L'Écurie Aga Khan : Une Légende Vivante des Courses Hippiques

L'univers des courses hippiques est peuplé de noms qui résonnent avec prestige et histoire, mais rares sont ceux qui évoquent une lignée aussi impressionnante et une passion aussi durable que l'écurie Aga Khan. Dirigée par Karim Aga Khan IV, chef spirituel des Ismaéliens, cette écurie est bien plus qu'une simple entreprise de course ; c'est un héritage, une philosophie d'élevage et une quête incessante de l'excellence qui traversent les générations. L'histoire de l'écurie Aga Khan est une saga fascinante de chevaux exceptionnels, d'hommes de vision et de victoires qui ont marqué l'histoire des courses hippiques, tant en France qu'à l'international.

Un Héritage Fondé sur l'Excellence et la Vision

L'histoire de l'écurie Aga Khan remonte à la première moitié du XXe siècle, avec le regretté Aga Khan III, grand-père de l'actuel propriétaire. L'Aga Khan III fut l'un des plus grands propriétaires de l'histoire des courses hippiques, et les premières apparitions de sa casaque, alors cerclée de vert et de chocolat, datent de 1922. Sous sa direction, l'écurie a remporté des victoires emblématiques, dont deux Prix de l'Arc de Triomphe, avec Migoli en 1948 et Nuccio en 1952. La Triple Couronne britannique fut également conquise en 1935 avec le légendaire Bahram. Le nom de Nasrullah, l'un des étalons les plus influents du siècle, est indissociable du haras de l'Aga Khan III, témoignant de son génie dans l'élevage.

Portrait de l'Aga Khan III

Lorsque l'Aga Khan III s'éteint en 1957, l'héritage équestre saute une génération. Son fils, Ali Khan, dont la vie tumultueuse ne correspondait pas aux standards attendus, ne succède pas directement à la gestion de l'écurie. C'est le jeune prince Karim, alors âgé de 21 ans, qui prend les rênes, hérite de la charge d'Imam des Ismaéliens et, par extension, de l'écurie de courses que son père avait gérée pendant quelques années. Cette transition marque le début d'une nouvelle ère pour l'écurie, sous la direction d'un homme qui allait confirmer et amplifier l'héritage familial.

L'Ère Karim Aga Khan IV : Une Continuité d'Excellence et d'Innovation

Karim Aga Khan IV a repris la gestion de l'écurie avec une vision claire : perpétuer l'excellence de l'élevage et de la compétition. Les chevaux de l'écurie ont longtemps été entraînés en France par François Mathet, un partenariat qui a duré jusqu'à la disparition de l'entraîneur en 1983. Par la suite, Alain de Royer-Dupré a pris le relais en tant qu'entraîneur principal, menant l'écurie à de nombreux succès jusqu'à sa retraite fin 2021. Le site d'Aiglemont à Gouvieux, qui regroupe l'essentiel de l'effectif, a alors été confié à son ancien assistant, Francis-Henri Graffard. Deux autres entraîneurs français de renom, Jean-Claude Rouget et Mikel Delzangles, ont également eu des chevaux sous leurs ordres pour le prince. En Irlande, la responsabilité des chevaux repose sur les épaules de Michael Halford, Dermot Weld et Johnny Murtagh, confirmant l'envergure internationale de l'écurie.

La casaque verte et la toque verte, ornées d'épaulettes rouges, ont été portées par certains des plus grands jockeys français, tels qu'Yves Saint-Martin, Gérald Mossé, Stéphane Pasquier, et Christophe Soumillon, qui fut premier jockey de l'écurie de 2001 à 2009, puis de 2014 à 2022. Cette association entre jockeys d'exception et chevaux de classe mondiale a été la clé de nombreux triomphes.

L'Aga Khan est avant tout un éleveur-propriétaire passionné. Tous les chevaux qui courent sous ses couleurs sont issus de son propre élevage, un savoir-faire affiné et renforcé au fil des décennies. Au tournant des années 1980, l'écurie a bénéficié du rachat des élevages Dupré et Boussac, deux des plus prestigieux en France, consolidant ainsi son potentiel génétique. En 2003, suite au décès de Jean-Luc Lagardère, Karim Aga Khan IV a repris son écurie et sa jumenterie, élargissant encore son empire équestre. Il possède aujourd'hui quatre haras en Irlande et deux en France : le haras de Bonneval et le haras d'Ouilly.

Des Haras d'Exception : Le Cœur de l'Élevage Aga Khan

Les haras de l'Aga Khan ne sont pas de simples installations ; ce sont des sanctuaires dédiés à la perpétuation de lignées d'exception. Le Haras de Bonneval, situé à Mézidon-Vallée-d'Auge dans le Calvados, est un domaine splendide de 107 hectares, réputé pour son architecture unique et son environnement idyllique. Conçu par l'Aga Khan dans les années 1970, le bâtiment principal est une écurie construite en demi-cercle, optimisant l'exposition au soleil pour les juments et leurs poulains. Après une période de sommeil dans les années 1990, Bonneval a été remis en activité sous la direction de Georges Rimaud, devenant un centre névralgique pour l'élevage.

Vue aérienne du Haras de Bonneval

Non loin de là, le Haras de Saint-Crespin, d'environ 140 hectares, est aujourd'hui réservé aux juments de l'écurie Aga Khan. Son réseau de clôtures blanches caractéristiques offre une vue spectaculaire sur la vallée d'Auge. Le Haras d'Ouilly, quant à lui, s'étend sur 210 hectares et est principalement dédié à l'élevage des yearlings. À quelques minutes, le Haras de Tupot, d'une superficie de 85 hectares, sert de centre de pré-entraînement et de récupération pour les chevaux en phase d'entraînement, disposant d'une piste de 1 600 mètres pour le débourrage et la préparation des jeunes chevaux.

La saison de monte en France débute traditionnellement le 15 février, et dans le monde du pur-sang, plus de 180 étalons s'apprêtent à transmettre leurs gènes de champions. Parmi eux, "Siyouni", étalon leader en France et parmi les plus performants en Europe, incarne la qualité de la reproduction au sein de l'écurie.

Des Champions Légendaires : Une Succession de Talents

L'écurie Aga Khan a vu naître et courir certains des plus grands champions de l'histoire des courses hippiques. Des noms comme Petite Étoile, Blushing Groom, Shergar, Darshaan, Daylami, Sinndar, Dalakhani, Calandagan, et Zarkava résonnent avec une aura particulière pour les passionnés. Chacun de ces noms représente une histoire de triomphe, de détermination et de talent pur.

Photo de Zarkava en course

Un exemple récent et éclatant de l'excellence de l'élevage Aga Khan est Dariyan. Ce jeune étalon, débutant au Haras de Bonneval en 2017, est le fils et petit-fils de gagnantes de Groupe 1. Lui-même s'est imposé à ce niveau dans le Prix Ganay 2016. Fils de Shamardal, l'un des étalons leaders en Europe, et petit-fils de Giant's Causeway, Dariyan est le premier produit de Daryakana, qui a également produit Darabad, vainqueur du Grand Prix de Clairefontaine 2016. Daryakana, une fille de Selkirk, avait elle-même remporté le Hong Kong Vase (Gr.1) à Sha Tin à 3 ans, restant invaincue en 5 sorties, dont le Prix de Royallieu (Gr.2) à Longchamp. Dariyan, cousin de Darjina, Darsi et Almanzor, a écrit sa propre page dans le destin familial, remportant le Prix Eugène Adam (Gr.2) et le Grand Prix de Maisons-Laffitte sur 2000m, avant de décrocher une victoire méritée dans le Prix Ganay (Gr.1) à Saint-Cloud, devant Silverwave et Garlingari.

Calandagan : L'Étoile Montante qui Vise les Sommets Mondiaux

Plus récemment, le nom de Calandagan s'est imposé sur la scène internationale, incarnant la relève de l'écurie Aga Khan. Ce cheval français, entraîné par Francis-Henri Graffard à Chantilly, a démontré un potentiel exceptionnel.

SAMEDI À MEYDAN - FRANCIS-HENRI GRAFFARD ÉVOQUE CALANDAGAN ET RAYEVKA

En 2025, Calandagan a franchi un nouveau cap en remportant la Japan Cup, la plus prestigieuse course de fin d'année au Japon, signant ainsi une victoire française dans cette épreuve pour la première fois depuis 1987. Cette victoire ne fut pas seulement historique, elle fut également éblouissante, Calandagan établissant un nouveau record chronométrique pour la Japan Cup (2'20''3) et, plus impressionnant encore, un record du monde sur la distance de 2 400 mètres sur gazon.

L'entraîneur Francis-Henri Graffard, qui a battu le record de victoires en Groupe 1 pour un entraîneur français cette année-là, a exprimé son émotion après la course : « J’étais vraiment nerveux avant la Japan C. Amener le meilleur cheval du monde ici, c’est une chose, mais il affrontait un lot de très grande qualité. » Il a souligné la combativité de Calandagan, capable de se battre pour revenir et passer le poteau avec une tête d'avance.

Cette victoire à Tokyo n'est que la troisième consécration majeure pour Calandagan, qui avait déjà été élu Cheval de l'Année en Europe aux Cartier Awards et Meilleur Cheval du Monde (valeur 130) selon le classement officiel de la Fédération internationale des autorités hippiques.

Le parcours de Calandagan dans la Japan Cup fut une démonstration de force et de stratégie. Après avoir patienté en onzième position, il a accéléré dans la ligne droite, se détachant avec le favori japonais Masquerade Ball pour un duel final intense, conclu par une victoire d'une tête. Ce duel fut également symbolique, opposant deux jockeys français formés à Chantilly : Mickaël Barzalona, partenaire attitré des Aga Khan Studs, et Christophe Lemaire, installé au Japon et multiple "Cravache d'Or" local.

Le succès de Calandagan ne s'arrête pas là. En 2026, il était prévu qu'il prenne l'avion pour Dubaï afin de participer à la Dubai Sheema Classic, programmée le 28 mars à Meydan, confirmant son statut de prétendant aux plus grandes courses internationales. Nemone Routh, manager de l'écurie française des Aga Khan Studs, a déclaré à ce sujet : "Nous sommes très contents de la préparation de Calandagan. Il est en pleine forme et cette course a toujours été son premier objectif de la saison 2026."

L'écurie Aga Khan continue ainsi d'écrire sa légende, prouvant que la passion, la vision et l'engagement envers l'excellence équestre sont les clés d'un succès qui traverse les époques et les continents. Des haras d'exception aux champions légendaires, en passant par une gestion avant-gardiste, l'héritage de l'Aga Khan dans le monde des courses hippiques est une source d'inspiration constante.

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