Les beaux jours reviennent, apportant avec eux une myriade d'insectes qui importunent les chevaux et leurs cavaliers, au travail comme au repos. Parmi ces nuisibles, les guêpes et les taons occupent une place particulière dans l'arsenal de la terreur équine. Si pour certains ces insectes ne sont qu'une gêne passagère, pour d'autres, ils déclenchent une panique incontrôlable chez le cheval, transformant une activité paisible en un véritable rodéo. Cet article se propose d'explorer en profondeur les raisons de cette peur viscérale, les comportements qu'elle engendre, et les stratégies pour y remédier, en s'appuyant sur les observations et les informations fournies.
Les insectes, une menace constante pour le cheval
Les chevaux, par leur nature d'herbivores évoluant en extérieur, sont particulièrement exposés aux assauts des insectes. Ces derniers ne sont pas seulement une source d'irritation ; ils peuvent représenter un réel danger pour la santé et le bien-être du cheval. Plusieurs types d'insectes peuvent piquer les chevaux, les plus courants étant les mouches, les taons, les guêpes et les abeilles. Ces insectes injectent du venin ou des allergènes dans la peau du cheval, provoquant une réaction inflammatoire.
Les insectes piqueurs, qui consomment du sang, sont responsables de piqûres ou morsures plus ou moins douloureuses. On retrouve dans cette catégorie les moustiques, taons, mouches plates, moucherons, culicoïdes et, plus rarement, les guêpes, frelons et abeilles. D'autres insectes se nourrissent des sécrétions des chevaux (squames de peau, larmes, sueur, sang issu des piqûres d'autres insectes, crottin…). Ils ne piquent pas mais sont irritants par leurs déplacements sur la peau très sensible du cheval, et peuvent transporter des germes responsables d'infections.

La conséquence la plus visible est l'agacement du cheval face à ces indésirables. Il a été constaté qu'en présence d'insectes, un équidé passe moins de temps à se nourrir et à se reposer, puisqu'il dépense une partie de son énergie à lutter (mouvements de tête, de membres, déplacements…). Au travail, le cheval manquera de concentration. D'un point de vue physique, les réactions diffèrent selon les espèces d'insectes, et peuvent être plus ou moins marquées selon la sensibilité du cheval. D'une manière générale, les piqûres les plus douloureuses sont celles des taons et des mouches plates. Les culicoïdes, petits moucherons, injectent quant à eux une toxine à laquelle les chevaux réagissent plus ou moins, responsable de la dermite estivale récidivante équine (DERE).
La peur bleue : comportement du cheval face aux guêpes et taons
Le cheval décrit une peur panique face à la présence de guêpes. Lorsqu'une guêpe est présente, il cesse toute activité, même s'il mangeait, et reste immobile, à l'écoute de l'insecte, et ce, pendant un bon moment, même après que la guêpe soit partie. Si la guêpe persiste, le comportement du cheval devient brutal : coups de pied violents dans l'abdomen si la guêpe tourne autour des flancs, coups de pieds au sol si elle est aux membres. Il s'enfuit ensuite au trot, voire au galop dans le pré, cherchant à se coller aux autres chevaux pour leur "refiler" l'insecte, devenant ainsi assez désagréable avec eux. Une fois débarrassé, il s'arrête et écoute.
En main, le cheval n'est absolument pas irrespectueux, au contraire, il fait très attention, dans la limite de sa panique. Il n'a jamais bousculé son propriétaire ni arraché la longe. Cependant, il tente de trotter, donne des grands coups de pied sur la guêpe, ou tourne autour de son handler si ce dernier tient la longe. Face aux autres insectes, il ne manifeste rien de tel, se contentant du rififi habituel qui consiste à chasser avec la queue, lever les pieds si nécessaire, ou chasser avec le nez. Les taons ne déclenchent pas de réaction immédiate, mais une fois qu'ils piquent, le cheval cherche à s'en débarrasser.
Les piqûres d'insectes sont un problème courant chez les chevaux, pouvant engendrer des réactions allergiques et des gonflements importants. Une prise en charge rapide et adéquate est essentielle pour limiter les complications et assurer le confort du cheval.
Identification des piqûres et réactions
Les piqûres d'insectes se situent généralement sur la tête, l'encolure, les flancs et les pattes du cheval. Vous pouvez les identifier par des marques rouges, des points noirs (aiguillon), des boutons ou des plaques rouges. Un gonflement peut être le signe d'une réaction allergique. L'évaluation du gonflement est importante pour déterminer la gravité de la réaction et la nécessité d'une intervention vétérinaire.
La réaction du cheval à une piqûre peut varier considérablement d’un individu à l’autre :
- Sensibilité individuelle : Certains chevaux sont plus sensibles que d’autres aux piqûres d’insectes, ce qui peut entraîner des réactions allergiques plus intenses.
- Type d’insecte : Le venin des abeilles et des guêpes est plus allergisant que celui des mouches ou des taons.
- Zone de la piqûre : Une piqûre sur la tête ou la bouche peut être plus dangereuse qu’une piqûre sur un membre.
- Nombre de piqûres : De multiples piqûres peuvent augmenter la gravité de la réaction.
Les signes d'une réaction à une piqûre peuvent inclure :
- Gonflement : La zone piquée est rouge, chaude et enflée, et le gonflement peut s’étendre rapidement. La taille du gonflement peut varier de quelques centimètres à plusieurs dizaines de centimètres. Il peut être localisé à la zone piquée ou s’étendre. Le gonflement peut progresser rapidement ou lentement, et être chaud au toucher, rouge ou même violacé.
- Démangeaisons : Le cheval se gratte ou se frotte la zone piquée, ce qui peut aggraver la réaction.
- Difficultés respiratoires : En cas de réaction allergique grave, le cheval peut avoir du mal à respirer, tousser ou s’effondrer. Le choc anaphylactique, une réaction allergique grave et potentiellement mortelle, se caractérise par une chute de la pression artérielle, des difficultés respiratoires sévères et une perte de conscience. Si vous constatez ces symptômes, il est crucial de contacter immédiatement un vétérinaire.

Gestion immédiate et premiers secours
En cas de gonflement suite à une piqûre d’insecte, il est important de rester calme et d’observer la situation. Évaluez l’urgence de la situation et les signes d’alerte pour déterminer si une intervention vétérinaire est nécessaire.
Les premières mesures à prendre incluent :
- Désinfection : Désinfectez la piqûre avec un antiseptique doux, comme de l’eau oxygénée diluée ou un spray antiseptique vétérinaire, pour prévenir l’infection.
- Application de froid : Appliquez un gant de toilette humide et froid pendant 10 à 15 minutes sur la zone gonflée pour réduire l’inflammation et soulager la douleur. Vous pouvez également utiliser des compresses de glace enveloppées dans un tissu.
- Soulagement de la douleur et de l'inflammation : Si le cheval présente des signes de douleur, vous pouvez utiliser un anti-inflammatoire local, comme une crème ou une pommade, pour soulager la douleur et réduire le gonflement. Assurez-vous que le produit est adapté aux chevaux et consultez votre vétérinaire pour obtenir des recommandations.
- Surveillance : Surveillez attentivement l’évolution du gonflement et l’état général du cheval. Notez tout changement dans son comportement, sa respiration ou son appétit.
Il est essentiel de contacter un vétérinaire si le gonflement est important, rapide, ou s’il est accompagné de signes graves. Un vétérinaire pourra diagnostiquer la cause du gonflement et prescrire le traitement adéquat, qui peut inclure des antihistaminiques, des corticoïdes, ou des anti-inflammatoires.
Le taon et la guêpe : une distinction importante
Bien que souvent confondus dans le langage courant, le taon et la guêpe sont des insectes distincts avec des comportements et des impacts différents sur les chevaux.
Le taon : le vampire ailé
Le taon à cheval, également appelé "mouche à cheval" au Québec, fait partie de la famille des tabanidés. Ces diptères harcelants sont assez faciles à reconnaître par leur vol bruyant et leur tendance à tourner autour de la tête des animaux. Le taon à cheval est l'une des espèces les plus grosses de cette famille, pouvant mesurer jusqu'à 2,7 cm. Sa couleur varie du rougeâtre au noir, en passant par le gris, le jaune, le brun orangé et le vert, certains présentant des rayures sur le corps, leur conférant parfois l'allure d'une guêpe. Ils sont reconnaissables à leurs grands yeux aux reflets verts, jaunes ou rouges, entrecoupés de bandes longitudinales noirâtres.

Contrairement à la mouche domestique, les taons à cheval n'ont pas tendance à s'installer dans les maisons. On les retrouve en plus grand nombre dans les milieux ruraux, près des fermes ou en nature, et ils affectionnent les abords des cours d'eau. Ils sont plus présents lors des journées chaudes et humides.
L'alimentation des taons présente une particularité : les mâles sont attirés par les fruits mûrs et le nectar des fleurs, participant ainsi à la pollinisation. Les femelles, quant à elles, sont hématophages. Elles ont besoin de protéines pour produire des œufs et se nourrissent donc du sang des mammifères, y compris des chevaux et des humains. Elles détectent le CO2 pour repérer leurs proies et, une fois la cible trouvée, s'y déposent subtilement pour y effectuer une entaille avec leurs pièces buccales et s'abreuver du sang.
La piqûre du taon, plus précisément une morsure puisqu'il ne possède pas de dard, est douloureuse. La plaie laissée par la morsure peut s'infecter. De plus, le taon peut transmettre des maladies aux chevaux, comme l'anémie infectieuse des équidés. Au Québec, de rares cas de transmission de la tularémie à l'humain ont été répertoriés.
GUÊPE FRELON : Comment Soigner une Piqûre de Guêpes ou de Frelons ? Attention ça pique !
La guêpe : une prédatrice opportuniste
Les guêpes, bien que moins courantes comme source de piqûres directes sur les chevaux que les taons, jouent un rôle intéressant dans l'écosystème équin. Certains témoignages suggèrent que les frelons, une espèce de guêpe, tournent souvent autour des chevaux et des vaches pour attraper les taons. Cela leur confère un rôle de prédateur des taons, ce qui pourrait être vu comme un bénéfice indirect pour les chevaux.
Cependant, les guêpes peuvent aussi devenir une nuisance, notamment si un nid se trouve à proximité des lieux de vie du cheval. Les guêpes européennes, par exemple, construisent des nids en forme de lanterne avec du bois mâché, ressemblant à du papier mâché. Les guêpes "souterraines" creusent des terriers et sont particulièrement agressives, réagissant à toutes les vibrations du sol.
Dans certains cas, les guêpes peuvent être très agressives, même lorsqu'on les ignore, et peuvent piquer. La présence d'un nid de guêpes à un endroit à risque (portail, toit de box, sellerie) nécessite une intervention.
Prévention : la clé du bien-être équin
La prévention des piqûres d’insectes est la meilleure façon de réduire le risque de réactions allergiques et de stress pour le cheval. Plusieurs mesures peuvent être mises en place pour limiter l’exposition de votre cheval aux insectes :
- Couvertures anti-insectes : Ces couvertures constituent une protection efficace contre les mouches et les taons. Choisissez une couverture adaptée à la taille et à la morphologie de votre cheval.
- Répulsifs : De nombreux répulsifs naturels (citronnelle, lavande, menthe poivrée) et chimiques sont disponibles sur le marché. Assurez-vous de choisir des produits non toxiques pour les chevaux et de suivre les instructions du fabricant. L'ail peut également être utilisé, car l'odeur qu'il dégage une fois transpiré par le cheval est censée éloigner les mouches.
- Ventilateurs : L’installation de ventilateurs dans les écuries crée un courant d’air qui peut éloigner les insectes.
- Environnement :
- Évitez les zones à forte densité d’insectes : Limitez les sorties de votre cheval dans les zones humides, les forêts denses ou les zones à forte densité d’insectes, notamment pendant les heures d’activité maximale des insectes.
- Éliminez les points d’eau stagnante : Les points d’eau stagnante attirent les moustiques et autres insectes. Videz régulièrement les seaux d’eau et les abreuvoirs, et entretenez les drains.
- Tondre les pâturages : Tondre régulièrement les pâturages limite la présence d’insectes qui se cachent dans les herbes hautes.
- Entretenir les zones ombragées : Enlevez les feuilles mortes, les branches sèches et autres débris pour limiter les cachettes des insectes.
- Hygiène du cheval et de son environnement : Un cheval propre est moins sujet à attirer les insectes. Nettoyez et pansez régulièrement votre cheval. Nettoyez également son lieu de vie (pré, box).
- Pièges à insectes : Il existe des pièges pour les taons et guêpes, qui peuvent être placés à plusieurs endroits dans le pré ou le box. Certains sont naturels ou mécaniques, sans électricité ni produits chimiques.
Il est important de noter que certains propriétaires préfèrent ne pas intervenir contre les guêpes, reconnaissant leur rôle de prédateur des taons. Cependant, la cohabitation peut devenir problématique lorsque les guêpes deviennent trop agressives ou s'installent dans des lieux à risque.
En suivant ces conseils de prévention et en observant attentivement votre cheval, vous pouvez minimiser le risque de piqûres d’insectes et assurer son bien-être, transformant ainsi la terreur volante en une gêne gérable.