La Nouvelle Loi sur la Cravache dans les Courses Hippiques Françaises : Une Révolution pour le Bien-être Animal et l'Image du Sport

Une transformation significative s'opère dans l'univers des courses hippiques françaises. À compter du 1er avril 2025, une nouvelle réglementation interdira formellement l'usage de la cravache pour infliger des coups lors des courses de trot monté et attelé. Cette décision, qui marque une étape majeure dans la prise en compte du bien-être animal et la modernisation de l'image des compétitions hippiques, suscite des réactions variées au sein de la communauté des professionnels et des amateurs. Si l'outil en lui-même, une longue baguette fine, reste autorisé, son utilisation pour frapper les montures est désormais proscrite.

Cravache de course hippique

L'Évolution Naturelle vers un Meilleur Traitement des Chevaux

Cette mesure s'inscrit dans une tendance de fond observée depuis plusieurs années. Comme le souligne Bertrand Decaudin, membre du conseil d'administration de l'association des courses du Croisé-Laroche, "On le voit dans l'évolution des drivers, ils tapent beaucoup moins qu'avant. C'est rentré dans la tête des grands jockeys, ils sentent dans la 'drive' que le cheval ne pourra pas aller plus vite malgré un coup de bâton supplémentaire." Cette évolution témoigne d'une prise de conscience collective au sein du monde hippique, où la compréhension des limites physiologiques des chevaux et l'importance de leur bien-être ont pris le pas sur les anciennes pratiques. Mathieu Verva, driver, confirme cette tendance : "Ça va dans le sens des choses, on améliore le bien-être des animaux, ça va de soi d'être obligés de ne plus solliciter les chevaux comme on pouvait le faire auparavant." Il raconte s'entraîner depuis plusieurs semaines à modifier ses habitudes, reconnaissant que "voir des gens qui lèvent le bras et tapent sur des animaux, ce n’est pas très beau à regarder".

Une Approche Nuancée : Entre Guidage et Stimulation

Si l'interdiction des coups est claire, la cravache conserve un rôle de guidage et de sollicitation. "Avoir une cravache en main reste autorisé", précise la nouvelle législation. Mathieu Verva explique que "Il faudra juste faire attention à ne pas lever le coude, on aura toujours le droit d'en avoir une. On aura toujours le droit d'appuyer le cheval pour lui donner le sens de la direction avec juste un mouvement du poignet". Cette distinction est cruciale : la cravache ne doit plus être un instrument de punition, mais un outil de communication subtil entre le driver et son cheval.

Cependant, cette nuance ne satisfait pas tous les acteurs. Palmieri, driver amateur, exprime ses réserves : "Je trouve que ce n'est pas juste. Quand on a un animal froid et qu'on ne peut pas taper, on fait comment ? On fait marche arrière ? La cravache elle est utile pour un cheval, très utile même. Quand vous êtes à la lutte avec un autre cheval, si vous ne le tapez pas un coup ou deux - on ne doit pas taper pas comme des sauvages - mais il faut le stimuler sinon il n'avance pas !". Cette inquiétude, partagée par certains, met en lumière la difficulté d'adapter des pratiques anciennes à de nouvelles exigences, surtout dans des moments de compétition intense où chaque fraction de seconde compte.

L'Harmonisation Européenne et l'Image des Courses

La décision française s'inscrit dans un mouvement plus large, adopté par tous les pays membres de l'UET (Union Européenne du Trot). Olivier Bizoux, Président du Comité régional de trot du Nord, souligne l'importance de cette harmonisation : "Cette mesure s’inscrit dans la réflexion permanente du bien-être animal et de l’image que nous donnons des courses. Nous avions commencé par réduire les coups de cravache, petit à petit, et désormais, l’idée est d’intégrer le code européen du trot, pour une meilleure harmonisation." Cette convergence des règles vise à renforcer l'image des courses hippiques comme un sport respectueux de ses athlètes équins, à l'échelle continentale. Un spectateur suédois, interrogé sur l'hippodrome de Marcq-en-Baroeul, se montre d'ailleurs très satisfait : "C'est bon pour le sport. Ce n'est pas possible d’être méchant avec des chevaux. C'est un animal fantastique, pas besoin de cravache".

LA PRÉVENTION SANITAIRE | Le Bien-Etre du Cheval sur l’Hippodrome, Episode 1

Des Alternatives pour la Stimulation et la Sécurité

Face à la limitation de l'usage de la cravache, les professionnels disposent d'autres outils pour stimuler et guider leurs montures. Mathieu Verva mentionne les "débouche-oreilles" et les œillères qui peuvent être ajustées pour motiver le cheval au moment opportun. "On a des œillères qu'on met en l'air et au moment de l'accélération, quand on a besoin d'avancer, on les baisse", explique-t-il. Ces dispositifs, moins visuellement agressifs que des coups de cravache, permettent d'obtenir des réactions du cheval sans recourir à la force.

De plus, la cravache conserve un rôle sécuritaire. Olivier Bizoux rappelle : "Quand vous êtes au sulky et qu'un cheval prend le galop, il faut pouvoir le guider pour qu'il se dégage du peloton et ainsi éviter un accident." La nouvelle réglementation ne vise pas à priver les drivers de cet outil essentiel à la maîtrise de leur monture dans des situations critiques.

Les Sanctions : Dissuasion et Impact Économique

L'application de la nouvelle loi s'accompagne de sanctions dissuasives pour garantir son respect. La SETF a voté des mesures qui prévoient des amendes calculées en pourcentage des primes versées et des mises à pied. "Concernant l’utilisation de la cravache, la sanction s’élèvera, dès le premier coup de cravache, à 1% du prix au premier prix et une mise à pied de 2 jours, puis il y aura des jours de mise à pied supplémentaires en fonction du nombre de coups de cravache et pour les pilotes récidivistes", détaille Olivier Bizoux.

Ces sanctions inquiètent particulièrement les drivers amateurs comme Palmieri : "On ne sait pas à combien vont monter les amendes. On ne gagne déjà pas beaucoup dans les courses, si on commence à avoir des amendes, on ne va plus driver. On est des amateurs, on a un métier à côté, on vient là pour s'amuser." Bertrand Decaudin met en garde contre l'impact économique de ces mesures : "Le fait de ne pas pouvoir courir, c'est une vraie sanction. Quand il y a plusieurs courses dans une même journée, ce sont des victoires en moins et donc un manque à gagner."

Le Contexte Économique et la Transformation de la Filière Hippique

La réforme de l'usage de la cravache intervient dans un contexte plus large de transformation de la filière hippique française. Un rapport, remis à la demande de la ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a souligné le risque de poursuite de la baisse des enjeux du pari hippique. Ce rapport met en exergue la nécessité d'un "plan de transformation ambitieux et coordonné" pour garantir la pérennité de la filière et ses missions de service public.

L'État s'est engagé à accompagner cette transformation, notamment par la désignation d'Eric Woerth, député de l'Oise, comme préfigurateur chargé de travailler à la rédaction d'un « Pacte PMU 2030 ». Ce pacte vise à formaliser un accord stratégique avec les sociétés-mères, à réformer la gouvernance du PMU et à définir le mandat de sa prochaine équipe de direction. La modernisation des pratiques, comme l'interdiction des coups de cravache, s'inscrit donc dans une démarche globale visant à redynamiser le secteur et à renforcer sa crédibilité auprès du public.

L'Évolution Réglementaire du Déferrage

Parallèlement à la question de la cravache, d'autres réglementations évoluent pour le bien-être animal et la compétitivité des courses. Depuis le 1er juillet 2024, le déferrage des chevaux est également plus réglementé. "Pour le déferrage des chevaux de deux et trois ans par exemple, la grande majorité des comités régionaux de France était pour. Il faut être réalistes, courir un cheval ferré face à des concurrents qui ne le sont pas amoindrit vos chances. Mais cette évolution doit être pensée sur le long terme, car ainsi, les chevaux auront une plus longue carrière", explique Olivier Bizoux. La règle stipule qu'il est désormais interdit de déferrer un trotteur plus de quinze fois sur douze mois glissants. Cette mesure, visant à préserver la santé des sabots des chevaux sur la durée, témoigne de la volonté de la filière de repenser ses pratiques dans une perspective de long terme, où la performance est dissociée de l'usure prématurée des athlètes équins.

Cheval de trot attelé en course

Un Changement d'Habitudes et une Vision Positive

Malgré les appréhensions de certains, la majorité des professionnels semble accueillir favorablement cette nouvelle réglementation. Mathieu Verva reste confiant quant à l'impact sur les performances : "Ce sera toujours pareil. Les bons chevaux resteront des bons chevaux, les chevaux moyens resteront des chevaux moyens, ce n'est pas le fait de continuer à cravacher qui va faire qu'ils vont être meilleurs ou pas." Cette vision pragmatique suggère que la qualité intrinsèque des chevaux et l'habileté des drivers restent les facteurs déterminants du succès, indépendamment de l'usage plus ou moins intensif de la cravache. La nouvelle loi sur la cravache, loin de révolutionner radicalement les courses, vient parachever une évolution déjà amorcée, plaçant le bien-être animal et l'image du sport au cœur des préoccupations. C'est une étape nécessaire pour assurer la pérennité et l'attractivité des courses hippiques dans un monde de plus en plus soucieux du respect des animaux.

tags: #loi #nouvelle #sur #le #course #hippique