Comprendre et Gérer les Parasites Internes du Cheval : Guide Complet

Les parasites internes, également appelés vers ou helminthes, représentent une préoccupation constante pour la santé et le bien-être des chevaux. Ces endoparasites, qui vivent à l'intérieur de l'organisme équin, peuvent entraîner une variété de symptômes, allant de la simple baisse de forme à des affections graves potentiellement mortelles. Une gestion parasitaire efficace est donc essentielle pour maintenir les chevaux en bonne santé. Cependant, les approches traditionnelles de vermifugation systématique et fréquente ont montré leurs limites, favorisant l'apparition de résistances chez les parasites. Il est désormais primordial d'adopter une stratégie de lutte antiparasitaire personnalisée et raisonnée, en collaboration étroite avec un vétérinaire.

Cheval broutant dans un pré

Les Principaux Parasites Internes du Cheval et Leurs Localisations

Le monde des parasites équins est vaste, avec plus de 150 espèces connues capables d'infester les chevaux. Ces parasites se distinguent par leur morphologie (ronds ou plats) et leur localisation préférentielle au sein du système digestif ou des vaisseaux sanguins. Comprendre ces spécificités est la première étape vers une stratégie de contrôle adaptée.

Les Strongles : Les Plus Courants et les Plus Insidieux

Les strongles constituent la famille de parasites la plus répandue chez les chevaux. On distingue deux groupes principaux :

  • Les Petits Strongles (Cyathostominae spp.) : Ces vers ronds sont de loin les parasites les plus fréquents. Leur cycle de vie implique une phase larvaire qui migre et s'enkyste dans la muqueuse du gros intestin, particulièrement du côlon. Une éruption soudaine de ces larves enkystées peut déclencher une affection grave appelée cyathostominose larvaire, particulièrement pathogène chez les jeunes chevaux. Les chevaux au pré sont particulièrement exposés. Les signes cliniques incluent la diarrhée et un amaigrissement marqué, surtout chez les jeunes. Les petits strongles sont devenus la cible principale des protocoles de vermifugation en raison de la résistance croissante aux anthelminthiques.
  • Les Grands Strongles (Strongylus spp.) : Autrefois considérés comme les plus dangereux, les grands strongles sont également des vers ronds. Leurs larves migrent à travers les artères mésentériques, qui irriguent l'intestin. Cette migration peut provoquer des coliques et, dans les cas les plus graves, entraîner une mort brutale. Leurs larves parasitent également l'estomac, où elles sont généralement peu pathogènes, mais leur présence est très forte. Les chevaux au pré sont également les plus touchés par les grands strongles.

Diagramme du cycle de vie des strongles

Les Ténias (Cestodes) : Des Vers Plats Opportunistes

Les ténias sont des vers plats qui résident principalement dans le gros intestin, plus spécifiquement à la jonction iléo-cæcale. Ils infectent les chevaux lorsqu'ils ingèrent des acariens oribates, hôtes intermédiaires, présents dans l'herbe, le foin et la paille. Bien que généralement considérés comme non pathogènes en faible nombre chez les chevaux adultes, les ténias peuvent être une cause significative de coliques, surtout lorsqu'ils sont présents en forte quantité. Les vieux pâturages de fauche présentent un risque accru d'infestation.

Les Ascaris (Ascarides) : Un Danger pour les Jeunes

Les vers ronds ou ascarides (Parascaris equorum) représentent une menace sérieuse, principalement pour les poulains et les jeunes chevaux. Leurs larves, une fois ingérées, migrent de l'intestin vers le foie et les poumons avant de retourner dans l'intestin pour devenir adultes. Cette migration larvaire peut provoquer une toux ou un écoulement nasal. Une charge parasitaire élevée en ascaris peut entraîner un amaigrissement, un ventre proéminent et des diarrhées chez les jeunes équidés.

Les Oxyures : Irritants et Contagieux

Les oxyures (Oxyuris equi) sont des vers ronds dont le principal signe clinique est un prurit péri-anal intense. Les œufs pondus autour de l'anus provoquent des démangeaisons qui amènent le cheval à se gratter, pouvant aller jusqu'à la formation de plaies. Bien que généralement peu pathogènes, leur présence est très forte chez les chevaux au box, notamment en raison de leur mode de transmission par contact direct ou indirect avec des œufs déposés sur l'environnement.

Les Gastérophiles : Parasites Saisonniers

Les gastérophiles, également appelés oestres (Gastrophilus intestinalis), sont des parasites saisonniers. Les mouches pondent leurs œufs sur le pelage des chevaux, le plus souvent sur les membres, durant les mois d'été. Ces œufs éclosent en larves qui sont ensuite ingérées par le cheval lorsqu'il se lèche. Les larves migrent vers l'estomac où elles se fixent à la muqueuse pour continuer leur développement. Cliniquement, les gastérophiles sont généralement considérés comme peu importants, mais leur présence peut être accrue à la faveur de conditions climatiques favorables à la reproduction des mouches.

Autres Parasites Moins Courants

D'autres parasites peuvent affecter les chevaux, bien que moins fréquemment ou avec des impacts cliniques plus spécifiques :

  • Les Anguillules (Strongyloides westeri) : Elles affectent principalement les poulains et se transmettent par le lait de la jument. Bien que rarement cause de signes cliniques, une infestation peut être diagnostiquée chez les poulains diarrhéiques.
  • Les Vers du Ligament de la Nuque (Onchocerca cervicalis) : Répandus sous les climats chauds, ces vers adultes libèrent des larves microscopiques (microfilaires) qui se déposent sur la peau du cheval, pouvant causer des irritations.
  • Les Strongles Pulmonaires (Dictyocaulus arnfieldi) : Bien que fréquents chez les ânes, ils affectent rarement les chevaux.
  • La Douve Hépatique (Fasciola hepatica) : Bien que les chevaux soient considérés comme plus résistants que les ruminants, une infestation est possible, notamment dans les zones humides. Aucun médicament vétérinaire n'est actuellement enregistré pour le traitement de la douve hépatique chez le cheval.

Généralités sur les parasites digestifs des équidés - Marie Delerue

La Transmission des Parasites : Un Cycle Fécale-Oral

La transmission des parasites internes chez le cheval s'effectue principalement par voie fécale-orale. Les parasites adultes se reproduisent dans le tractus gastro-intestinal du cheval, et leurs œufs sont ensuite évacués dans les crottins. Ces œufs contaminent l'environnement (pâturages, box, litière) et peuvent être ingérés par un autre cheval lors du broutage ou par contact.

Dans des conditions naturelles où les chevaux peuvent se déplacer sur de grandes distances (mode de vie nomade des chevaux sauvages), la dilution de la charge parasitaire limite le risque d'infestation massive. Cependant, le confinement des chevaux dans des pâturages de petite taille ou des box entraîne une concentration des œufs de parasites, augmentant considérablement la pression parasitaire et le risque de transmission.

Signes Cliniques d'une Parasitose Équine

Les symptômes d'une infestation parasitaire chez le cheval varient considérablement en fonction du type de parasite, de la charge parasitaire et de l'âge du cheval. Cependant, certains signes généraux peuvent alerter :

  • Amaigrissement : Une perte de poids progressive malgré un appétit conservé.
  • Retard de croissance : Chez les jeunes chevaux, un développement physique ralenti.
  • Diarrhées : Des selles molles ou liquides persistantes.
  • Coliques : Des douleurs abdominales soudaines et intenses.
  • Baisse de forme : Une diminution de l'énergie, de la vitalité et des performances.
  • Poil piqué : Un pelage terne, rêche et de mauvaise qualité.
  • Ventres proéminents : Un abdomen gonflé, particulièrement chez les poulains.
  • Prurit péri-anal : Des démangeaisons intenses autour de l'anus, conduisant à des frottements.
  • Problèmes respiratoires : Toux, écoulement nasal, surtout lors de la migration des larves d'ascaris.
  • Anémie : Dans les cas d'infestation sévère par certains types de strongles.
  • Ulcères gastriques : Indirectement liés à une charge parasitaire élevée.

Il est crucial de noter que certains chevaux peuvent être porteurs de parasites sans présenter de signes cliniques évidents, tout en contribuant à la dissémination des œufs dans l'environnement.

Vers une Vermifugation Raisonnée et Personnalisée

Jusqu'à récemment, la recommandation était de vermifuger systématiquement et fréquemment tous les chevaux. Cette approche a conduit à un problème majeur : la résistance croissante des parasites aux molécules anthelminthiques disponibles. Le nombre de molécules efficaces est limité, et la plupart des parasites ont développé des résistances, rendant les traitements moins efficaces.

Les directives actuelles, notamment celles de l'American Association of Equine Practitioners (AAEP), préconisent une approche de "vermifugation raisonnée" ou "ciblée". L'objectif n'est pas d'éradiquer tous les parasites, mais de maintenir une charge parasitaire suffisamment basse pour que les chevaux restent en bonne santé et exempts de signes cliniques.

Le Rôle Crucial de la Coproscopie

La pierre angulaire de la vermifugation raisonnée est la coproscopie, également appelée examen des œufs dans les matières fécales (Fecal Egg Count - FEC). Cette analyse permet de quantifier le nombre d'œufs de parasites par gramme de crottins (OPG), évaluant ainsi la charge parasitaire d'un cheval.

Microscope examinant des crottins de cheval

La coproscopie permet de :

  • Identifier les "forts excréteurs" : Les chevaux qui excrètent un grand nombre d'œufs et qui nécessitent un traitement.
  • Identifier les "faibles excréteurs" : Les chevaux qui excrètent peu ou pas d'œufs et qui n'ont pas besoin d'être vermifugés systématiquement.
  • Adapter le traitement : En déterminant quelles espèces de parasites sont présentes, le vétérinaire peut choisir le vermifuge le plus adapté.
  • Préserver l'efficacité des vermifuges : En réduisant les traitements inutiles, on limite la pression de sélection qui favorise l'apparition de résistances.

Il est important de noter que la coproscopie a ses limites. Elle ne permet pas toujours de détecter les larves immatures, les ténias ou les œufs d'oxyures. Des analyses complémentaires ou des hypothèses basées sur le contexte peuvent être nécessaires.

Protocoles de Vermifugation Adaptés

Les protocoles de vermifugation doivent être personnalisés en fonction de plusieurs facteurs :

  • L'âge du cheval :

    • Jeunes chevaux (1 à 3 ans) : Ils ont une immunité moins développée et sont plus sensibles aux parasites. Ils nécessitent une vermifugation plus systématique, généralement 3 à 4 fois par an, avec une attention particulière portée aux ascaris et aux strongles. Après 6 mois, la cible principale devient les petits strongles, mais une coproscopie peut aider à ajuster le traitement. Les poulains et les juments peuvent nécessiter des protocoles spécifiques, notamment lors des 2 premières semaines de vie du poulain et juste après le part de la jument, si S. westeri est présent dans l'élevage.
    • Chevaux adultes (plus de 3 ans) : Une vermifugation raisonnée est vivement conseillée. Idéalement, une coproscopie est réalisée avant chaque vermifugation. En général, 1 à 2 traitements par an suffisent pour les "faibles excréteurs", tandis que les "forts excréteurs" peuvent nécessiter des traitements plus fréquents. Un traitement annuel contre les ténias est recommandé, idéalement à la fin de l'automne ou au début de l'hiver, après les premières gelées.
  • Les pratiques d'élevage et l'hébergement : Les chevaux vivant au pré sont plus exposés que ceux vivant en box. Le chargement des pâturages (nombre de chevaux par hectare) et la fréquence des mouvements des chevaux influencent également la pression parasitaire.

  • La saison : La transmission des parasites est plus active durant certaines périodes de l'année. La vermifugation est souvent concentrée aux périodes où la transmission est la plus élevée.

  • La présence de parasites spécifiques : La connaissance des parasites présents dans l'élevage est essentielle. Par exemple, le traitement contre les ténias est souvent ciblé sur l'automne/hiver.

Les Classes d'Anthelminthiques

Pour le traitement des nématodes chez le cheval, trois classes principales d'anthelminthiques sont disponibles :

  1. Les Benzimidazoles (ex: Fenbendazole) : Efficaces contre de nombreux parasites, mais une résistance est largement répandue chez les petits strongles. Leur action larvicide est limitée en raison de cette résistance.
  2. Les Tétrahydropyrimidines (ex: Pyrantel) : Ils ont un large spectre d'action et peuvent être utilisés stratégiquement pour réduire l'usage des lactones macrocycliques. Une résistance au pyrantel chez les petits strongles a été rapportée.
  3. Les Lactones Macrocycliques (ex: Ivermectine, Moxidectine) : Très efficaces et largement utilisées. Cependant, une résistance a été signalée chez les petits strongles et chez les ascaris (Parascaris spp.). La moxidectine, souvent combinée au praziquantel pour les ténias, n'est pas indiquée pour les poulains de moins de 4 mois (ou 6,5 mois pour la combinaison).

Schéma des classes d'anthelminthiques

Il est crucial de noter que les vermifuges équins ne doivent jamais être administrés à d'autres espèces animales, car ils peuvent être toxiques.

Stratégies de Gestion Antiparasitaire Complémentaires

Au-delà de la vermifugation chimique, d'autres stratégies de gestion jouent un rôle majeur dans le contrôle des parasites :

  • Hygiène des box et des pâturages :
    • Box : Enlèvement quotidien des crottins, curage fréquent et désinfection régulière des box.
    • Pâturages : Ramassage régulier des crottins (idéalement plusieurs fois par semaine) pour réduire la contamination. Éviter la surcharge des prés (règle d'un hectare par cheval maximum). Assécher les zones marécageuses.
  • Rotation des pâturages : Alterner l'utilisation des paddocks pour permettre aux œufs et larves de parasites de mourir dans l'environnement.
  • Pâturage en bandes : Déplacer les chevaux d'une parcelle à l'autre au cours de l'année.
  • Co-pâturage : Partager les pâturages avec d'autres animaux d'élevage (bovins, ovins) peut aider, car ces animaux peuvent ingérer des larves spécifiques aux équidés, interrompant ainsi leur cycle.
  • Hersage : Dans les climats chauds et secs, le hersage des pâturages peut aider à désagréger les tas de crottins et exposer les larves au soleil.
  • Quarantaine des nouveaux arrivants : Les nouveaux chevaux doivent être mis en quarantaine pendant 2 à 3 semaines à leur arrivée. Un traitement adapté (souvent à la moxidectine et au praziquantel) peut être administré, et l'efficacité du traitement contre les strongles doit être contrôlée avant leur intégration au troupeau.

Le Rôle Essentiel du Vétérinaire

Face à la complexité de la parasitologie équine et à l'émergence des résistances, le vétérinaire traitant est un partenaire indispensable. Il est le seul à pouvoir :

  • Établir un protocole de lutte antiparasitaire personnalisé : Basé sur un audit parasitaire, la pression parasitaire dans la structure, les pratiques d'élevage, l'hébergement, le chargement et les mouvements des chevaux.
  • Réaliser ou interpréter les coproscopies : Pour évaluer la charge parasitaire et identifier les espèces présentes.
  • Prescrire les vermifuges appropriés : Choisir la molécule la plus efficace et la moins sujette à résistance, en tenant compte de l'âge, du poids, des traitements antérieurs et de la saison.
  • Conseiller sur les stratégies de gestion complémentaires : Hygiène, rotation des pâturages, etc.
  • Surveiller l'efficacité des traitements : Par des contrôles de coproscopie post-traitement (FECRT - Fecal Egg Count Reduction Test).

La communication ouverte et régulière avec votre vétérinaire est la clé d'une gestion parasitaire réussie, garantissant la santé à long terme de votre cheval et contribuant à la lutte contre la résistance aux anthelminthiques. Il est primordial de ne pas sous-estimer le poids de votre cheval lors de l'administration du vermifuge et de s'assurer qu'il avale la totalité de la dose prescrite. La vermifugation doit être réalisée dans un lieu calme, loin de la nourriture, afin d'optimiser son efficacité.

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