Les Grandes Écuries de Chantilly : Un Palais Équestre au Cœur de l'Histoire

Grandes Écuries de Chantilly - façade principale

Les Grandes Écuries du château de Chantilly, situées dans le département de l'Oise en France, représentent bien plus qu'un simple édifice historique ; elles incarnent un monument d'une valeur culturelle et historique inestimable. Ce lieu unique offre une rencontre saisissante entre la nature, l'architecture et l'art, le tout centré sur la majesté du cheval. Leur histoire, intimement liée à celle du Domaine de Chantilly, est jalonnée d'innovations architecturales, d'événements marquants et d'une vocation équestre qui perdure jusqu'à nos jours.

La Vision du Prince : Un Monument à la Gloire du Cheval

Portrait de Louis-Henri de Bourbon, Prince de Condé

La genèse des Grandes Écuries remonte au début du XVIIIe siècle, sous l'impulsion de Louis-Henri de Bourbon, septième Prince de Condé. Passionné par la chasse à courre et le cheval, ce prince visionnaire souhaitait doter son domaine d'une structure à la hauteur de ses ambitions équestres. C'est ainsi qu'à partir de 1719, il confia à l'architecte Jean Aubert, élève des célèbres Hardouin-Mansart, la tâche de concevoir et de construire cet édifice monumental. Aubert, qui avait déjà œuvré à la rénovation du château, s'inspira des Grandes Écuries de Versailles, conçues par son maître, pour créer un ouvrage d'une ampleur et d'une originalité remarquables.

La conception des Grandes Écuries fut audacieuse pour l'époque. Contrairement à la tradition qui voulait que les écuries soient reléguées dans les communs, le Prince de Condé souhaita que son "palais des chevaux" soit édifié à l'écart du château, dans un lieu dégagé, afin de le mettre en valeur. Cette implantation inhabituelle, bien que critiquée par certains contemporains comme Piganiol de La Force, fut un choix délibéré du Prince, qui bénéficiait depuis ses appartements d'une vue exceptionnelle sur les élévations latérales du bâtiment. Pour permettre cette construction, une vaste clairière d'environ cinquante hectares fut aménagée, gagnée sur la forêt environnante. L'objectif était de créer un monument à part entière, dominant le paysage et offrant une perspective spectaculaire, notamment depuis l'ancienne route du Connétable, aujourd'hui piste d'entraînement dite des Lions.

La construction s'étala sur une période de quinze ans, de 1719 à 1740, témoignant de l'ampleur du projet. Dès leur achèvement, les Grandes Écuries furent reconnues comme un ouvrage exceptionnel, dont la description occupait une place de choix dans les guides touristiques de l'époque, comme le "Guide de Paris et de ses environs" de Jean-Aimar Piganiol de La Force.

Une Architecture Inspirée et Innovante

Détail de la façade occidentale des Grandes Écuries

Jean Aubert fit preuve d'une grande originalité dans la distribution et l'implantation des Grandes Écuries. La façade principale, longue de 186 mètres, s'ouvre sur la grande pelouse de Chantilly, se présentant comme un palais d'un étage. La façade occidentale, tournée vers la ville, se distingue par l'absence d'arcades et de défenses. L'accès à la cour des chenils se fait par son centre. Le portail principal, reprenant un dessin d'Aubert pour le château, est surmonté d'un fronton triangulaire sculpté, soutenu par des piédroits ornés de tables en ressaut ornées de trophées cynégétiques retenus par des têtes de chiens. Le tympan du fronton met en scène l'hallali du sanglier, une scène emblématique de la vénerie.

Le pavillon central, à pans coupés, arbore un vaste portail encadré de pilastres et un fronton semi-circulaire orné d'un haut-relief de chevaux hennissants, œuvre de Bridault. L'ensemble est recouvert d'un bossage en table, enrichi par Aubert avec l'utilisation de pilastres ioniques jumelés. La frise de l'entablement, qui portait initialement le chiffre de Louis de Bourbon, se prolonge au-dessus de la travée axiale par une corniche cintrée à modillons. Au sommet, un écusson monumental aux armes des Condé, soutenu par deux figures ailées et encadré de lions en ronde bosse, couronne l'édifice. Les claveaux rayonnants de la voussure concave encadrent un groupe de trois chevaux sculptés en bas-relief, présentés de profil dans des positions variées, évoquant un cadre naturel.

Les deux vastes nefs destinées à abriter les chevaux sont d'une largeur exceptionnelle de onze mètres soixante, couvertes d'une voûte de pierre en berceau s'élevant jusqu'à quatorze mètres du sol. Elles sont accessibles par deux entrées latérales et rythmées par des doubleaux formant des travées ornées de fenêtres.

Le manège, qui sépare ces deux nefs, présente une structure inspirée des salons à l'italienne des grands châteaux de l'époque. Quatre grandes arcades sculptées de trophées de chasse s'ouvrent sur cet espace. La voûte est composée de huit quartiers se rejoignant autour d'une rosace centrale. La lumière pénètre par quatre œils-de-bœuf dans le toit et quatre grandes baies cintrées au premier niveau, au-dessus de l'abreuvoir. Un balcon périphérique, accessible par un escalier, permet la circulation entre les combles des deux ailes.

Face à la porte d'entrée du manège intérieur, l'abreuvoir, chef-d'œuvre de l'art rocaille, est installé dans une vaste niche. Son fond est orné de congélations encadrées par deux colonnes palmiformes, sur lesquelles deux enfants soutiennent un cartouche dédié à l'édifice. L'eau s'écoulait d'un masque feuillagé dans deux vasques superposées en forme de coquilles, soutenues par des dauphins de plomb, fondus lors de la Révolution.

Les écuries de Chantilly

À l'est, les arcades inachevées de la porte du bourg complètent la composition du côté de la route venant du château. Les toits brisés des combles, décorés de bourseaux et d'arêtes bossagées, atteignent près de dix mètres au-dessus de la corniche pour le pavillon axial. Le pavillon central est orné de la figure de la Renommée à cheval, encadrée par des girouettes dorées en forme de têtes de cheval. Les lucarnes de pierre, surchargées d'ornements, et une balustrade continue soulignent l'horizontalité de l'ensemble.

Un Centre Équestre Complet et Fonctionnel

Intérieur du manège couvert des Grandes Écuries

Les Grandes Écuries n'étaient pas seulement un chef-d'œuvre architectural, mais aussi un complexe équestre d'une fonctionnalité remarquable. Le bâtiment principal, divisé en deux nefs séparées par la rotonde centrale, pouvait accueillir jusqu'à 240 chevaux dans des stalles individuelles. Chaque stalle, large de 1m 30, était délimitée par des poteaux et des cloisons ornées de sculptures. Les noms des chevaux étaient inscrits dans des cartouches au-dessus des râteliers, une organisation moderne pour l'époque. Des coffres à avoine étaient aménagés à l'arrière des cloisons pour faciliter la distribution quotidienne de la nourriture.

Un manège découvert et circulaire, situé derrière l'écurie principale, permettait l'exercice des chevaux. Les voitures, carrosses et selleries étaient remisés autour de la grande cour carrée. Deux petites écuries étaient réservées à l'isolement des chevaux malades. Les logements des cochers, postillons, fourragers et du contrôleur des écuries se trouvaient à l'étage. Les officiers des écuries et du chenil, ainsi que les écuyers, disposaient d'appartements dans les pavillons et le corps principal. Les réserves de paille et de foin étaient également entreposées dans ces espaces.

La cour des chenils, longue de plus de 66 mètres et large de 44 mètres, était agrémentée d'un grand bassin central avec jet. Cinq chenils distincts pouvaient abriter jusqu'à 500 chiens, dédiés à différentes chasses : chenil d'hiver, chenil des chiens de cerfs, de sangliers, des lices, et chenil des chiens malades. Les piqueurs, valets de chiens et valets de limiers étaient logés au-dessus des chenils.

La cour des Remises, située à l'arrière du manège découvert, mesurait plus de 46 mètres de long et 44 mètres de large. Les arcades en plein cintre de ses ailes faisaient écho à celles du bâtiment principal et aux écuries de Versailles.

Le balcon du manège, orné d'un garde-corps en ferronnerie, servait de tribune pour le Prince et ses invités, leur permettant d'assister aux exercices de haute école. La grande prairie bordant la façade était le théâtre de fêtes équestres et de cavalcades.

Un Patrimoine en Évolution

Sculpture de la Renommée à cheval sur le dôme des Grandes Écuries

Au fil des siècles, les Grandes Écuries ont connu diverses occupations et transformations. En 1789, elles furent pillées de leurs ornements. Sous l'Empire, différents régiments de cavalerie s'y succédèrent, dont la Garde impériale et les Chevaux-légers lanciers polonais. Rendu aux Condé en 1814, le domaine fut légué aux Orléans en 1830, avant d'être chassés à la Révolution de 1848. Les écuries furent alors louées à la société des chasses à courre de Chantilly.

Occupées par les Allemands en 1914 et 1940, elles accueillirent le Cercle hippique de Chantilly à partir de 1948. En 1982, un tournant majeur s'opéra avec la convention signée entre l'Institut de France, propriétaire du domaine depuis 1886 suite au don du duc d'Aumale, et Yves Bienaimé. Cet ancien écuyer-professeur obtint la gestion des Grandes Écuries pour une durée de vingt ans, marquant le début de leur transformation en un lieu de spectacle et de préservation du patrimoine équestre.

C'est sous l'impulsion d'Yves Bienaimé que fut créé le Musée vivant du Cheval en 1982, faisant des Grandes Écuries un centre d'attraction majeur. Les spectacles équestres y sont aujourd'hui renommés pour leur qualité et leur capacité à faire revivre l'art équestre dans un cadre exceptionnel. Les avis des visiteurs sur des plateformes comme Google My Business témoignent de cette réussite, soulignant la beauté des lieux, l'acoustique parfaite et l'ambiance féerique des représentations. Des événements tels que des concerts ou des spectacles thématiques, comme "Veil Ange et l'Enfant", y sont régulièrement organisés, attirant un public nombreux.

La statue de la Renommée, œuvre d'Antoine Coysevox destinée au château de Marly, qui ornait autrefois le sommet du dôme, fut fondue à la Révolution. Une réplique fidèle, réalisée en 1989 grâce à Yves Bienaimé, a depuis retrouvé sa place, rappelant l'histoire riche et parfois mouvementée de ce monument exceptionnel.

Les sculptures ornant les Grandes Écuries sont en grande partie dues à Rémy François Bridault et à ses collaborateurs, tels que Bernard, Coutelet, Brault, Lefevre et Buret. Les deux écuries sont décorées de sculptures peintes au naturel, formant un élégant décor cynégétique qui tempère la rigueur architecturale. On y retrouve des têtes de cerfs sur des cartouches à guirlande, ainsi que des bas-reliefs représentant des chasses aux loups et aux sangliers.

Les Grandes Écuries de Chantilly ne sont donc pas qu'un simple vestige du passé. Elles sont un lieu vivant, vibrant d'une histoire séculaire et d'une passion pour le cheval qui continue de fasciner et d'émerveiller les visiteurs, offrant une expérience unique mêlant histoire, art et spectacle équestre. Elles constituent un témoignage exceptionnel de l'architecture du XVIIIe siècle et de l'importance du cheval dans la vie de la noblesse française.

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