Au cœur du village de Mogneneins, niché dans le Val de Saône, l'Auberge du Cheval Blanc incarne bien plus qu'un simple établissement de restauration. C'est un lieu chargé d'histoire, un point de ralliement pour les habitants, et un symbole de la vie communale. Son parcours récent, marqué par des défis techniques et une volonté de préserver son identité, révèle une facette fascinante de la vie rurale et de l'entrepreneuriat local.
La Bataille pour la Connectivité : Une Ligne Vitale Rétablie
L'Auberge du Cheval Blanc a récemment fait parler d'elle pour des raisons techniques qui ont failli paralyser son activité. Après plus d'un mois et demi de pourparlers intenses avec l'opérateur SFR, l'établissement a enfin retrouvé une connexion vitale : une ligne téléphonique, un accès internet et un terminal de carte bleue. Ce rétablissement n'a pas été une mince affaire. Il a fallu l'intervention de Me Angeli, avocat à Thoissey, et la publication d'articles dans la presse pour mettre en lumière cette affaire rocambolesque. C'est finalement Cyrille-Frantz Honegger, directeur des relations régionales centre-est de SFR, qui s'est personnellement chargé du dossier.

L'origine du problème remonte au 3 décembre, date à laquelle les gérants de l'Auberge du Cheval Blanc, Philippe Daloz et Jérôme Ségeral, avaient formulé leur demande de branchement. Pendant cette période, les deux opérateurs historiques se renvoyaient la balle, laissant l'établissement dans une situation précaire. La menace d'une astreinte quotidienne, signifiée par la justice, a sans doute joué un rôle déterminant dans la résolution du conflit. Cette pression judiciaire a permis à Jérôme Ségeral et Philippe Daloz d'exploiter leur établissement dans des conditions normales. Malgré le rétablissement des liaisons dématérialisées, l'Auberge du Cheval Blanc a décidé d'assigner SFR au versement de dommages et intérêts pour le préjudice subi. Cette affaire souligne les difficultés que peuvent rencontrer les entreprises, même dans des zones rurales, pour obtenir des services numériques essentiels.
Mogneneins et ses Habitants : À la Recherche d'une Identité Nommée
Au-delà de ses défis techniques, Mogneneins est une commune qui s'interroge sur son identité. Les habitants du village, jusqu'à récemment, n'avaient pas de nom officiel, une lacune que la municipalité a souhaité combler. En 2020, le département de l'Ain a enfin trouvé un nom pour ses habitants : les Aindinois. Cependant, pour Mogneneins, aucun gentilé n'avait jamais été créé de mémoire d'homme.
Face à cette situation, la municipalité a décidé de créer une commission extra-communale paritaire. Composée de trois membres de la municipalité et de trois personnes extérieures, cette commission a pour mission de mener des recherches pour proposer des noms en accord avec l'histoire de la commune. Le choix final reviendra à la population. Si de nombreux habitants déplorent cette absence de gentilé, peu avaient activement réfléchi à en trouver un.
Cependant, une rumeur circule dans le village, confirmée au Cheval Blanc, café restaurant du village. Et si l'on appelait les habitants de Mogneneins, les "Mognégasques" ? Cette proposition fait écho à la rue de la Principauté de Dombes, et s'inscrit en lien direct avec l'histoire de la commune, comme l'exige la commission. D'autres propositions plus classiques ont également émergé, telles que les "Mognards", en référence à la localisation du village sur une colline, ou encore les "Mognenois" et les "Mognenais". Cette démarche participative vise à renforcer le sentiment d'appartenance et à ancrer l'identité de Mogneneins dans son histoire et son territoire.
Le Cheval Blanc : Un Modèle de Tourisme Durable et d'Engagement Local
L'Auberge du Cheval Blanc n'est pas seulement un lieu de restauration, c'est aussi un exemple de pratiques durables et d'engagement envers le territoire. Axelle Favre, à la tête de l'établissement avec son conjoint Vladimir Vaganay, est une militante pour la préservation du patrimoine et la promotion des petits producteurs. Leur cuisine, décrite comme "de la bonne bouffe et du bon vin", met à l'honneur les produits locaux et l'agriculture biologique.

Dans leur restaurant, tous les déchets organiques sont récupérés pour le compostage ou pour leurs poules. Le nettoyage est effectué exclusivement avec des produits vracs et naturels. L'approvisionnement se fait essentiellement chez les producteurs locaux, privilégiant ainsi une économie circulaire et un soutien direct aux agriculteurs de la région. Cette démarche s'inscrit dans une volonté de tourisme durable, où chaque action vise à minimiser l'impact environnemental tout en valorisant le patrimoine local.
Un Lieu de Vie Authentique et Chaleureux
L'Auberge du Cheval Blanc, nichée dans le petit village de Mogneneins, cultive une atmosphère conviviale et authentique. Pas de chichis ici, on s'installe à des tables de bistrot chinées pour déguster une cuisine de partage, locale et 100 % maison. "Comme si on mangeait chez mamie", sourit Axelle Favre. L'ardoise, qui met en appétit, côtoie une sélection de bouteilles de vins, du Beaujolais à la Bourgogne, exposées aux côtés de vieilles soupières et de vaisselle vintage.
Axelle Favre, 27 ans, et son conjoint Vladimir Vaganay, ont repris le restaurant du village en juin 2021. Bien qu'ils ne soient "pas du tout du métier", ils ont réussi à redonner vie à cette vieille auberge de la montée Saint-Vincent, qui était le seul commerce du village. Leur passion commune pour la cuisine et le patrimoine a su séduire la clientèle et redynamiser le cœur de Mogneneins.
Mogneneins : Un Village Dynamique Porté par ses Entrepreneurs
Le dynamisme de Mogneneins repose également sur la présence de ses entrepreneurs. La commune compte parmi ses habitants des professionnels qui ont choisi d'y installer le siège de leur société, témoignant de la qualité de vie et de la dynamique du territoire. La municipalité met en avant ces entreprises locales comme un atout pour le village, encourageant les habitants à faire appel à leurs services.
Parmi ces entrepreneurs, on trouve des profils variés, comme Christine Gilloz, praticienne en Shiatsu et en Médecine Traditionnelle Sino-Vietnamienne. Installée à Mogneneins depuis 1992, elle a quitté l'Éducation Nationale pour faire de sa passion pour le corps et le mental son métier. Elle explique que le Shiatsu, technique manuelle d'origine japonaise, s'inscrit dans la tradition orientale de prévention des maladies et de maintien de la santé. Il vise à rétablir la circulation énergétique dans le corps, en considérant l'individu dans sa totalité physique, psychologique et émotionnelle. Christine Gilloz conseille le Shiatsu pour la gestion du stress, des émotions et des perturbations climatiques, soulignant que la santé est un état d'équilibre.
L'Hôtel du Cheval Blanc à Nîmes : Une Longue Histoire d'Hospitalité
Il est important de noter qu'il existe une autre entité portant le nom "Cheval Blanc", qui a une histoire bien distincte : l'Hôtel du Cheval Blanc à Nîmes. Cet établissement est l'un des plus anciens de la ville, son enseigne existant depuis plus de cinq siècles. L'histoire de cet hôtel est marquée par de nombreux déménagements, une pratique courante à l'époque où l'enseigne, garante de la réputation, était le seul élément constant.
Dès 1480, un "Logis du Cheval Blanc" est repéré à Nîmes, dans la rue Sainte Eugénie. Le terme "logis" témoigne de la continuité de son activité commerciale depuis sa création. À cette époque, les établissements étaient classés selon différentes catégories : les hôteliers fournissaient le gîte et le couvert, les cabaretiers proposaient boisson et nourriture, les taverniers vendaient uniquement du vin, et les marchands de vins en pot permettaient aux clients d'apporter leur propre récipient.
Au fil des siècles, l'enseigne du Cheval Blanc a connu plusieurs adresses : à proximité de la trésorerie du Roi en 1505, puis rue de la Violette en 1596, une rue stratégique pour les commerces. Au XVIIIe siècle, l'établissement se retrouve à l'extérieur des remparts, rue Carreterie (aujourd'hui rue Jean Reboul), une artère très fréquentée menant à la route de Montpellier. L'édifice actuel, qui accueille le Cheval Blanc, a été construit entre 1695 et 1707 par Jean Colomb, négociant en soieries, et semble avoir eu une destination manufacturière à l'origine.
Après la Révolution, l'enseigne du Cheval Blanc s'installe auprès de l'Amphithéâtre, son emplacement actuel. L'établissement a connu plusieurs propriétaires au fil des ans, dont la famille LAYALLE dans les années 1940. En 1991, la Mairie de Nîmes (SENIM) prend en charge un réaménagement, confiant la tâche à Jean-Michel Wilmotte pour respecter le caractère luxueux d'un hôtel 4 étoiles. L'hôtel ferme ses portes en 1994. La réputation du Cheval Blanc à Nîmes s'est maintenue à un bon niveau durant plusieurs siècles, comme en témoigne sa présence en tête d'un tableau recensant les établissements hôteliers de Nîmes en 1874, à une époque où il était géré par Madame veuve ROY.
Bien que distinctes, les histoires du Cheval Blanc de Mogneneins et de l'Hôtel du Cheval Blanc à Nîmes partagent un fil conducteur : celui d'une pérennité ancrée dans le service, l'authenticité et la capacité à s'adapter aux évolutions de leur époque et de leur territoire. Le Cheval Blanc de Mogneneins, avec son ancrage rural, ses engagements durables et son rôle central dans la vie du village, continue d'écrire son histoire, un repas et une connexion à la fois.
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