La question du port du masque anti-UV pour les chevaux, particulièrement ceux souffrant de pathologies oculaires ou du syndrome de Headshaking, soulève des interrogations importantes quant au règlement actuel de la Fédération Française d'Équitation (FFE). Cette problématique, qui préoccupe de nombreux propriétaires, met en lumière un conflit potentiel entre les directives fédérales et le bien-être animal, exigeant une réévaluation sérieuse de la part de la FFE.
Les Besoins Spécifiques des Chevaux et le Rôle des Masques Anti-UV

Depuis deux ans, des propriétaires de chevaux atteints de pathologies oculaires ou d'autres affections, tels que le Headshaking, sollicitent la FFE pour obtenir l'autorisation du port de masques anti-UV. Ces masques ne sont pas de simples accessoires ; ils répondent à un besoin criant pour des chevaux dont la qualité de vie est directement impactée par leur condition. Pour un cheval souffrant de photophobie sévère due à une pathologie oculaire, l'exposition à la lumière du soleil peut être extrêmement douloureuse et invalidante. De même, les chevaux affectés par le Headshaking, un syndrome caractérisé par des mouvements involontaires de la tête, peuvent trouver un soulagement significatif grâce à la protection offerte par ces masques, qui limitent les stimuli lumineux et autres irritants environnementaux.
L'argument principal avancé par les défenseurs du port de ces masques est le bien-être du cheval. Ils soutiennent qu'interdire l'utilisation d'un équipement qui peut améliorer considérablement la vie d'un cheval handicapé, en lui permettant de retrouver un confort et une fonctionnalité accrus, va à l'encontre des principes fondamentaux de la protection animale. Il est avancé que pénaliser un cheval à cause d'un handicap géré par un masque, qui lui permettrait de mener une vie plus saine et respectueuse, est une contradiction. La question "Mais pourquoi ?" résonne, interrogeant la logique derrière un règlement qui semble négliger le bien-être équin au profit d'une règle potentiellement obsolète ou mal adaptée.
Analyse des Risques et Comparaison avec d'Autres Pratiques Équestres
La préoccupation légitime concernant les risques potentiels liés au port de ces masques doit être abordée avec objectivité. Il est essentiel de se demander quel est réellement le risque induit par le port d'un masque anti-UV. Les partisans de leur utilisation soulignent que des chevaux aveugles, qu'ils soient atteints de cécité unilatérale ou bilatérale, participent activement aux courses d'endurance sans que cela n'entraîne une augmentation notable des accidents par rapport à des chevaux sans problèmes de vision. Cette observation suggère que les limitations sensorielles, lorsqu'elles sont gérées et comprises, ne sont pas nécessairement des obstacles insurmontables à la pratique d'activités équestres, et que des adaptations peuvent permettre une participation sécurisée et bénéfique.

Cette comparaison avec les chevaux aveugles est pertinente car elle met en perspective le niveau de risque réel. Si un cheval privé de la vue peut concourir avec succès, il semble raisonnable de considérer qu'un cheval dont la vision est simplement protégée par un masque anti-UV ne présente pas un risque accru significatif, surtout si le masque est bien ajusté et ne gêne pas sa vision périphérique ou sa capacité à réagir à son environnement. Les masques modernes sont conçus pour offrir une protection maximale contre les rayons UV tout en minimisant la gêne, permettant une vision claire et une perception adéquate des obstacles.
Le Contexte Sanitaire et les Réglementations Évolutives
Le débat sur le port du masque chez les chevaux s'inscrit également dans un contexte plus large de mesures sanitaires, notamment celles liées à l'épidémie de Covid-19. Le ministère des Sports a publié, le 25 juin, l'instruction DS/DS2/2020/100 relative à la reprise progressive et adaptée aux risques liés à l'épidémie de Covid-19 de la pratique des activités physiques et sportives. Cette instruction visait à encadrer le retour à l'activité sportive tout en garantissant la sécurité des pratiquants.
Il était précisé que la pratique de l'ensemble des activités physiques et sportives était ouverte dans les territoires sortis de l'état d'urgence, avec une exigence de distance interpersonnelle de deux mètres, sauf si la nature même de l'activité ne le permettait pas. La limite de 10 personnes par groupe était levée, à condition que l'établissement équestre puisse assurer le respect des gestes barrières et des mesures d'hygiène. Dans ce cadre, le port du masque restait obligatoire dans les établissements, sauf pendant la pratique de l'activité physique et sportive elle-même. Il était également préconisé de favoriser un accueil extérieur des cavaliers.
Pour les compétitions fédérales, le port du masque était maintenu pour les personnes de plus de 6 ans, conformément à une décision du Comité Directeur du 5 septembre 2020, sur recommandation du médecin fédéral. Le bureau de la FFE s'était engagé à proposer au Comité Directeur de novembre 2021 une réévaluation de la situation concernant le port du masque. Pour les séances dans les clubs ou les événements "open", la décision de rendre le port du masque obligatoire incombait respectivement au président du club et à l'organisateur du tournoi.
Il est important de noter qu'en vertu du décret du 7 août 2021, le port du masque n'était pas exigé dans les lieux soumis au passe sanitaire, mais pouvait être rendu obligatoire par le préfet de département, ainsi que par l'exploitant ou l'organisateur.
Assouplissement des Restrictions et Implications pour les Centres Équestres
Le 16 juin 2021, le Premier ministre avait annoncé un assouplissement significatif des restrictions sanitaires, incluant la fin du port du masque en extérieur dans certains contextes. Cependant, cette mesure d'assouplissement était assortie de plusieurs exceptions notables :
- Les marchés de plein vent, les brocantes et les vide-greniers.
- Les enceintes sportives couvertes et non couvertes.
- Les lieux de très forte concentration de population, tels que les files d'attente, les zones à forte fréquentation (rues bondées, zones piétonnes très fréquentées), les abords des gares, des aéroports, des arrêts de bus, à proximité des établissements scolaires aux heures d'entrée et de sortie, aux abords des lieux de culte lors des cérémonies, et lors des rassemblements (manifestations, festivals, spectacles de rue).
Il était explicitement mentionné que le port du masque restait donc obligatoire dans les centres équestres. Cette précision est cruciale : malgré l'assouplissement général, les centres équestres étaient considérés comme des lieux où le port du masque demeurait une exigence.
De plus, il était souligné que même avec les assouplissements, les jauges pour l'accueil du public étaient maintenues jusqu'au 30 juin. Par conséquent, pour tous les événements publics organisés avant cette date, il était impératif de mettre en place un protocole sanitaire imposant le port du masque, y compris en extérieur, et le respect des jauges de fréquentation.
Diagnostiquer le HeadShaking
Vers une Révision du Règlement de la FFE ?
Face à ces constats, la demande des propriétaires de chevaux souffrant de pathologies spécifiques devient encore plus pressante. L'argument du bien-être animal, soutenu par des exemples concrets comme la participation de chevaux aveugles aux courses d'endurance, suggère qu'une approche plus nuancée et individualisée pourrait être envisagée par la FFE. La question n'est pas de savoir si tous les chevaux doivent porter un masque, mais si ceux qui en ont un besoin vital pour leur santé et leur confort devraient être autorisés à le faire, sans être pénalisés dans leur pratique équestre.
Il est rappelé que le bureau de la FFE s'était engagé à proposer une réévaluation de la situation concernant le port du masque en novembre 2021. Il est donc légitime d'espérer que cette réévaluation prendra en compte les besoins spécifiques des chevaux atteints de pathologies oculaires ou de Headshaking, et que le règlement évoluera pour mieux concilier les impératifs sanitaires, les règles de compétition et, surtout, le bien-être fondamental des équidés. L'expertise d'organismes comme le Cabinet LexEqui, capable de mettre en place des protocoles sanitaires sur-mesure, pourrait également servir de modèle pour adapter les règles aux réalités de chaque établissement et de chaque événement équestre, tout en tenant compte des besoins spécifiques des chevaux. L'objectif ultime devrait être de permettre à chaque cheval, dans la mesure du possible, de mener une vie saine et épanouie, sans être entravé par des règlements qui ne tiennent pas compte de ses particularités physiologiques. La FFE est appelée à faire preuve d'ouverture et de pragmatisme pour répondre favorablement à cette demande légitime.