes facettes de la gestion des rênes, en s'appuyant sur les expériences et les réflexions partagées, afin de décrypter comment attirer l'attention du cheval, le guider avec justesse et construire une relation de confiance mutuelle.

Comprendre l'Arrachage des Rênes : Symptôme ou Cause ?

L'arrachage des rênes, ce mouvement brusque où le cheval tire sur le lien pour prendre le contrôle, est une manifestation souvent déconcertante pour le cavalier. Il est crucial de déterminer si ce comportement est une tentative délibérée de contrôle, une réaction à une gêne, ou simplement une habitude malencontreuse.

Si l'objectif est simplement de prendre le contrôle, l'utilisation des jambes devient primordiale. Comme le souligne une réflexion, "pour tirer il faut être 2". Si le cavalier ne résiste pas en utilisant ses jambes, le cheval ne peut pas avoir le dessus. De plus, ne pas lutter permet de conserver sa position et son équilibre. L'application des jambes incite le cheval à relever la tête. Une autre approche suggère qu'en cas d'arrachage, il ne faut pas résister, mais plutôt mettre des jambes. Ceci permet au cavalier de garder sa position et son équilibre, tout en obligeant le cheval à relever la tête. Un demi-arrêt bien franc, utilisé avec un mors simple, peut également être une solution pour les chevaux "casse-pieds". L'erreur à ne pas commettre est de maintenir une tension constante sur les rênes, ce qui empêche le cheval d'apprendre à être autonome.

Cheval tirant sur les rênes

Dans certains cas, l'arrachage peut être lié à une incompréhension ou à une gêne. Une expérience partagée relate un incident où, après plusieurs tentatives infructueuses, le cavalier a bloqué une rêne sur la selle. Lorsque le cheval tentait d'arracher les rênes, il butait contre cette rêne bloquée, créant une sensation désagréable et asymétrique avec un mors à aiguilles, ce qui l'a rapidement dissuadé. Cette méthode, bien que potentiellement inconfortable, a montré son efficacité pour ce cavalier particulier. Une autre astuce employée dans un ancien club consistait à accrocher une ficelle partant de l'anneau de la selle, passant dans les anneaux du mors, puis revenant à l'autre anneau de la selle.

La Gestion des Rênes dans les Différentes Disciplines Équestres

La manière de tenir et d'utiliser les rênes varie considérablement en fonction de la discipline équestre pratiquée.

En Descente : Maintenez le Contrôle sans Tensions Excessives

Pour les descentes, la tendance est souvent de laisser les rênes longues et de les reprendre si le cheval accélère, avant de les relâcher dès que le rythme ralentit. Il est important de ne pas les tenir trop basses, mais plutôt au niveau du nombril, voire plus haut si le cheval commence à s'enfermer. Un demi-arrêt bien exécuté peut empêcher le cheval de s'enfermer. Changer de mors n'est généralement pas la solution miracle ; l'effet de surprise peut être temporaire, mais le comportement persistera.

L'Arrachage et le Demi-Arrêt : Rendre le Comportement Désagréable

Sanctionner l'arrachage implique de remonter le nez du cheval par un demi-arrêt et de le replacer dans une attitude équilibrée avec les jambes, en sollicitant les postérieurs sous la masse. Un cheval qui arrache les rênes est souvent en déséquilibre. S'il le fait dans les descentes, c'est peut-être parce qu'il ne parvient pas à descendre correctement. Il faut lui apprendre à écouter, à se positionner et à s'équilibrer.

Le demi-arrêt, même léger, vise à rendre le comportement désagréable et à provoquer une légère remontée de la tête et de l'encolure. Il ne s'agit pas de démonter la bouche du cheval, mais de créer une gêne qui le pousse à changer de comportement. Si le cheval s'enferme lors d'un demi-arrêt, il peut être nécessaire de monter la main et de l'avancer pour l'aider à se rééquilibrer et à s'ouvrir.

Transitions Montantes et Comportement Énervé

Si un cheval arrache les rênes lors des transitions montantes, cela peut indiquer qu'il a besoin d'un accompagnement plus subtil, comme ouvrir légèrement les doigts. Pour cela, l'avis d'un professionnel est souvent recommandé. Si le cheval arrache les rênes lorsqu'il s'énerve, il faut le ramener à soi, le reprendre en main pour le calmer.

L'Importance de la Décontraction et de la Confiance

L'une des réflexions les plus profondes concerne la tension des rênes et son impact sur le cheval. L'idée qu'un cheval est "tendu" uniquement lorsqu'il est raide et figé, comme un bloc de béton, est remise en question. On oppose cette vision à celle d'un cheval tendu par l'effort, mais fluide dans ses mouvements, comme ceux qu'on observe au pré.

Un cheval avec un bon moral est volontaire et disponible au travail. Savoir lâcher les rênes, même au trot et au galop, permet au cheval d'utiliser librement son encolure, qui lui sert de balancier naturel. Cela lui procure un plus grand confort et favorise sa décontraction, tant physique que morale. Un cheval constamment enfermé et contraint par des enrênements n'aura pas la même joie de vivre ni la même complicité qu'un cheval à qui l'on laisse la possibilité de s'exprimer et de prendre des initiatives.

Cavalier lâchant les rênes

Apprendre à Faire Confiance

Lâcher les rênes, c'est aussi redonner de l'autonomie à son cheval, lui permettre d'inspecter son environnement et de regarder autour de lui. Cette liberté peut effrayer certains cavaliers, qui craignent que le cheval ne lève la tête et ne prenne peur. Pourtant, de nos jours, le manque de confiance des cavaliers se manifeste souvent sur les terrains de concours par des pratiques comme le Rollkur, des chevaux enroulés, ou des cavaliers qui "cisaille" la bouche de leur monture. Pour coopérer avec son cheval au lieu de simplement le dominer, il faut commencer par lui faire confiance.

Cette confiance implique d'accepter que le cheval exprime ses désirs et ses aversions. C'est à ce moment-là que le cavalier prend conscience de l'état réel de sa relation avec son cheval, ce qui peut parfois être douloureux.

Surmonter ses Angoisses : La Peur de Perdre le Contrôle

La peur de perdre le contrôle et de se faire embarquer est une angoisse profondément ancrée chez de nombreux cavaliers. Il est essentiel de se rappeler que les réactions d'un cheval sont principalement régies par des besoins fondamentaux : sécurité, nourriture et confort physique. Les théories anthropomorphiques, qui attribuent des intentions malveillantes au cheval (faire exprès de faire un écart, se venger, etc.), sont à écarter. Un mouvement de fuite est une réaction instinctive à un besoin de sécurité, et non une malice.

Il est important de distinguer un mouvement de fuite d'une simple expression de joie, qui est une bonne chose. Laisser son cheval s'exprimer, c'est le respecter en tant qu'être vivant et savoir l'écouter.

Comment tenir ses rênes ?

Les cavaliers doivent apprendre à maîtriser leurs émotions, en gardant à l'esprit que la chute fait partie du monde équestre. Le cheval est un être vivant qui peut aussi être débordé par ses émotions et avoir envie de fuir. Lâcher les rênes juste pour voir ce que cela fait peut surprendre le cavalier par la réaction souvent mesurée du cheval.

La Rêne d'Appui : Un Outil de Précision

La rêne d'appui est une aide fondamentale, particulièrement utile lorsqu'on tient les deux rênes dans une seule main. Son principe est de pousser le cheval vers une porte qui s'ouvre sur le côté opposé.

Description des aides pour une rêne d'appui à droite :

  • Main droite active : Elle est légèrement plus haute que la main gauche et se porte vers la gauche. Son rôle est de pousser l'épaule du cheval vers la gauche. Dans certains schémas, cette main peut passer la ligne de l'encolure, contredisant l'idée qu'il ne faut jamais le faire.
  • Main gauche qui cède en bas : Elle règle le déplacement de l'encolure.
  • Deux jambes d'impulsion : Elles amènent le cheval à passer par l'ouverture créée par les mains.
  • Jambe droite passive : Elle règle le déplacement.
  • Jambe gauche active : Elle prédomine légèrement pour accentuer le mouvement.
  • Assiette à gauche : Elle influence l'équilibre du cheval.

Action sur le cheval :

  • Nez à droite.
  • Tête et nuque à gauche.
  • L'encolure s'infléchit légèrement à droite.
  • L'épaule gauche est légèrement chargée.
  • Les hanches suivent le mouvement des épaules, sans effet d'opposition.

Résultat :

Si le transfert de poids et l'impulsion sont suffisants, l'équilibre est rompu à gauche au niveau des épaules, provoquant la rotation du cheval dont le corps suit les épaules.

Utilisation :

Cette rêne est la seule utilisable quand on tient les deux rênes dans une main. Elle peut être utilisée avec un mors à branche (type mors américain ou espagnol), contrairement à la rêne d'ouverture. Le passage temporaire et léger d'une rêne d'ouverture droite à une rêne contraire droite peut agrandir la courbe et rejeter du poids sur l'épaule extérieure pour un cheval qui tombe à l'intérieur, sans perdre le pli à droite. L'autorité est obtenue par l'action des jambes qui poussent le cheval. Cette action s'exerce par la torsion des vertèbres cervicales, notamment l'atlas et l'axis, qui forment un bloc rigide. Poussé à l'extrême, ce mouvement est similaire à celui utilisé pour renverser un taureau en le tenant par les cornes.

Le Galop : Une Question d'Équilibre et de Technique

Le départ au galop peut parfois révéler des déséquilibres chez le cheval. Un cheval qui commence son galop en descendant brusquement la tête vers le bas, obligeant le cavalier à lâcher les rênes pour ne pas tomber, indique une difficulté à trouver l'équilibre. Le cheval, dans ces moments, a le choix entre relever la tête et embarquer, repasser au trot, ou continuer le galop à sa manière.

La capacité à obtenir un galop bien équilibré, même un "petit galop", dépend de la capacité du cavalier à gérer cette phase de transition. Si le cheval "chien de chasse" et que le cavalier peine à retrouver la direction, cela souligne un manque de contrôle et d'équilibre.

Il est essentiel de distinguer si le cheval arrache les rênes pour accélérer ou s'il le fait pour une autre raison. La tension des rênes se fait par l'ouverture de la nuque (angle tête-encolure). L'extension du cheval, qu'elle soit vers le bas, lorsqu'il est décontracté, ou demandée par le cavalier, est un signe de travail bien fait.

Certains cavaliers appliquent une tension de rênes importante, atteignant près d'un kilo de pression, pour que le cheval avance. Cette méthode, souvent qualifiée de "conditionnement de cirque", peut entraîner un durcissement de la mâchoire et un manque d'impulsion. Elle peut même rendre le cheval violent, explosif, ou ignorant des demandes des jambes.

L'idée qu'un cheval est tendu uniquement lorsqu'il est raide et figé est remise en question. La tension musculaire peut coexister avec une locomotion fluide. La tension du dos d'un cheval devrait être jugée à l'écartèlement de ses commissures de lèvres et à son absence de raidissement, et non à sa rigidité. Les chevaux au pré, qui paradent, ne sont pas tendus dans le sens négatif du terme ; ils n'ont pas besoin d'une pression extérieure pour se tendre.

Certains moniteurs insistent sur le fait de "tenir son cheval", ce qui peut amener les cavaliers à ajuster leurs rênes très court et à serrer les jambes. Cependant, la décontraction du cheval n'est possible qu'avec la décontraction des aides du cavalier. L'injonction "Prends le entre jambe et mains" peut donc sembler contradictoire.

La capacité d'un cheval à se tendre, à engager son corps et à trouver l'équilibre est un processus d'apprentissage. Il ne s'agit pas de le forcer, mais de lui apprendre à chercher le contact. Le risque qu'un cheval apprenne à tirer en cherchant le contact doit être géré par une éducation attentive, lui expliquant les limites à ne pas franchir.

En résumé, la maîtrise des rênes ne se limite pas à une simple prise physique, mais englobe une compréhension profonde du comportement équin, une gestion émotionnelle du cavalier et une construction de la confiance mutuelle. C'est en explorant ces différentes facettes que l'on peut véritablement attirer le cheval, le guider avec justesse et bâtir une relation harmonieuse et respectueuse.

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