Sainte-Marie-aux-Mines, commune française nichée au cœur du Haut-Rhin et désormais intégrée à la Collectivité européenne d'Alsace, est une localité dont l'histoire est intimement liée à l'exploitation minière, particulièrement florissante aux XVIe et XIXe siècles, et à l'industrie textile qui a pris le relais. Cette vallée, qui fut un refuge pour diverses communautés religieuses, a également joué un rôle significatif dans l'histoire du protestantisme en Alsace. Au-delà de son patrimoine industriel et religieux, Sainte-Marie-aux-Mines fut le théâtre d'événements marquants, tels que la visite royale de Charles X, qui témoignent de son importance régionale et de l'attachement de ses habitants à la monarchie.
Les Origines Anciennes d'une Vallée Riche
Les débuts de Sainte-Marie-aux-Mines remontent à la création du prieuré de Lièpvre en 762, suivie par celle du prieuré d'Échéry vers 938. La première mention documentée de la ville date de 1078, dans un acte concernant la restitution des dîmes de Saint-Blaise et de Sainte-Marie au monastère de Lièpvre. À cette époque, l'Alsace se trouvait sous domination carolingienne, puis passa sous l'autorité de Louis le Germanique au sein de la Francie orientale. La découverte d'argent au Xe siècle dans le secteur attira les convoitises du Duc Gérard de Lorraine, qui imposa son protectorat sur les deux prieurés et installa une famille vassale, les sires d'Échéry, pour assurer la surveillance des mines et la protection des lieux.
La lignée d'Échéry s'éteignit en 1381, entraînant un conflit de succession entre les Ribeaupierre et les Hattstatt, tous deux vassaux du Duc de Lorraine. Ce conflit fut arbitré le 9 décembre 1399, date à laquelle le duc céda une moitié de la vallée aux Ribeau Pierre et conserva l'autre moitié, qu'il redonna en fief aux Hattstatt. Le duché de Lorraine, partie intégrante du Saint-Empire romain germanique jusqu'en 1542, ne fut intégré au royaume de France qu'en 1766. Les Ribeau Pierre, également connus sous le nom de sires de Rappoltstein, exercèrent leur tutelle sous le protectorat autrichien du Saint-Empire romain germanique, leur seigneurie se distinguant par son étendue et les richesses potentielles de ses mines d'argent.

L'Âge d'Or de l'Argent et les Transformations Religieuses
Vers 1480-1486, le Duc de Lorraine entreprit des prospections minières qui permirent de redécouvrir d'anciennes mines abandonnées à Sainte-Croix-aux-Mines et de reprendre l'exploitation à Sainte-Marie-aux-Mines. Vers 1500, Sainte-Marie n'était qu'une petite bourgade de 15 maisons. Le redémarrage de l'activité minière nécessita une main-d'œuvre qualifiée, et les Ribeau Pierre firent appel à des mineurs étrangers, principalement venus de Saxe. En un demi-siècle, plus de 3000 mineurs s'installèrent, et 1200 maisons furent construites, formant notamment le village de Fertrupt. Ces mineurs érigèrent une église, l'église Sur-le-Pré, inaugurée en 1544.
Lorsque les Ribeau Pierre se convertirent au protestantisme, l'église devint exclusivement luthérienne. Une communauté calviniste francophone se forma, et suite à la Paix d'Augsbourg (1555), les Ribeau Pierre ordonnèrent la conversion de tous leurs sujets à la nouvelle religion. Le dernier prêtre catholique quitta sa charge vers 1560, et l'église de Saint-Pierre-sur-l'Hâte fut attribuée aux calvinistes. Les catholiques résidant du côté alsacien devaient se rendre du côté lorrain pour assister à la messe, tandis que les ducs de Lorraine ne toléraient sur leur rive que le culte catholique.
Sainte-Marie-aux-Mines devint également un lieu d'accueil pour plusieurs vagues de réfugiés, notamment des huguenots après les massacres de Wassy (1562) et de la Saint-Barthélemy (1572), ainsi que des protestants expulsés de Lorraine. Vers 1693, un nouveau groupe d'anabaptistes, conduit par Jacob Amman, s'installa. Ce dernier provoqua un schisme au sein de la communauté anabaptiste, donnant naissance à la communauté conservatrice qui prit le nom d'Amish.
La Vallée d'Argent dans le Contexte National et la Visite Royale
Le massif vosgien, traversé par de nombreuses failles géologiques, offrait une richesse minérale exceptionnelle, avec plus de 150 variétés découvertes, dont l'argent, le cuivre, le plomb, le cobalt, l'arsenic, le zinc, le nickel, le fer, ainsi que des métaux plus rares comme l'antimoine, le bismuth, l'uranium ou le manganèse. Entre 1512 et 1629, 276 mines furent exploitées, dont 24 produisaient de l'argent, du cuivre et du plomb. Le monde minier du Val d'Argent possédait une organisation sociale hiérarchisée et un système judiciaire propres. L'exploitation fut florissante jusqu'en 1570, avant d'entamer un long déclin, en partie dû à la concurrence de l'argent en provenance du Nouveau Monde. À partir de 1710, certaines mines furent rouvertes pour l'exploitation du cobalt, du cuivre et du plomb, le bleu de cobalt trouvant son utilité dans la coloration des glaçures de poteries et la teinture des tissus.
La guerre de Trente Ans (1618-1648) dévasta la région, anéantissant ce qui restait de l'exploitation minière. La peste s'abattit sur la vallée, ravageant une population déjà décimée par la famine et la guerre. Par le traité de Munster (1648), Louis XIV obtint les possessions des Habsbourg en Haute-Alsace. Jean-Jacques de Ribeau Pierre fut l'un des premiers nobles à se soumettre à la suzeraineté de la France, bénéficiant de nombreuses faveurs qu'il s'empressa de transmettre à ses sujets protestants.
La conquête de l'Alsace par Louis XIV se poursuivit. Lors de la guerre déclarée aux Provinces Unies en 1672, le roi de France traversa Sainte-Marie-aux-Mines à la tête de son armée en août, puis en revenant en septembre 1673. La paix de Nimègue en 1679 assura la possession définitive de l'Alsace à la France. En août 1680, le Conseil Souverain d'Alsace entérina la réunion de la province à la France, à l'exception de Strasbourg et Mulhouse. Louis XIV assiégea Strasbourg, passant une nouvelle fois par Sainte-Marie-aux-Mines. Pour repeupler la région dévastée, l'administration royale française fit appel à des émigrés, principalement suisses. Face à la mixité religieuse, Louis XIV décréta le simultanéum, affectant le chœur de l'église Saint-Pierre-sur-l'Hâte aux catholiques et partageant la nef entre protestants luthériens et réformés.
La Révolution française, qui débuta en 1789, ne provoqua pas de troubles majeurs à Sainte-Marie-aux-Mines. Un décret du 20 janvier 1790 réunit les deux parties de la ville, qui fut d'abord baptisée Val-aux-Mines, puis Sainte-Marie-aux-Mines. Les biens des Ribeau Pierre, de l'Église, des émigrés et de la Couronne de France furent nationalisés.

La Visite Royale de Charles X : Un Moment d'Enthousiasme Populaire
Au cours de son règne, Charles X, accompagné de son fils le Dauphin, entreprit un voyage en Alsace qui suscita un immense enthousiasme populaire. Le passage du roi dans les villages et les villes fut marqué par des acclamations ferventes, des drapeaux blancs flottant à la tête des réunions d'habitants, et des dévouements sincères exprimés par les populations locales. Les habitants du Haut-Rhin, "dévoués, sont fidèles", manifestaient leur joie à la vue de leur roi.
Le roi traversa les villages de Guémar et d'Ostheim, où l'accueil fut chaleureux. À l'entrée de Guémar et à l'extrémité du pont d'Ostheim, des assemblées d'habitants attendaient avec impatience de voir le souverain. À Colmar, l'enthousiasme fut palpable. La population, "vivement pénétrée", était ingénieuse à prouver ses sentiments, reconnaissante de la faveur qu'elle recevait. Les cœurs étaient "vivement pénétrés" et les acclamations "vive le Roi !" retentissaient.
L'arrivée de Sa Majesté à Colmar fut accueillie par des cris de "vive le Roi ! Mgr le Dauphin !". Le roi, s'adressant aux autorités locales, notamment à M. Charbonnières de l'arrondissement de Colmar, exprimait sa gratitude pour la réception. Il promit de faire tout ce qui dépendrait de lui pour favoriser le commerce et l'industrie, reconnaissant les "malheurs qui sont arrivés en ce pays". Il ajouta : "J'espère y parvenir avec le temps." Il assura également que son fils n'avait pas oublié la bonne réception qui lui avait été faite, et que ce souvenir "restera à jamais gravée dans mon cœur."
La ville de Colmar s'était parée de ses plus beaux atours pour accueillir le monarque. Des arcs de triomphe ornés de verdure et de fleurs furent érigés, avec des inscriptions telles que "CAROLO AMATO" (À Charles aimé). La rue Saint-Nicolas était décorée de drapeaux blancs. L'affluence était telle que le roi dut consentir à monter dans une voiture pour faire son entrée dans Colmar. La joie et l'enthousiasme étaient généraux, et les acclamations le furent aussi. Le roi arriva à pied à l'Hôtel de la Préfecture, où il fut accueilli par des expressions de "respect, de notre amour et de notre fidélité sans bornes."
Le château le plus visité d'Alsace | Documentaire complet
La visite de Charles X fut un moment fort pour les habitants, qui éprouvèrent des "transports si unanimes et si vrais" en entendant les cris de "vive le Roi !". La journée fut marquée par une magnifique illumination, et le roi témoigna de sa satisfaction. Les mémoires de cette journée devaient "resteront pour nos neveux", gravés dans le cœur des Alsaciens. Le roi, "chéri de tous les Français", exprima sa confiance : "Je vous examinerai votre demande avec intérêt."
Le Développement Industriel et l'Héritage Minier
Au XIXe siècle, Sainte-Marie-aux-Mines devint un important centre de l'industrie textile. Jean-Georges Réber, arrivé de Mulhouse vers 1755, fut un pionnier en créant des manufactures textiles, notamment des filatures et des tissages de toile de coton, lin et chanvre. En 1803, la ville comptait 600 métiers battants de siamoises, la production reposant largement sur les paysans tisserands travaillant à domicile. Des établissements comme Dietsch (1820), Baumgartner (1824), Napoléon Kœnig (1832) et Simon et Cie (1838) contribuèrent à l'essor de cette industrie.
Cependant, l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne en 1871 ébranla cette fabrication. Les industriels du textile se regroupèrent pour fonder la Société commerciale et industrielle afin de trouver des solutions aux nouvelles barrières douanières. L'industrie locale se reconvertit vers les produits lainiers, demandés par la clientèle allemande, accélérant la mécanisation des métiers à tisser.
Parallèlement, l'héritage minier de la vallée continua d'être exploré. Le complexe moderne Tellure, construit sur la mine d'argent du XVIe siècle, la mine Saint Jean Engelsbourg, offre aujourd'hui aux visiteurs un cinéma panoramique, un théâtre optique et une muséographie retraçant l'histoire des mineurs d'argent du Moyen Âge. L'ASEPAM (Association Spéléologique pour l'Etude et la Protection des Anciennes Mines), fondée en 1981, œuvre à la préservation et à la visite des anciennes mines, dont les 70 km de galeries et de puits connus constituent un site de recherche archéologique et un lieu apprécié par les amateurs de spéléologie. Des mines comme la Mine Saint-Barthélemy, la Mine Gabe Gottes (dernière exploitée pour son arsenic) et la Mine Saint-Louis Eisenthür (ouverte en 1549 pour son minerai d'argent) témoignent de cette riche histoire souterraine.

Le Val d'Argent, avec ses massifs environnants, reste un paradis pour les randonneurs, offrant des paysages verdoyants et des vestiges de châteaux féodaux. La gastronomie locale, avec des spécialités comme le munster, et les fermes-auberges, complètent l'attrait de cette région, où la nature généreuse et l'histoire riche se rencontrent. L'héritage de l'argent, des mines et de l'industrie textile, associé à l'accueil chaleureux de ses habitants, fait de Sainte-Marie-aux-Mines une destination unique, marquée par son passé et tournée vers l'avenir. L'histoire de cette vallée, de ses mines d'argent à son industrie textile florissante, en passant par les événements marquants comme la visite royale, révèle une communauté résiliente et fière de son patrimoine.