La Horde Sauvage : Épopée Crépusculaire d'une Amérique en Mutation

Le Maestro Méconnu de la Musique de Film : Jerry Fielding et son Œuvre pour "La Horde Sauvage"

Dans le panthéon des compositeurs de musiques de film, certains noms brillent d'un éclat singulier, souvent éclipsés par la renommée de leurs collaborateurs cinématographiques. Jerry Fielding, un compositeur d'une rare finesse, fut l'une de ces figures sous-estimées, dont le talent fut malheureusement entravé par les turbulences de l'histoire hollywoodienne. Victime du maccarthysme, il fut inscrit sur la liste noire d'Hollywood dans les années 1950, une injustice qui priva le septième art de nombreuses de ses compositions. Pourtant, l'œuvre de Fielding résonne avec une puissance indéniable, particulièrement dans sa collaboration avec le cinéaste Sam Peckinpah. Ensemble, ils ont donné vie à cinq partitions mémorables, façonnant l'identité sonore de films qui ont marqué l'histoire du western. Parmi ces collaborations fructueuses, "La Horde sauvage" (The Wild Bunch) se distingue comme leur première et peut-être la plus emblématique. Pour ce film au casting aussi audacieux que son scénario, Fielding a tissé une toile sonore d'une richesse exceptionnelle.

Jerry Fielding compositeur

Le natif de Pittsburgh, d'une sensibilité artistique profonde, a su capturer l'essence même de l'histoire, naviguant avec aisance entre les influences diverses. Les "saveurs mexicaines" imprègnent la partition, faisant écho à l'action qui se déroule en 1913 sur la frontière tumultueuse entre le Texas et le Mexique. Parallèlement, un lyrisme poignant émane des cordes, soulignant la mélancolie du loup solitaire qui habite cette bande de hors-la-loi. La musique de Fielding pour "La Horde sauvage" est une œuvre à redécouvrir, une symphonie de désespoir et de grandeur qui accompagne la chute d'une époque et de ses figures emblématiques.

"La Horde Sauvage" : Un Western Crépusculaire aux Accents Révolutionnaires

Sorti en 1969, "La Horde sauvage" (The Wild Bunch) est une œuvre cinématographique américaine réalisée par Sam Peckinpah, un film qui transcende les conventions du western pour offrir une fresque violente, désespérée et profondément humaine. L'histoire suit un groupe de hors-la-loi, menés par le charismatique Pike Bishop, qui, après une attaque audacieuse des bureaux d'une compagnie de chemins de fer, se retrouvent en fuite dans un Mexique en proie à la révolution. Leur passé les rattrape sous les traits de Deke Thornton, ancien frère d'armes de Pike, contraint de les traquer sous peine de retourner en prison.

Affiche du film La Horde sauvage

Le film, dont l'action se déroule sur la frontière mouvante entre le Texas et le Mexique, dépeint les derniers instants d'une bande de bandits luttant pour leur survie dans un monde moderne qui ne leur laisse plus de place. Sam Peckinpah lui-même décrivait le film comme "simplement ce qui arrive quand des tueurs se rendent au Mexique", mais "La Horde sauvage" résonne bien au-delà de cette simplicité apparente. Il fait écho aux tensions de la guerre du Viêt Nam qui divisaient alors l'Amérique, se présentant comme une épopée de la défaite, une méditation sur la fin des valeurs et la désillusion. Cette œuvre audacieuse a d'ailleurs été reconnue par plusieurs distinctions, dont deux nominations aux Oscars en 1970 et une nomination pour Sam Peckinpah aux Directors Guild of America Awards, témoignant de son impact artistique et critique.

L'Intrigue : Désillusion et Violence à la Frontière Mexicaine

L'année 1913. La frontière entre le Texas et le Mexique est le théâtre d'une époque révolue, un monde où la loi est souvent une affaire de poudre et de courage. Pike Bishop et sa bande de hors-la-loi, déguisés en soldats, mettent en place un plan audacieux : s'emparer de la paie des ouvriers du chemin de fer dans la ville frontalière de Starbuck. Mais le piège se referme sur eux. Harrigan, le dirigeant de la Compagnie de chemins de fer, a engagé Deke Thornton, ancien compagnon d'armes de Pike, pour traquer et éliminer ses anciens frères. La sentence est sans appel : traquer Pike et sa bande, ou retourner en prison.

Scène de la fusillade d'ouverture de La Horde sauvage

La fuite des hors-la-loi se transforme en un bain de sang, orchestré en partie par les chasseurs de primes de Harrigan, dont la violence aveugle fauche même des civils innocents. Traqués sans relâche par Deke et ses hommes, Pike et sa bande traversent le Rio Grande pour trouver refuge au Mexique. Là, ils retrouvent Sykes, le membre le plus âgé du groupe. Les tensions internes éclatent rapidement, alimentées par la déception : leur butin n'est qu'un amas de rondelles de métal sans valeur. L'alcool et les plaisanteries grossières tentent de masquer la dure réalité de leur avenir incertain. Les frères Gorch, impatients, contestent la part du vieil Sykes et d'Angel, le jeune Mexicain du groupe.

La troupe se rend au village d'Angel, où le doyen, Don José, révèle qu'Angel a été trahi par le général Mapache, un tyran local qui a pillé le village et séduit Teresa, la fiancée d'Angel. La douleur et la rage d'Angel le poussent à un acte impulsif : il tue Teresa, déclenchant une crise diplomatique et mettant ses compagnons en danger. Mapache, croyant avoir été victime d'une tentative d'assassinat, fait prisonnier Angel. Pour apaiser la situation et par appât du gain, Pike accepte une mission périlleuse pour le compte de Mapache et de son conseiller militaire allemand, Mohr : attaquer un convoi d'armes de l'armée américaine. L'or promis motive la bande, malgré la morale qui devrait les retenir de servir un tyran. Angel, initialement réticent à fournir des armes destinées à son propre peuple, finit par accepter, une solution proposée par Dutch suggérant qu'il puisse récupérer une caisse d'armes pour son village.

Sur la route, Pike confie à Dutch le souvenir douloureux d'une femme aimée, tuée par son mari jaloux qui l'a également grièvement blessé à la jambe. Pendant ce temps, Deke, toujours sur leurs traces, anticipe l'attaque du convoi d'armes et obtient l'autorisation de se joindre aux jeunes soldats chargés de la protection. La bataille fait rage. Pike, Dutch, Angel et Lyle attaquent le train, Angel décrochant le wagon où se trouvent Deke et ses hommes. Pike prend le contrôle de la locomotive, tandis que Sykes et Tector chargent le butin volé. La fuite est spectaculaire, avec le pont dynamité sous les yeux de Deke et de ses hommes, qui se retrouvent dans la rivière. La bande célèbre sa victoire, mais la fête est de courte durée.

The Ballad of Cable Hogue (1970) - Trailer - Sam Peckinpah

Mapache est attaqué par les troupes de Pancho Villa. Méfiant, Pike a piégé le chariot transportant les armes avec de la dynamite. Lorsque les troupes de Mapache encerclent la bande, Pike menace d'allumer la mèche, forçant les fédéraux à les laisser partir. Les Indiens des montagnes viennent chercher la caisse d'armes détournée par Angel. Les échanges d'armes contre de l'or ont lieu. Pike remet la mitrailleuse à Mapache par l'intermédiaire des frères Gorch. Mais le drame se noue lorsque Angel se présente. Dénoncé par la mère de sa fiancée, Mapache sait qu'Angel a volé des armes pour son village. Angel est fait prisonnier. Dutch, qui accompagnait Angel, choisit de ne pas intervenir, rejoignant le reste de la horde avec sa part de l'or, expliquant qu'Angel a joué le jeu jusqu'au bout. Lyle admire le courage d'Angel, qui n'a pas compromis la horde. L'idée de le sauver est émise, mais Pike la juge impossible. La bande se retrouve piégée, cernée par les hommes de Deke, Sykes blessé. Ils assistent alors au supplice d'Angel, horriblement torturé et traîné derrière la voiture du général. Pike, écœuré, propose de le racheter, mais Mapache refuse. La bande, cherchant à oublier, passe la nuit avec des prostituées. Seul Dutch est tourmenté par le remords.

Le lendemain matin, la tristesse pèse sur la bande. Les frères Gorch se disputent avec une prostituée, Pike est accablé de remords. Après avoir cherché du réconfort dans l'alcool, Pike prend une décision fatidique. Les quatre hommes se dirigent vers le camp de Mapache. Après avoir feint d'accepter de libérer Angel, Mapache l'égorge sauvagement devant eux. La rage submerge Pike et Dutch, qui abattent le général. La stupeur des hommes de Mapache laisse place à un carnage déclenché par un tir de Pike sur Mohr, le conseiller du tyran. La horde, dans un acte de sacrifice suicidaire, entraîne dans la mort une partie des fédéraux, déchaînant la mitrailleuse. Les frères Gorch tombent, suivis de Pike, blessé par une prostituée et achevé par un enfant-soldat.

Deke et ses hommes arrivent trop tard, ne trouvant que des cadavres et des vautours. Alors que ses hommes repartent en chantant avec leur macabre butin, Deke reste, plongé dans ses souvenirs. Des coups de feu lointains lui apprennent que ses hommes sont tombés dans une embuscade. Plus tard, Don José et les Indiens, armés par Angel, arrivent, menés par Sykes. Sykes propose à Deke de se joindre à cette nouvelle "horde".

Genèse d'une Œuvre : Des Idées aux Écrans

L'histoire de "La Horde sauvage" est aussi fascinante que le film lui-même. Tout a commencé pendant le tournage de "Morituri" (1965), où Walon Green, alors répétiteur, nourrissait l'ambition d'écrire un western. Rencontrant Roy Sickner, un cascadeur, il découvre un projet mêlant une attaque de train et une bataille finale. Sans connaître l'histoire du gang de Butch Cassidy, Green baptise son scénario "La Horde sauvage". Lee Marvin, intéressé par le script, envisage un temps d'incarner Pike Bishop. C'est par son intermédiaire que le scénario parvient à Sam Peckinpah, qui le retravaille.

Sam Peckinpah réalisateur

Le producteur Phil Feldman, alerté par le projet, le soumet à Kenneth Hyman, un dirigeant de Warner Bros.-Seven Arts. Séduit par le scénario, Hyman entame les négociations et impose Peckinpah à la réalisation. Walon Green s'inspire de personnages comme Howard dans "Le Trésor de la Sierra Madre" pour créer Sykes, un film que Peckinpah considère comme "un des meilleurs films jamais réalisés". Les noms des personnages sont également chargés de sens : Thornton vient d'un camarade d'école, Pike évoque un poisson carnivore, suggérant la dureté et l'avidité, tandis que Dutch sonne chaleureux. Les frères Gorch tirent leur nom d'une famille peu recommandable, et Tector d'un ancien collègue. Angel est un nom évident pour le personnage mexicain, et Mapache, qui signifie "raton laveur" en espagnol, semble approprié pour un paysan autoproclamé général, alliant intelligence et ruse. Coffer est nommé d'après un cascadeur décédé, Jack Coffer, dont la folie sauvage a inspiré Peckinpah. Les employés des chemins de fer sont souvent d'origine irlandaise, et Peckinpah s'inspire également du documentaire "Cuando Viva Villa Era la Muerte", s'intéressant déjà à Pancho Villa avant "La Horde sauvage".

Peckinpah approfondit le scénario de Green, intensifiant le caractère dramatique des personnages et y ajoutant des références bibliques ainsi que le rôle symbolique des enfants. Avant le tournage, Peckinpah vend à Paramount un autre scénario, qui deviendra "Pancho Villa" sous la direction de Buzz Kulik en 1968. Peckinpah lui-même affirmait que sans ses films précédents, il n'aurait pas pu réaliser "La Horde sauvage", car il y avait "une façon de montrer au grand jour ce qui était hypocritement caché qui est nouvelle".

Casting d'Exception pour une Vision Audacieuse

Sam Peckinpah avait une vision précise pour le rôle de Pike Bishop, considérant de nombreux acteurs célèbres. Lee Marvin, initialement pressenti, était indisponible. Les premiers choix pour Deke Thornton furent Richard Harris et Brian Keith, mais ce dernier abandonna. Robert Ryan fut finalement engagé après que Peckinpah l'eut vu dans "Les Douze Salopards". Pour le rôle de Dutch Engstrom, après avoir envisagé plusieurs acteurs, Ernest Borgnine fut suggéré par Ken Hyman, suite à sa performance dans "Les Douze Salopards". Peckinpah, d'abord réticent, craignant que Borgnine ne soit trop âgé, fut finalement conquis par sa prestation, le décrivant comme "un des meilleurs gars avec lequel [il] a jamais travaillé". Robert Blake fut choisi pour le rôle d'Angel, mais ses exigences financières entraînèrent son remplacement.

Une Ouverture Qui Pose les Bases d'une Fatalité Inéluctable

Dès les premières minutes, "La Horde sauvage" installe une atmosphère de tension et de fatalité. La séquence d'ouverture, empreinte d'une violence contenue, met en place les éléments d'un piège funeste : des enfants torturant des insectes venimeux, des mercenaires à l'affût, un défilé de fanatiques religieux, et une bande de criminels déguisés en soldats s'apprêtant à attaquer un bureau de paye. La première réplique, "S'ils bougent, tuez-les !", prononcée au moment où le nom de Sam Peckinpah apparaît à l'écran, est un avertissement clair : le cinéaste va liquider ses héros, et le spectateur sera emporté dans cette œuvre destructive. La scène d'ouverture établit une "fatalité sereine et rigoureuse, un rite de mort qui prend peu à peu l'allure d'un suicide collectif".

Peckinpah s'intéresse aux hommes qui vivent à contre-courant de l'histoire. Dans "La Horde sauvage", le vieil Ouest chasse ses hors-la-loi, et le Mexique est en pleine révolution. Ses personnages ne sont pas des héros traditionnels, mais des "vestiges", des "mastodontes d'une ère pré-diluvienne", des desperados lucides conscients de leur sort funeste. Ils sont les "pauvres brutes issus d'une 'belle époque' définitivement révolue", devenus de simples assassins dans un monde nouveau. Le film capture les derniers instants d'un territoire qui s'efface, repoussé hors de ses frontières. Vieillis, marqués par leur expérience, les héros n'ont d'autre choix que de disparaître ou de s'adapter. L'apparition d'un avion, un anachronisme marquant, souligne la prise du temps sur ces personnages voués à l'extinction.

Des Personnages Complexes et des Relations Ambiguës

Pike Bishop, chef d'une bande de hors-la-loi disciplinés et efficaces, incarne une ère ancienne de maîtres aventuriers. Ses seuls survivants sont son fidèle complice Dutch, le vieil Sykes, et son ancien ami Deke Thornton, son alter ego. Thornton est contraint de poursuivre un homme qu'il admire, comprend et approuve, marchant sur ses traces sans jamais combler la distance qui les sépare, même dans la mort. Pike, blessé et moqué par les siens, sent qu'ils le laisseraient mourir. Thornton, quant à lui, subit les plaisanteries douteuses de ses hommes. Tout au long de leur traque, les deux hommes s'observent, se mesurent, se répondent, se devinent. Ils voient l'un dans l'autre leur propre reflet : des solitaires désabusés et mélancoliques, hantés par la nostalgie d'une innocence perdue. La révolution mexicaine les laisse indifférents, et le village mexicain, bien que semblant être un havre de paix, leur reste étranger. Ils se sont retranchés de tout espoir, se sont condamnés d'avance, et dans leur mort, ils trouvent une satisfaction mauvaise à emmener leurs adversaires avec eux.

Peckinpah ne romantise pas le crime. Il dépeint ses brigands divisés par des querelles, soulignant leur puérilité, leur éthique atrophiée et leur égoïsme. Cette rudesse se retrouve dans leurs relations avec les femmes. Qu'elles soient belles ou non, jeunes ou vieilles, elles leur procurent du plaisir, mais peuvent aussi connaître une fin tragique en cas de trahison. Ces "crapules" ne paient même pas les femmes qui se vendent par nécessité. Thornton doit son arrestation à une femme, et c'est une soldadera qui abat Pike lors du massacre final. L'attachement, la fidélité, l'affection sont des concepts absents de la vie de ces "perdants".

Un Chaos Organisé : Six Factions en Lutte

"La Horde sauvage" dépeint un univers où les ennemis sont nombreux et soumis à des interférences constantes. Six factions différentes s'affrontent, se piègent et s'exterminent :

  1. La compagnie des chemins de fer : Une extension de l'agence Pinkerton, recrutant sans discrimination et recourant aux pires exactions.
  2. Les chasseurs de primes : Agents temporaires de la compagnie, mais souvent agissant de manière indépendante, véritables "détrousseurs de cadavres".
  3. L'armée américaine du général Pershing : Officiellement alliée des gouvernementaux mexicains.
  4. Le général Mapache : Un tyran sanguinaire et totalitaire, allié de Huerta, qui n'hésite pas à voler des armes aux troupes américaines. Son état-major comprend un officier de l'armée impériale prussienne, ajoutant une touche cosmopolite à l'horreur.
  5. Le peuple mexicain : Luttant pour sa libération, représenté par Angel et les péons, et par les hommes de Pancho Villa.

Chaque faction cherche à éliminer les autres par la force ou la traîtrise. Peckinpah utilise avec maestria les retournements de situation, les ruptures de rythme et les coups de théâtre, comparant la course des personnages à celle de "reptiles crasseux du désert". L'attaque inaugurale est suivie de l'exécution d'un traînard. L'épisode du train armé est une succession de mouvements contraires, la locomotive roulant en marche arrière symbolisant un pied-de-nez au siècle et au cinéma lui-même. Peckinpah ose les rebondissements, comme lorsque Dutch, choisissant de ne pas secourir Angel, évalue froidement la situation.

L'Ambiguïté Morale et la Violence comme Langage

Engagé contre son gré, avec une remise de peine pour seule motivation, Thornton incarne l'ambiguïté morale chère au cinéaste. Pour Peckinpah, la justice, le droit et les causes nobles sont des notions relatives. Ce brouillage des cartes, cet équilibre entre deux époques et deux philosophies, se traduit par des moments qui dépassent la condition humaine. Les massacres de San Raphaël et du camp de Mapache prennent des allures mythologiques, des combats de Titans. Le sang, les cris et la barbarie rappellent la dimension humaine, mais l'ampleur de la violence suggère des forces quasi divines face à une société, un progrès et une loi écrasants.

Les carnages de "La Horde sauvage" ont été liés à l'actualité américaine, notamment à la guerre du Viêt Nam. La tuerie finale reflète cyniquement l'horreur guerrière, avec des pertes proportionnelles : quatre bandits américains contre une garnison mexicaine. Mais au-delà de la violence, Peckinpah dénonce la dépravation américaine et la corruption exercée par les États-Unis sur leur entourage. La cruauté de cet univers est incarnée par les enfants, qui torturent des scorpions, brûlent des fourmis, et restent indifférents à l'anéantissement. Ils s'acharnent sur le corps supplicié d'Angel et sont les témoins hilares de l'ultime hécatombe, symbolisant une époque pervertie. Ces enfants armés finiront par abattre Dutch lors du règlement de comptes final.

The Ballad of Cable Hogue (1970) - Trailer - Sam Peckinpah

Malgré cette noirceur, la dimension amoureuse n'est pas totalement absente. Le flash-back sur Pike et sa maîtresse éclaire sa personnalité, révélant sa lâcheté, son incapacité à défendre une femme aimée, et expliquant l'origine de sa blessure. Sa brutalité et son dégoût de la société trouvent une partie de leur source dans cette aventure sentimentale tragiquement achevée. Peckinpah, reconnu comme un maître du ralenti, utilise des techniques visuelles audacieuses, comme les éclats de verre ou les jugulaires tranchées, et un réalisme balistique saisissant. Il joint à cela des illuminations quasi eisensteiniennes, un humour noir, et une narration lyrique, notamment lors de l'effondrement du pont. Le film s'achève dans une explosion de violence, une furie autodestructrice, accédant à une ampleur épique, une épopée crépusculaire.

Un Western Réinventé

Alors que le western s'essoufflait, se réfugiant dans un conformisme rassurant, Sam Peckinpah, à l'instar de Sergio Leone, lui a donné un coup de fouet revitalisant. "La Horde sauvage" n'est pas seulement un film, c'est une déclaration, une œuvre qui a redéfini les codes du genre et exploré les profondeurs sombres de l'âme humaine à travers le prisme d'une violence cathartique et d'une mélancolie poignante. La musique de Jerry Fielding, loin d'être une simple illustration, est une composante essentielle de cette expérience, tissant un lien indissoluble entre l'image et l'émotion, entre la brutalité des actes et la fragilité des âmes. Elle est le murmure d'une époque révolue, le chant funèbre d'une Amérique en pleine mutation, un écho persistant de la beauté et de la tragédie qui résident au cœur de "La Horde sauvage".

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