L'Utilisation des Protections pour les Chevaux : Un Guide Complet sur les Guêtres et Autres Équipements

Les membres du cheval, bien que capables de supporter des contraintes extrêmes, représentent une zone de fragilité significative. Directement sous la peau, les tendons et les articulations manquent de protection musculaire ou adipeuse contre les impacts externes. Cette vulnérabilité rend les chevaux sujets à des blessures rapides, qu'elles soient superficielles ou profondes, la boiterie étant l'une des conséquences les plus fréquentes. Face à ce constat, l'usage de protections telles que les bandes et les guêtres s'est largement répandu dans le monde équestre. Cependant, une question essentielle se pose : pourquoi les chevaux ont-ils besoin de ces protections, et quels sont les différents types disponibles ?

Cheval avec des guêtres

Les Fondements de la Protection des Membres Équins

Historiquement, la croyance populaire attribuait aux bandes et guêtres une fonction de stabilisation du membre du cheval. Néanmoins, des recherches scientifiques ont infirmé cette idée, suggérant même que le membre est plus sûr lorsqu'il est laissé libre de toute protection. Paradoxalement, cette même recherche souligne qu'une protection adéquate peut effectivement prévenir les blessures causées par des chocs externes, tels qu'un trébuchement, un coup malencontreux, ou le contact avec une barre d'obstacle.

Il existe également des hipposandales, conçues pour les chevaux vivant "pieds nus", afin de préserver leurs sabots d'une usure excessive. Le domaine des hipposandales est vaste, chaque modèle présentant ses propres avantages, et leur ajustement nécessite une attention particulière.

Diversité des Protections Équines : Un Choix Adapté à la Discipline

Il est crucial de comprendre que toutes les protections de jambes ne conviennent pas à toutes les disciplines équestres. Leur efficacité dépend intrinsèquement des exigences spécifiques de chaque pratique.

Les Guêtres : Polyvalence et Protection Ciblé

Les guêtres, aux côtés des bandes, constituent la protection de membre la plus couramment employée. Bien qu'il existe différents types de guêtres, leur fonction première reste identique : protéger les membres du cheval des chocs et des blessures involontaires. Elles offrent une excellente défense contre les coups, sont aisées à manipuler et à entretenir, et surtout, elles absorbent moins l'eau que les bandes. Les guêtres à coque rigide et les protège-boulets, en particulier, dispensent une protection optimale contre les traumatismes violents résultant de coups et de chocs. On retrouve également des guêtres dans l'équitation western.

Les Bandes : Usage et Précautions

Les bandes peuvent servir à la fois à protéger les membres du cheval et à favoriser la régénération après une blessure. Elles sont également utilisées pour maintenir les membres au chaud, un avantage non négligeable pour les chevaux âgés. En dressage, des bandes de couleur assortie à l'équipement du cheval peuvent compléter l'ensemble.

Il est impératif de souligner que la pose des bandes requiert une technique précise. Une bande trop serrée peut gravement entraver la circulation lymphatique du cheval, empêchant ainsi l'élimination des toxines. Cela ralentit la guérison des blessures existantes et rend les tendons et ligaments plus vulnérables, favorisant ainsi l'apparition de nouvelles blessures. Il est donc déconseillé de laisser des bandes sur les membres plus longtemps que nécessaire, par exemple pendant le temps de monte. Pour le bandage, privilégier des bandes polaires, qui sont partiellement élastiques, afin d'éviter de les serrer excessivement. L'application doit se faire enroulée du bas vers le haut, en commençant à la moitié du boulet.

Cheval avec des bandes de polo

Les Guêtres de Transport : Sécurité en Mouvement

Lors du transport, le cheval est constamment en déséquilibre, que ce soit dans les virages ou en raison des irrégularités du sol. Les guêtres de transport sont conçues pour englober l'articulation du genou ou du jarret et descendre jusqu'au sol, offrant une protection étendue. Elles doivent couvrir la couronne et les sabots, zones particulièrement exposées aux lésions lors de l'embarquement et du débarquement. Ces guêtres se ferment par plusieurs attaches auto-agrippantes, sont généreusement rembourrées et ne provoquent pas d'engorgement. Il est recommandé d'habituer progressivement le cheval au port des guêtres de transport, car leur couverture étendue de la jambe peut nécessiter une période d'adaptation. Même les chevaux habitués au transport peuvent manifester une démarche moins assurée avec ces protections.

Les Guêtres d'Écurie : Soutien et Confort au Repos

Les guêtres d'écurie répondent à diverses nécessités. Elles peuvent avoir une fonction protectrice, de soutien, ou encore stimuler la circulation sanguine. Les modèles destinés à la protection sont généralement dotés d'un rembourrage épais et s'avèrent utiles pour les chevaux qui se cognent contre les murs du box, qui sont déplacés dans une nouvelle écurie, ou qui manifestent de la nervosité dans un environnement inconnu comme un box de concours. L'inconfort lié à un environnement inhabituel peut rendre le cheval moins coopératif et susceptible de se blesser aux membres. D'autres modèles de guêtres d'écurie offrent des effets rafraîchissants ou chauffants, particulièrement bénéfiques après l'effort ou durant la phase de récupération.

Les Guêtres Thérapeutiques : Soin et Récupération

En cas de blessures et d'inflammations aiguës, la première étape consiste à refroidir la zone affectée. Après la prise en charge de l'urgence, vient la période de convalescence, qui peut être facilitée par l'accélération de la circulation sanguine grâce à la chaleur. Les coups dans les glomes sont des blessures fréquentes, survenant notamment lors du travail sur deux pistes. De même, les jeunes chevaux manquant encore d'équilibre ont tendance à toucher leurs antérieurs avec leurs postérieurs. Les cloches peuvent prévenir efficacement ces blessures au niveau des glomes et de la couronne. De nombreux propriétaires les utilisent également pour les chevaux sujets à se déferrer à l'avant.

Comportement du cheval - la protection de ressources importantes à ses yeux

La Question de la Taille et de l'Adaptation des Protections

Le choix de la taille des guêtres est un élément crucial. Pour une jument pur-sang, une taille "PS" (Poney Selle) est souvent plus appropriée que la taille "Cheval" standard, qui pourrait s'avérer trop grande et gêner l'animal. Des marques comme Norton proposent des tailles adaptées, allant du poney au cob, voire au cheval. La taille "FS" (Full Size) chez Décathlon ou "Cheval" chez Eskadron sont d'autres options à considérer. Au-delà de la taille, la conception (ouverte ou fermée) doit être adaptée à la discipline pratiquée et à la morphologie spécifique des membres du cheval. La hauteur des canons et la largeur des boulets sont des critères plus pertinents que la taille au garrot pour déterminer la taille appropriée. Les poneys, logiquement, nécessitent des guêtres de plus petite taille que les chevaux de selle. Les guêtres doivent être non seulement adaptées à la morphologie, mais aussi confortables et solides. Certaines sont doublées de matière synthétique ou de mouton pour un contact doux. Les guêtres anatomiques, avec leur partie flexible, sont appréciées pour éviter les pincements lors de la flexion du membre.

L'Évolution des Pratiques : Le Recul des Protections chez Certains Cavaliers

Une tendance notable émerge dans le monde équestre : le retrait progressif des guêtres, en particulier sur les antérieurs, chez certains cavaliers de haut niveau. Cette démarche est souvent corrélée à l'adoption de méthodes de "pieds nus", où les chevaux ne portent plus de fer. La logique sous-jacente est que sans fer, le risque de coup de sabot sur le membre opposé est réduit. Les avantages avancés incluent une moindre chaleur autour des tendons, moins de gêne pour le cheval, et un gain de temps dans la préparation.

Des cavaliers renommés comme Victor Bettendorf, Robin Muhr, Hugo Paris, et Adrien Theyssier ont documenté leur transition vers cette pratique. Ils expliquent que la méthode "pieds nus" a conduit à une réévaluation de la nécessité des guêtres. L'idée est de redonner aux chevaux leur liberté de mouvement naturelle et de permettre à leurs sabots d'exprimer leurs fonctions naturelles.

Hugo Paris, par exemple, témoigne que depuis qu'ils ont déferré une grande partie de leur écurie, les risques de blessures par coup de sabot ont diminué, rendant les guêtres moins indispensables. De plus, le fait de pouvoir laisser les chevaux au paddock en troupeau sans protections particulières est considéré comme bénéfique pour leur bien-être mental et physique.

Victor Bettendorf évoque une expérience personnelle où sa compagne a subi une chute lorsque le postérieur d'une jument s'est coincé dans une guêtre, causant une blessure à l'antérieur. Cet incident a renforcé sa décision de ne plus utiliser de guêtres ni de bandes, considérant que sans fer, le risque de blessure par choc est moindre.

Robin Muhr ajoute que le sable peut s'accumuler dans les guêtres, causant gêne, échauffement des tendons et restriction du mouvement. Le retrait des guêtres simplifie également la logistique, éliminant la nécessité de les mettre et de les enlever.

Jument pur-sang sans guêtres aux antérieurs

Les Recherches Scientifiques et les Implications des Protections

Des études scientifiques viennent appuyer ces observations. Une recherche menée par Luke Brock à l'Université d'État du Middle Tennessee en 2021 a suggéré que l'utilisation de guêtres et de bandes peut entraîner une augmentation de la température des membres, ce qui pourrait être préjudiciable aux tendons. L'étude a révélé que le membre non protégé était systématiquement moins chaud que ses homologues protégés, et que les bandes de polo généraient le plus de chaleur. Même après une période de repos prolongée, les températures et l'humidité mesurées ne revenaient pas à la normale. Les résultats suggèrent que le refroidissement par convection est altéré par ces protections, et que même lors d'exercices d'intensité modérée, les membres protégés peuvent atteindre des températures potentiellement nocives.

Dans certaines disciplines, comme le dressage, toute forme de protection est interdite en compétition. Cette absence de protection ne semble pas poser de problème majeur, même pour les chevaux ferrés. En concours complet, il n'est pas rare de voir des chevaux évoluer sans protections aux membres, notamment dans les niveaux amateurs. L'argument avancé est que cela permet au cheval d'être plus réceptif aux barres, sentant plus distinctement une touche.

Une Habitude ou un Réel Besoin ?

Ces observations soulèvent la question de savoir si la protection des membres est devenue une habitude plutôt qu'un réel besoin. Pour beaucoup, notamment ceux qui ont adopté la pratique des "pieds nus", la nécessité de mettre des guêtres s'est estompée.

Cependant, il est reconnu que la morphologie et la locomotion de certains chevaux peuvent toujours nécessiter une forme de protection. Certains chevaux ont une tendance naturelle à se toucher les canons, et pour ceux souffrant de problèmes tendineux ou de tendinites, l'absence de guêtre peut paradoxalement être bénéfique en évitant la surchauffe des tendons.

À l'inverse, d'autres cavaliers restent attachés à l'idée de protéger leurs chevaux par précaution, craignant diverses blessures. La tendance au retrait des protections, observée chez de nombreux cavaliers de haut niveau, suggère néanmoins des bénéfices concrets. L'espoir est que cette démarche s'étende aux protections postérieures, souvent utilisées pour améliorer le geste au-dessus des obstacles, ainsi qu'aux muserolles et nosebands.

La Pose Correcte des Protections : Un Savoir-Faire Essentiel

Quelle que soit la décision prise quant à l'utilisation des protections, il est primordial de connaître la technique appropriée pour les poser. Le programme du Galop 4, par exemple, inclut cet apprentissage. Avant toute pose, les guêtres et les membres du cheval doivent être parfaitement propres et secs. La fermeture des guêtres doit impérativement se trouver sur la face externe du membre, et les languettes doivent toujours être dirigées vers l'arrière. Après chaque utilisation, il est essentiel de vérifier que les protections n'ont pas tourné ou se sont détachées pendant l'activité.

En définitive, le choix d'équiper ou non un cheval de protections pour les membres est complexe, mêlant considérations scientifiques, pratiques, et préférences individuelles. L'objectif ultime demeure la santé et le bien-être du cheval.

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