Lors de chaque départ en vacances, les embouteillages se chargent de rappeler qu’il y a trop de monde sur Terre. Tout juste peut-on trouver assez de place pour respirer entre leurs gros ego. Aujourd’hui, la femme s’incruste. Poussez-vous un peu messieurs. Cette affirmation, bien que provocatrice, trouve un écho inattendu dans l'univers des Aristochats, où une dynamique similaire de "mâles alpha" et d'une présence féminine affirmée se dessine, non pas dans les embouteillages, mais au sein d'une demeure parisienne cossue. L'histoire débute avec Madame Adelaide Bonfamille, une riche bourgeoise parisienne, qui convie son notaire, Georges Hautecourt, pour discuter de son testament. Sa requête est simple : assurer le bien-être de ses chats en l'absence de proches parents.

Edgar, le majordome, écoutant aux portes, entend tout. La pilule est amère. Vexé que les félins lui passent devant dans l'ordre des héritiers, il craint surtout que leur espérance de vie ne l'empêche de profiter de l'argent de son vivant. Une pensée machiavélique germe alors dans son esprit : un peu de somnifère dans la crème de lait, et les chats se retrouvent, inconscients, dans le side-car du majordome. Les minous, Duchesse et ses trois chatons - Marie, Berlioz et Toulouse - se retrouvent livrés à eux-mêmes, loin de la sécurité de leur foyer, dans la campagne environnante. Leurs talents artistiques, si précieux dans le confort de leur maison, ne leur sont alors d’aucune aide. Marie chante, Berlioz compose et Toulouse peint. Sous l'orage battant, ces activités perdent soudainement de leur valeur.
C'est dans cette détresse que surgit Thomas O’Malley, un chat de gouttière indépendant et dragueur, rappelant l'esprit des personnages du Royaume des Chats. Il fait aussitôt la cour à la belle Duchesse, qui semble sous le charme. « Why, your eyes are like sapphires sparkling so bright », lui murmure-t-il, captivé par sa grâce. Les options pour rentrer à Paris s'offrent à eux : la première est d'embarquer dans la camionnette du laitier, une solution audacieuse mais potentiellement efficace. La seconde option est de suivre la voie ferrée, une voie risquée, pleine d'imprévus. C'est cette dernière que le groupe semble devoir emprunter, menant à un incident où Marie tombe dans une rivière et O'Malley manque de se noyer en lui venant en aide. Il est heureusement sauvé par deux oies anglaises, Amélie et Amélia Jacasse, qui acceptent de les guider vers la ville.
Sur les toits de Paris, O'Malley retrouve ses amis, dont le célèbre Scat Cat, et invite Duchesse au club de Jazz qu'il fréquente. Duchesse aimerait continuer l'aventure avec O'Malley, mais refuse de forcer Madame à accueillir ce chat de gouttière qu'elle ne connaît pas encore. De retour à la maison, le plan d'Edgar prend une tournure plus sombre. Il capture les félins, les planque dans le four avant de les enfermer dans une malle destinée à Tombouctou. « Please! », implore Duchesse, mais Edgar est déterminé. C'est alors que, grâce au renfort de Scat Cat et de sa bande de chats de gouttière, Edgar est terrassé. Frou-Frou, la jument de Madame Bonfamille, joue également un rôle crucial dans le sauvetage, immobilisant Edgar et l'aidant à être enfermé dans la malle qu'il destinait aux chats. La maîtresse des lieux, Adélaïde, retrouve ses précieux compagnons et, impressionnée par le courage d'O'Malley, décide de le garder et même d'ajouter son nom sur le testament à la place d'Edgar.
L'Importance du Réseau et le Contraste Social
Don Altobello, dans Le Parrain 3, a théorisé l'importance du réseau : d'après lui, l'homme le plus riche est celui qui compte les amis les plus puissants. Grâce à un système de faveurs, on peut accéder aux toits de Paris, symboles d'une certaine élite. Inversement, si le réseau lâche, on peut tout perdre, comme l'a tristement démontré Lance Armstrong. Il est donc important de savoir retourner les faveurs, ce que savait parfaitement faire Don Corleone. L'aristocratie, représentée par Madame Bonfamille et ses chats, fonctionne différemment. On est à son service, pas l'inverse. « Because I’m a lady », pourrait dire Duchesse, qui n'ose pas présenter O'Malley à Madame après tout ce qu'il a fait pour elle. Les aristos sont effectivement pleins de bonnes manières, mais il leur manque souvent la générosité qu'on retrouve chez les plus humbles, ceux qui se mettent véritablement au service des autres.
Aujourd'hui, le fossé entre ces deux mondes - celui des chats de race et celui des chats de gouttière - se creuse tellement qu'ils ne se connaissent plus. La figure du chat de gouttière populaire inquiète les chats de race qui mangent du menu trois étoiles. « Aristocats do not practice biting and clawing, and things like that », pourrait-on entendre. Certes, les bourgeois investissent leur argent dans des œuvres de charité. Mais les pauvres, eux, n’hésitent pas à donner leur vie, sans réfléchir à l’image de Jack Dawson qui préfère rester les fesses dans l’eau pour sauver Rose dans Titanic. Ils ont le sens du sacrifice, sans chercher la publicité ou un crédit d’impôts. « So I have a few to spare », pourrait dire un chat de gouttière prêt à aider.
Quand l'aristocratie est victime d'un coup d'état venant de l'intérieur, comme dans Parasite, en l'occurrence Edgar, elle se retrouve hors jeu, à l'arrêt. C'est O'Malley, le chat de gouttière, qui sauve la mise et permet de redémarrer la machine. Le voyage n'est pas parfait, on ne se déplace pas en classe affaires. Mais on fait des rencontres et on profite de l'aventure. C'est grâce à O'Malley qu'on danse le jazz plutôt que la valse.
Frou-Frou : La Jument Discrète au Grand Cœur
Frou-Frou est la jument d'Adélaïde de Bonnefamille dans le grand classique Les Aristochats (1970). Bien éduquée, elle tire de façon élégante et distinguée la calèche. Au début du film, elle est conduite par le majordome Edgar et ramène « Madame » et ses chats à la maison. Frou-Frou apparaît ainsi pour la première fois au début du film, ramenant Madame et ses chats d’une promenade dans leur luxueuse demeure située dans les beaux quartiers de Paris. Tirée par Edgar, la jument, vêtue d’un élégant chapeau rose à fleurs, exécute sa mission avec soin et sans s'en départir, même lorsque Berlioz grimpe sur sa tête. Arrivée à destination, Adélaïde de Bonnefamille la remercie en lui offrant une friandise.

Écoutant discrètement la discussion de sa maîtresse, Edgar réalise que les chats de Madame hériteront de sa fortune avant lui. Il décide alors de les kidnapper en pleine nuit et de les abandonner loin de Paris, à la campagne. Lorsque Madame s’en rend compte, elle crie d’effroi et se lamente de la perte de ses précieux amours. La souris Roquefort, amie de longue date de Duchesse et de ses chatons, se lance à leur recherche toute la nuit. Au petit matin, elle vient retrouver Frou-Frou qui se lamente à son tour mais s’étonne de voir Edgar tout guilleret. Ne se méfiant pas d’elle, le maître d’hôtel révèle à la jument qu’il est à l’origine du plan diabolique visant à faire disparaître les chats. Horrifiée par ce projet, Frou-Frou aide Roquefort à tenter de trouver un moyen de sauver les chats. La petite souris échoue toutefois à suivre Edgar sur sa moto quand il doit retourner sur le lieu de l’abandon après avoir réalisé qu’il y a laissé son chapeau et son parapluie.
Le lendemain, Duchesse et ses chatons, aidés par le chat de gouttière Thomas O’Malley rencontré dans la campagne, parviennent à rejoindre la demeure de Madame de Bonnefamille, à la plus grande joie de Roquefort. Edgar remet cependant la main sur les chats en les enfermant dans un sac avec, cette fois-ci, la ferme intention de les envoyer à Tombouctou. Prévenu par Roquefort, Thomas O’Malley parvient à venir à la rescousse, attaque Edgar au moment où il enferme Duchesse et ses chatons dans une grosse malle, dans la grange de la propriété. Frou-Frou participe à son tour à l’opération de sauvetage en attrapant le majordome par sa redingote pour l’empêcher de capturer O’Malley, puis s’interpose pour bloquer la malle qu’il veut sortir de la grange. La jument hurle d’effroi quand le majordome se saisit d’une fourche et manque de peu d’empaler Thomas avec. C’est à ce moment que la bande de chats de gouttière de Scat Cat, amis d’O’Malley, surgit pour combattre Edgar, tandis que Roquefort s’attaque au cadenas de la malle pour libérer ses amis. Pris au piège par les chats de gouttière, le majordome est finalement neutralisé par Frou-Frou qui l’éjecte dans la malle d’un puissant coup de sabots, avant que celle-ci ne soit ramassée par le service postal pour être envoyée à destination. Débarrassés d’Edgar, les chats retrouvent Adélaïde de Bonnefamille qui adopte Thomas O’Malley dans la famille et décide de lancer une fondation destinée à recueillir tous les chats de gouttière de Paris. Scat Cat et sa bande entonnent alors leur chanson entraînante dans le salon de la riche et ancienne chanteuse d’opéra, Frou-Frou participant à la fête en chantant à travers une porte de la maison.
Comme les autres animaux du film, Frou-Frou parle, mais seulement devant d'autres animaux. En version originale, la jument est interprétée par l’actrice Nancy Kulp. Pour le chant, elle est doublée par Ruth Buzzi. En version française, le personnage a la particularité d'être interprété par un homme, l’acteur Jacques Provins. En dehors de quelques apparitions dans des histoires en bande dessinée, Frou-Frou n'a pas réapparu dans d'autres productions Disney. Milt Kahl, l'un des "Neuf Vieux Messieurs" de l'animation Disney, a contribué à l'animation de Frou-Frou, décrivant cette expérience comme la première fois où il animait un animal à quatre pattes, soulignant la fierté qu'il a ressentie en voyant la calèche traverser le pont dans le film.
Les Chatons Aristocratiques : Berlioz, Marie et Toulouse
Berlioz, musicien en herbe de la gent féline, entre en scène dès les premières secondes des Aristochats. Madame de Bonnefamille rentre chez elle, confortablement assise dans la calèche conduite par Edgar. Elle est accompagnée par sa chatte, Duchesse, et sa chère progéniture. Si la petite Marie se tient gentiment près de sa maman, Toulouse s’amuse pour sa part à taquiner le valet. Berlioz, quant à lui, est grimpé sur le chapeau de Frou-Frou, la jument, lui permettant de contempler les environs avec un plaisir non dissimulé. « Merci, mademoiselle Frou-Frou, de m’avoir permis de monter sur ton dos », s’exclame-t-il, invité par sa mère à remercier le cheval une fois arrivé à la maison.
Lorsque Georges Hautecourt se présente à la porte du riche hôtel particulier de Madame, Duchesse et ses petits sont réunis dans le salon de musique. Les chatons se précipitent pour saluer le vieux notaire. Soudain, la musique de Carmen, l’opéra-comique de Georges Bizet, envahit la pièce. Il n’en faut pas plus pour que le vieil homme invite Adélaïde de Bonnefamille à faire quelques pas de danse. Marie et Toulouse s’agitent autour d’eux. Berlioz est de son côté monté sur le gramophone. Tournant en même temps que le disque, il s’amuse à sauter par-dessus le bras au bout duquel se trouve le reproducteur. Ne parvenant pas à suivre le rythme, il trébuche soudain, arrêtant de fait la musique pour le plus grand soulagement de Madame qui n’en pouvait plus de danser.
Comme son frère et sa sœur, Berlioz devient malgré lui la cible des manigances d’Edgar qui apprend par hasard que les chats seront les bénéficiaires de la fortune de Madame lorsque celle-ci ne sera plus de ce monde. Ignorant le danger qui pèse désormais sur sa famille, le chaton continue pour l’heure de vivre sa vie joyeusement. Les chatouilles sont une arme de premier choix, et les rires des petits inondent la pièce. Le jeu ne tarde cependant pas à dégénérer lorsque Toulouse laisse tomber une chandelle sur la tête de la petite Marie. Duchesse est alors obligée d’intervenir. « Quant à vous Berlioz, vous devriez avoir honte. Votre conduite n’est pas d’un vrai gentleman ». Fronçant les sourcils, le chaton n’est pas d’accord. « Ben… C’est elle qu’a commencé ! », ronchonne-t-il avant de tirer la langue à sa sœur.
Invité par sa maman à se comporter comme un vrai Aristochat, Berlioz est autorisé à regarder son frère peindre. Manquant de recevoir un jet de peinture, il rigole bien en découvrant le portrait d’Edgar. « Mais c’est cette vieille face de rat ! ». C’est bientôt à son tour de s’installer au piano pour faire ses gammes et ses arpèges. Marie l’accompagne au chant. Prenant la musique très au sérieux, Berlioz prend le temps de faire craquer chacun de ses doigts avant de pianoter sa petite mélodie. Après sa sœur, lui-même chante quelques paroles avant de se lancer dans un solo. Duchesse joint sa voix à celle de ses enfants. Toulouse délaisse sa peinture pour pianoter aussi. Le numéro musical s’achève avec un duel entre les deux frères qui sautent frénétiquement sur les touches avant de se cogner la tête l’une contre l’autre.
Edgar arrive enfin dans la salle de musique avec le dîner. « Le plat que vous préférez. Préparé tout à fait spécialement ! Suprême de crème à la Edgar ! ». Alléchés par l’odeur du succulent mets, les petits se ruent sur leur bol. Ils sont rejoints par leur maman puis par Roquefort, une souris ayant installé sa maison dans les murs de la maison. Tous ignorent alors que la nourriture a été empoisonnée par Edgar qui s’est chargé d’ajouter des somnifères dans le lait.
À la nuit tombée, les chats dorment d’un sommeil lourd. Edgar en profite donc pour s’emparer de leur panier qu’il charge sur son side-car. Roulant dans l’obscurité, il se retrouve bientôt coursé par deux chiens de ferme, Napoléon et Lafayette. Dans sa course, le panier est éjecté du véhicule. La petite famille se retrouve ainsi malgré elle perdue en rase campagne. Lorsqu’ils se réveillent sous un pont, tous les chats sont terrifiés. Le tonnerre résonne au loin. Marie est coincée dans un arbre. « Maman ? Maman ? ». Berlioz patauge dans la rivière. Trempé jusqu’aux os, le petit chat désespère. « J’ai froid et j’suis tout mouillé… ». Effrayé par une grenouille, il court se réfugier entre les pattes de sa mère. Toulouse est le seul à ne pas avoir été poussé hors du panier au moment de sa chute.
Lorsque la pluie se met à tomber, Duchesse, Marie, Toulouse et Berlioz se réfugient tous les quatre dans leur panière. La situation est tragique. Tous tremblent de peur. Ils imaginent de plus la détresse que ressentira leur maîtresse lorsqu’elle se rendra compte de leur disparition… Le lendemain matin, tous sont réveillés par Thomas O’Malley, un chat de gouttière passant par là. Toujours cachés dans le panier, les chatons observent le marcou qui se lance dans un numéro de séduction. La simple vue des petits le fait toutefois rapidement déchanter. « Dîtes, c’est vrai vot’ truc de tapis volant ? », demande Berlioz qui a entendu O’Malley promettre à Duchesse de la ramener à Paris sur son tapis volant.
Au départ récalcitrant à l’idée de devoir s’occuper d’une mère avec ses petits, Thomas O’Malley accepte finalement de prendre la petite famille sous son aile. Avec un culot monstre, il arrête la voiture d’un laitier et parvient à faire monter Duchesse et ses enfants à l’arrière. La petite balade s’arrête néanmoins quelques kilomètres plus loin lorsque l’homme, apercevant les félins dans son rétroviseur, arrête son véhicule pour les en chasser. Livrés à eux-mêmes, tous doivent continuer à pied. Si la traversée d’un pont de chemin de fer est une bonne occasion pour les petits de « jouer au petit train », elle tourne bien vite à la catastrophe lorsqu’une vraie locomotive surgit au loin. O’Malley, Duchesse, Toulouse et Berlioz trouvent refuge sur une traverse située sous la voie. Marie tombe dans l’eau. O’Malley plonge pour la sauver. Ramenant la chatte sur la berge, il est soudain emporté par le courant. Il ne doit sa survie qu’à Amélie et Amélia Jacasse, deux oies qui acceptent de guider les chats jusqu’en ville. « Oh, regarde ! Elles ont les pieds plats », s’étonne Berlioz en montrant les palmes des deux volatiles à son frère.
Enfin de retour à Paris, les chatons sont fatigués. « J’ai mal à mes pattes », se lamente Berlioz. Thomas O’Malley propose de passer la nuit dans sa « piaule » d’où s’échappe un air de jazz endiablé. C’est la musique de Scat Cat et de sa bande. Sans attendre, les chatons se précipitent pour écouter les chats de gouttière. « C’est pas du Beethov’, maman. Mais c’truc-là, ça r’bondit », s’enthousiasme Berlioz, debout sur le piano. Le chaton joue lui aussi quelques notes. Lorsque Scat Cat et sa bande quittent les lieux pour ensorceler les rues de Paris avec leur musique, O’Malley, Duchesse et les chatons restent seuls. Il est temps pour les petits d’aller se mettre au lit. O’Malley profite d’être seul avec Duchesse pour lui conter fleurette. Tombant sous le charme du chat de gouttière, celle-ci ne s’aperçoit pas que ses petits sont là, à la fenêtre, en train de regarder l’amour naissant entre leur maman et leur sauveur.
Le lendemain, Duchesse, Marie, Toulouse et Berlioz sont enfin de retour à la maison. Ils ne sont cependant pas encore hors de danger. Comprenant que son plan initial a échoué, Edgar piège les chats en les enfermant dans un sac, puis dans une malle qu’il s’apprête à expédier à Tombouctou. Heureusement, la souris Roquefort parvient à prévenir O’Malley puis Scat Cat et sa bande du traquenard dans lequel sont tombés ses amis. Se précipitant à la maison, la bande de chats de gouttière engage un combat dantesque avec le valet. Grâce à eux, Edgar est neutralisé et envoyé lui-même… à Tombouctou ! Duchesse et les siens sont pour leur part sauvés. Ravie d’avoir retrouvé ses chers animaux de compagnie, Madame de Bonnefamille prend sur elle d’adopter O’Malley. Elle destine également sa fortune à une toute nouvelle fondation destinée à recueillir les chats de gouttière.
La Genèse des Aristochats : De l'Idée à l'Écran
L’origine des Aristochats remonte au début des années 1960, à l’époque où le directeur de production Harry Tytle rencontre les scénaristes Tom McGowan et Tom Rowe. Ensemble, les trois hommes réfléchissent à l’écriture d’un téléfilm en prises de vues réelles destiné à l’émission Walt Disney’s Wonderful World of Color. Racontant l’histoire d’une famille de chats menacés par des domestiques cherchant à s’emparer de la fortune de leur maîtresse, le script est maintes fois réécrit.
En mai 1964, le scénariste Otto Englander hérite du projet. Il ne s’agit désormais plus d’un téléfilm mais d’un long-métrage d’animation mettant en vedette Duchesse, une chatte maman de cinq petits : Marie-Antoinette, Berlioz, Escoffier, Renoir et Waterloo. Tous vivent sous le toit de leur richissime propriétaire. Mais leur vie est bientôt menacée lorsque le valet Edgar et la servante Elvira cherchent à mettre la main sur l’héritage de leur patronne. Winston Hibler est nommé producteur de ce futur film. Wolfgang Reitherman prend le poste de réalisateur. Les frères Sherman sont chargés de composer les chansons et la partition. Elsa Lanchester, une bonne amie de Walt Disney qui vient de jouer Mary Poppins, est engagée pour le rôle d’Elvira.
Au fil des semaines, le scénario continue d’évoluer. Walt Disney envisage de suivre le même schéma que celui déjà utilisé en 1961 avec Les 101 Dalmatiens. Ken Anderson est attaché au projet en tant que scénariste et concepteur des personnages. Avant de lancer plus en avant la production des Aristochats, les artistes des studios doivent toutefois d’abord terminer celle du Livre de la Jungle. Consacrant en parallèle son temps à d’autres chantiers, en particulier celui de Walt Disney World en Floride, Walt Disney décède le 15 décembre 1966 avant même que le script ne soit achevé. Les équipes du département animation sont sous le choc. Immédiatement, se pose la question de poursuivre la création de films animés ou bien de tout arrêter.
Réunie derrière Wolfgang Reitherman, la vieille garde des animateurs fait le choix de continuer sans Walt. La production des Aristochats reprend donc dans une ambiance morose. Rapidement, le scénariste Larry Clemmons et ses collègues Ken Anderson, Julius Svendsen, Frank Thomas, Vance Gerry, Eric Cleworth et Ralph Wright tombent d’accord sur le fait qu’il faut simplifier au maximum l’intrigue. Le nombre de personnages est réduit. La servante Elvira disparaît du casting, laissant le rôle du méchant au seul Edgar. Initialement cinq, les chatons ne sont plus que trois : Marie, Berlioz et Renoir, dont le nom est finalement changé en Toulouse. Ainsi ajusté, le script final est livré le 10 avril 1967.
Audiocontes Disney - Les Aristochats
L’un des ressorts comiques des Aristochats repose sur l’image caricaturale que les Américains ont de la France. L’esprit français est ainsi présent dès le générique grâce au truculent Maurice Chevalier qui sort de sa retraite pour interpréter la chanson-titre. Les chatons possèdent eux aussi des prénoms bien français. La petite chatte est appelée Marie, une version raccourcie de Marie-Antoinette, une allusion à la défunte reine de France exécutée le 21 octobre 1793, pendant la Révolution française. Toulouse est l’artiste de la famille et fait référence au peintre Henri de Toulouse-Lautrec, l’un des maîtres du postimpressionnisme français. Enfin, Berlioz est un petit félin musicien portant le même nom qu’Hector Berlioz. Né à La Côte-Saint-André, en Isère, le 11 décembre 1803, le compositeur découvre la musique aux côtés de son père, le docteur Louis Berlioz, et de ses maîtres, Imbert puis Donant. Le patriarche refuse toutefois que son fils apprenne le piano, de peur qu’il se détourne de la carrière de médecin qu’il lui destine. C’est pourtant bien vers le métier de musicien que se tourne Hector Berlioz qui signe ses premières partitions dès l’âge de dix-sept ans. Intégré au Conservatoire de Paris en 1826, il se rendra célèbre grâce à des compositions telles que Herminie (1828), Cléopâtre (1829), La Symphonie Fantastique (1830), Benvenuto Cellini (1838), Roméo et Juliette (1839), Les Troyens (1856), Béatrice et Bénédict (1862), L’Enfance du Christ (1864)… Reconnu de son vivant comme un maître de l’orchestration, Hector Berlioz disparaît le 8 mars 1869 à Paris. À noter que dans la version italienne des Aristochats, le petit chaton n’est pas appelé Berlioz mais Bizet, un patronyme emprunté à l’auteur de l’opéra-comique Carmen, Georges Bizet.
L’apparence graphique de Berlioz est initialement définie par Ken Anderson. Né le 17 mars 1909 à Seattle, dans l’État de Washington, l’artiste étudie l’architecture en Europe puis à Washington avant de partir pour Los Angeles afin de trouver un travail dans l’animation. Engagé comme décorateur de plateau par MGM, il rejoint Disney en 1934 et travaille sur plusieurs courts-métrages comme La Déesse du Printemps et Trois Petits Orphelins. Repéré par Walt Disney, il est nommé directeur artistique sur Blanche Neige et les Sept Nains, un poste qu’il occupe ensuite lors de la production de Pinocchio et de Fantasia. Animateur sur Le Dragon Récalcitrant et Mélodie du Sud, il participe à l’écriture de Mélodie Cocktail, Danny, le Petit Mouton Noir et Cendrillon. Promu directeur artistique de La Belle au Bois Dormant, Les 101 Dalmatiens, Merlin l’Enchanteur et Le Livre de la Jungle, Ken Anderson travaille également aux côtés de Disney à la création de Disneyland et de certaines attractions comme Peter Pan’s Flight et Mr. Toad’s Wild Ride. Après la mort de Walt, il planche sur des films comme Les Aristochats, Robin des Bois, Peter et Elliott le Dragon, Les Aventures de Winnie l’Ourson et Les Aventures de Bernard et Bianca. Associé à l’édification d’Epcot, Anderson prend finalement sa retraite en 1978. Parfois surnommé le « Dixième vieux monsieur », en référence aux Nine Old Men, il meurt le 13 décembre 1993, deux ans après avoir reçu un Disney Legends Award pour l’ensemble de sa carrière.
Les recherches graphiques de Ken Anderson passent ensuite entre les mains de Milt Kahl. Membre du groupe très fermé des Neuf Vieux Messieurs, l’artiste naît le 22 mars 1909 à San Francisco, en Californie. Débutant sa carrière modestement à l’âge de seize ans lorsqu’il est embauché comme dessinateur pour le journal The Oakland Post Inquirer puis pour le San Francisco Bulletin, il devient bientôt dessinateur d’affiches de cinéma avant d’entrer chez Disney en 1934.
Duchesse : L'Élégance Féline et la Quête d'Amour
Duchesse est la protagoniste du 20e long métrage d'animation de Disney, Les Aristochats. Elle est également l'intérêt amoureux et plus tard l'épouse de Thomas O'Malley. Duchesse est une chatte angora blanche aux yeux bleus, décrits plus tard comme brillant comme des saphirs. La duchesse est très élégante, belle et distinguée, étant l'animal de compagnie d'un aristocrate. Elle est très dévouée à sa propriétaire, Madame Adélaïde Bonnefamille. Elle est gentille et amicale avec tout le monde. Au début du film, la famille revient d'une balade en calèche. À la fin de leur vie, le majordome de Madame, Edgar, hériterait. Cette nuit-là, Duchesse et les chatons sont drogués avec du lait mélangé à des somnifères. Le lendemain matin, Duchesse rencontre O'Malley, un chat de gouttière, qui propose de les guider vers Paris. Marie tombe ensuite dans une rivière et est sauvée par O'Malley. Le groupe part, marchant comme des oies jusqu'à ce qu'ils atteignent Paris et rencontrent l'oncle Waldo ivre des filles. Edgar voit venir Duchesse et les chatons et les capture, les plaçant dans un sac caché dans le four. Duchesse dit à Roquefort de poursuivre O'Malley et d'obtenir de l'aide. Edgar place les chats dans une malle qu'il envisage d'envoyer à Tombouctou, en Afrique. À la fin, Edgar est renversé dans le coffre, enfermé à l'intérieur et envoyé lui-même à Tombouctou. Madame crée également une fondation caritative offrant un foyer à tous les chats errants de Paris.
Critique DVD : Tout le monde veut devenir un chat !Comme nous sommes en 1910, la famille se déplace naturellement en belle calèche, et Madame emploie un majordome nommé Edgar. Celui-ci n'en croit pas ses oreilles lorsqu'il apprend que la vieille dame modifie son testament. Il ne figurera qu'en deuxième position parmi les héritiers, après les chats auxquels toute la fortune doit revenir. Il faut évidemment remédier à cette situation : Edgar fourre donc les chats dans un sac pour les abandonner au beau milieu de la nuit. Sur sa route, les deux chiens Napoléon et Lafayette lui compliquent un peu la tâche. Pendant ce temps, Duchesse et ses petits sont complètement perdus. Heureusement, le vagabond, tombeur et chat de gouttière O'Malley fait son apparition et prend soin de cette famille égarée. Grâce à son charme, son humour et beaucoup de courage, il fera tout pour aider la belle Duchesse et ses enfants à rentrer chez eux. Après le succès retentissant de Le Livre de la Jungle en 1967, les créateurs des studios Walt Disney sont restés fidèles à leur devise en mêlant une fois de plus musique entraînante et animaux dansants. Maurice Chevalier, le célèbre chanteur français, est même sorti spécialement de sa retraite pour interpréter la chanson-titre, un mélange d'anglais et de français, posant d'entrée la barre très haut pour les chansons d'Aristochats. Aujourd'hui, Aristochats est naturellement devenu l'un des classiques les plus connus de Disney. L'histoire simple est racontée de manière adaptée aux enfants, le méchant est difficilement détestable, et les trois chatons sont adorables. Les voix de la version allemande sont aussi convaincantes que dans la version originale anglaise. Les chansons sont très bien interprétées, illustrées de façon mignonne, mais elles restent un peu moins en tête que dans d'autres films Disney. En revanche, les personnages font preuve de beaucoup de charme et d'humour, et certaines petites séquences sont délicieusement farfelues. Par exemple, un Français assis dans un bistrot voit passer une bande de chats des rues poursuivie par une souris au chapeau rouge. Aussitôt, il vide sa bouteille de vin devant lui. Conclusion : Ce que Les 101 Dalmatiens est pour les amis des chiens, Aristochats l'est pour les amoureux des chats. Les bonus proposent une nouvelle forme d'activité avec un petit « chaton virtuel ». Comme avec un Tamagotchi, il faut nourrir, caresser ou donner un jouet à son petit minou. Après dix réussites consécutives, le chat se frotte contre l'écran, ce qui est censé être une « récompense » pour le joueur. Une scène inédite jusque-là, et une chouette petite histoire sur les chats font aussi partie des fonctionnalités à découvrir. Richard Sherman et son frère ont droit à leur propre (et méritée) petite vidéo sur leur travail musical et une anecdote sur Maurice Chevalier. Le son a bien entendu été restauré et swingue désormais en Dolby Digital clair dans les enceintes, et l'image a elle aussi bénéficié d'une restauration.
Frou-Frou est le deuxième équidé à tenir un rôle de soutien marquant, à l’instar du Capitaine dans Les 101 Dalmatiens, qui affronte les sbires de Cruella d’Enfer, Jasper et Horace. Plus tôt dans le récit, elle agit également comme une source de réconfort pour Roquefort, partageant avec lui la tristesse causée par la disparition de leurs amis les chats.
One Man's Dream • PLAY! Disney Harmony in Color! Re-Villains!
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