Le Fumier Équin : Une Ressource Précieuse à Gérer avec Soin

La gestion du fumier est une composante essentielle de l'entretien des écuries, nécessitant une attention rigoureuse. Comprendre la quantité de nourriture que consomme un cheval et la quantité de fumier qu'il produit est la première étape vers une gestion efficace et une valorisation optimale de cette ressource. Un programme de gestion des matières fécales réussi dépend de plusieurs facteurs, notamment le nombre de chevaux présents, la superficie du terrain disponible et la configuration de l'écurie. Une bonne gestion des déjections permet de réduire considérablement la pollution environnementale potentielle pour le sol et les cours d'eau, tout en prévenant les nuisances olfactives et la prolifération des mouches, et en contribuant à la santé des chevaux.

Cheval dans un pré

Quantité de Fumier Produit par un Cheval

Un cheval produit en moyenne 50 livres (environ 22,7 kg) de crottin par jour, ce qui équivaut à environ 20 000 livres (environ 9 072 kg) de matières fécales par an. Ces chiffres peuvent varier en fonction de l'alimentation du cheval, de sa taille et de la nature de la litière utilisée. Par exemple, si la litière est de la paille, on estime que la quantité de fumier produite est approximativement trois fois la quantité de paille consommée, le coefficient multiplicateur dépendant du temps de séjour de l'équidé sur la litière.

Les déjections équestres sont composées de matières solides et liquides, généralement dans une proportion de 60 % de matières solides et 40 % d’urine. En moyenne, un cheval produit 0,5 once de crottin et 0,3 once liquide d’urine par livre de poids corporel par jour. Pour un cheval de 1 000 livres (environ 450 kg), cela représente environ 31 livres (environ 14 kg) de fèces et 2,4 gallons (environ 9 litres) d’urine par jour. Au total, un cheval produit donc environ 50 livres (environ 22,7 kg) de déjections brutes par jour. La densité du fumier équin, exprimée en kg/m³, est variable. Le fumier de paille, par exemple, peut avoir une densité de 170 kg/m³ lorsqu'il est curé une fois par semaine et stocké un mois, il peut atteindre 250 kg/m³. Le fumier de copeaux, quant à lui, est estimé à environ 180 kg/m³. La quantité annuelle de déjections produites pour un cheval de 450-500 kg se situe entre 18 et 30 m³, selon la littérature.

Composition et Impact Environnemental du Fumier Équin

Le fumier équin est riche en matière organique (66,4 g/kg de Matière Brute), en azote (8,7 g/kg de Matière Brute) et en phosphore (3,7 g/kg de Matière Brute). S'il n'est pas traité correctement, il peut engendrer une pollution des sols et des cours d'eau. Les matières azotées et phosphorées contenues dans le fumier peuvent causer des problèmes environnementaux significatifs. Le fumier peut contribuer à l'eutrophisation, un phénomène caractérisé par la prolifération excessive d’algues causée par une trop grande quantité de nutriments dans l'eau. Ce phénomène entraîne une diminution de l’oxygène dans la colonne d’eau et nuit à la vie aquatique ainsi qu’à la qualité générale de l’eau.

Schéma du cycle de l'azote dans l'environnement

Le crottin de cheval peut également contenir des œufs de parasites internes tels que les strongles et les ascarides. Une manipulation inadéquate peut entraîner la contamination des pâturages, de la nourriture ou de l’eau, exposant ainsi les chevaux à des infections. Les tas de matières fécales servent de lieux de reproduction pour diverses espèces de mouches et de rongeurs comme les souris et les rats. Une gestion inadéquate des tas de crottin peut libérer des quantités excessives de nutriments et de contaminants dans le sol et les sources d’eau, perturbant ainsi l’équilibre écologique et causant des dommages environnementaux. Le méthane émis lors de la décomposition contribue aussi aux impacts environnementaux négatifs.

Méthodes de Gestion du Fumier

Un système complet de gestion des matières fécales comprend la collecte, l’entreposage (temporaire ou à long terme) et l’élimination ou la valorisation des excréments. Plusieurs options existent : l’épandage, l’entreposage en tas, le transport hors site ou le compostage.

Le Compostage du Fumier

Le compostage peut transformer les matières fécales équines en une ressource précieuse, constituant une source de nutriments pour les plantes. Ce processus présente de nombreux avantages : le produit fini est très prisé par les jardiniers et les paysagistes, ce qui en fait un produit commercialisable. Le compostage permet également l'élimination des agents pathogènes, la réduction des odeurs et une diminution du volume total de matières fécales et de litière pouvant aller jusqu’à 50 %.

Pour un compostage réussi, un suivi rigoureux est essentiel. Il faut retourner régulièrement le tas pour assurer la circulation de l’oxygène nécessaire à la survie des micro-organismes. Le tas doit conserver une humidité équivalente à 40-65 % dans ses espaces poreux. Il est important de surveiller les cycles de température : le cœur du tas doit atteindre 60 °C (140 °F) pour éliminer efficacement les pathogènes. Le temps nécessaire pour transformer les matières fécales en compost peut varier de 2 semaines à 6 mois, avec un brassage ou une aération appropriés.

Si le tas de fumier en cours de compostage contient beaucoup de litière, un apport supplémentaire d’azote peut être requis. Les matériaux de litière comme les copeaux et la sciure de bois apportent des quantités importantes de carbone. Des quantités excessives de carbone peuvent perturber le rapport carbone/azote (C:N) optimal, ralentissant le processus. Des engrais riches en azote peuvent être incorporés pour fournir l'azote nécessaire, idéalement répartis uniformément ou ajoutés lors du retournement du compost.

Compostage de fumier de cheval

L'Entreposage du Fumier

Lorsque l'épandage direct au pâturage n'est pas possible, des sites d'entreposage des matières fécales sont indispensables. Il est conseillé de prévoir une capacité suffisante pour l'entreposage pendant 180 jours. La taille, le type et l'emplacement d'un site d'entreposage dépendent de la quantité de déjections générée, de la durée de l'entreposage et de la superficie disponible, ainsi que des réglementations locales. Les installations doivent être placées sous le vent et à l'abri des habitations voisines pour réduire les plaintes potentielles liées aux odeurs et à l'esthétique.

La méthode d'entreposage en tas sur dalle est la plus répandue. Elle comprend un plancher imperméable et trois murs périphériques pour contenir les matières fécales. La dalle en béton coulé doit être légèrement inclinée pour permettre le drainage vers une bande de végétation filtrante. Les murs, d'au moins quatre pieds de haut, peuvent être construits en béton, en blocs de béton ou en madriers, et assurent un soutien structurel, facilitent le nettoyage et retiennent la chaleur nécessaire au compostage. La structure doit être ancrée sous la ligne de gel pour sa stabilité.

L'entreposage en tas simple, sans plancher imperméable ni murs, est plus économique. L'emplacement doit être aménagé sur un sol compacté pour éviter le lessivage des polluants dans le sol et les eaux souterraines. Une aire de chargement sur sol ferme est également nécessaire pour éviter la formation d'ornières. Les tas peuvent être couverts d'une bâche en plastique pour réduire les odeurs, éloigner les mouches et empêcher l'eau de pluie de pénétrer. Une légère pente de 1 à 3 % est recommandée pour faciliter le drainage, et une bande de végétation filtrante est utile pour recueillir le ruissellement.

Un drainage efficace est essentiel lors de l'entreposage des matières fécales. Les eaux de drainage de surface et le ruissellement des toits adjacents doivent être dirigés loin des zones d'entreposage. Les zones filtrantes végétalisées représentent une solution économique pour le traitement des eaux usées, mais le lixiviat peut également être recueilli dans un réservoir de rétention ou un système de traitement. Pour les grandes installations, le lixiviat peut être réparti sur une bande de végétation filtrante ou irrigué sur un pâturage. L'utilisation d'un bassin de décantation avant le passage sur une bande de végétation filtrante est nécessaire si des matières solides d'excréments sont présentes. La végétation doit être bien établie avant toute utilisation.

Le FUMIER au POTAGER - Tout savoir (ou presque !)

L'Épandage et le Transport Hors Site

Le fumier est naturellement réparti dans les pâturages par les chevaux. Cependant, l'épandage de matières fécales en couches minces sur les pâturages peut augmenter l'exposition des chevaux aux parasites dans des conditions humides, car les œufs peuvent survivre. Il est donc recommandé de laisser le fumier en tas et de le ramasser pour l'éliminer à l'extérieur du pâturage.

Lorsque les possibilités d'entreposage sont limitées, il est possible d'engager un transporteur certifié pour récupérer les déjections. Ces transporteurs peuvent acheminer le crottin vers une installation de compostage centralisée ou l'épandre sur des terres agricoles. L'utilisation de bennes à ordure peut être une solution viable, mais coûteuse, si le terrain est limité ou si le compostage n'est pas envisageable. Les bennes doivent être placées sur une surface imperméable et être de taille appropriée pour permettre une vidange hebdomadaire.

Réglementation et Bonnes Pratiques

Des réglementations fédérales, provinciales et municipales encadrent la gestion des matières fécales et la qualité de l'eau. Il est impératif de s'y conformer pour protéger l'environnement et éviter des sanctions juridiques. Le fumier équin est soumis à la réglementation imposée par le Règlement Sanitaire Départemental (RSD) et, dans les zones vulnérables, à la directive nitrate qui encadre le stockage et l'épandage de matière organique pour préserver la qualité des cours d'eau.

Dans les zones vulnérables, la quantité d'azote organique provenant d'effluents d'élevage ne doit pas excéder 170 kg d'N/Ha/an. Le fumier équin doit être stocké pendant au minimum 2 mois sur une surface étanche avec un point bas pour éviter les écoulements. La fumière doit être conçue pour stocker la quantité de fumier produite sur cette période et se trouver à une distance réglementée des voies de circulation et des sources d'eau. Une fois ce délai écoulé, le fumier peut être stocké en bout de champ sur une surface non étanche pendant 10 mois, à une distance spécifiée des habitations.

Avant tout épandage, il est crucial de vérifier si la parcelle est en zone vulnérable. Des documents comme le plan parcellaire, le plan de fumure, le cahier d’épandage et le bordereau de transfert des effluents sont recommandés, voire obligatoires dans les zones vulnérables. Des procédures supplémentaires comme un calendrier d’épandage, une capacité de stockage minimum de 4 mois et des distances d'épandage spécifiques s'appliquent dans ces zones.

La période d'épandage est généralement toute l'année, sauf si le sol est enneigé ou inondé. Il y a des restrictions d'épandage sur les sols non cultivés, les cultures semées à l'automne et les prairies installées depuis moins de 6 mois, particulièrement en zone vulnérable. L'épandage doit respecter des distances strictes par rapport aux sources d'eau, aux habitations et aux zones de loisirs. Si l'épandage se fait sur des terres labourables à moins de 100m d'habitations, un labour doit suivre au plus tard le lendemain. Pour les prairies, une distance de 100m est requise.

Valorisation du Fumier Équin

Le fumier de cheval, une fois composté, est un amendement précieux pour le potager. Il améliore la structure des sols, favorise la vie microbienne et stimule la fertilité à long terme, permettant de nourrir les cultures sans recourir aux engrais chimiques. Il est équilibré, réchauffant et structurant, améliorant durablement la vie du sol.

Pour une utilisation optimale au potager, l'épandage est idéal à l'automne, permettant au fumier de se décomposer avant les cultures. Un dosage raisonnable est de 1 à 3 kg par m² par an (environ une brouette pour 10 m²). Il peut être épandu frais sur sol nu puis couvert, ou utilisé composté. Il est important d'éviter l'apport juste avant plantation pour ne pas brûler les jeunes plants ou déséquilibrer le sol.

Le fumier de cheval est particulièrement bénéfique pour les cultures gourmandes comme les courges, tomates, poivrons, aubergines, choux et poireaux, ainsi que pour les arbres fruitiers et arbustes. Il allège les sols lourds et argileux, favorise l'aération et limite la formation de croûtes de battance.

Il est également possible de commercialiser les excréments. Les propriétaires de chevaux peuvent vendre ou donner leur fumier, composté ou non, pour une utilisation extérieure. Les jardiniers sont souvent disposés à acquérir du fumier composté.

En résumé, une gestion réfléchie et réglementée du fumier équin permet de transformer un déchet en une ressource précieuse, bénéfique pour l'environnement, la santé des chevaux et la fertilité des sols.

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