La Bretagne, terre de légendes et de traditions, est également le berceau d'une race de chevaux d'exception : le Trait Breton. Ces animaux majestueux, autrefois piliers de l'agriculture et du travail dans les campagnes, continuent de susciter l'admiration et de perpétuer un savoir-faire ancestral, notamment lors d'événements phares comme la foire annuelle aux chevaux de Kerien. Cette foire, qui se tiendra le samedi 18 octobre 2025 à Kerien (Côtes-d’Armor), est un rendez-vous incontournable pour les éleveurs, les passionnés et le grand public, attirant plus de 7 000 visiteurs.

Des Éleveurs Passionnés, Gardiens d'une Tradition
Au cœur de cette tradition, des familles dévouées œuvrent sans relâche pour préserver et promouvoir le Trait Breton. À Kerien même, Nicolas Le Verge fait partie des derniers éleveurs de la commune. Sa passion pour ces chevaux lui a été transmise par ses parents, Jean-Yves et Gabrielle. Son cheptel, composé de deux poulinières, d'une pouliche de 18 mois et d'une pouliche de l'année, témoigne de cet engagement.
Dans un autre coin des Côtes-d’Armor, à Peumerit-Quintin, la famille Leray incarne également cette transmission intergénérationnelle. René et son fils Erwann perpétuent avec fierté la tradition d'élevage de chevaux de trait breton. Ils sont des habitués de la foire de Kerien, où ils présentent chaque année leurs magnifiques spécimens. Ces chevaux, puissants, majestueux et nobles, rappellent l'époque où ils étaient indispensables au travail des champs.
La famille Leray a une histoire particulièrement riche avec la foire de Kerien. Il y a 25 ans, un heureux concours de circonstances a relancé leur passion : l'achat de deux tickets de tombola lors de la foire leur a valu de remporter une pouliche nommée Logoden, signifiant "la petite souris" en breton. Née à Kerien, elle fut baptisée Logoden de Kerien. Cette jument a eu une descendance marquante, dont Servane de Kersolec, mère de Fulenn de Kersolec, une magnifique jument noire. Logoden a ainsi redonné un nouvel élan à la passion des chevaux de trait chez les Leray.
Animaux - Traction animale, cheval de trait et labour traditionnel
La Foire de Kerien : Un Concours Prestigieux et une Fête Ancestrale
La foire aux chevaux de Kerien n'est pas une simple exposition ; c'est un véritable concours où le niveau est "très relevé", comme le confirment les Leray. Des éleveurs venus de toute la Bretagne s'y donnent rendez-vous, faisant de cet événement un lieu d'échange, de compétition et de valorisation. "Un classement à Kerien peut faire qu'on garde ou qu'on vend une bête", soulignent-ils, attestant du prestige de cette manifestation. L'organisation est saluée pour son savoir-faire développé au fil des années, et l'accueil toujours chaleureux réservé aux participants.
Pour la famille Leray, la date du troisième week-end d'octobre est synonyme de Kerien. Au-delà de la compétition équestre, c'est une grande fête qui anime le bourg, réunissant anciens et jeunes autour de repas conviviaux, de crêpes et même de parties de boules. "Même aux boules, quand tu gagnes Kerien, c'est quelque chose !", commente Erwann Leray, illustrant l'esprit festif et convivial de l'événement.
L'Histoire du Cheval Breton : Des Celtes aux Haras Nationaux
L'importance du cheval en Bretagne remonte à des temps anciens. Les premières traces de sa présence sont souvent attribuées aux Celtes. Initialement utilisé comme animal de selle, le bidet breton a évolué au fil des siècles. L'amélioration des routes au XIXe siècle a favorisé la spécialisation dans le cheval de trait et d'attelage, principalement dans l'ouest de la région, en Basse-Bretagne, dans le Trégor et le Léon. Parallèlement, l'élevage de races plus légères, destinées aux courses, s'est développé avec la multiplication des hippodromes, donnant naissance notamment au cheval de Corlay.

L'histoire de l'élevage équin en Bretagne est marquée par une influence extérieure significative. Dès le XVIIe siècle, des chevaux sont importés de divers pays (Danemark, Holstein, Espagne, Angleterre) dans le but d'"améliorer" la race locale. L'établissement des Haras nationaux visait à pallier la pénurie de chevaux dans le royaume de France. Des sommes importantes furent investies, des étalons étrangers acquis, mais les croisements ne furent pas toujours couronnés de succès. La taille des étalons importés, souvent bien supérieure à celle des juments bretonnes, rendait la reproduction difficile et les poulains moins valorisables, provoquant un désenchantement chez les éleveurs locaux.
Malgré ces tentatives d'uniformisation, les chevaux bretons ont souvent conservé leurs caractères ancestraux. L'élevage, initialement semi-sauvage dans les forêts et sur les landes, a évolué vers des pratiques plus contrôlées, notamment dans le pays de Léon, où des "crèches" abritaient les animaux. L'État français a joué un rôle important, à la fois en soutenant l'élevage et en imposant des règlements parfois contraignants, comme la taille ou la coupe des oreilles pour différencier les animaux de qualité.
La Révolution française a marqué un tournant, avec la dissolution des haras et la dispersion des étalons royaux. Les réquisitions militaires ont également pesé lourdement sur l'élevage. Cependant, malgré ces bouleversements, la passion pour le cheval breton n'a jamais totalement disparu.
Les Bronnec : Une Dynastie de Passionnés
La famille Bronnec, installée à Plounévez-Quintin, est une autre illustration vivante de cette passion. Yves, Odile et leur fille Valérie sont des éleveurs renommés. Leur ferme est un véritable sanctuaire pour le cheval de trait breton, avec une quarantaine de spécimens impressionnants. Le chien de la maison, Naous, porte même le nom d'un célèbre étalon callacois, témoignant de l'omniprésence du cheval dans leur vie.
Yves Bronnec se souvient de l'époque où les chevaux étaient encore les principaux auxiliaires du travail agricole. L'arrivée du tracteur dans les années 1960 a progressivement marginalisé le cheval de trait, mais sa famille a conservé quelques juments, attachée à ces animaux et consciente de leur utilité pour certaines tâches spécifiques, comme le travail dans les rangs de betteraves ou le buttage des pommes de terre.

C'est en 2005, avec le départ à la retraite d'Yves et Odile, que le cheval a repris une place centrale dans l'exploitation, grâce à l'implication passionnée de Valérie. L'élevage s'est professionnalisé, participant à de nombreux concours. La famille Bronnec est réputée pour la qualité de ses chevaux, attirant des éleveurs de toute la région venus faire saillir leurs juments sur place. Ils possèdent des animaux de tous âges, dont leur étalon Coquin de la Cantraie, sacré champion à Paris en 2015 au Salon de l'Agriculture. Coquin, fils de Napoléon de Ty Nevez, incarne la beauté et les caractéristiques typiques du Trait Breton.
La réussite des Bronnec repose sur une combinaison de chance, de travail acharné et d'une compréhension profonde des besoins de ces animaux, souvent fragiles. Yves souligne que les chevaux d'aujourd'hui, moins actifs dans les champs, nécessitent une attention particulière. La qualité de leur élevage est attestée par les excellents résultats obtenus en concours, notamment deux fois deuxièmes au niveau national pour deux de leurs juments cette année.
La famille Bronnec participe à une quinzaine de concours par an, couvrant un large éventail d'événements, des sélections régionales aux concours nationaux, en passant par des manifestations locales comme celles de Lamballe, Carhaix, Plaintel, les Terralies, Bulat-Pestivien, Callac, le Méné Bré, et bien sûr, Kerien. Pour eux, Kerien représente le point d'orgue de la saison, un lieu de retrouvailles, de partage et de bonnes affaires. Ils y présenteront une quinzaine de chevaux, démontrant la vitalité et la diversité de leur cheptel.
Le Cheval Breton : Un Symbole d'Identité et de Résilience
Le Trait Breton n'est pas seulement un animal de travail ; il est un symbole de l'identité bretonne, un lien vivant avec le passé agricole de la région. Son histoire, riche et complexe, témoigne de son adaptation aux évolutions sociales, économiques et technologiques. Des Celtes aux éleveurs contemporains, en passant par les efforts des Haras nationaux et les défis des guerres et des révolutions, le cheval breton a traversé les siècles, conservant sa noblesse et sa robustesse.
La foire de Kerien, en rassemblant les éleveurs, les passionnés et le public, joue un rôle crucial dans la préservation de ce patrimoine. Elle permet de valoriser le travail de ces hommes et femmes qui, par leur engagement, maintiennent en vie une tradition ancestrale. Le Trait Breton, par sa force tranquille et sa présence majestueuse, continue d'incarner l'âme de la Bretagne, une âme fière, résiliente et profondément attachée à ses racines. La vitalité de ces foires et la passion des éleveurs comme les Le Verge, les Leray et les Bronnec sont la meilleure garantie de l'avenir de cette race exceptionnelle.