Genillé, niché au cœur de la Touraine, dans la pittoresque vallée de l'Indrois, est un village d'Indre-et-Loire dont l'histoire s'étend sur plusieurs siècles. Ce territoire rural, qui s'étend sur plus de 63 km², englobe une partie de la forêt domaniale de Loches, offrant ainsi un cadre naturel d'une grande richesse. L'héritage de Genillé est marqué par des figures historiques notables, telles qu'Adam Fumée, conseiller des rois Charles VII et Louis XI, et l'abbé Michel de Marolles au XVIIe siècle. Aujourd'hui, le village et ses nombreux hameaux abritent environ 1 500 habitants, perpétuant une tradition d'accueil et de préservation de leur patrimoine.

Genillé : Aux Origines d'un Vicus Gallo-Romain
Le nom de Genillé, mentionné pour la première fois au VIIe siècle sous la forme "Geniliaco vicus", provient du nom latin "Ganilo" signifiant "domaine agricole" ou "villa rustica". Cette origine atteste d'une présence humaine significative dès l'époque gallo-romaine, renforcée par la découverte d'outils du Paléolithique inférieur, datant de 350 000 ans, tels que des poignards en silex et des bifaces, trouvés sur les sites de Marsin et Moulin Neuf. La présence d'une voie gallo-romaine traversant le territoire du sud au nord, reliant la vallée de la Vienne à celle du Cher, témoigne également de l'importance stratégique et de la densité de peuplement de la région durant l'Antiquité.
Au IXe siècle, Genillé fut un chef-lieu de viguerie, une circonscription administrative mérovingienne. Le fief, relevant de Montrichard, fut érigé en châtellenie en 1515, sous le seigneur Adam Fumée. Ce dernier, fils d'un médecin des rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII, utilisa ses compétences diplomatiques pour acquérir des terres à Genillé et y faire construire une demeure seigneuriale. La paroisse de Genillé elle-même fut fondée au VIIe siècle, vraisemblablement sur les fondations d'une villa gallo-romaine.
L'Église Sainte-Eulalie : Un Témoin de l'Histoire Architecturale
L'église Sainte-Eulalie, dont la construction remonte au début du XIIe siècle, est un monument emblématique du patrimoine de Genillé. Son clocher, surmonté d'une flèche en pierre, a traversé les siècles, témoignant des modifications architecturales successives. L'église a été remaniée aux XIVe, XVIe et XVIIe siècles, intégrant des éléments gothiques, comme la travée ogivale, et des ajouts plus tardifs, tels que la chapelle Sud (1523) et la chapelle Nord, dite du Rosaire (1660). La porte Ouest, en arc surbaissé, ornée d'une accolade, de rosaces sculptées et de deux écus, est un exemple remarquable de l'art roman tardif, encadrée par des contreforts sculptés de niches. Au-dessus de cette porte, une fenêtre flamboyante éclaire la nef, tandis que la porte Sud présente un linteau décoré de rinceaux.
La base Nord du clocher carré date également du XIIe siècle, avec son mur Sud reconstruit au XIIIe siècle et ajouré d'une haute fenêtre en plein cintre. L'étage du clocher est percé sur chaque face de deux baies en plein cintre, et sa courte flèche en pierre date du XVe siècle. Une tourelle d'escalier couverte d'un dôme en imbrications orne l'angle Nord-Ouest. L'ensemble de l'édifice a bénéficié d'une restauration significative entre 1867 et 1870, sous la direction des architectes tourangeaux Monthelier et Baillargé.
L'intérieur de l'église abrite des trésors artistiques, notamment des vitraux réalisés par des maîtres verriers renommés. Lucien-Léopold Lobin a créé en 1871 un vitrail représentant le jugement de sainte Eulalie. Amand Clément est l'auteur de deux verrières, l'Annonciation et la Visitation, ainsi que d'une grisaille ornementale. Huit autres vitraux, œuvres de Joseph-Prosper Florence, illustrent des scènes bibliques, telles que les quatre évangélistes, les quatre prophètes, l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption et le Couronnement de la Vierge, la Montée au Calvaire et la Résurrection, la Nativité et la Présentation au Temple, Jésus parmi les Docteurs et l'Agonie au Jardin des Oliviers, ainsi que le Couronnement d'épines et la Flagellation. Un bénitier en marbre blanc, datant de 1494, est attribué à l'atelier de Jérôme de Fiesole.

Le Patrimoine Troglodytique : Une Particularité Touraine
La Touraine est réputée pour ses sites troglodytiques, et Genillé ne fait pas exception. La vallée de l'Indrois et ses environs regorgent d'habitations creusées dans la pierre de tuffeau, offrant un aperçu fascinant du mode de vie des populations passées. La vallée troglodytique des Goupillières, à Azay-le-Rideau, invite à un voyage dans le monde paysan des siècles passés. Ces habitations souterraines, loin du faste des châteaux, témoignent d'une adaptation ingénieuse à l'environnement.
Le village de Villaines-les-Rochers, à quelques kilomètres de là, illustre également l'importance des maisons troglodytes, qui ont permis le développement de la culture de l'osier grâce à leur capacité à conserver la matière première dans des conditions optimales. De nombreux habitants de la région ont choisi de vivre dans ces demeures uniques, profitant de leur fraîcheur naturelle en été et de leur caractère insolite.
À Genillé même, des traces de ce patrimoine souterrain sont présentes, bien que souvent intégrées dans des propriétés privées ou des constructions plus récentes. La visite de ces sites permet de comprendre l'importance du tuffeau, cette pierre calcaire tendre et facile à travailler, qui a façonné le paysage et l'habitat de la région. Les caves creusées dans la roche, utilisées pour la conservation des vins, offrent également une expérience sensorielle unique, où la température et le taux d'humidité constants préservent la qualité des nectars.
Visite d'une maison troglodyte
Les Châteaux et Demeures Seigneuriales de Genillé et ses Environs
Genillé et sa région sont parsemés de châteaux et de demeures seigneuriales qui racontent l'histoire des familles nobles qui ont marqué la Touraine.
Le Château de Genillé, édifié au XVe siècle par Adam Fumée, est un logis seigneurial dont l'architecture extérieure peut être admirée. Il se compose d'un logis rectangulaire, flanqué de deux tours circulaires aux angles Nord-Ouest et Sud-Ouest, et d'une tourelle d'escalier octogonale sur la façade Est. Une petite aile en retour d'équerre du XVIIe siècle, prolongée par la suite, complète l'ensemble. Des échauguettes ornent les angles Nord-Est et Sud-Est. Bien que les meneaux des fenêtres aient disparu, leur encadrement mouluré en tore témoigne de l'élégance originelle. Une petite baie étroite dans la tour Nord-Ouest, surmontée d'une rainure verticale, suggère l'existence d'une poterne munie d'un pont-levis s'abaissant sur le fossé. L'étage présente une grande pièce chauffée par une cheminée monumentale, et le pigeonnier cylindrique du XVIe siècle, avec ses 2000 boulins, témoigne de l'importance de la colombiculture à l'époque.
Le Château de La Bourdillière, acquis par Louis de Menou en 1662, semble être une juxtaposition d'éléments de différentes époques. Sa partie principale, au Nord, est rectangulaire, couverte d'un toit à quatre pans, avec une lucarne en pierre à fronton courbe à l'Ouest. La façade Est est flanquée d'une tour polygonale abritant un escalier à vis. Une petite bretèche défend une porte au linteau mouluré. La grande salle du rez-de-chaussée est chauffée par une cheminée imposante. Au XVIIe siècle, un pavillon carré fut ajouté au Sud, flanqué d'une haute tour cylindrique percée de meurtrières. Louis de Menou y fonda un prieuré de femmes qui devint un couvent royal en 1688. Les bâtiments conventuels, datant du XVIIe siècle, ont été conservés. Le château fut la résidence de l'actrice Rosine Deréan et de son époux, l'acteur Claude Dauphin, figures importantes de la Résistance.
Le Château privé de Marolles, datant des XVe et XVIIe siècles, a été fortement remanié à la fin du XIXe siècle. Selon des descriptions anciennes, il était composé de trois corps de logis en équerre. L'aile Sud a disparu, et celle qui lui fait face a été raccourcie, réduisant la chapelle qui la terminait à l'Ouest. Cette chapelle, fondée par Étienne de Marolles, était dédiée à la Vierge et à saint Jacques. Le bâtiment principal a été transformé et prolongé par une construction en terrasse, intégrant une tour d'un mètre d'épaisseur.
Le Château privé de Rassay, construit à la fin du XVIIIe siècle dans un style néo-classique, remplace un logis du XIIIe siècle tombé en ruines. Son plan rectangulaire présente un rez-de-chaussée très haut et un étage. La façade Sud est ornée d'un avant-corps surmonté d'un fronton triangulaire. Les ouvertures sont symétriques, et le toit à quatre pans repose sur une charpente complexe. Le grand escalier à trois volées inégales est remarquable. François-Xavier de Jussy, ancien commandant de la marine royale de Louis XV, fut l'acquéreur des terres en 1784 et entreprit la réunion d'un vaste domaine. En 1895, la propriété fut transformée en fromagerie.
Le Manoir privé de Marsin (ou Marsain), ancien logis seigneurial fortifié du XVe siècle, fut partiellement détruit par une tempête en 1711 et depuis totalement restauré. La cour est entourée d'un mur d'enceinte percé d'un grand portail en plein cintre. Une tour carrée d'escalier à vis a remplacé l'ancien escalier. La façade Nord présente des fenêtres étroites, et chaque extrémité du logis est flanquée d'une tour carrée abritant des archères et des meurtrières pour armes à feu.
Le Château privé de Pont, bâti à la fin du XIXe siècle, a pris place sur l'emplacement d'un manoir du XVIe siècle, dont il a conservé la tour polygonale d'escalier. L'angle Sud-Est de la demeure présente le piédroit d'une grande porte cochère du début du XVIIe siècle. Des éléments d'une fenêtre Renaissance ont été réutilisés dans la façade donnant sur la cour intérieure. Un vieux puits de 32 mètres de profondeur subsiste sur une pelouse.
Le Château privé de Mertier, édifié aux XVIIIe et XIXe siècles, est précédé d'une avant-cour entourée de dépendances. Le rez-de-chaussée, construit en 1761, a reçu un étage supplémentaire vers 1848. Les ouvertures anciennes conservent leurs encadrements appareillés en bossage. La porte de la façade donnant sur le parc présente un entablement légèrement bombé sur deux pilastres doriques, avec la date 1761 gravée sur le vantail. Une petite chapelle ornée de vestiges de fresques se trouve à l'angle Est.
La Maison forte de Montaigu, ancien fief cité dès 1212, servait à protéger la route de Blois à Loches. Ce bâtiment quadrangulaire, avec un toit à deux versants, présente des percements remaniés à l'Est. À l'Ouest, l'encadrement mouluré d'une baie et un arc en accolade sur un linteau attestent d'une construction du XVe siècle. Le lavoir de Montaigu est alimenté par une fontaine érigée au XVIIIe siècle.

L'Héritage de la Forêt de Loches et de la Vallée de l'Indrois
La commune de Genillé s'étend sur une partie de la forêt domaniale de Loches, un massif forestier de 1 200 hectares, vestige de l'ancienne forêt de Chênevose. Cette forêt, composée majoritairement de chênes et de hêtres, complétée par du pin sylvestre, offre un cadre exceptionnel pour la randonnée pédestre, équestre et cycliste. Plusieurs sentiers balisés parcourent la campagne genilloise et la forêt, permettant d'explorer des paysages variés, entre sous-bois, clairières et points de vue panoramiques. Un itinéraire de 15 kilomètres est particulièrement recommandé pour découvrir la vallée de l'Indrois, ses châteaux privés et ses sites troglodytiques.
La vallée de l'Indrois, rivière qui traverse Genillé d'est en ouest, est un élément majeur du paysage et de l'histoire de la commune. Son débit, bien que variable, est suivi depuis 1977 à Genillé. Les hautes eaux se déroulent en hiver, tandis que les basses eaux surviennent en été. La rivière a alimenté plusieurs moulins à farine au cours des siècles, dont le moulin privé de La Roche, mentionné dès 1240.
Visite d'une maison troglodyte
Économie et Vie Sociale : Entre Tradition et Modernité
L'histoire économique de Genillé est marquée par une agriculture diversifiée, mais aussi par des activités artisanales et industrielles. La présence de la forêt a favorisé le développement de scieries, comme la Scierie Moreau et Fils, créée en 1920, qui fut un important employeur de la commune. La ferme-école (ou ferme modèle) de Marolles, conçue par Fernand Raoul-Duval au XIXe siècle, a été un centre d'innovation technologique, équipée de machines à vapeur, d'éoliennes et d'un moulin.
L'ouverture de la ligne de chemin de fer Montrésor-Ligueil en 1889, avec une gare à Genillé, a contribué au désenclavement de la commune. Cependant, la fermeture de cette ligne en 1949 a marqué un tournant.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Genillé fut un lieu de résistance. Des jeunes gens se sont liés d'amitié avec des soldats de l'armée d'armistice cantonnée à Rassay, et ont intégré des mouvements de résistance. L'actrice Rosine Deréan, installée à La Bourdillière, fut particulièrement active dans le sauvetage de parachutistes anglais et le passage de civils en zone libre.
La modernisation s'est accélérée après la Libération, avec l'arrivée de l'eau courante dans les foyers à partir des années 1950. La commune a connu une politique de remembrement à partir de 1956, entraînant une diminution du nombre d'agriculteurs. L'implantation d'entreprises comme SAVEBAG a contribué à fixer une population jeune et active jusqu'aux crises des années 1980.
Au début des années 2000, Genillé, comme de nombreux villages ruraux, a connu une lente déprise de son activité commerciale. L'adhésion à la Communauté de Communes de Montrésor en 2001 a offert une opportunité de soutien aux derniers commerces de proximité. Malgré ces défis, la population de Genillé a connu une légère augmentation depuis trente-cinq ans, atteignant 1 562 habitants en 2014.
L'occupation des sols de la commune révèle une prédominance des terres agricoles (65% en 2018), complétées par des forêts (32,7%). Le bourg de Genillé, construit sur une terrasse surplombant la vallée de l'Indrois, a connu des extensions résidentielles récentes. L'habitat se caractérise par une forte proportion de ménages propriétaires, et le parc de résidences principales a doublé depuis 1945, principalement sous forme de maisons individuelles.
Genillé : Un Village Riche d'Histoire et de Culture
Genillé offre une combinaison unique d'histoire, de patrimoine architectural, de beauté naturelle et de traditions locales. Des vestiges de la présence humaine dès le Paléolithique aux châteaux seigneuriaux, en passant par l'église Sainte-Eulalie et les habitations troglodytiques, chaque aspect du village raconte une histoire. La proximité de la forêt de Loches et la présence de la rivière Indrois en font un lieu idéal pour les amoureux de la nature et les amateurs de randonnée. Que ce soit pour un séjour touristique ou pour y vivre, Genillé séduit par son authenticité et son patrimoine préservé.
