L'Équithérapie et l'Équicoaching : Explorations et Complémentarités

L'interaction entre l'humain et le cheval, une relation ancestrale façonnée par des siècles d'histoire commune, transcende aujourd'hui ses rôles utilitaires et sportifs pour embrasser des dimensions thérapeutiques et de développement personnel profondes. L'équithérapie et l'équicoaching, bien que distincts dans leurs approches, s'inscrivent dans cette évolution, offrant des voies uniques pour le bien-être et la croissance individuelle. Sophie Holvoet, formatrice en équicoaching et praticienne expérimentée, éclaire les nuances et les synergies entre ces deux disciplines.

Comprendre les Fondements : Équithérapie et Équicoaching

L'équithérapie, en tant que pratique, repose sur la présence du cheval comme médiateur thérapeutique. Il s'agit d'une prise en charge où les interactions avec le cheval, qu'elles impliquent le soin, le contact, ou simplement la présence partagée, visent des objectifs thérapeutiques précis. Le Dr Sophie Cha, médecin du sport et membre de la commission médicale de la FFE, souligne que le cheval, "allié motivationnel, neutre et sans jugement", offre un cadre sécurisant pour le développement personnel. Les activités peuvent varier, allant du brossage et du lavage du cheval à des jeux, voire à des moments de méditation en sa compagnie.

Cheval et thérapeute en séance d'équithérapie

En contraste, l'équicoaching s'adresse à des profils plus autonomes. La personne accompagnée est l'actrice principale de la séance, déterminant un objectif précis qu'elle cherche à atteindre par l'interaction avec le cheval. Dans ce contexte, le cheval est un acteur à 100%, souvent en liberté, et peut même exprimer un refus de participer. Le rôle du coach est de s'effacer, laissant le champ libre à l'interaction entre le client et le cheval, et à l'émergence des prises de conscience par le client lui-même. Sophie Holvoet insiste sur l'importance de ne jamais interpréter à la place du client ni de lui donner des conseils en équicoaching.

La Posture du Professionnel : Guide ou Facilitateur ?

La distinction fondamentale entre les deux pratiques réside dans la posture du professionnel. L'équithérapeute guide la séance, peut conseiller le patient, indiquer comment se positionner et faire des propositions. Son implication dans la relation entre le cheval et le patient est plus directe. À l'inverse, l'équicoach s'efface pour laisser toute la place au client et au cheval. Cette liberté accrue du cheval en équicoaching transforme radicalement les interactions, offrant un espace d'expression plus large où les participants découvrent le cheval sous un jour nouveau. Sophie Holvoet souligne l'importance de poser clairement le cadre au client, lui expliquant le type d'accompagnement proposé en fonction de ses besoins, afin qu'il sache "à quoi s'en tenir".

Les Bénéfices Multiples : Un Spectre d'Améliorations

Les bienfaits de l'équithérapie et des pratiques associées au cheval sont vastes et touchent à plusieurs sphères du développement humain.

Bienfaits Psychiques et Cognitifs

Sur le plan psychique, le contact avec le cheval favorise le développement de l'affirmation de soi, de la confiance en soi, de l'autonomisation et améliore la communication, tant verbale que non-verbale. Les chevaux, par leur neutralité et leur absence de jugement, permettent aux individus de se sentir valorisés et considérés. Cet environnement bienveillant a un effet apaisant et est une source de bien-être.

Au niveau cognitif, l'équithérapie stimule la concentration, la mémoire, les capacités d'apprentissage, le repérage spatio-temporel, et peut même contribuer à l'amélioration des capacités à parler et à compter.

Bienfaits Physiques et Psychomoteurs

Les avantages physiques sont également notables. L'équitation, même pratiquée à pied aux côtés du cheval, constitue une activité sportive. Les mouvements engendrés par la marche à côté d'un animal dressé, qui ne va pas trop vite, poussent l'individu à se déplacer. Au niveau psychomoteur, cette pratique douce améliore l'équilibre, le tonus musculaire et la coordination. Contrairement à une idée reçue, l'équitation, y compris la pratique à cheval, ne nuit pas au dos ; au contraire, les mouvements du bassin peuvent aider à prévenir les lombalgies et les problèmes rachidiens.

Personne caressant un cheval

Ces bienfaits sont particulièrement pertinents pour les seniors, dont certains aspects de la santé peuvent se dégrader avec l'âge. Les chevaux peuvent offrir une stimulation affective, aider à sortir de l'isolement, et contrer la rupture sociale parfois rencontrée par les personnes âgées, qui sont également plus sujettes aux maladies neurodégénératives.

Des Pratiques Spécifiques pour des Besoins Divers

Au-delà de l'équithérapie générale, plusieurs pratiques spécifiques se sont développées, chacune avec ses particularités :

  • L'Équicoaching pour l'Autonomie : Comme mentionné, l'équicoaching met l'accent sur l'autonomie du client, qui est acteur de son changement. L'interaction libre avec le cheval, souvent en liberté, permet des prises de conscience profondes et personnelles. Sophie Holvoet, en tant que co-formatrice de la spécialisation "Équicoaching" en Belgique par IFIE et Procheval, souligne que cette formation répond à une demande croissante d'équithérapeutes souhaitant acquérir des compétences en équicoaching.

  • L'Hippothérapie : Sophie Cha compare l'hippothérapie à des séances de kinésithérapie, mais réalisées sur un cheval. Cette approche vise des objectifs de rééducation et de réadaptation physique.

  • La Para-équitation : Cette discipline adapte la pratique de l'équitation aux personnes en situation de handicap. Elle est reconnue par sa propre fédération en France et s'adresse aux personnes souffrant de handicaps visuels, orthopédiques, neurologiques, ainsi qu'aux personnes paraplégiques et tétraplégiques.

  • Le Médical Training : Sophie Bourdon, fondatrice d'Anim'Apaise, propose une approche basée sur le "médical training". Cette pratique consiste à entraîner l'animal à participer activement et sans peur aux soins. Il s'agit d'apprendre à l'animal à accepter les manipulations nécessaires aux soins, avec son consentement. Ce processus renforce la relation de confiance et permet une meilleure gestion de la convalescence. Le principe de "porte de sortie" garantit à l'animal la possibilité de quitter la séance, assurant ainsi son bien-être et son autonomie.

Medical Training : Faire aimer le vermifuge à son cheval !

L'Importance de la Formation et de la Reconnaissance

La professionnalisation des pratiques liées au cheval est un enjeu majeur. Pour devenir équithérapeute, il est nécessaire de posséder deux diplômes : un en équithérapie et un autre dans le secteur de la relation d'aide. La Société Française d’Équithérapie met en garde contre les "équithérapeutes auto-proclamés" et recommande de choisir des praticiens diplômés de leur liste. La formation professionnelle en équithérapie dispensée par la Société Française d’Équithérapie dure 600 heures, réparties en 460 heures de formation présentielle et 140 heures de stage, et peut s'étaler sur une ou deux années. Elle valide l'obtention du diplôme d'équithérapeute et du diplôme de compétence en préparation et travail du cheval d'équithérapie.

La formation est généralement ouverte aux professionnels de santé, médicaux, paramédicaux et médico-sociaux de niveau Bac +2 minimum, et requiert un niveau équestre minimum (Galop 5).

Sophie Holvoet, avec son parcours de formatrice en coaching certifiée PCC - ICF et formatrice à la Leading and Coaching Academy, apporte une dimension supplémentaire à la compréhension de ces métiers, en soulignant la complémentarité et la richesse des approches offertes par l'équithérapie et l'équicoaching.

Des Parcours Inspirants

Plusieurs témoignages illustrent la diversité des parcours et la passion qui anime les professionnels de ce domaine :

  • Sophie Holvoet : Formatrice en équicoaching et équithérapeute, elle met l'accent sur la clarté de la proposition faite au client et sur la différence de posture entre les deux métiers.

  • Dr Sophie Cha : Médecin du sport, elle confirme les bienfaits du cheval comme allié motivationnel, neutre et sans jugement, et souligne le développement des pratiques médicales autour du cheval.

  • Sophie (équithérapeute infirmière) : Formée en 2010, spécialisée en attelage et débourrage éthologique, elle intervient auprès d'adolescents, d'enfants et d'adultes, en tenant compte de leur environnement et de leurs proches. Son parcours d'infirmière (cancérologie, soins palliatifs, psychiatrie) enrichit sa vision globale de la prise en charge.

  • Sophie Peignier : Infirmière devenue équithérapeute, elle travaille avec des enfants présentant divers troubles (comportement, hyperactivité, autisme). Elle utilise le cheval comme médiation thérapeutique en psychiatrie, soulignant son rôle de tiers facilitant la rencontre entre le patient et le soignant.

  • Sophie Bourdon : Travailleuse sociale de formation initiale, elle est instructrice certifiée en soins coopératifs animaliers. Elle propose des ateliers de "médical training" pour les chevaux, visant à rendre les animaux acteurs de leurs soins, dans le respect et le consentement.

Ces parcours démontrent la profondeur et la variété des applications de l'interaction homme-cheval dans des contextes thérapeutiques et de développement personnel, soulignant la nécessité d'une approche personnalisée et d'une formation rigoureuse. Les deux métiers, équithérapie et équicoaching, bien que distincts, proposent des approches différentes mais complémentaires, enrichissant ainsi le paysage des thérapies assistées par l'animal.

Cheval au pré, symbolisant la liberté et le bien-être

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