Le Calendrier d'Épandage des Fumiers : Optimisation Agronomique et Protection Environnementale

La gestion des effluents d'élevage et des fertilisants organiques constitue un pilier central de l'agriculture moderne, visant à concilier les impératifs de productivité avec la préservation de l'environnement. Au cœur de cette gestion se trouve le calendrier d'épandage, un outil réglementaire et agronomique essentiel qui encadre strictement les périodes et les conditions dans lesquelles les différents types de fertilisants peuvent être appliqués aux sols. Ces règles, principalement issues de la Directive Nitrates et des Programmes d'Actions Régionaux (PAR), sont conçues pour minimiser les risques de pollution de l'eau par les nitrates et réduire les pertes d'azote dans l'atmosphère, tout en assurant une fertilisation efficace pour les cultures.

Champ de maïs avec un tracteur épandant du lisier

La Classification des Fertilisants : Une Précision Cruciale

Avant d'aborder le calendrier lui-même, il est fondamental de comprendre la classification des fertilisants, qui a évolué pour mieux refléter la nature et le comportement des différents produits. Les catégories principales restent les mêmes, mais de nouvelles précisions ont été apportées, notamment avec l'introduction d'un "Type 0".

  • Type 0 : Cette nouvelle catégorie englobe les composts de déchets verts et ligneux, ainsi que les boues de papeterie. Ces produits se caractérisent par une organisation nette à moyen terme de l'azote.
  • Type I : Il regroupe les fertilisants azotés à rapport Carbone/Azote (C/N) élevé, principalement les déjections animales avec litière, à l'exception des fumiers de volaille et des composts d'effluents d'élevage. Les fumiers de bovins sont désormais scindés en deux sous-types :
    • Type Ia : Fumiers compacts non susceptibles d'écoulement (bovins, ovins, caprins, équins, porcins) et composts d’effluents d’élevage (hors composts de fientes de volailles), composts matures de déchets verts. Ils présentent une minéralisation de l'azote très lente et une faible quantité d'azote minéral.
    • Type Ib : Fumiers mous autres que les fumiers de volailles, composts de boues, composts de biodéchets. Ces produits ont une minéralisation de l'azote lente et une quantité limitée d'azote minéral.
  • Type II : Cette catégorie concerne les fertilisants azotés à C/N bas, c'est-à-dire ceux à minéralisation rapide ou contenant une quantité importante d'azote minéral. Cela inclut les fumiers de volaille, les déjections animales sans litière (lisiers bovin et porcin, lisiers de volaille, fientes de volaille), les eaux résiduaires, les effluents peu chargés, les digestats bruts de méthanisation et leur fraction liquide, ainsi que certains produits homologués ou normés d'origine organique. La valeur guide de C/N inférieur ou égal à 8 est retenue pour le classement des boues, composts et autres produits organiques.
  • Type III : Cette catégorie regroupe les engrais minéraux azotés de synthèse, y compris ceux utilisés en fertirrigation, ainsi que les produits uréiques de synthèse.

Il est important de noter que les amendements calciques et autres produits ne contenant pas d'azote (cendres de chaufferie, écumes de sucrerie, etc.) ne sont pas soumis au calendrier d'épandage.

Les Calendriers d'Épandage : Adapter l'Apport aux Conditions et aux Cultures

Les périodes d'épandage sont définies par des interdictions (indiquées en rouge sur les schémas), des autorisations (en vert) et des conditions spécifiques (en jaune). Les règles diffèrent selon le type de fertilisant et la nature de la parcelle (prairie, couvert d'interculture, culture principale).

Épandages sur Cultures Principales

  • Lisier (Type II) : Les épandages de lisier sur prairie comme sur céréales peuvent débuter dès le 1er février. Sur maïs, l'épandage de lisier peut commencer le 16 mars partout en Bretagne. Cette date peut être avancée au 1er mars dans la zone I (Est de la Bretagne) ou prolongée jusqu'au 31 mars dans la zone II (Ouest) en cas de conditions météorologiques défavorables, sur décision du Préfet.
  • Fumier (Type I) : Sur maïs, le fumier (type I) peut être épandu jusqu'au 30 avril.
  • Engrais Minéraux (Type III) : L'apport de 30 unités d'azote minéral sur colza en végétation est possible du 1er septembre au 15 octobre, sous réserve de respecter un certain nombre de points.

Épandages sur Couverts d'Interculture (CIPAN, Dérobées, CIVE)

La destination du couvert (récolté ou détruit) a un impact direct sur les règles d'épandage. Les "Cultures Intermédiaires Piège à Nitrates" (CIPAN), devenues "Couverts d'interculture non exportés" (CINE), et les "Cultures Intermédiaires à Vocation Énergétique" (CIVE), désormais "Couverts d'interculture Exportés" (CIE), sont concernés.

  • Fertilisants de Type II : Leur épandage est interdit sur les couverts après le 15 novembre. Pour les digestats de méthanisation, un calendrier spécifique s'applique : en été/automne, l'épandage est possible sur prairie jusqu'au 15 novembre, et sur colza et couverts dans les 15 jours avant le semis et jusqu'au 15 octobre, avec une limite de 70 kg N/ha APLSH (Azote Potentiellement Libéré jusqu'en Sortie d'Hiver). Sur céréales d'automne, l'apport de digestat est autorisé 15 jours avant le semis et jusqu'au 1er octobre, dans la limite de 30 kg/ha d'azote minéral contenu dans le digestat.
  • Fertilisants de Type I : L'épandage sur couverts est interdit du 15 novembre au 15 janvier. Cependant, des dérogations sont accordées pour les effluents d'élevage et certains effluents agroalimentaires, permettant un épandage hivernal sous réserve de réaliser un suivi de reliquat azoté avant épandage.
  • Épandages sur CIPAN avant maïs (Type II) : Ils sont possibles de 15 jours avant l'implantation de la CIPAN jusqu'au 15 septembre.

Tableau simplifié du calendrier d'épandage par type de fertilisant et période

Particularités pour les Prairies

  • Prairies de moins de six mois : Elles sont considérées comme des cultures implantées à l'automne ou au printemps.
  • Prairies implantées depuis plus de six mois : L'épandage est autorisé du 15 novembre au 31 janvier dans la limite de 20 kg d'azote efficace.
  • Prairies de fauche : Les apports de fumier compensent les besoins en azote, phosphore et potasse.
  • Prairies pâturées : Les restitutions en P et K correspondent généralement aux besoins, à vérifier par une analyse d'herbe.

Conditions Météorologiques et État des Sols : Des Facteurs Déterminants

Le respect du calendrier d'épandage est intrinsèquement lié aux conditions météorologiques et à l'état des sols.

  • Interdictions absolues : Les épandages de tous les fertilisants azotés sont interdits sur sols détrempés (inaccessibles du fait de l'humidité), inondés (eau présente en surface) ou enneigés (entièrement couverts de neige). Ces conditions augmentent significativement les risques de ruissellement, de lessivage des nitrates et de pollution des cours d'eau.
  • Conditions favorables : Un sol meuble et légèrement humide favorise l'infiltration et l'assimilation rapide des nutriments par les plantes, optimisant ainsi l'efficacité de la fertilisation. Les périodes de pluie importante ou de vent fort doivent être évitées pour limiter la volatilisation de l'azote et la dispersion des effluents.

le 19/01/2024 : Les différents engrais organiques

L'Importance de l'Enfouissement Rapide

Pour de multiples raisons, économiques, environnementales et sociétales, les effluents doivent être enfouis rapidement après épandage afin de limiter les pertes d'azote par volatilisation et les émissions d'ammoniac.

  • Dans les 24 heures : Pour les fumiers compacts de plus de 2 mois (bovins, ovins, caprins, équins, porcins).
  • Dans les 12 heures : Pour les autres effluents (effluents liquides, fientes de volailles et autres fumiers).

Des outils comme l'outil web AgrivisioN’air, né d’un partenariat entre la Chambre d’agriculture de Bretagne et Air Breizh, peuvent aider à suivre ces conditions.

Planification et Outils de Suivi

Un calendrier d'épandage bien maîtrisé permet d'anticiper les périodes de travail intense, de planifier l'utilisation du matériel et des équipes, et d'éviter les situations d'urgence hors périodes autorisées. Il facilite la coordination entre le stockage, le transport et l'épandage des effluents, tout en optimisant le temps passé sur l'exploitation.

Le respect des périodes d'interdiction exige des capacités de stockage suffisantes pour tous les effluents produits. Un calendrier mal anticipé peut entraîner un sous-dimensionnement des fosses ou des fumières, exposant l'agriculteur à des sanctions réglementaires et à des risques environnementaux.

La nouvelle réglementation introduit également des notions comme l'APLSH (Azote Potentiellement Libéré jusqu'en Sortie d'Hiver), qui remplace l'azote efficace pour le calcul du plafond de 70 kg/ha en cas d'apport organique en été-automne. L'APLSH correspond à la somme de l'azote minéral et de l'azote organique minéralisable jusqu'en sortie d'hiver. Des coefficients spécifiques seront prochainement publiés dans le référentiel régional.

Enfin, l'administration devrait mettre à disposition des agriculteurs un outil pour positionner ses épandages, facilitant ainsi la conformité réglementaire et l'optimisation agronomique. Le suivi des reliquats azotés avant épandage, notamment en cas de dérogation pour les épandages hivernaux, devient une étape clé pour garantir la maîtrise des apports.

En épandant au bon moment et dans des conditions adaptées, l'agriculteur limite les pertes d'azote, maximise l'efficacité fertilisante des effluents, synchronise l'apport d'azote avec les besoins des cultures, et réduit les émissions de gaz à effet de serre, contribuant ainsi à une agriculture plus durable et respectueuse de l'environnement.

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